Chapitre XV,suite 1

5000 Mots
de Ghali, l’oncle maternel de Yamna. Elle était de taille moyenne ni grosse ni maigre, cinquante ans, souriante et gentille vis-à-vis du commun des mortels, le teint brun et le visage injecté de sang. Elle était réputée exercer tous les types de sorcellerie et d’envoûtement. C’était à elle que s’adressait  en catimini  toute personne stressée, chagrinée, déprimée ou n’ayant pas obtenu gain de cause dans une affaire quelconque.              Mekki vouait une certaine jalousie latente à l’égard de Thami. Il voulait conquérir Yamna pour le dévaloriser et le discréditer aux yeux de toutes les personnes qu’il fréquentait. Pour ce faire, il avait commencé par entretenir des rapports étroits avec cette maquerelle. Pour la rallier à sa cause d’homme capricieux et fantaisiste, il se mettait, d’entrée de jeu, à la couvrir  de cadeaux de valeur qui pouvaient convenir à une femme de son genre. Avant de lui apporter quoi que ce soit, il se rendait chez elle  pour l’entretenir au sujet de ses offres et encore moins de ses visées particulières :      —  Bonjour Lalla Zahra ! dit-il. Tu as reçu mes cadeaux de cette semaine ?       —  Oui, je les ai reçus. C’est Hamdane qui me les a apportés, répondit-elle, bien satisfaite.       —  Est-ce qu’ils  te plaisent  vraiment ?  demanda-t-il. Si c’est le cas, en attends-toi à d’autres, mais mon offre n’est pas gratuit. C’est à charge de revanche. Chaque chose a un prix ! Et c’est à toi de choisir entre gagner de l’argent et percevoir des cadeaux ou n’en avoir absolument rien. La balle est dans votre camp et c’est à toi de jouer. Moi, j’attends une action rapide de ta part.        —  Oui, je les apprécie, répondit Lalla Zahra. Mais je veux de prime abord que tu me rendes un service.        —  Lequel ? demanda Mekki. Je suis à votre disposition pour quoi que ce soit.      — Mon mari ! dit-elle implicitement pour le préparer à répondre à sa requête.       — Qu’advient-il de ton mari ? demanda Mekki. Est-il malade ?         — Non ! Il va bien, répondit-elle. Il a seulement besoin d’aide dans d’autres choses qui n’ont rien à voir avec la maladie.         —   Quel genre d’aide ?  demanda-il, l’air  surpris.         —  Il a besoin d’un travail à la ferme, fit-elle.  Ces derniers temps nous sommes sans le moindre sou qui vaille et, lui, il passe tout son temps à radoter. J’aimerais bien qu’il changera d’attitude et de rythme de vie. A vrai dire, ce n’est qu’à toi que je peux m’adresser pour solliciter ton aide.         —  Ne t’inquiète pas, dit-il. Je vais le caser quelque part. Je suis là pour vous apporter la solution à ce genre de problème et vous accompagner dans le meilleur et dans  le pire.        — Cela fait presque un mois qu’il n’a pas travaillé, se plaignit-elle et nous sommes maintenant à court d’argent comme je te l’ai dit  pour subvenir à nos besoins.       — Désolé pour vous ! lança-t-il. Je n’ai pas idée de votre situation.            —  Je compte sur toi ! dit-t-elle.     —  Tiens ! Prends-les ! fit Mekki.      — C’est pour qui ? demanda Lalla Zahra, joyeuse de cette liasse de billets de banque dont elle n’a jamais rêvé.      —  Avec cet argent, tu peux t’acheter ce dont tu as besoin, dit Mekki.      —  C’est très gentil de ta part ! dit-elle. Je te le rembourserai quand mon mari aura perçu la paie de la quinzaine de son prochain travail à la ferme.      —  Tu ne vas rien me rembourser ! dit-il, l’air sérieux. Ils sont maintenant à toi. Tu peux en faire ce que tu veux.      — Merci beaucoup ! dit Lalla Zahra ; je n’oublierai jamais votre acte généreux.      — Dorénavant, tu peux compter sur moi. