PVD d’Anna
Je rentre en trombe dans la chambre d’Éloïse et la retrouve effectivement réveillée, son père en larmes à ses côtés. Bon, je pense que ce sera un peu plus difficile de le convaincre de partir maintenant. Il ne voudra sûrement plus laisser sa fille seule maintenant qu’elle est réveillée.
Le père d’Éloïse est un ami de longue date. Lorsque je suis tombée enceinte d’Hugo, il a été l’une des rares personnes à ne pas me juger. Lorsque nos enfants respectifs étaient plus jeunes, si j’étais occupée, il récupérait Hugo pour moi à l’école et s’il était occupé, je faisais de même avec sa fille. Je peux dire que cet homme est l’exemple même du père dévoué. Lorsque plus tôt un vagabond a abusé de sa fille à la sortie d’un magasin, il a été dévasté et il s’est promis de toujours veiller sur elle.
Je lui donne le plat que j’avais préparé pour lui et tandis qu’il le déguste, je vais discuter avec Éloïse.
-Ça va?
-Je vais bien madame Daniel, merci
-Hugo était présent tout à l’heure, mais il était là depuis 48h donc j’ai dû l’inciter à aller se reposer
-Vous devriez faire de même avec mon père
Nous tournons toutes deux le regard vers le concerné qui a de gros cernes.
-Compte sur moi pour le faire. J’étais en train de te confectionner un chapeau, mais à cause d’Hugo, il n’est pas encore fini.
Je lui montre mon tricot à moitié fini en grimaçant, ce qui la fait rigoler.
J’attends que son père finisse de manger et lui propose de m’accompagner pour prendre un café, ce qu’il accepte. Alors qu’on marche vers le distributeur, j’engage la conversation.
-Alors, ça va mieux ?
-Maintenant que ma fille est réveillée, je ne te le fais pas dire. Et de ton côté, comment ça va depuis ton divorce ?
-Tu sais très bien que ça n’a aucun impact sur moi ; Alain et moi n'avons jamais été heureux ensemble. Quant à Hugo, il pense qu’il est heureux, mais ça va merci
-Comment ça « pense »?
-Il est avec une fille dont il ne connait pas le véritable visage : devant Hugo, elle se comporte comme un ange alors que c'est une belle hypocrite. Elle a même eu une liaison avec Alain
-Je vois. Te connaissant, ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’elle ne dégage
-C’est plus compliqué que ça
Je le vois froncer ses sourcils alors, je lui fournis des détails.
-...Depuis ta fille, je ne l’ai jamais vu aussi amoureux
Il soupire en secouant sa tête de gauche à droite.
-En effet, tu as du pain sur la planche. Je te souhaite bien du courage
-Tu l’as dit. Écoute… il faut que tu rentres chez toi pour te reposer
Il soupire à nouveau.
-Je sais Ann, mais je ne veux pas la laisser…
-Je resterai avec elle
-Et lorsque tu auras besoin de te reposer ?
-Je ne la laisserai jamais seule sans surveillance, tu as ma parole
Il jette un coup d’œil hésitant vers la chambre de sa fille après quoi il se décide enfin.
-D’accord
-C’est bien que tu aies décidé d’accepter. Prend bien soin de toi Igor
-Merci Ann
Nous retournons tous deux dans la chambre et, après avoir salué sa fille, Igor part.
Après le départ du père d’Éloïse, j’ai laissé un message à Hugo pour lui apprendre la merveilleuse nouvelle après quoi je me suis confortablement installée sur une des chaises de la chambre pour finir son chapeau.
Tandis qu’une infirmière apporte un plateau à Éloïse pour qu’elle puisse reprendre des forces, je constate qu’elle est ailleurs.
J’attends alors la sortie de l’infirmière pour lui demander ce qui la préoccupe tant.
-Je me demande ce qui te tracasse
Elle sort de ses pensées et me regarde l’air hagard.
-Tu as dit quelque chose?
-Oui. Je voulais savoir pourquoi tu es ailleurs
-Oh… Je…
Je la vois hésiter un peu avant de déclarer :
-Ce… ce n’était pas un accident
-Pardon?
-Quelqu’un m’a poussé sur les escaliers
Je dépose instantanément mon matériel et vais me placer à ses côtés.
