Chapitre XXI, suite 1

5000 Mots
rappeler de la compagnie de transport pour effectuer une mission urgente. En usant de cette manœuvre de diversion, nous pourrons découvrir par nous-mêmes ce que nous ignorons à propos de nos femmes.     —  Je suis d’accord ! Faisons comme ça,  dit Hammouda. Moi aussi, je veux avoir le cœur net.             En retournant à la maison pour prendre le dîner, les deux hommes se montraient bien dans leur peau. En les regardant, Sfia et Jamila, ont compris que leur mari était aux anges et que rien de ce qui était dit tout à l’heure ne les dérange.     —  Vous vous êtes bien amusés, je suppose ? demanda Sfia  aux deux hommes.      —  Oui, naturellement ! dit Moukhtar, mais on vient juste de nous rappeler pour raison de service. Préparez-nous un repas de vingt quatre heures et un petit déjeuner le matin de bonne heure. Nous devrons faire le départ de si tôt.       —  C’est dommage que les choses se passent à l’encontre de nos attentes, dit Sfia. Jamila et moi, étions très impatientes de vous voir revenir pour nous amener manger une tête de mouton au restaurant du quartier. Pas de chance ! Laissons ça à une autre fois ! Rien ne presse et le travail est prioritaire. C’est notre source de survie.              Au petit matin, Moukhtar et Hammouda, prêts à mettre à exécution leur plan pour débusquer la trahison de leur femme, sortaient de la maison en  prenant la route de la plage de la ville pour s’y retourner au milieu de la nuit et vérifier de visu le genre de jeu mené par Sfia et cette nouvelle campagnarde qui a été dupée et entraînée dans le monde de l’adultère.                Au réveil Sfia et Jamila se rendirent compte que leurs maris furent bel et bien partis et qu’ils n’avaient point hésité à obtempérer à l’appel de leur patron.                Elles commencèrent par arranger toute la maison et préparer le petit déjeuner aux enfants pour manger ensemble, les préparer psychologiquement à ne pas perdre confiance en elles et les considérer comme leur deuxième mère. Les enfants ont été très satisfaits de manger ce petit déjeuner copieux dont tous les mets qui le composaient étaient délicieux.                Sfia, qui cherchait à les distraire pour tromper leur vigilance, leur donna à chacun une somme d’argent importante pour acheter leur silence. Ils étaient tous très contents d’avoir de quoi s’acheter des bonbons, aller au cinéma avec leurs camarades,  s’asseoir dans les cafés, les restaurants de luxe et entrer au stade municipal pour suivre un match de football. Ils ont envisagé la possibilité de sortir dès l’après-midi voir leurs amis de classe et les accompagner là où la vie leur semblait belle.               Juste après le coucher du soleil, Sfia et Jamila sortirent de la maison. Elles hélèrent un taxi qui les conduit en ville pour s’acheter tout ce dont elles avaient besoin. Elles  passèrent chez une maquilleuse pour se faire changer de look. Elles se  dirigèrent vers un café où il y avait possibilité de faire du racolage en toute discrétion pour attirer de nouveaux clients.               Afin de lancer leurs filets à la manière de pêcheurs invétérés, elles s’installèrent à une table attenante à plusieurs autres,  occupées par des hommes qui se mettaient à leur envoyer  des signaux dont elles déchiffrèrent le sens.                Mais elles étaient trop méfiantes pour s’embarquer avec le premier venu, histoire d’éviter le moindre scandale qui pourrait leur causer beaucoup plus d’ennuis et encore moins détruire leur vie conjugale qu’elles étaient en train de saboter par elles mêmes.                Les deux clients de l’autre fois arrivèrent au café et s’installèrent à une table quand  Sfia et son amie étaient là. Dans une fraction de seconde l’un d’eux les eut vues. Elle  demanda à son amie de tourner doucement la tête pour reluquer les deux partenaires de la dernière fois. Dès que les regards se croisèrent, ils se levèrent pour aller les saluer. Après quelques minutes de discussions à bâton rompu, Sfia et Jamila se trouvèrent toutes les deux dans la même maison avec ces deux hommes.              