Chapitre 4

1910 Mots
  « Rien n'est plus commun que ce nom ; rien n'est plus rare que la chose. » Jean de la Fontaine Il était à peine sept heure du matin mais le siège de la Wane Construction était déjà en pleine effervescence. La compagnie se présentait sur trois étages et employait un peu plus de quarante personnes au total. La Wane Construction était composée d'architectes, de conducteurs de travaux, de maçons et autres employés responsables de l'exécution d'un bâtiment ainsi que ceux des ressources humaines. Adama venait juste de rentrer dans ses locaux suivi de son partenaire et meilleur ami Malick Diouf. Ils avaient tous les deux des dossiers en main. Ils répondirent aux salutations des employées et se dirigèrent vers le troisième étage. Ils ressemblaient à deux frères à la seule différence qu'Adama était un peu plus grand et que Malick paraissait beaucoup moins intimidant. La secrétaire qui les attendait se dirigea vers eux. -Mr Wane, j'ai déposé les dossiers dont vous aviez besoin sur votre bureau. J'ai aussi arrangé un rendez-vous à une heure de l'après-midi avec le Directeur du port Mr Diop. Il a insisté pour vous voir aujourd'hui. Elle s'adressa ensuite à Malick. -Et vous Mr Diouf, vos dossiers vous attendent dans votre bureau. Sarr dit qu'il vous a fait le devis que vous demandiez. Elle attarda son regard un peu trop longtemps sur lui. -Bien, Merci Maguette! Répondirent les deux. -Que l'on ne nous déranges pas. Ajouta Adama -Bien entendu, répondit-elle avec un sourire. Elle fit demi-tour et alla rejoindre sa table de travail. Adama ouvrit la porte de son bureau et laissa entrer Malick. La pièce était impressionnante. L'intérieur était spacieux. Les murs étaient de couleur blanc couverts d'un papier peint argenté et noir sur le côté qui donnait face à la porte. Le bureau de travail était en cuir noir composé de plusieurs tiroirs et d'une chaise énorme du même tissu. En face du bureau, il y'avait deux chaises en bois noirs dédiées aux visiteurs. L'ensemble était surmonté de deux bibliothèques géantes en bois sur chaque côté du bureau et une énorme table de conférence en marbre reposait au milieu de la salle. Une autre partie du mur était composée de sketches et de plans architecturaux que la compagnie avait eu à effectuer dans le passé. Il y'avait aussi quelques photos de Baba dans sa jeunesse posant avec des employés de la compagnie. Les fenêtres en bais vitrées donnaient vue sur la rue ou l'on voyait des marchands ambulants en pleines activités. Adama posa ses dossiers sur la table. Il ouvrit le frigidaire et lança une bouteille d'eau à Malick. Ce dernier l'attrapa sans effort. Adama et Malick se connaissaient depuis le collège et depuis lors ils étaient restés inséparables. Leurs caractères aussi étaient complémentaires. Adama était plus directe et perdait plus facilement patience. Malick quant à lui était doux, patient et s'amusait de tout. Malick était le seul qui pouvait calmer Adama et lui faire prendre raison. Ils étaient allés étudier ensemble en France. Malick avait étudié la comptabilité et s'occupait désormais du coté administratif de la compagnie. Après ses études et sur insistance d'Adama, il s'était décidé à rejoindre l'entreprise de son meilleur ami. Ils formaient une équipe de rêve. Tous les deux étaient très sérieux et travailleurs. Malick ajusta ses lunettes. Il s'assit tranquillement, posa ses dossiers sur la table de travail et les ouvrit. -Alors par ou tu veux commencer ? Adama s'assit en face de lui et se massa les tempes. -Commençons par le dossier du stade. Veux-tu ? -Oui, bien sûr. Il y'a aussi le chantier du marché que l'équipe a commencé. Cependant il