-Tu en es sûre?
-J’en suis même certaine et je sais que c’est une femme. L’image de ses chaussures est encore gravée dans ma tête
-Dans ce cas, il faudra en informer Hugo
Pour toute réponse, elle hoche la tête et commence à déguster son repas même si à la fin, elle n’a pas consommé grand-chose. Après avoir mangé, elle fait une longue sieste d’environ 2h puis c’était l’heure de la promenade.
C’est le moment que choisis Hugo pour débarquer, accompagnée de… de… Diane ? Ce n’est pas vrai !
Si je tiens compte de la tenue de Diane, elle sort du travail. Lorsqu’Hugo entre, il constate que le lit d’Éloïse est vide et m’interroge du regard.
-Une infirmière est venue la chercher pour qu’elle puisse se promener. Rester coucher trop longtemps n’est pas bon pour elle
-Je vois, dans ce cas, je vais patienter avec toi et l’attendre ici
-Je vois que tu as ramené du monde avec toi, Dis-je dans un sourire forcé.
-Oui, elle voulait absolument venir pour voir comment Éloïse allait. N’oublie pas que Diane travaille pour moi maintenant donc elles sont collègues
-C’est ce que j’ai cru comprendre
…
La porte s’ouvre, débouchant sur Éloïse et l’infirmière qui était venue la chercher tantôt. Lorsqu’elle voit Hugo, elle nous offre un sourire radieux qui disparait aussitôt que ses yeux tombent sur Diane. L’infirmière l’aide à monter sur son lit après quoi elle s’éclipse le plus discrètement que possible.
Hugo s’approche du lit et lui tient la main pour lui parler. Il essaie d’intégrer Diane dans la conversation, mais cette dernière préfère rester dans un coin à les observer.
Moi, je me suis installée dans un angle mort de la pièce afin de terminer le chapeau. Éloïse et Hugo sont contents de se retrouver tandis que Diane… Franchement, je ne sais pas ce qu’elle est venue faire ici. Elle aurait mieux fait d’être restée dans la voiture. À chaque fois que les yeux d’Éloïse se posent sur elle, je la vois devenir nerveuse. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que ces deux-là ne s’entendent pas.
…
Hugo est resté environ 1h après quoi, constatant que Diane s’ennuyait, il est parti.
J’ai largement eu le temps pour finir mon chapeau et à peine la porte fermée, je me suis levée pour le déposer sur la tête d’Éloïse qui était heureuse de son cadeau.
-Merci beaucoup Anna
-Mais ce n’est rien ma chérie
Je laisse quelques secondes passer avant de lui annoncer la nouvelle.
-Je vais bientôt m’installer à Nice
-Oh, Nice! C’est formidable. Hugo a toujours voulu quitter Paris pendant quelque temps. Ça lui fera du …
-Hugo n’est pas au courant
Elle redresse sur le lit.
-Ah bon!
Je m’assois sur son lit et pousse un long soupir.
-Je ne sais pas comment te l’expliquer, mais depuis que Diane est rentrée dans sa vie, Hugo n’est…
-Plus le même. J’avais aussi remarqué Anna
-Depuis mon divorce, la maison est vide, je n’habite qu’avec Safira et Hugo passe à peine me voir. Je ne veux pas mener une existence de vieille alors que je ne le suis même pas Éloïse
Elle se moque de ma dernière déclaration.
-Je comprends Anna. Et vous avez raison. Si vous estimez que vous serez plus heureuse là-bas, alors n’hésitez pas
Elle se mord les lèvres en jouant nerveusement avec ses doigts après quoi elle prend son courage à deux mains.
-Les chaussures, c’étaient celles de Diane. Je les ai reconnues. C’est Diane qui m’a poussé sur les escaliers
-Je ne vais même pas te demander si tu en es sûre, car je sais que tu n’aurais jamais inventé une histoire aussi grave juste pour nuire à quelqu’un
Les larmes lui montent aux yeux.
-Qu’est-ce qu’on va faire ? Hugo ne voudra surement pas me croire et je ne peux pas rester travailler quelque part où je suis en danger
Je la prends dans mes bras et essaie du mieux que je peux de la consoler.
-On trouvera une solution, je te promets de trouver une solution