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas de le dire à Hamdane. Il me transmettra tous tes désirs.     —  Dis à ton mari que je l’attendrai demain à la ferme,  dit  Mekki avant de s’en aller.      —   Merci beaucoup ! Que Dieu te bénisse ! Fit la maquerelle.             Mekki, se sentait très content d’avoir rencontré la femme qui allait le mettre en contact direct avec Yamna, l’épouse de Thami, qui n’en savait rien sur ce qui se tramait derrière son dos.              Quand Hamdane a été voir Lalla Zahra, la femme de son oncle Ghali, elle lui avait parlé de sa longue conversation avec Mekki qui lui avait promis qu’il allait trouver du travail à son mari.              Hamdane était très satisfait d’entendre ce qu’il considérait comme étant une bonne nouvelle. Il se mit à le couvrir d’éloges  et à encenser aussi toute la générosité dont il faisait à l’égard de sa famille et de ses proches.             Il pria Lalla Zahra de bien servir cet homme sans discontinuer et de lui faciliter toutes les démarches pour pouvoir s’emparer de sa prochaine maîtresse. La maquerelle  lui a fait savoir que tout devenait fluide et souple entre ses mains et qu’aucune femme  au Douar ne lui opposerait  de  résistance.               Mekki commença à multiplier les rencontres avec Hamdane à la ferme et au village. Leur relation se renforça de plus en plus. Les conditions de vie de la famille de Yamna s’étaient améliorées grâce aux dépenses d’argent prodiguées par Mekki dans l’achat de denrées alimentaires, légumes verts et fruits de saison variés.                Les parents de Hamdane tout comme ses frères et soeurs, frustrés auparavant de la saveur de quelques mets délicieux d’un repas, goûtaient pour la première fois de leur vie le plaisir de manger à leur faim. De ce fait, ils se mettaient à apprécier par ignorance les qualités humaines de l’homme qui voulaient les flatter par sa générosité démesurée.                En procédant ainsi, Mekki avait une idée infernale derrière la tête. Il comptait s’infiltrer en douceur dans la famille pour arriver à ses fins.               A l’instigation de ses parents, qui avaient cru bon d’inviter Mekki à un dîner, Hamdane  appela Lalla Zahra pour veiller à la préparation du repas. C’était du couscous à la viande d’agneau et légumes plus tagine de poulet rouge.               A l’occasion du jour de souk, Yamna était habituée à se rendre chez ses parents pour partager avec eux quelques moments de plaisir. Quand elle fit son entrée dans la salle réservée à cet effet, elle était surprise de constater la présence de deux personnes de plus. Elle salua tout le monde puis elle sortit voir sa mère qui s’affairait à la cuisine en compagnie de la maquerelle.               Sans hésitation aucune, elle lui lança de but en blanc :     —  Que fait cet homme chez-vous en cette heure ? Vous avez perdu la tête ou quoi ? Je trouve que c’est une première de s’accoquiner avec un type pareil qui ne peut  nous apporter que du mal. Lequel parmi vous a initié  cette façon de faire ? Vous voulez que je m’attable à ses côtés et manger avec lui dans le même plat ? Cela n’arrivera jamais ! Je le dis et je le maintiens !        —  Cet homme dont tu parles, dit sa mère, ce n’est personne d’autre que Mekki, l’homme le plus influent à la ferme qui fait le bon et le mauvais temps tout comme Boubi. Je te rappelle que tout le monde souhaiterait bien s’approcher de lui pour profiter de ses services.        — Je comprends, ma mère, où tu veux en venir ! Ce fornicateur, moi, je le connais, mais à la ferme. Quand je travaillais dans la cueillette des agrumes, je ne l’ai jamais supporté. J’avais un pressentiment qu’il voulait s’approcher de moi pour me séduire comme il le faisait avec ses victimes. Mon sixième sens ne ment pas. Je n’ai pas confiance en lui. Si Thami, mon mari, apprend quoi que soit à propos de cette invitation, il se fâchera contre nous tous et dès lors les choses prendront une mauvaise tournure.               