Depuis notre discussion houleuse, Alioune ne m’avait pas rappelée. C’était tant mieux. On s’était croisés une ou deux fois dans la rue, sans nous adresser la parole. Ça m’avait fait mal au cœur, mais c’était tant mieux. C’était un coureur de jupons et le côtoyer ne faisait que renforcer mes sentiments pour lui. Quelques jours après, Omar nous avait annoncés qu'il l'avait croisé avec une valise. Depuis ce jour, plus personne ne l'avait revu dans le quartier. J'en avais conclu qu'il était rentré à New-York. J'en avais pleuré chaque nuit pendant une semaine, puis je m’étais résignée. On n’avait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Je m’étais reconcentrée sur Modou. Ma routine reprit et je m'ennuyais à tel point que quand Malick m'invita à sortir de nouveau avec leur petit groupe, j'acceptai sans hésiter. A vrai dire, son appel me surprit, mais lorsqu'il me dit que c'était Alioune qui lui avait donné mon numéro, je m’étais sentie testée par ce dernier. Je ne savais pas à quel jeu il jouait, mais j'irais à cette invitation, juste par curiosité.
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Quand je descendis du taxi, Malick m'attendait devant la boîte de nuit. Il portait une chemise blanche et un pantalon noir. On se fit la bise. Il avait toujours ce regard malsain. Il faut dire que j’avais mis une robe courte.
Ce soir, j’avais bien envie de montrer ce que je valais à Alioune. J'espérais qu'il serait de la partie. Arrivée à la table réservée pour nous, je fus déçue de ne pas le voir. Je fis la bise à Nabil, Marc et Nafi et m'assit. Je fis l'effort de m'amuser et de profiter de la soirée. Au milieu de la soirée, Nafi me demanda de l'accompagner fumer dehors. Je lui indiquai que je n'étais pas fumeuse.
Nafi : Je ne vous demande pas de fumer, mais de m'accompagner fumer.
Je la suivis, un peu perplexe. La devanture de l'établissement était bondée de monde. Nafi me tira un peu à l'écart.
Nari : On ne se connaît pas assez, mais je ne peux pas garder ce que je pense. Il y a des choses qui ne se font pas chez nous. Je peux te tutoyer ? Tu es avec Alioune ou Malick ?
Surprise par la question, je restai bouche bée.
Nafi : Tu es venue la dernière fois avec Alioune. Aujourd'hui, tu viens avec Malick. Les deux sont amis depuis plus de vingt ans, si une fille risque de semer la zizanie entre eux,je me sens obligée de réagir.
Elle tira un coup sur sa cigarette.
Moi : Je ne suis ni avec Alioune, ni avec Malick. Alioune, c'est le frère d'une de mes plus grandes amies et c'est lui qui a donné mon numéro à Malick.
Elle me sourit.
Nafi : Tu es sérieuse ? C'est Alioune qui lui a donné ton numéro ?
Moi : Eh oui.
Nafi : Alors, là, je n'ai plus rien à dire. Excuses-moi.
Moi : Ce n'est pas grave, tu ne pouvais pas ne pas réagir. C'est normal de vouloir protéger leur amitié. Si ça peut te rassurer, je suis venue ce soir en amitié.
Nafi : Dois-je comprendre que la dernière fois avec Alioune, ce n'était pas en amitié?
Elle éclata de rire. Je m'empressai de nier.
Moi : Non! Non...! C'est...
Nafi : Oui. Je sais. C'est le frère d'une amie !
Elle me fixa du regard avant de rire de nouveau. Je n'aimais pas ses sous-entendus.
Moi : Je te signale qu'Alioune est déjà marié.
Nafi : Humm! La sœur d'Alioune est ton amie ? Vous ne devez pas vous parler trop souvent alors.
Que voulait-elle dire ? Elle jeta la cigarette et l'écrasa.
Nafi : On retourne à l'intérieur!
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Pour le retour à la maison, Malick me raccompagna. Je n'étais pas très emballée, mais je l'avais suivie, parce que ce n'était pas rassurant de rentrer seule. Il en profita pour me faire des avances plus directes. Ce fut aussi l'occasion pour moi de lui faire comprendre que je n'étais pas disponible et que je ne voulais être que son amie. A ma grande surprise, il accepta facilement mon refus. Il me déposa chez moi et partit quand je fermai la porte derrière moi.