Au moment de la tombée de la nuit Moukhtar et son neveu Hammouda retournèrent à la maison. Quand ils entrèrent subrepticement à la manière de deux voleurs, Ils furent  surpris de n’avoir y trouvé personne susceptible de les renseigner sur l’absence de leur femme tout comme des enfants.               Ils sortirent illico pour les chercher en ville. Ils  firent  le tour des cafés en  fouillant tous les coins de fond en comble, mais ils ne trouvèrent aucun d’eux.               En chemin de retour, non loin de la maison, ils aperçurent sous la lumière d’un pylône électrique leur petite fille qui parlait avec ses amies de classe.               Comme elle était contente de l’offre qu’elle a reçue tout comme ses frères, elle accourut à leur rencontre pour leur dire que Sfia leur avait donné à chacun une somme d’argent.              En rentrant à la maison, les deux cocus se mirent à deviner la signification et le sens de l’absence injustifiée de leur femme qui aurait avoir une liaison adultère.              Pour se renseigner amplement sur ce qu’il pouvait se tramer derrière leur dos, Moukhtar se mit à poser des questions :      —   Où sont passés tes frères ? demanda-t-il à sa fille.       —  Ils sont sortis en ville,  répondit sa fille, toute surprise de leur retour imprévu.      —  Et les deux autres  qui devaient en principe être là ? Parle ! Ou je te donne une claque, gronda son père, broyant du noir.      —  Je n’en sais rien, répondit-elle, toute apeurée. Elles étaient là tout à l’heure.      — Elles vont voir de quel bois je me chauffe ! Lança Moukhtar,  tout irrité.               Ce n’était qu’au lever du jour que les deux femmes rentrèrent à la maison toutes en confiance. A la vue de leur mari qui les attendait, elles  faillirent  s’effondrer de peur.     —  Où étiez-vous ? demanda Moukhtar sur un ton menaçant. Je veux une et une seule réponse, claire et nette.     —  Chez une amie. Elle m’a invitée à un dîner, répondit Sfia, qui avait le sens de la répartie et du mensonge. Elle nous a suppliées de passer la nuit chez elle pour lui tenir compagnie parce que son mari est en voyage à l’étranger et il ne rentrera à la maison que dans une semaine.       — C’est un bon alibi pour camoufler vos bêtises et votre trahison, répliqua-t-il. Je ne suis pas né de la dernière pluie pour croire vos impostures. Vous allez me le payer toutes les deux !              Sfia commença à balbutier des excuses sans parvenir à faire croire à Moukhtar aucun de ses mots mensongers. D’un commun accord avec son neveu, il prit fermement la décision de les répudier dans les délais les plus brefs qui soient.             Ces pécheresses ont rejoint toutes les deux la maison de leurs parents qui n’étaient pas du tout satisfaits de leur comportement aberrant.              Jamila  était admonestée par son père qui lui demanda :      — Alors, dis-moi exactement ce qui t’arrive pour que tu reviennes si vite à la maison ? Je pense que ton mari a toutes les raisons du monde de te chasser du foyer conjugal. Je connais bien Hammouda depuis qu’il était tout petit. C’est l’homme  idoine qui convient à une femme mais à condition qu’elle soit correcte et fidèle et pas comme toi, espèce d’idiote. Je sais très que cette stérile de Sfia t’a embobinée.       — Je ne suis pas du tout responsable de ce qui m’arrive, bafouilla Jamila. Sfia me traitait mal et me faisait la pression pour que je me plie à son bon vouloir. Elle menaçait de me dénoncer à Moukhtar si je ne répondais pas à tous ses désirs et moi je n’avais pas le choix de faire autrement.       —  Et pourquoi, bon sang, tu n’as pas mis au courant ton mari de tes problèmes avec elle ? cria son père, qui ne connaissait pas bien les malices et les tours que Sfia fut capable de jouer à sa fille novice.        —  Hammouda n’est pas le genre d’homme que tu crois être, mon père, marmonna-t-elle. C’est un bon à rien, dépourvu de personnalité et incapable de faire du mal à une mouche. Comment veux-tu qu’il pourra décider de mon sort face à une femme effrontée. Depuis le jour où j’ai posé le pied dans cette maison, j’ai constaté qu’elle avait beaucoup d’ascendant sur lui. Elle le traite comme un intrus, insignifiant pour elle. Même son oncle Moukhtar ne voit pas en lui l’homme charismatique qui incarne le prototype d’une personnalité forte et capable de s’imposer.      — En t’écoutant parler ainsi, dit son père, je ne peux m’empêcher de croire que tu es en train de déprécier la valeur de Hammouda, purement et simplement, sans qu’il n’ait jamais osé froisser ton amour propre et être grossier avec toi.        —  Je ne dis que la vérité, dit-elle. Je n’ai aucune raison de mentir sur ce qu’il est. Devant Moukhtar, il se comporte comme un enfant poltron et timoré, plein de frousse.       —  Quoi que tu dises, tes arguments sont infondés et partant, ils n’ont aune valeur pour moi, dit son père. Le moins que tu puisses faire à présent, c’est de rester à la maison et de quémander le pardon pour tes péchés. Ta mère et moi, nous allons chez Brahim pour récupérer ton fils qui restera vivre avec nous et dans ton giron. Abstiens-toi, de raconter quoi que ce soit sur ce qui vient de t’arriver et ne souffle nul mot à personne en ce qui concerne ce satané séjour que tu as passé en compagnie de Sfia.      —  J’aimerais bien voir mon fils et l’embrasser fort, avoua-t-elle. Je me sens frustrée de son amour et son odeur. Vous feriez mieux de me le ramener le plus tôt possible.        —  Compte sur nous, promit son père. Brahim ne dira rien au sujet de son fils. Il sait bien que tu l’aimes encore et tu as mal fait quand tu t’es empressée de te remarier avec Hammouda. C’est une faute impardonnable que tu as commise. Tu perds tes maris parce que tu ne tiens pas à eux et tu les changes comme tu changes de chaussettes. Tu as intérêt à changer d’attitude pour reprendre sérieusement ta vie en main. Cesse de donner le mauvais exemple à tes sœurs qui devront, elles aussi, se marier un jour.      — Ton père a raison, ajouta sa mère, prends l’exemple sur nous et ta vie aura du sens. En tant que couple, nous n’avons jamais pensé à nous séparer à cause des futilités ou des mésententes qui sévissent des fois entre nous parce que nous étions fidèles et justes l’un vers l’autre. Je n’en finis pas d’espérer que, Brahim et toi, vous vous remettiez ensemble pour votre bien et encore moins pour celui de votre fils qui a besoin  d’une affection fusionnée.      —  C’est ce que je souhaite, moi aussi, reprit son père, pour arrêter définitivement ce jeu enfantin de se remarier d’abord puis  divorcer ensuite. Reprendre sa vie à zéro à chaque divorce est une perte de temps irrécupérable.       — Brahim a commis un acte immonde, gronda Jamila, en soupirant et moi je lui en tiens toujours rigueur. Cette fille, Zeneb, qu’il s’est permis de v****r sauvagement, est une proche parente et encore moins la sœur de son ami intime, Jalil.  C’est à cause de lui que sa vie de fille ambitieuse a été détruite en une fraction de seconde et partant, elle a été obligée de ce marier à un homme sénile et décrépit pour sauver le peu de dignité qui lui reste.        —  C’était une faute monumentale qu’un homme des pourrait commettre dans des circonstances pareilles, justifia sa mère. En plus, elle était lourdement payante pour lui. Regardez-le comment  il est sorti de prison ! Il est complètement traumatisé et cet état de choc fait de la peine à ses parents. Ne sois pas encore dure envers lui. L’erreur est humaine et, toi aussi, tu as commis des erreurs dans ta vie. Personne ne pourra te donner raison si l’on évoque tes impairs. Il vaut mieux pour toi d’oublier le passé pour t’épargner plus de regrets et de remords et vivre le moment présent en pensant à ce qui est bon pour toi et pour ton fils. Ce pauvre garçon, que tu as délaissé pour tenter l’expérience d’un remariage en ville, improvisé et hasardeux, paye le prix fort de tes bêtises.     —  Cessez de m’importuner tous les deux ! J’en ai assez de vos  remarques et critiques lancinantes, dit-elle. Je suis assez grande pour savoir ce qui m’importe. Je prends note de vos conseils, mais à condition que vous arrêtiez vos remontrances que je trouve aussi  outrées qu’acerbes et intempestives.      —  Etant tes parents, répliqua son père, nous sommes en droit de te montrer le bon chemin si tu te considères que tu es encore un tant soit peu notre fille. Nos conseils sont clairs et nets et sans fioritures. Ils proviennent du fin fond du cœur et tu n’as pas de raison de les réfuter pour continuer à commettre des actes impardonnables. Désormais, tu vas commencer à m’écouter parce que je ne supporte plus tes niaiseries de fille entêtée.      — Maintenant, on va changer de langage, dit sa mère, les voisins sont tous ouïe  pour percevoir le moindre détail de notre bavardage.      — Vous feriez mieux ! grommela-t-elle en allant défaire sa valise et profiter de quelques instants de calme.              Les parents de Jamila n’étaient pas contents de ses dérives  et cherchaient par tous les moyens à mettre un point d’honneur à sauver son image de marque. Ils se mettaient d’accord pour convaincre les parents de Brahim d’intervenir auprès de leur fils pour lui donner une deuxième  de se remettre avec son ex femme.                Jamila, qui avait rallié le foyer familial, a repris si vite le rythme initial du mode de vie qu’elle menait auparavant. Elle continuait à vivre sous le même toit avec ses parents jusqu’au jour où Brahim, apparemment rétabli de son traumatisme moral, se remaria avec elle juste après son divorce de Hammouda.              Elle a rejoint  Le foyer conjugal en décidant de repartir du bon pied. Elle fut tombée enceinte et souhaita enfanter de triplés  pour rattraper avec Brahim le temps perdu.             Hammouda, qui n’avait pas pu supporter le travail de graisseur et d’aide conducteur, exposé au risque imminent des accidents de la route et vivant en célibataire, loin de ses parents, retourna vivre au patelin et tenter sa chance de se remarier avec une  autre fille du Douar Doum.                                          CHAPITRE XXII              Tamou qui en voulait Beaucoup à Sfia et Jamila pour leur infidélité et comportement d’impures et mauvaises femmes, a promis à son fils Hammouda de lui chercher une autre femme chaste, honnête et pure. Après plusieurs mois de concertation avec son fils, leur choix est tombé  sur une fille de bonne famille, qui a toutes les qualités requises pour paraitre naturellement jolie.             Elle frisait presque la vingtaine, taille moyenne, yeux vifs, cheveux longs et noirs. Son père, appelé Khamali, était un homme musclé et  robuste. Il travaillait à peu près comme khammas, qui signifie cultivateur au cinquième de la terre chez certains propriétaires terriens de la région.               Il exerçait parallèlement et par amateurisme le métier  d’apiculteur. Il possédait un lopin de terre d’une superficie de cent mètres carré, situé dans un coin des jardins de la ferme, dans lequel étaient étalées six à huit ruches où logeaient quelques essaims d’abeilles. Il était connu au Douar par le spectacle de la transe qu’il faisait devant jilala en se fouettant, au rythme du sifflement des flûtes et du bruit strident des bendirs, le dos tout nu, par une ceinture de cuir artisanale.              Comme à son habitude, Tamou se chargeait de se rendre au domicile des parents de la fille ou la femme qu’elle voulait demander en mariage pour son fils.              