Mais, ma fille, soit compréhensive ! dit sa mère. Mekki est quelqu’un de bien. Il ne cesse de prendre soin de tes frères, en particulier Hamdane, qui, grâce à lui, il occupe un bon poste à la ferme. Nous devrons lui rendre la pareille quand même. L’inviter à un dîner n’est pas du tout un pêché et ça fait partie de nos anciennes traditions. C’est en le traitant de la sorte qu’on pourrait gagner son estime et son attention.        — Faites ce qui vous arrange ! s’exclama Yamna un peu intriguée. Moi, je suis loin de ce genre de rapports que vous voulez entretenir au détriment de je ne sais quoi. Je n’ai pas envie de parler encore de ce guignol. Où est mon père ?  Je veux le voir avant de rentrer chez moi.            —  Il doit être  dans la courée,  dit sa mère.       —  Sans rajouter quoi que ce soit à ses propos, elle alla le chercher.       —   Que fais-tu là, père, tout seul ? demanda Yamna        —  Je me repose ! grommela-t-il. Je ne veux absolument  pas  m’asseoir près de ce grossier. Il me traitait mal quand je travaillais à la ferme. Je déteste sa présence parmi nous. Il peut un jour nous faire du mal malgré l’hospitalité dont on fait preuve à son égard. Mais où est Thami, ton mari ?       — Mon mari ! s’exclama Yamna. Il passe tout son temps entre la ferme et le village où il se rend au café pour jouer  aux cartes. Il ne rentrer qu’à une heure tardive de la nuit. Il nous délaisse jour et nuit et ne marque sa présence parmi nous que rarement. Son comportement m’agace énormément et je n’ai ni l’envie ni le désir de le voir bifurquer du droit chemin.       —  Est-ce qu’il fréquente ce café avec quelqu’un du Douar ou tout seul ? demanda son père. Il a le droit de se divertir quand même. Mais se déplacer au milieu de la nuit est trop risqué pour lui.     —  Il n’est jamais seul !  répondit Yamna. Badid, mon frère  l’accompagne en permanence. Ils sont devenus inséparables comme deux frères jumeaux. Mais, moi je m’en fiche pas mal qu’il soit seul ou accompagné. Ce que je veux, c’est qu’il reste près de nous. Ses enfants ne cessent guère de m’importuner avec leurs questions au sujet de ses absences de nuit répétées.            Quand Yamna était en train de parler de ses problèmes avec son père, Hamdane, assis avec ses invités, autour d’un thé à la menthe, engagea la conversation pour parler des derniers faits marquants.     —  Cette semaine, Choukri avait perdu tout l’argent de paie, dit-il. On m’a raconté que des enfants, qui jouaient près de l’épicerie de Tahar, se sont moqués de son fils. En réagissant contre leur ironie puérile, il les a menacés avec une barre de fer. La situation a failli tourner au vinaigre entre ces marmots. Un homme qui s’est aperçu de leur dispute les a séparés.      —  Où ça ?  demanda Mekki qui voulut en savoir plus.     —  En jouant aux cartes,  pressée de répondre, Lalla Zahra qui en sait tout.     — La chance n’a pas été de son côté cette fois-ci, lança Hamdane en minimisant la gravité de cet acte de folie qui n’est ni le premier ni le dernier.  — Ce minable doit être renvoyé de la ferme sans idée de retour, conclut Mekki. Perdre tout l’argent de la paye en une nuit et ne laisser à ses enfants de quoi vivre, c’est vraiment de la folie.     — Que pensez-vous de Dib et Tamou ? demanda Hamdane.  Ces deux là qui ne cessent de se chamailler presque tous les jours pour des raisons futiles  et non fondées.      — Ils sont tous les deux, critiqua Lalla Zahra, presque du même acabit, revêches et grincheux, mais Tamou incarne, à elle seule, le genre de femme  rustre et atypique. Elle  passe tout son  temps à se quereller avec lui et sa femme en leur cherchant la bête noire pour les provoquer.        —  Le mois dernier, la paille que Tamou avait stockée devant l’entrée de sa maison avait pris feu de jour, dit Hamdane. Le responsable de l’incendie, ce ne peut être que Dib et personne d’autre. Il est toujours l’auteur de ce genre de coup lâche. Je vous parie un coq de basse cour si ce n’est pas lui. Je connais son caractère. Il a spécifiquement les traits  d’un kleptomane et encore moins d’un pyromane. Nous vivons dans le même Douar et nous nous connaissons les uns les autres.        —  Non, je ne crois pas que ce soit lui, objecta Lalla Zahra. Tes allégations ne peuvent être que fausses. Moi, je pense que ce n’est pas un acte volontaire et ça ne pourrait être que celui  de certains teenagers qu’on pourrait qualifier de petits fumeurs  qui jettent  par terre et n’importe où leurs allumettes  ou leur mégot par mégarde et sans avoir même pas pris la peine de les atteindre.       — Dib est le neveu de Hamri, dit Mekki. C’est une personne sombre et ambigüe et ses traits ne correspondent  pas à ce que je pense au qualificatif que Hamdane lui a donné. C’est un homme qui n’est pas du tout sordide,  il n’a jamais fait de mal à personne à moins qu’on ne lui cherche la bête noire. A la ferme, il se comporte de façon stricte et irréprochable afin d’éviter les médisances et le dénigrement des autres.      —  C’est l’homme le plus intrépide que je connaisse au Douar, renchérit Lalla Zahra. Personne, chez nous, ne peut l’égaler en acte de bravoure et de courage. Il respecte beaucoup les femmes. Il n’a jamais osé frapper Tamou quand elle se montrait le plus souvent grognonne et insultante à son égard. Il laissait sa femme, Fatna, s’occuper d’elle et lui, il prenait du recul pour s’empêcher de se battre. Pour éviter d’aller en prison, il  prend  en compte  les rapports de forces  non proportionnels entre un homme et une femme.         —  Est-ce que vous êtes au courant de l’affaire de vol des moutons ? demanda Hamdane .               Ah ! Cela concerne les frères kharoubi ! s’exclama Mekki. Tout le monde en parlait à la ferme et beaucoup de mal se dit à leur encontre. C’est une honte que de s’emparer de ce qui appartient à autrui. Et de ne pas reconnaître ses méfaits  quand on est découvert.               Lalla Zahra appela Yamna, qui ne répondit pas, pour servir le dîner et manger ensemble. Son père lui dit que sa fille était déjà partie chez elle pour donner à manger à ses enfants. Les parents de Hamdane voulaient manger seuls en déclinant l’invitation de rejoindre les autres. Lalla Zahra servit le repas sans la présence de Yamna. Mekki n’était pas content, mais il cachait ses sentiments de malaise en parlant du couscous.      —  C’est délicieux, lança-t-il à l’adresse de Lalla Zahra. Je ne savais pas que tu étais une bonne cuisinière. La prochaine fois, je t’inviterai chez moi pour me préparer d’autres recettes.               A ta santé Mekki !  répondit-elle. C’est un grand jour pour nous que tu sois notre invité pour la première fois. Je souhaite que cette rencontre ne soit pas la dernière et que d’autres s’ensuivront.       —  Merci beaucoup ! Lalla Zahra, j’en suis ravi. Mais j’aurais aimé que les parents de Hamdane et sa sœur partagent ce repas avec nous. Je ne sais pas ce qui les empêche de s’asseoir à côté de nous  pour au moins discuter et briser le temps.      — Yamna a raté ce plat de couscous, dit Lalla Zahra. Je regrette qu’elle soit partie avant le dîner. Mais elle mérite nos excuses, ses enfants l’attendaient à la maison pour leur servir à manger.             Hamdane ne disait rien à propos de sa sœur et continuait à manger le couscous qu’il trouva, lui aussi, délicieux et appétissant et se contenta de remercier Lalla Zahra de l’avoir minutieusement préparé. Mekki promit à Lalla Zahra et Hamdane qu’il va les inviter la semaine prochaine et c’est Lalla Zahra, dit-il, qui préparerait le repas. Elle aura tous les ingrédients  nécessaires.            Le couscous a été suivi de tagine au poulet. Tous les trois  se sont bien régalés. A une heure tardive de la nuit, Mekki et la maquerelle quittèrent la maison pour rentrer chez eux. Au cours de route, Mekki voulait savoir ce que Yamna  pensait de lui et dit :      — Et cette femme de Thami, vient-elle souvent chez ses parents ? demanda Mekki en feignant de l’ignorer.     —   Tu veux parler de Yamna ? Fit Lalla Zahra.    —  Et de qui d’autres ? Bien sûr que je parle d’elle, répliqua Mekki. Je veux simplement savoir si elle avait l’intention de prendre le dîner avec ses parents au cas où je n’étais pas là.     —  Je n’en sais rien ! répondit Lalla Zahra, son départ t’intrigue  à ce point ?      —  Bien sûr que oui ! rétorqua Mekki. J’ai toujours  besoin de la connaître parce que je la trouve belle et elle en vaut le coup. Et la perdre n’entre pas en ligne de compte de mes souhaits.      — Tu veux t’approcher d’elle ?  demanda Lalla Zahra, qui commença à se rendre compte à quoi veut-il en venir.      —  Pourquoi pas ! s’exclama Mekki, si il y a possibilité de le faire. Je pense que je peux compter sur toi. Tu es à ce que je crois ma seule et unique confidente dans cette affaire et sans toi, jamais je n’aboutirais à mes fins.      —  Mais Yamna est une femme mariée et elle a des enfants. Je ne pense pas qu’elle soit capable d’entamer une relation extra conjugale avec toi. En plus, c’est l’épouse de de Thami ! Ton collègue de travail,  lança Lalla Zahra, interloquée. Tu veux le faire  cocu ou quoi ?     —  Prends-le comme tu veux, répliqua-t-il. Moi, je sais qu’il est sa femme, mais j’aimerais qu’elle soit mienne pour autant. Si tu m’aides à la conquérir, tu gagneras plus d’argent que tu ne l’imagine. L’objet de ma visite n’est pas le couscous ou le tagine, mais c’est elle.      — Tu crois que c’est facile de l’atteindre ? demanda la maquerelle. Son mari est dangereux et l’on ne peut pas se lancer facilement dans cette aventure. Si jamais il apprend que sa femme le trompe avec un autre, il pourra les tuer tous les deux et se faire justice soi-même sans  recourir à aucune institution judiciaire.     —  Tu es avec moi ou contre moi ?  demanda-t-il. Ce que tu dis maintenant ça s’appelle mettre des bâtons dans les roues et c’est ce que, toi, tu es en train de me faire pour détourner mon attention et faire échouer mes plans.      — Je suis avec toi et puisque tu insiste je vais faire de mon mieux pour obtenir la possibilité d’un rapprochement, promit-elle. Mais, pour ce faire, je devrai être un peu perspicace et attentive pour savoir où poser les pieds. Ce rôle que je vais jouer pour satisfaire tes désirs, ressemble à celui d’une entremetteuse qui s’engage dans un champ truffé de mines où il est probable qu’elle risque sa peau à tout instant.      —  Je veux que tu sois avec moi et à mes côtés,  dit-il. Dans toute aventure amoureuse, il ne faudrait jamais exclure l’éventualité des risques qu’il faut éliminer avant de tenter quoi que ce soit.      —   Que dois-je faire alors ?  demanda-t-elle.      — Toi et moi, dit-il, devrons être de connivence et faire les choses comme il se doit pour ne pas éveiller les soupçons des uns et des autres. Dès demain, nous allons échafauder un plan pour faire craquer Yamna et faire en sorte qu’elle soit émoustillée, charmée et séduite lors de mes avances amoureuses. Je veux être clair avec elle sur toutes mes intentions et lui faire comprendre qu’elle me plaît et que je vais faire d’elle la femme la plus heureuse au Douar.      — Tu peux compter sur moi, avoua-t-elle, mais à charge de revanche comme tu le dis toujours.     —   Sois explicite ! dit-t-il.     —  Je veux que mon mari travaille à la ferme sans interruption et bien rémunéré tout comme Hamdane et comme on dit : « chose promise, chose due. » Tu auras ce que tu escomptes avoir.      —  Rassure-toi, dit-il, ton mari aura du travail et sera bien payé au même titre que Hamdane. Boubi va m’aider à l’embaucher à titre d’employé  permanent. Tu en es contente, je suppose ! —  Oui, très contente ! confirma-t-elle. Et toi aussi tu le seras pareillement quand tu auras eu Yamna  dans les bras et tu en feras ce que tu désires.      —  Marché conclut ! dit-t-il. Fais attentions aux chiens, ils sont partout. Passe une bonne nuit !             Avant de se quitter, Mekki et la maquerelle ont convenu de se revoir le plus tôt possible afin de mettre à exécution leur plan. En se mettant à la tête des idées capricieuses et extravagantes, ces deux complices seraient-ils capables de mettre le grappin sur Yamna ? N’avaient-ils pas honte de chercher à détruire, sans le moindre respect des convenances sociales, le foyer innocent de toute une famille, en séparant la mère de ses enfants et de son mari ? Jusqu’où pourraient-ils aller pour atteindre leurs objectifs ?                Toute exaltée à l’idée de pouvoir réussir ce qu’elle considérait  comme étant un exploit, la maquerelle mit le cap en direction de Yamna. Au cours de la conversation, elle commença à lui tourner la tête pour la monter contre son mari.               Comme elle était madrée et malicieuse, elle forgea de toutes pièces une histoire pour  faire tomber sa victime dans la nasse. Elle lui mettait la puce à l’oreille en lui disant que Thami, son mari, la trompait avec Mina, l’épouse de Mekki et qu’un  jour, elle les eut aperçus en train de fricoter dans le jardin d’orangers quand elle était allée chercher de l’herbe pour ses vaches.                Comme elle était naïve et ingénue, Yamna n’en croyait pas ses oreilles. Elle jura par Dieu qu’elle ne tarderait pas de prendre sa revanche. Depuis lors, sans prendre le temps nécessaire pour vérifier la pertinence de cette information, elle se mit à  détester son mari sans lui accorder à tout le moins le bénéfice de doute.               De jour en jour, leur vie conjugale s’empirait. Thami qui ne prenait pas la peine de supputer ses chances de sauver un mariage en phase de péricliter, ignorait totalement les motifs du revirement brusque de sa femme. Il n’avait même pas essayé de lui en toucher un mot à propos du changement de son comportement.               Informé par sa complice sur la stratégie qu’elle avait adoptée pour manipuler Yamna et la façonner comme une pâte à modeler, Mekki s’estimait très heureux et satisfait du savoir-faire de la maquerelle. Il continuait à lui offrir de l’argent sans compter et à la combler des meilleurs cadeaux qu’elle appréciait beaucoup.                Quand la situation commença à tourner à l’avantage de Mekki et que Yamna savamment manipulée, devint malléable et  manifesta le désir de répondre aux attentes capricieuses de  Mekki, un premier rendez-vous était organisé chez Lalla Zahra. Leur rencontre se passa dans la discrétion totale.               