Treize heures du soir, je venais de ma réveiller après la nuit passée de porte en porte à me livrer aux hommes. Je ne savais pas si maman était rentré ou pas, je ne voulais d’ailleurs pas le savoir. Une folle envie d’aller me promener au bord du fleuve à quelques rues m’animait. Je pris une bonne douche et mangea un peu avant de prendre la route. J’avais cessé de marcher en pleurant, j’avais passé cet âge. Je ne m’apitoyais plus sur mon sort, j’avais déjà perdu. Je marchais sans jamais sourire, sans jamais tousser. Avant d’arriver au fleuve, je m’arrêtais devant cette quincaillerie et je repensais à cet homme qui m’avait laissé sa carte. Je n’étais jamais venu le voir. Maman était tombé sur la carte et m’avais promis de le tuer si jamais je m’en approchais. Elle avait certainement peur que je m’emmourache avec lui et que je perde de vu ses objectifs. J’avais donc capitulé.
J’avançais encore quand cette vois d’il y’a cinq ans surgit derrière moi.
-où vas-tu à cette heure ?
Je me retournai et c’était encore lui. J’avais l’habitude de le voir de près ou de loin mais on ne se parlait jamais.
Moi : en quoi ça te concerne ?
-je veux qu’on parle s’il te plait
Moi : je suppose que tu sais qui je suis et ce que je fais. Je suppose aussi que tu connais ma mère.
-et je m'en fous de tout ça. Est-ce qu'on peut parler?
Moi : je chemine vers la rivière, si tu n'aimes pas ta vie alors vient avec moi. Seulement tu dois prendre un coup d'avance sur moi.
-je vois...
C’était risqué d'accepter cette approche. Le simple fait qu'il ne se soit pas enfuit en me voyant ou qu'il ne m’a pas insulté comme tout le quartier me faisait plaisir. Il s'avança et me laissa prendre mon temps. À mon arrivé, il était assis au pied d'un arbre à m'attendre. Je le rejoignis avec cet air toujours sérieux.
Moi : je suis venu ici pour marcher et non pour m'asseoir.
-ce dont je veux qu'on parle est assez délicat, du coup je voudrai que nous soyons assis. Je ne veux pas que mes paroles s'éparpillent.
Moi : je ne sais pas pourquoi j'ai accepté qu'on parle mais sache que si ma mère venait à l'apprendre elle m'enfermerait dans un Tödi pour un an après t'avoir tué.
Malgré mon bavardage, je m'assis tout de même.
-je m'appelle Paul et toi?
Moi : Murielle, Murielle Essam. Qu'est-ce que tu veux?
Il me regardait comme s'il eut envie de me déclarer une flamme. Pour moi c'était impossible qu'un homme me dise qu'il m'aime sachant ce que je faisais. Son regard me glaçait le corps jusqu'à ce qu'il pose une main sur ma joue.
Paul : je veux savoir si je pouvais passer une nuit avec toi, quelle est la procédure?
Et pammm, je venais de lui donner la gifle du siècle avant de m'en aller en courant. Néanmoins c'était un client, je laissai tomber la carte de maman expressément pour qu'il puisse prendre rendez-vous. Même si je n'étais pas encore éprise de cet homme, j'avais eu la vive impression qu'il voulait me parler d'autres choses que du s**e. Je retournai à la maison en pleure, je ne pouvais pas imaginer que ma sortie prenne de telles ampleurs. Pendant que je me remettais de cet instant, on frappa à la porte. C'était Rodrigue.
Moi : humm, tu fais quoi ici? Maman n'est pas là
Rodrigue : je suis venu parler avec toi. Tu ne m'invite pas à entrer?
Moi : non je ne t'invite pas. Maman est absente alors bonne soirée.
Il me bouscula et entra. Pris place et m'invita à le rejoindre. Ce que je fis en m'installant en face de lui.
Moi : apparemment tu veux me parler de quelque chose, je t'écoute.
Rodrigue : ta mère et toi avez pris la mauvaise habitude de me voler, n'est-ce pas? Vous divisez le pognon en deux pour vous et on partage l'autre moitié à trois.
Moi : je ne sais pas comment se passe le partage. Je ne reçois que ce que me donne maman sans jamais lui demander où va tout le reste. Je supposais qu'elle faisait un nouveau partage avec toi.
