Jean
Je sais très bien que père ne pensait pas à mal en disant que Jacques est le fils qui lui ressemble le plus, mais il n'empêche que je me sens blessé. Je préfère l'odeur des livres de la bibliothèque à celle de la mer.
C'est de notoriété, c'est vrai.
Mais si ce n'est qu'une question de négociations, je suis évidemment le mieux placé.
Je les connais tous !
Tous les mots qu'il faut utiliser lors d'un dialogue avec un monstre, je sais quoi dire, j'arriverais à devenir ceux à quoi il pense; parce que mon esprit est logique, et que je suis clairvoyant.
Je n'ai jamais parlé de mes dons à personne, à part les maîtres.
Je garde secret le fait que je sois capable de lire à travers les mots, les souvenirs, et même les pensées.
C'est pour ça que cette dame, la mère de la fille aux cheveux de sirènes, elle m'a tend effrayé car en elle, je lisais la colère, la souffrance du viol, et la souffrance de vivre en tant que maîtresse d'un membre de l'armée de l'empire.
Il ne m'eu fallu que quelques secondes pour tout voir, tout savoir.
Seuls les maîtres savent comment résister à mon pouvoir et ils m'aident à le contrôler, grâce aux jeux des devinettes.
Je suis sur qu'il a menti, j'avais trouvé, et la réponse à son énigme est bien le fait qu'il ait menti.
Je le lui dirais la prochaine que je le verrais.
Là maintenant, je me sens quelque peu mélancolique.
La maison des maître est devant moi, mais après la réunion de famille que nous avons eu.
Je me sens mal et seul.
Dans ce genre de moments, j'aime me munir d'une pierre, la jeter le long de la rivière et voir combien de ricochets elle peut faire, selon la force que je lui insuffle, le sens du vent et mon angle de tir.
C'est alors, que le deuxième cailloux que j'avais lancé, coulait lentement vers le fond de la rivière, qu'une voix familière, me sortait de ma rêverie.
- Comment vas-tu l'homme savant ?
Surpris, je me retourne.
Cheveux de sirène, sourire réconfortant.
Cette fille, je le vois en elle. Malgré la peur que lui insuffle sa mère, elle ne me tient aucune animosité.
- Annie RockMiller... Laisses-je échappé dans un murmure.
- Oui Jean ! Tu te rappelles de moi ?
- ça ne fait pas si longtemps que l'on ne s'est pas vu.
- Hummm Deux jours je dirais, c'est étrange ! Tout le monde sait dans le village que tu ne rates pas un jour pour aller voir les maîtres, et pourtant ça fait deux jours que tu n'as pas traversé la rivière ! A la place, tu t'assieds là et tu jettes des trucs dans la rivière.
Je lui souris.
Elle n'a aucune arrières pensées, tout ce que qu'elle dit, elle le pense. C'est rare, mais rafraîchissant.
- Ce que je jette ne sont pas des " trucs ", ce sont des "cailloux".
Elle me répond un peu sur la défensive.
- Les femmes ne savent peut être pas lire ou écrire ! Mais on sait ce qu'est un cailloux !
Un rire léger m'échappe.
- Oui excuse moi. Bien sur que tu sais ce qu'est un cailloux.
Elle dépose le panier de pommes qu'elle avait entre les mains, et s'assieds à côté de moi.
Je lui demande intrigué.
- Pourquoi marches-tu toujours avec des pommes ?
- C'est pour le donner à des gens qui n'ont rien à manger.
- Tu fais le tour de ton village pour le faire ?
Elle me répond en me faisant un non de la tête.
- Je me balade simplement dans les bois, et si je trouve une personne qui a faim je partage mon repas avec elle.
- C'est généreux.
- Mon père dit toujours qu'il faut toujours être généreux.
- Ton père ?
- Oui... Celui que ton peuple, nomme monstre. Pour moi, il est mon papa.
- Je n'en disconviens pas.
Elle fronce des sourcils comme si ce que je venais de dire l'avait profondément perturbée.
Je réprime, le rire que j'allais m'apprêter à faire.