Incitée sans coup férir à commettre de telle incartade, Yamna céda aux promesses illusoires et aux bonnes impressions de l’épouse de son oncle, visant à enjoliver à ses yeux l’image de son admirateur.       — Tu ne peux pas imaginer combien j’attendais ce grand moment de plaisir, chuchota Mekki à l’oreille de Yamna qui réussit à le repousser.       —  A vrai dire, moi, je ne m’attendais pas à ce que tu me fasses la cour, je suis une femme marié et je n’ai pas le droit de salir ma  réputation et encore moins celle de mon mari et de toute ma famille, avoua-t-elle. J’étais sur le point de te dénoncer à mon mari  lorsque je me suis aperçue que tu t’intéresses à moi.     — Et tu ne l’as pas fait ? demanda-t-il, en essayant de la prendre par la taille, parce que tu t’es rendue compte que tu mérites vraiment mon amour.          — Je n’ai pas besoin d’amour, rétorqua-t-elle. Ce dont j’ai besoin, c’est de faire les choses dans la discrétion absolue, sinon je ne pourrais  établir avec toi aucune relation homme-femme.    —  Je suis de ton avis, dit-il. Mais accorde-moi  l’opportunité de t’aimer quand même pour rendre cette relation harmonieuse.     — Pour ta gouverne, je suis une femme mariée et mère de plusieurs enfants. En principe, je ne dois en aucun cas me retrouver seul à seul avec toi dans cette maison. Si mon oncle apprend quoi que ce soit à mon sujet, il m’expulsera de chez lui sans préavis. Entretenir une relation extra conjugale avec un homme n’est pas ma tasse de thé et le fait que quelqu’un se permette de me harceler me rend de mauvais poil.     — Je sais ! dit-t-il, mais l’amour s’avère parfois aveugle. Quand il se manifeste et l’emporte sur la raison.     — Tu veux dire que le tien l’est aussi ? demanda-t-elle curieusement pour jauger  les sentiments  de son soupirant qui fit montre de ses faiblesses de fornicateur.      —  L’amour que je ressens pour toi est spécial, immuable et indicible, avoua-t-il. Je t’avais toujours à l’œil et ce avant même que tu ne te marie.      —  Qu’est ce que tu veux insinuer par là ?  demanda-t-elle, l’air surpris.    —  Ce que je voulais insinuer n’est pas du tout indéchiffrable pour une femme qui voit avec ses yeux et ressent avec son coeur.  Mon amour pour toi est d’autant plus fort que tu ne le penses !  déclara-t-il.     — Tu n’as pas besoin de gaspiller ton énergie pour me parler d’amour et de tendresse, dit-elle. Aucun des hommes n’est capable d’aimer sans régresser avec le temps et je crois qu’il en est de même pour une femme.    —  Dans toute relation homme-femme, l’amour est une condition sine qua none. Sans sa présence, elle ne fera pas long feu et finit par péricliter, argua-t-il.       —  En parlant d’amour, je veux  savoir comment est ce que ta relation  va-t-elle avec ta femme ?      —  Ma relation avec ma femme n’est pas du tout au beau fixe, confirma-t-il.     —   Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-elle     —  Je n’en sais rien, dit-il. Mais, toutefois, je peux t’avouer qu’elle me trompe avec quelqu’un dont je ne connais pas le nom.     —  Y a-t-il des motifs à ça ? demanda-t-elle.     —  Ce n’est qu’en elle seule que tu peux trouver la réponse à cette question, avoua-t-il    — Et pourquoi ce n’est pas toi  qui me donne la réponse puisque tu es son mari ?  demanda-t-elle.     — Tout simplement parce qu’à mon avis une réponse  unilatérale, venant d’une partie sans l’autre, n’est pas suffisante pour affirmer quelque vérité pertinente sur un couple, en l’occurrence le notre,  laissa-t-il  entendre.             Lalla Zahra, qui n’a pas participé à ce premier contact, leur apporta du thé avec des amuse-bouches. En la voyant apparaitre, Mekki lui esquissa 
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