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Une semaine plus tard
On était en fin mai et la chaleur commençait à gagner la ville. Ma journée de travail était finie. Je rangeais les dossiers dans les tiroirs et les refermai à clé. J'éteignis mon ordinateur, prit mon sac et quitta la pièce. Je me dirigeai vers la voiture de ma collègue, quand un homme sortit de la voiture garée, juste à côté de la sienne. Surprise, je le fixai du regard. C'était Alioune dans un tee-shirt noir et un pantalon jean bleu. Il ne souriait pas. Il avait plutôt un regard grave. Il me fit un signe de la main.
Moi : J'arrive
Je me rendis dans la voiture de ma collègue et lui expliquai qu'un proche était venu me chercher par surprise. Elle me répondit toute compréhensible que ce n'était pas grave. Je ressortis de la voiture, toujours gênée. Je l'avais fait attendre pour rien. Je me dirigeai vers le véhicule d'Alioune et m'y engouffrai. On ne s'échangea aucun mot. Il démarra la voiture. Le silence régna jusqu'à ce qu'on arrive à destination. Il gara sa voiture, juste en face de la plage de Grand Médine. Qu'est-ce qu'on faisait là ? Il sortit de la voiture, je restai scotchée à mon siège.
Alioune : Viens s'il te plaît. On va se promener.
Moi : Je n'ai pas les chaussures pour ça.
Alioune : Mets-toi pieds nus. Ça ne va pas te tuer.
Je fis un tchip désapprobateur, mais enlevai quand même mes beaux escarpins et les laissai dans la voiture. Je cachai mon sac sous le siège et sortit. Je reboutonnai la veste de mon tailleur noir. Il y avait un peu de vent. Alioune appuya sur sa clé et les portes se bloquèrent après un bip sonore. Il vérifia qu'elles étaient toutes fermées et on rejoignit le sable fin. On marcha un moment dans le silence, puis il finit par parler en premier.
Alioune : J'aime bien me promener à la plage quand j'ai besoin de réfléchir.
Moi : ....
Alioune : Tu m'en veux toujours ?
Moi : ....
Alioune : Je ne sais pas ce que tu me reproches, mais je te demande quand même pardon. Je n'aime pas le froid qui s'est installé entre nous. Tu es ma petite sœur.
Moi, en soupirant : Je ne suis pas ta petite sœur !
Alioune : J'ai beaucoup d'affection pour toi. C'est sincère.
Moi : Tu fais quoi ici ? Je pensais que tu étais rentré à New-York.
Alioune : J'y suis allé pour régler quelques affaires, mais je suis rentré hier.
Moi : Tu restes 15 ans sans revenir et là, tu fais deux aller-retours en moins de deux mois. Tu as de nouveaux intérêts ici ? Du genre, la bimbo avec qui tu étais la dernière fois. Bien sûr, je ne dis pas la dernière phrase à voix haute.
Il resta silencieux, un moment, jouant avec le sable de ses pieds.
Alioune : Alima, j'ai longtemps réfléchi à ce que tu m'as dit la dernière fois. Tu sembles vraiment ignorer la réelle situation dans laquelle je suis. Dieyna ne t'a rien dit.
Moi : A propos de quoi ?
Je le regardai surprise.
Alioune : C'est bien ce que je pensais ! Tu n'es pas au courant de notre séparation. Ashley et moi, nous nous sommes séparés.
Moi : Je suis désolée.
Alioune : Oh ! Je m'en suis remis. Ça fait maintenant plus d'un an.
Moi : Plus d'un an ? Ça m'étonne que personne ne m'ait rien dit.
Alioune : Ça s'est plutôt mal passé. C'est un sujet tabou pour ma famille, c'est peut-être pour cela qu'on ne t'a rien dit.
Je n'étais pas trop convaincue. Je ne trouvais pas d'excuse valable pour ce silence. Bien sûr, on ne se penchait pas trop sur la vie d'Alioune dans nos discussions, mais quand même, Dieyna aurait dû me mettre au courant. Je comprenais mieux la remarque de Nafi à la soirée. Effectivement, on pouvait se demander si Dieyna et moi, on se parlait beaucoup.
Alioune : Là, je suis retourné ces dernières semaines pour signer les papiers du divorce et pour mettre de l'ordre dans mes affaires. Je reviens vivre à Dakar. J'ai trouvé un bon poste ici, je commence la semaine prochaine.
Je me sentais ridicule de lui avoir dit qu'il trompait sa femme, mais ça ne me faisait pas oublier la femme avec qui je l'avais vu.
Moi : Je m'excuse de t'avoir dit que tu trompais ta femme.
Je n'osais le regarder et gardais mes yeux sur la mer.
Alioune : Merci pour les excuses. Mais non seulement je ne la trompe pas, mais surtout je suis célibataire. Tu pourrais me dire qui t'as fait croire que je suis avec quelqu'un et que je suis un coureur de jupons ?