IX - Saïgon, vendredi 10 mai 1940

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IX - Saïgon, vendredi 10 mai 1940 Paul franchissait la porte du lycée Chasseloup quand les douze coups de midi sonnèrent à l’horloge de l’école. Un léger sac de voyage à la main, il marchait d’un bon pas vers la capitainerie du port où il avait rendez-vous avec son ami Louis, avec Jean, Claire et leur père pour rejoindre le cap Saint-Jacques en bateau. À peine avaient-ils largué les amarres que les garçons s’installèrent à l’arrière du canot et réclamèrent avec insistance leur déjeuner. Une fois passées les dernières habitations, le bateau accéléra pour glisser à bonne allure sur le fleuve Saïgon. Le commandant Darecourt passa la barre à roue à un matelot et vint s’installer à côté de son fils. Il joignit sa puissante voix aux deux autres. – On a faim ! On a faim ! Sortant du carré, situé en contrebas du pont, la tête de Claire apparut. – Quelle b***e de machos ! Je veux des excuses immédiates ou je jette tout aux poissons. Elle riait et pour rien au monde ne serait passée à l’acte. Elle était trop heureuse de ce moment partagé et de l’idée de ce week-end avec ceux qu’elle aimait. – À table ! À table, on a faim ! Ils insistaient en toute confiance. – Tu vas voir, Paul, Claire fait les meilleurs sandwichs de Saïgon, mais tu les as sans doute déjà goûtés. Le commandant Darecourt se doutait plus ou moins qu’un léger flirt existait entre sa fille et Paul. La relation qu’il avait avec ses enfants était bâtie sur le respect et la confiance. Depuis la mort de sa femme, il était rarement chez lui, se réfugiant dans son travail et un projet de léproserie sur les hauts plateaux. Il appréciait beaucoup Paul qu’il pensait être d’une bonne influence sur son fils qu’il adorait, mais dont il regrettait le goût modéré pour les études. Les trois amis se réjouissaient à l’avance de ce dernier week-end de détente avant les révisions du bac. La radio du bord grésilla. – La capitainerie pour le Triton. – Le Triton, j’écoute. – J’ai un message important pour le commandant Darecourt. Le commandant se leva et prit la communication. – Commandant Darecourt, j’écoute. – Commandant, nous venons d’apprendre par radio qu’à 5 h 45, heure française, les forces terrestres et aériennes allemandes ont franchi les frontières belges, hollandaises et luxembourgeoises en bombardant des sites militaires et civils. De nombreux morts sont à déplorer. Votre présence ici est requise de toute urgence. Terminé. – Bien reçu, je rentre. Serai de retour dans trente minutes. Terminé. C’est ainsi qu’ils découvrirent que la drôle de guerre avait pris fin. Afin de s’isoler pour réfléchir, Darecourt se remit aux commandes du bateau. Arrivé à l’embarcadère, il rejoignit directement la capitainerie. Quant à Jean et ses amis, ils se précipitèrent chez Louis. – Les gars, à l’heure qu’il est, je pense que nos soldats et les troupes anglaises ont déjà profondément pénétré dans ces pays attaqués. – Tu as raison, Jean. C’est sûr, ils vont contre-attaquer et leur faire payer cher leur arrogance. Ils partageaient tous le même optimisme sur l’issue des événements. Quelles que soient les stations de radio, les nouvelles restaient confuses. Les speakers faisaient surtout mention de la lâcheté de l’agression ennemie qui n’avait pas hésité à v****r la neutralité affichée des trois pays agressés. Ils apprirent que la Luftwaffe bombardait sans relâche les aérodromes hollandais et belges et que leurs gouvernements demandaient l’aide de leurs alliés. Les communiqués parlaient de résistance acharnée des forces franco-britanniques, belges et hollandaises. – Vous voyez, nos troupes sont arrivées sur les lieux et barrent la route aux quelques éléments allemands qui ont pu percer ici ou là les défenses alliées. En fin de journée, leur confiance était toujours intacte. Par la BBC, ils apprirent que le roi d’Angleterre avait appelé Winston Churchill pour assumer la fonction de Premier ministre. Cette nouvelle fit réagir Louis. – Churchill est un fervent partisan de la guerre à outrance. – Absolument ! Vous allez voir, la réponse des alliés va être puissante. Paul ne cachait pas sa joie, Jean partageait son enthousiasme : – Ils nous imposent la guerre, ils vont l’avoir ! La partie sera sans doute difficile, mais nous vaincrons, car nous sommes les plus forts. – D’autant plus qu’il semblerait que la campagne de Pologne leur a été coûteuse en matériels détruits ! Pour affirmer cela, Louis s’appuyait sur ses tableaux de statistiques qu’il tenait à jour.
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