Vêtue d’une tenue modeste et un peu misérable, elle se dirigea vers la maison des parents de la fille élue. Deux chiens, chétifs et un peu méchants, l’aboyèrent et essayèrent de s’attaquer à elle, mais étant habituée à ce genre de mission, elle  réussit à les repousser à l’aide de son bâton, tenu à la main comme seule arme de défense.             Se rendant compte de sa présence, Zahia, la mère de la fille concernée, vint à son secours et la fit entrer à la maison pour savoir  ce qu’elle avait derrière la tête.             C’était une femme de taille haute, un peu maigre avec un visage ovale et légèrement lisse et osseux, des sourcils plus ou moins arqués, leste et rapide.             Elle se portait toujours volontaire pour faire partie de celles que l’on appelait quand on avait besoin d’un coup de pousse pour préparer le couscous à la façon traditionnelle à l’occasion des différentes cérémonies organisées au Douar.             Cette femme était une parfaite danseuse qui savait faire des youyous pour exprimer la joie dans les mariages et autres festivités.             Après les salutations d’usage et pour enchaîner la discussion, Zahia demanda à Tamou :      —   Comment va ton frère Moukhtar ?       —   Il va beaucoup mieux,  répondit Tamou brièvement.       —  Est-il vrai qu’il avait divorçait de Sfia ? interrogea-t-elle curieusement.      —   Absolument vrai, confirma Tamou.      —   Pourquoi  se sont-ils séparés si vite ?  demanda-t-elle.      —   Peut-être pour le bien de chacun d’eux,  affirma Tamou.      —  Sfia se permet toujours de prendre le mariage à la légère, remarqua Zahia. C’est une femme stérile qui croit n’avoir aucun avenir en se mariant.      —  Avec Moukhtar, aucune femme ne réussira à badiner, dit Tamou.      —  C’est vrai, Moukhtar n’est pas le genre qui se laisse faire, renchérit Zahia. C’est un homme qui a de l’humour, mais il est toujours à cheval sur les principes et son intransigeante est irréversible dans la majorité des cas et encore moins quand on touche à son honneur.       —  Comme tu viens de le dire, avoua Tamou, Sfia est une femme qui profite de sa stérilité pour n’en faire qu’à sa tête et ne se préoccuper d’aune façon de la dignité de son mari. Elle et Jamila, la femme de mon fils découchaient plusieurs fois. Moukhtar les a débusquées.      — Jamila a été dupée, dit Zahia et c’est le troisième mari qu’elle vient de perdre à cause de sa naïveté. Mais je crois qu’ils ont  bien fait, elle et Brahim, de se remettre ensemble en oubliant le passé douloureux qu’ils ont vécu après l’implosion de leur couple.      — Revenons à notre sujet et reléguons les problèmes des autres au second plan,  dit Tamou.     —   Je peux savoir de quoi s’agit-il ? demanda Zahia.      —  Bien sûr ! Je suis venue te demander la main de ta fille Nadia  pour mon fils Hammouda, dit-elle.       —  Avant de prendre une décision à ce sujet, dit-elle, je dois d’abord demander l’avis de ma fille et encore moins celui de son père et de ses frères. Laisse-moi au moins deux jours pour  trancher avec eux.      —  Est quand est ce qu’on a demandé dans ce Douar l’avis de nos filles avant de les marier  à qui que ce soit? grogna Tamou. Ta fille n’est-elle  pas là ? Je voudrais la voir.       —  Non, elle travaille maintenant à la ferme dans la cueillette des oranges, répondit Zahia. C’est l’occasion propice où Hachmi    s’en prend aux filles et cherche d’autres victimes.       —   Et Khamali, ton mari ? demanda Tamou.       —  Lui aussi n’est pas là non plus. Il est allé travailler chez le  propriétaire terrien et je ne sais pas quand est ce que va-t-il revenir, dit Zahia.      — J’attendrai votre réponse pour prendre mes dispositions. Que Dieu vous garde tous, conclut Tamou en quittant la maison de khamali.              Dès le retour de Khamali et ses enfants, Zahia n’a pas  tardé  de leur parler de la visite de Tamou, qui vint lui demander la main de leur fille Nadia  pour son fils Hammouda.             