15Tu n’as pas dormi. Ton front s’épuise. La fenêtre ne laisse passer qu’un air chaud, le regrette aussitôt, promet un orage qui ne viendra qu’au petit matin. Les souffles stagnent. Tu t’arracherais la peau. Un temps encore, tu t’agaces, t’agites, puis tu te contentes de soupirer. Tu te tournes, te tords et te pelotonnes, renonces et rallumes la lampe de chevet. L’alcool s’est évaporé : tu ne dormiras pas. Au hasard, tu ouvres un livre, le feuillettes sans en rien lire et t’arrêtes à la première page. L’épigraphe enjambé, tu trébuches sur l’incipit et la pile sur ta table se renverse, quelques volumes glissent sur ton coussin. Tu lis n’importe quoi, des mythes russes aux contes allemands, de mauvais romans, et tu lis en croix des baisers, des envies, des élégances, des dialogues lapidaire