Rodrigue : elle nous vole tous les deux alors
Moi : déjà je me fiche pas mal de la façon dont elle gère cet argent. Si ça ne tenait qu'à moi elle ne m'en donnait même pas mais comme je suis obligé de tout prendre venant d'elle...
Rodrigue : comme elle a voulu mal jouer avec moi, je vais lui montrer qu'on ne me vole pas. Il y'a des vérités que tu ne sais pas sur cette femme qui dit être ta mère. Viens me voir demain au bureau et on en parlera.
Moi : mais de quoi parles-tu?
Rodrigue : et quand ta prostitué de mère va rentrer, dis-lui que notre accord est terminé.
Moi : si seulement je pouvais aussi me lever un bon matin et décider que mon accord avec elle soit terminé.
Rodrigue : viens me voir demain et je te dirai tout ce que tu dois faire pour sortir de cette vie.
Moi : pour être franche avec toi, je ne veux pas tenter ma mère. Si tu as quelque chose à me dire alors dis-le maintenant ou alors on laisse.
Rodrigue : d'accord, sache donc que cette femme n'est même pas...
Maman : Rodrigue ! Que fais-tu ici?
Il y'avait anguille sous roche. Maman me cachait quelque chose et je devais savoir de quoi il s'agissait. Elle était entrée au bon moment pour empêcher Rodrigue de dire quoi que ce soit.
Rodrigue : c'est toi que j'attendais, tu as osé me voler. J'ai contacté tous vos clients et j'ai constaté qu’ils vous payent plus que vous ne le dites.
Maman : attend un peu Rodrigue, tu penses vraiment que les pilules que tu nous donne valent les gémissements qu'on pousse au lit? Tu penses que je vais réellement diviser la sueur de mes fesses en trois parties égales?
Rodrigue : je vais te récupérer au virage. Tu vas perdre ton investissement et tout ce qui va avec. Tu vas comprendre que lorsqu'on s'engage avec moi on ne joue pas.
Maman : tu sais à qui tu parles Rodrigue. J'ai des contacts et à mes désirs tu peux mourir à l'instant même. Ne me menace pas
Rodrigue : on va tous sortir perdant
Il s'en alla en fureur. J'eu envie de rire mais maman était bien trop tendu.
Moi : tu coupes vraiment l'argent de Rodrigue?
Maman : il fait quoi dans ce business?
Moi : s'il ne donne plus les pilules je vais faire comment? Tu sais que je ne peux pas travailler sans ça.
Maman : on va se débrouiller... En parlant même de travail, je sais que c'est ton jour de repos mais il y'a un homme qui a payé le prix fort pour t'avoir toute la nuit.
Moi : ha non maman je ne veux pas...
Maman : je ne te demande pas si tu veux travailler mais je te le dis. Je suis assez énervé alors apprête-toi déjà. Il veut que vous le fassiez au bord de la rivière.
Moi : ce n’est pas dangereux?
Maman : tu vas partir avec un couteau, si c'est un psychopathe tu finis avec lui et tu le jette à l'eau.
Moi : contrairement à toi, je ne suis pas une meurtrière. S'il ne veut pas venir ici alors je ne vais pas aller le voir.
Maman : je te signale que tu as tué un homme il y'a juste quelques années de cela.
Moi : c'était de la légitime défense maman...
Elle se calma. Elle avait compris quelque chose que j'étais loin d'avoir compris. ''Légitime défense'', cette simple phrase non verbale pouvait me sauver et condamner ma mère. Rusée comme elle était, elle changea de méthode pour me convaincre.
Maman : il va donc venir ici. Dans une heure il sera là.
Moi : pour une fois tu fais quelque chose que je veux. Waouh, tu as eu la visite d'un ange ou quoi?
Elle alla s'apprêter pour sortir à nouveau. Mon fameux client arriva avec quelques minutes de retard. L'homme placé devant moi n'était pas un inconnu. Je l'avais vu tout à l'heure à la rivière.
Moi : tu as vite fait d'appeler pour commander
Paul : oui ! Je suppose que c'est pour ça que tu as laissé la carte
Moi : hé bien entre donc !
Il entra et s'assis confortablement. Curieusement, il ne me toucha pas. Il ne me regardait même pas. Je pris place près de lui mais il était indifférent.
Moi : tu es le client le plus bizarre que j'ai jamais rencontré de toute ma vie.