Surpris d’apprendre la nouvelle, Khamali et ses enfants,  émirent des réserves à ce sujet. Chacun pensait que Nadia n’est pas le genre de fille qui pourrait supporter les folies extravagantes de Tamou. Zahia leur faisait savoir que  sa fille et Hammouda,  lorsqu’ils seront mariés, ils  vivront seuls dans une nouvelle maison, qui maintenant en cours de construction. Hammouda avait travaillait, dit-elle, avec son oncle Moukhtar, faisait quelques économies et il pouvait maintenant investir son argent dans l’achat d’une vache laitière et quelques moutons et brebis. Nadia n’aurait pas de problèmes pour les garder. Elle savait mieux que personne comment on pouvait s’en occuper.  Devant l’argumentaire convaincant de Zahia, tout le monde se mit d’accord pour marier Nadia.                Quand Tamou revint chez elle, Hammouda l’attendait devant l’entrée de la maison pour savoir le résultat obtenu à propos de Nadia.               Elle lui expliqua qu’elle n’avait trouvé personne à la maison, sauf  la mère de la fille, qui n’a pas pu prendre la décision finale pour émettre un avis favorable.               Malgré les dires de sa mère, Hammouda ne désespéra pas et resta plus ou moins optimiste que Nadia serait sa femme sans aucun doute.               Au bout de deux jours, Zahia  informa Tamou  que tout le monde était d’accord pour ce mariage. Quelques semaines plus tard, une fête, célébrée dans la joie et l’enthousiasme, était organisée en l’honneur des deux mariés.              Hammouda qui n’avait pas eu la chance de trouver en Jamila ce qu’il espérait, était récompensé de ses bonnes intentions pour faire des enfants et vivre en communion avec sa nouvelle épouse  en  menant une vie décente et tranquille.             De la même manière, Moukhtar s’est marié, lui aussi, avec  une jeune fille d’un autre Douar. Il avait célébré son troisième mariage chez Tamou dans des conditions festives et pleines de joie. Après quelques années, sa vie fut écourtée par un accident de route dans lequel il est mort sur le coup.                                            CHAPITRE XXIII                  Sfia, l’ex femme de Moukhtar, vivait avec son frère Khamis. Mais, à vrai dire, elle ne supportait pas le fait de sombrer dans l’oisiveté et le chômage.  Sur un coup de tête, elle décéda alors de quitter le Douar  pour repartir du bon pied. Elle se fut établie dans une ville de la région où elle rencontra avec le temps un homme du pays, d’un âge avancé, qui travaillait à l’étranger. Après avoir devenu mari et femme, il l’emmena vivre avec lui pour y travailler et s’y fixer. Depuis ce temps, la vie de Sfia fut changée.                 A l’occasion de chaque saison d’été, elle venait chez son frère pour passer un séjour de congé qu’elle partageait entre la maison, le voyage et l’estivation dans les plages.               Puisque c’était une femme charitable et généreuse, elle apportait, aux habitants pauvres du Douar, des colis de vêtements, des ustensiles de cuisine, quelques bouteilles de boissons alcoolisées et des paquets de cigarettes de marques variées. Elle leur distribuait ces choses en particulier lors des fêtes qu’elle organisait à l’occasion de son retour, ne serait-ce que pour se défouler et oublier un tant soit peu la vie dure qu’elle passait à l’étranger, loin de ses proches.               Avec ces gestes de générosité et de bienveillance qu’elle faisait à l’endroit des gens nécessiteux, elle avait gagné leur estime et devenue à leurs yeux la femme la plus aimée. Toutes ces gens habitués à bénéficier de ses dons et offrandes, attendaient son retour annuel avec impatience.               Avec les économies qu’elle avait faites, elle avait pu investir dans la construction de maisons et l’achat de lots de terrains non bâtis. Elle avait marié la fille ainée de son frère à un émigré du pays. Après la mort de son mari, son frère Khamis, accompagné de son épouse et ses enfants la rejoignirent à l’étranger pour y vivre ensemble.                                    