faut que l'on revoit les horaires. Il y'a de forte chance que l'on n'arrive pas à finir avant la date prévue. -Et pourquoi cela ? Il n'en est pas question. Tu sais que j'ai horreur de ne pas respecter les délais. Si les clients nous font confiance, c'est bien pour que l'on finisse chaque projet à temps. -Oui, je le reconnais mais il y'a eu quelques imprévus avec la pluie de ses derniers jours. Tu sais bien que les inondations ont beaucoup retardées nos projets. Mais ne t'inquiètes pas, j'essaierais de voir avec Sarr le meilleur moyen de rattraper le temps que l'on a perdu pour limiter les dégâts. Adama lui vouait une confiance aveugle et Malick le lui rendait bien. Ils se considéraient beaucoup plus que des amis mais plutôt comme des frères. -Qu'est-ce que le directeur du port vient faire ici ? demanda Malick -Il est en train d'essayer de renégocier le contrat que l'on a gagné alors qu'il a déjà été signer. Tu te rends compte? Il y'a de forte chance qu'il essaye de m'amadouer. -Il ne perd rien pour attendre. Connaissant son ami, Malick savait que c'était perdu d'avance. -Il veut que tu utilises un matériel moins cher ,c'est cela? - Oui, comme d'habitude. C'est dommage qu'à chaque fois que l'on signe un contrat public. Nos clients pensent qu'il y'a moyen de modifier le devis ou la qualité du matériel que l'on utilise. C'est insensé ! -C'est ce qu'on appelle la corruption à la sénégalaise, ajouta Malick amusé. Pour eux tous se marchande ou se négocie. -J'ai la réputation de mon entreprise à garder et c'est bien pour cela qu'on est numéro un sur le marché. Je l'attends de pied ferme. Malick acquiesça de la tête. Il était entièrement d'accord. Ils se donnaient un mal fou pour faire un bon boulot mais il y'avait toujours des gens malhonnête qui essayaient de saboter leur travail. -Sinon, comment va la famille ? -Tout le monde se porte bien! En fin, Baba était un peu souffrant mais il va beaucoup mieux. - Al Hamdoulillah! Je pensais passer le voir à la maison ce soir. Tu sais depuis que tu as déménagé de la bas, je ne passe plus aussi souvent que je ne le voudrais. Il faut dire qu'avec tout le boulot qu'on a en ce moment, c'est difficile de finir à une heure décente. -Hum ! Tu es sur que c'est le boulot ? Ce ne serait pas plutôt une de ses jeunes filles qui te tient occuper et j'insiste ...après le boulot. Malick rigola d'un rire franc. -Non certainement pas. Je n'ai plus la tête à cela. Je compte me stabiliser. Je crois enfin avoir trouvé la bonne personne. Adama le regarda perplexe. -Tu es sérieux ? En tout cas, j'ai remarqué la manière dont Maguette te regardait. -Maguette ? Non, je suis en train de te dire que mon cœur est presque pris et tu me parles de Maguette. Adama n'était toujours pas convaincu. L'expression de ses yeux ne changea pas non plus. -Je n'y croirais que lorsque j'aurais rencontré cette personne et même cela ne serais pas suffisant. J'attendrais qu'elle te traine à la mosquée et que le mariage soit prononcé. -Et bien ! Cher ami merci de partager le peu d'estime que tu as de moi. Malick paraissait amusé. -Tu l'as bien cherché. N'oublie pas que je te connais. Et tes parents ? Il soupira lentement avant de répondre. -Ma mère est en train de vouloir me marier à toutes mes cousines célibataires du moment. Et il faut dire que ces dernières sont pleines d'astuces. C'est à croire que la femme sénégalaise n'aspire qu'à se marier. Adama se leva et se dirigea vers la fenêtre. Il dit de sa voix roque. -Je ne comprends pas ce qu'on nos parents à vouloir choisir pour nous. Tu as beau être un adulte indépendant mais cela ne les empêches pas de vouloir décider pour toi. C'est fou ça! -C'est