Parfois, j'oublie que toutes les filles ne sont pas comme Amalia. Elle comprend quand j'utilise un langage plus soutenu, mais pas les autres et ça me met dans des situations pour les moindre loquasses.
Toutefois, il n'y a rien que je n'apprécie plus que d'enseigner de nouvelles choses, à d'autres personnes. Notamment à une personne ayant un cœur aussi pur, que le sien.
Je me racle la gorge avec de reprendre notre appréciable conversation.
- C'est une expression pour dire que je suis d'accord avec ce que tu viens de dire dans le fond, mais qu'il y'a un élément que j'aimerais corriger pour être totalement en accord avec ta vision des choses.
Elle acquiesce.
Je ne pense pas qu'elle ait compris, car elle change rapidement de sujet en me demandant :
- Tu veux une pomme ?
- Mais tu étais censée les donner à ceux qui ont faim.
- Oui mais j'ai fini de me balader, il se fait tard et je dois rentrer sinon maman va s'énerver et si je rentre avec de vieilles pommes maman va surement les jeter au composte mais moi je déteste gâcher de la nourriture.
- Dans ce cas ! M'exclamais-je avant d'attraper l'une des trois dernières pommes qui restaient dans son panier et d'y mordre à pleine dent.
Elle me regarde, tendrement, alors que je déguste ce fruit qui m'a été si gentiment été proposé.
Je le vois et je le sais, c'est elle qui a fait pousser ces pommes, et le plus beau dans tout ça c'est qu'elle l'a fait pousser car un jour en se promenant dans une région du royaume connu pour sa richesse, elle a vu un enfant affamé, se tordant de douleur et suppliant pour sa vie, tandis que des personnes fortunés lui avaient ordonnés : " de jouer au toutou si il voulait manger ".
Cette cruauté, l'a meurtrie au plus au haut, elle en était tellement dégoûtée qu'elle s'est caché derrière une maison, pour se mettre à vomir. Et quand elle a vu que ses hommes sont partis après avoir épuisé ce pauvre enfant si chétif et fatigué, elle courut acheter du pain et de l'eau.
Mais quand elle fut revenu sur ses pas, l'enfant était mort.
Je les entends, ses cris dissonants qu'elle avait hurler, au pied de l'enfant mort.
Pas un regard vers le cadavre.
Pas une once d'empathie dans le regard des passants trop occupés à travailler pour ne pas finir comme cet enfant.
Horreur, dégoût.
Ce n'est plus qu'une question de monstre ou de personnes normales.
L'être humain en lui même, est égocentrique et cruel.
Mais toi, tu es la seule qui malgré la violence de cette scène, a agi en grande dame.
Ce jour là, tu as acheté des graines de pommiers, tu es retourné chez toi, tu n'es pas sorti de ta petite maison avant que ce pommier ne donne ses premiers fruits.
Deux années et six mois plus tard.
Tu as été en mesure, de pouvoir te promener avec des pommes dans ton panier, que tu distribues à ceux qui en ont besoin, et tu gardes les pépins, pour en planter de nouveaux.
J'inspire profondément, avale le fruit de ton dur labeur.
- Tu es une personne magnifique à l'intérieur comme à l'extérieur.
- J'essaie juste de faire le bien. Mais je me demande si ça suffira à aider à la création d'un monde meilleur.
Je ne sais pas pourquoi, mes mains, se sont mises à caresser ton visage. Malgré le fait que je sache tout, j'ai été dans l'incapacité de savoir pourquoi mon cœur, s'est senti comme transpercé par une flèche. J'ignore pourquoi, je t'ai pris dans mes bras, j'ai l'impression de devenir fou quand je te murmure :
- Rares sont les personnes possédant, une âme aussi belle que la tienne.
Progressivement nous nous éloignons, l'un de l'autre. Et dans un silence tacite, un accord silencieux, toi et moi nous nous embrassons.
Il n'est pas correcte de penser à autre chose alors que nous sommes en train de goutter chacun à la chair de l'autre.
Cependant grâce à toi Annie, grâce à ton courage et ta bravoure, je parlerais à mon frère de mon don, et ensemble, Jacques et moi, nous sauverons notre frère.
Merci Annie, tes lèvres sont d'un tel réconfort.