Chapitre 5

692 Mots
Chapitre 5 — Umph… fit le commissaire comme à chaque fois qu’il était embarrassé, figurez-vous que j’ai reçu un appel de Chasségnac, mon collègue de Vannes… — Ah, et que voulait ce valeureux commissaire ? Fabien leva les yeux au plafond. — Il est aux prises avec un voyeur. Mary se retint de rire : — Le pauvre homme ! Le commissaire la regarda curieusement : — Pourquoi dites-vous « pauvre homme » ? — Eh bien, parce que ce n’est jamais agréable de savoir que quelqu’un épie votre intimité. — Eh… dit Fabien, ce n’est pas lui qu’on épie ! — Ah bon… Ça m’étonnait aussi. D’ordinaire, ce sont surtout les hommes qui regardent les femmes, si je ne me trompe. D’ailleurs, on dit un voyeur, pas une voyeuse. C’est une perversion qui n’a pas de féminin. Le commissaire fit les gros yeux : — Cessez donc de faire l’andouille, capitaine Lester ! Je sais bien que Chasségnac est assez fier de son physique, mais de là à imaginer qu’un voyeur puisse s’y intéresser… Il haussa les épaules. — Tss… N’importe quoi ! Mary continua sur le même registre et prit l’air intéressé : — Ah bon, parce qu’il est beau mec, ce Chasségnac ? — Je ne suis pas à même d’en juger, dit Fabien très sec. Là n’est pas la question. — Et elle est où, la question ? — Il a reçu plusieurs plaintes pour des faits analogues : des femmes ont surpris un individu qui les épiait. Mary attendit la suite, et, comme elle ne venait pas, elle demanda : — Et… Il est dangereux, ce voyeur ? — À ce jour, il s’est contenté de mater, comme on dit. — Sans agression physique ? — Il n’y a pas eu d’agression physique, en effet. — Et il y a longtemps que ça dure ? — Ça a démarré cet été. Des campeuses ont découvert une entaille dans la toile de leur tente et, derrière cette fente, un œil qui les observait. — Il y en a eu beaucoup ? — Plusieurs, mais je suppose qu’elles ne sont pas toutes venues porter plainte. Chasségnac pensait que c’était le fait d’un estivant, et que l’été passé, on n’en entendrait plus parler. — Mais il a recommencé. — Eh oui. — Pourtant, il n’y a plus de campeurs. — Non… Le commissaire regarda par la fenêtre. La pluie, chassée par le vent, cinglait les vitres avec violence. Il se retourna vers Mary en grimaçant : — Heureusement qu’il n’y a plus de campeurs, par ce temps… Vous avez vu ça ? C’est incroyable ! Elle sourit sans s’inquiéter outre mesure : — Qu’est-ce qui est incroyable ? Fabien parut être pris au dépourvu : — Eh bien, cette pluie, ce vent, ce temps en un mot ! — Pff, fit-elle, il n’y a là rien d’anormal. Ce sont les tempêtes d’automne. Tous les ans c’est pareil ! — Vous croyez ? demanda Fabien sceptique. Elle haussa les épaules : — Évidemment ! On avait besoin d’eau, non ? — Oui, mais là… Le centre-ville va encore être inondé. — Comme tous les ans, depuis que des imbéciles ont cru devoir supprimer le pont qui protégeait la ville des crues. Le commissaire eut un regard réprobateur : — Vous parlez des élus, modérez-vous. Elle riposta : — Oh, vous savez, on peut tout à la fois être élu et être un imbécile. L’un n’empêche pas l’autre. Avoir deux douzaines de voix de plus qu’un autre candidat ne confère pas ipso facto une science universelle. Elle regarda son patron droit dans les yeux : — Sinon, ça se saurait, car les affaires publiques ne seraient pas gérées d’une manière aussi déplorable. Fabien en resta coi. Mary ne s’attendait d’ailleurs pas à ce qu’il réagisse, car il avait gardé de ses années de police une grande méfiance à l’égard de la classe politique. Il fallait qu’il fût « au taquet5 », comme il disait, pour avoir pris son parti contre la haute hiérarchie policière. Mary n’affichait pas la même prudence à l’égard de ces très chers élus. — Enfin, poursuivit-elle, là n’est pas la question. Ce qui est fait est fait. Et, avant qu’ils reconnaissent leur erreur… Elle haussa de nouveau les épaules et marmonna : — b***e d’irresponsables ! Puis elle revint vers le commissaire : — Alors, maintenant qu’est-ce qu’il mate, votre maniaque ? Fabien protesta : — Mon maniaque ? Ce n’est pas mon maniaque… — Non, mais si je ne me trompe pas, ça va devenir le mien sans tarder. — Si ça vous contrarie, dit Fabien d’un air pincé… en pensant « pour une nana soi-disant traumatisée, elle ne manque pas de souffle ! » Elle le rassura : — Mais non, patron, ça ne me contrarie pas le moins du monde ! Qu’est-ce qui vous fait croire ça ? Si c’est un ordre… — C’en est un ! asséna Fabien très sec. — Parfait ! Alors, je vole au secours de monsieur Chasségnac ! 5 Être au taquet, c’est avoir atteint le sommet auquel on peut prétendre dans un métier. Quand il est « au taquet », un fonctionnaire de police ne peut plus espérer le moindre avancement.
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