clair ! ajouta Malick. Tu as beau géré une entreprise avec des dizaines d'employés, négocié et signé des contrats partout dans le monde, être respecté par tes concurrents. Hélas, il semblerait que dès que tu es en face d'eux que ceci n'a plus aucune importance. Tu redeviens un enfant à leurs yeux et ils pensent savoir ce qu'il y' a de mieux pour toi. -Et ils ont même l'audace de vouloir décider à ta place. Ajouta sèchement Adama. -Oui, nous africains nous ne sommes jamais complètement indépendants. On dépend toujours de notre milieu. Que veux-tu ainsi est notre lot. -Figure-toi que Baba veut que je prenne une deuxième femme. Malick lui lança un sourire amer. Il compatissait et comprenait la situation de son ami. -Vraiment ? Je ne suis tout de même pas complément surpris. -Oui, il pense qu'il est temps que je lui amène un enfant. - Et qu'est-ce qu'en pense Sally ? -Je ne lui ai rien dit et je ne compte pas l'en informer. Je n'ai aucune envie qu'elle pense qu'il est en train de comploter dans son dos pour essayer de nous séparer. Pourquoi, tu n'es pas surpris ? -Et bien , c'est simple. Connaissant Baba, il veut que tu sois un homme épanoui. Je ne pense pas qu'il puisse se faire à l'idée que tu n'auras peut être jamais d'enfant un jour. -Oui, je comprends son entêtement mais ainsi va la vie. Chacun son destin. S'il est écrit que je n'aurais pas d'enfant en étant sur cette terre, qu'il en soit ainsi. Avoir un enfant n'a jamais était une fin en soi. Au même moment, Maguette frappa. -Mr. Wane, votre femme vient juste d'appeler. Elle demande à ce que vous la rappelez. Elle dit que c'est urgent. Adama qui était toujours debout vers la fenêtre chercha son téléphone dans sa poche mais ne le trouva pas. -J'ai dû laisser mon téléphone à la maison. Sally n'appelait le téléphone du boulot que lorsqu'elle n'arrivait pas à le joindre sur son cellulaire. -Merci Maggy, je la rappellerais dès que possible. Dite aux employés de se préparer. On va tenir la réunion d'ici vingt minutes. Malick qui était toujours assis regarda son ami. - Vingt minutes? Adama regarda sa montre. -Oui, je pense que cela nous donne suffisamment de temps pour que l'on revoit le dossier ensemble avant de le présenter. Tu as déjà tout préparé non ? -Oui , mais je pensais que tu voulais y jeter un coup d'œil avant. -Non, je te fais confiance. Résume-moi juste le contenu, ensuite tu présenteras cela à ma place. -Et bien, c'est ce que l'on appelle travailler pour un dictateur. Malick leva les yeux au ciel. -Dieu merci, je m'y attendais et j'ai déjà préparé quelques copies. -C'est ce qu'on appelle travailler pour son meilleur ami plutôt. Je te fais entièrement confiance. Tu as l'honneur de présider la réunion. Que veux-tu d'autre ? répondit-il sarcastiquement. - Tu ne comptes pas rappeler Sally? -Si! Je le ferais mais il faut que l'on boucle la réunion d'abord. On a pris assez de retard. Adama revient se placer en face de Malick. Il croisa ses longues jambes et prit soin de prendre un papier et un stylo. Son visage reprit son sérieux. Il écouta attentivement Malick et écrivait quelques notes sur son carnet en même temps. Celui-ci commença à lui faire un bref contenu du rapport qu'il avait préparé la veille. Comme l'avait prévu Adama, le briefing ne prit pas plus de quinze minutes. Ils étaient enfin près pour la réunion. Leur discussion ayant était interrompue plus tôt, Malick lui dit. -En y pensant fait moi signe quand tu rentres. J'irais avec toi voir Baba. -Oui, bien sûr. Cela lui fera plaisir de te voir. Les deux hommes se dirigèrent alors vers la salle de réunion, confidents et sûr d'eux.
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