CHAPITRE XXIV                  A la ferme, Boubi était toujours la main droite de Jodard. Tous les ouvriers et habitants du Douar Doume voyait en lui l’homme le plus influent que personne d’autre n’avait jamais pu oser le contredire en ce qui concerne la marche et le fonctionnement du service dans cette exploitation agricole.               Puisque sa maison se trouvait à une vingtaine de kilomètres du lieu de travail, il faisait la navette à moto pendant les jours ouvrés. Hamri et Maati l’invitaient régulièrement à partager avec eux le repas du déjeuner qu’ils prenaient par obligation  au champ de travail et à l’extérieur de leur domicile. Il se complaisait à manger à leurs dépens sans jamais prendre la peine d’apporter ses repas.              Cette attitude de ne point s’inquiéter de ses manières de profiteur imposé au nom de la place de choix qu’il occupait,  lui allait tellement à merveille. Son ascendant et son emprise sur ses subordonnés, lui avait conféré en définitive le statut et l’étiquette  d’une personne apte à traiter, discuter et résoudre, aux ouvriers réputés obséquieux et incapables de compter sur leur force musculaire, leurs  problèmes avec Jodard qui n’était jamais satisfait de leur rendement.              C’est uniquement dans cet intérêt que quelques familles faisaient des pieds et des mains pour s’approcher de lui en s’évertuant à gagner sa bienveillance et son estime.                A l’époque, il habitait au Douar et tout près de la ferme une femme, appelée Halima, la quarantaine, de taille normale, un peu mince, le teint brun, cheveux noirs et toujours en chignon, visage légèrement affaissée, voix douce et chargée d’affection. Elle  ne diffère presque en rien des manières et du comportement de Lalla Zahra, l’entremetteuse et sorcière de Mekki.               Son mari, appelé Allal, la cinquantaine, taille normale, un peu gros, calme mais parfois nerveux, légèrement sourd et percevait difficilement la parole de ses interlocuteurs. Il était un grand priseur, sale et dégoutant, toujours la tabatière et le morceau de tissu vieux et froissé à la main pour se moucher le nez après chaque prise de tabac.              Cet homme n’avait aucune ascendance ni autorité sur sa femme pour l’empêcher de faire, inconsciemment et sans retenue, ses quatre volontés et  de l’éloigner de Boubi avec qui elle avait tissé des liens très étroits en devenant sa confidente et  moucharde de prédilection.              A chacune de leur rencontres, que ce soit à l’intérieur ou l’extérieur de la ferme, elle était tenue de lui raconter par le menu tout ce qui avait trait à la vie intime et aux problèmes des habitants.                 Au fur et à mesure qu’elle gagnait sa confiance et son estime, Halima se contentait de sa victoire imminente de conquérir de plus en plus Boubi pour aboutir à  ses fins et réaliser son rêve de devenir la femme la plus influente au Douar.                Elle rêvait de prendre le dessus sur cette harpie de Lalla Zahra, la sorcière et instigatrice du coup fatal porté dans le dos de Thami, qui n’avait rien fait de bien, selon ses dires, que de jouer le rôle malicieux de séparer Yamna de son mari et ses enfants.               Au fil du temps, Boubi s’était bel et bien attaché à la compagnie et à l’amitié de Halima. Il était arrivé au stade de ne pas se laisser passer de ses services les plus utiles en matière de renseignements et d’informations de  ce qui se disait à son propos à l’intérieur comme à l’extérieur de la ferme.              Mettant toujours ses intérêts personnels en avant, Halima, surprise par la visite inattendue de  Boubi chez elle, n’hésita pas, après le salut d’usage,  à lui en toucher un mot à propos  de son mari.    .
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