Paul : je ne suis pas venu entrer dans tes jambes comme tu le penses.
Moi : et pourquoi tu as donc payé?
Paul : sachant que tu n'as pas droit aux visites, c'était le seul moyen de venir jusqu'à toi. Comme ça ta mère ne va se douter de rien.
Moi : tu veux quoi?
Paul : pourquoi cette vie? Pourquoi est-ce que tu as choisi ça?
Moi : si tu es venu parler de comment et du pourquoi de ma vie alors tu peux partir. Je n'ai pas d'explications à te donner.
Paul : pour ta mère ça se comprend mais pour toi... Ta mère est trop matérialiste et aime la vie facile. C'est une femme de joie.
Moi : telle mère telle fille.
Paul : non Murielle, je ne pense plus comme ça. Il y'a cinq ans je t'ai trouvé dans la rue, en train de pleurer à chaude larme. Tu pleurais cette vie de m***e que tu vis. Ce jour j'ai compris que tu n'avais pas choisi de vivre comme ça.
Moi : finalement j'ai accepté et je suis bien comme ça. Je ne manque de rien, je ne souffre de rien... JE suis heureuse.
Paul : c'est ta bouche qui le dit, pas ton cœur. Tu vis dans le noir depuis trop longtemps déjà. Tu es déjà une femme mais tu n'as encore rien fait de ta vie.
Moi : parce que tu connais aussi mon âge
Paul : non mais tu dois en avoir au moins vingt et sept ans.
Hé oui ! Les hommes m'avaient tellement usé que je ressemblais à une mère déjà.
Moi : je n’en ai que vingt
Paul : quoi? Tu veux par-là me dire que tu avais quinze ans à l'époque? Tu as commencé tout ça à quinze ans?
J'avais même honte de le regarder dans les yeux. Il se rapprocha de moi, me souleva le visage. Ma vision était floue, c'était la deuxième fois en une journée que cet homme me faisait pleurer.
Moi : je veux que tu partes
Paul : écoute Murielle, je ne peux pas te laisser dans ce labyrinthe qu'est ta vie. Quelqu'un doit te sortir de là.
Moi : mais il n'y pas d'issus, je suis comme enchainé dans cet endroit. C'est ma prison et c'est ça ma vie.
Paul : laisse-moi te dire que même si tu ne me donne pas la permission, je vais te sortir de là. Tu vas vivre une véritable vie.
Moi : c'est impossible. Je suis désormais une accros aux stupéfiant déstressant et excitant. À force de faire ce métier je me suis habitué et même attaché.
Paul : je vais te détacher de là, fais-moi confiance.
Cet homme, mon sauveur ou mon autre bourreau? Ce qui est certain c'est que mon cœur s'était mis à battre aussi fort que celui des jeunes filles de mon âge. En tout cas Lisez seulement.
Moi : bon, si on ne fait pas ceux pourquoi tu es sensé être là, on fait quoi alors?
Paul : on regarde des films
Moi : pornographique?
Il eut comme un choc. Il se mit à me regarder en froissant ses sourcils.
Moi : ne me regarde pas comme ça, c'est ça que moi je visionne depuis mes dix ans. C'est comme ça que j'ai été formé.
Paul : c'est comme ça que ta mère t'a formé tu veux dire.
Moi : tu es certain que si je me confie à toi, tu n'en parleras à personne?
Je ressentais ce besoin de raconter toute ma vie à quelqu'un. Cet homme avait l'oreille qu'il fallait et les paroles que j'attendais.
Paul : fais-moi confiance.
Je ne lui faisais du tout pas confiance mais je me mis à tout lui raconter depuis la première nuit de voir des films pornographiques jusqu'à cet instant. J’avais juste sauté l'histoire de l'homme mort. Si un homme s'intéressait à moi sachant que j'étais une prostituée, il ne fallait pas tout gâcher en lui racontant qu'en plus de cela j'avais déjà tué. Il était bouche cousu.
Moi : humm, tu ne me crois pas. Tu penses que je dis tout ça pour justifier mon métier.
Paul : je vais te donner un conseil, cherche ta véritable mère.
Moi : comment ça? Tu penses que ce n'est pas ma mère? Je te comprends... Mais c'est bien elle qui a fait de moi ce que je suis.
Paul : je pourrais mettre ma main à couper pour dire que cette femme n'est pas ta mère.
A suivre…