d’ouvrir une brèche pour pouvoir sortir de là sans coup férir. Dis- moi, tu es dans quelle chambre ?
— Chambre huit, toute seule ! Bloc « A », dit-elle.
VI
Pour tromper Driss et divertir son attention, Najat qui commença à se sentir très proche de la date fatidique de sa délivrance, l’informa que sa mère Bahia était mal en point et qu’elle allait se rendre chez elle pour la réconforter, prendre soin d’elle, l’accompagner chez le médecin et s’occuper en personne de sa médication. Elle avança à qui veut la croire que Zineb, la servante, n’en savait rien en matière de médicaments et de leur posologie.
Driss qui ne broncha pas devant les manœuvres de diversion de sa femme, hypocrite et menteuse, fut d’accord à ce qu’elle parte le plus tôt possible en lui demandant :
— Veux-tu que je t’accompagne pour la voir, moi aussi, et m’enquérir de son état de santé qui devra être mauvais et inquiétant.
— Non ! Ce n’est pas la peine que tu le fasses. Toi, tu restes ici pour t’occuper de nos affaires et encore moins du café qui est en cours de restauration. Dès que j’arrive, je te ferai un coup de fil. Ma mère doit être très malade et je m’inquiète beaucoup pour elle. Si elle décède, elle va laisser un vide flagrant dans ma vie. Rien ne vaut la vie d’une mère, ajouta-t-elle pour le flatter et lui montrer de la tendresse illusoire.
— Fais attention à ton futur bébé. Ne sois pas trop brusque !
— Pourquoi est ce que tu ne dis-tu pas notre futur fils ?
— Comment puis-je le savoir pour anticiper le fait de dire qu’il sera un garçon.
— Rassure-toi, cher mari, mon gynécologue m’a déjà dit lors de la dernière visite que mon futur bébé est un garçon.
— Et toi, tu crois à ce qu’il avance ? dit-il.
— Bien sûr que je le crois, répliqua-t-elle pour le dissuader à croire ses paroles.
— Puisque tu crois aux affirmations de ton médecin, moi, je ne peux rien réfuter et je reste tout de même optimiste.
Après l’avoir flagorné, en usant d’astuces et de faux-fuyants, et lui inculqué de façon pédagogique l’idée qu’elle attendait un garçon, Najat se mit au volant de sa superbe voiture et se dirigea toute seule vers le domicile de sa mère. Dès son arrivée, Zineb, la servante, lui ouvrit la porte, l’air souriant :
— Quel bon vent vous amène ! Tu nous manques vraiment.
— Où est maman ? demanda-t-elle.
— Me voilà ma puce ! lança-t-elle, je suis dans le salon.
— Tu sais quoi maman ? J’ai encore menti à ce vieux crouton en lui disant que tu étais gravement malade et que je devrai passer avec toi tout le temps qui me reste pour accoucher et en finir une fois pour toute avec ce que j’ai dans le ventre parce que mon gynécologue m’a déjà dit que c’est une fille. Et si jamais Driss apprend la nouvelle, elle me chassera de chez lui dans les premières minutes qui suivent mon enfantement.
— Ne t’inquiète pas, ma fille, je suis là pour t’aider. Zineb et moi, nous nous chargeons de cette affaire. Nous avons déjà mis au point un plan pour sortir de cet imbroglio, n’est ce pas Zineb ? demanda Bahia.
— Absolument, madame ! Nous sommes là pour te débarrasser de cette malheureuse fille qui va vivre sans mère et encore moins sans père.
— Tu peux me considérer, ma fille comme étant ton accoucheuse par excellence. Tu vas voir, ton accouchement à la maison va bien se passer. J’ai aidé beaucoup de femmes enceintes et je cumule beaucoup d’expérience en tant que sage femme.
— Si jamais mon mari t’appelle sur ton portable pour s’enquérir de ton état de santé, dis-lui que tu es bel et bien malade et que tu as besoin de moi pour que je reste à tes côtés. Tes dires me seront tellement une preuve irréfutable à l’appui que Driss ne doutera de rien qui puisse ébranler ma stratégie. Je crois que les choses vont bon train et bientôt, je mettrai la main sur tous les biens du vieux.
— Je sais comment m’en sortir, dit-elle. S’il m’appelle, je me montrerai très faible et je fais en sorte de bredouiller en parlant tous bas et par détachement pour lui faire croire que mon état de santé ne me permette pas d’aligner mes mots.
— Je vous garantis, dit Zineb, qu’il ne va pas vous appeler parce qu’il n’est pas habituer à le faire.
— C’est vrai ! confirma Bahia. Il ne m’a jamais appelée au téléphone ni venir chez moi à l’improviste, mais j’ai peur que cette vipère de Meriem ne le montera contre nous en lui tournant la tête.
— Cette vipère dont tu parles, maman, ne se tracasse pas la tête quand elle sait que je suis loin d’elle et sans Driss. Ce qui compte pour moi, c’est le fait de pouvoir dépasser cette épreuve d’enfantement sans coup férir.
— Allonge-toi sur le divan, ma fille. Zineb va nous préparer du thé à la menthe qui sera suivi d’un repas que je veux qu’il soit des plus délicieux.
— je le ferai avec plaisir Tata Bahia, dit-elle. Cela faisait longtemps que Najat n’a pas mangé les plats préférés que je lui préparais quand elle vivait à la maison.
— C’est vrai, Zineb. Là-bas, chez Driss, on ne mange pas bien ces derniers temps en raison de l’absence de la servante de maison.
— Où est-elle passée celle là ? demanda sa mère.
— Elle était hospitalisée à cause d’une agression à l’arme blanche, dit Najat.
— Agression ? dit Zineb en tressautant pour avoir cru qu’elle aussi pourrait être menacée.
— Oui ! répondit Najat. Le jardinier qui travaillait chez eux l’avait agressée à coups de couteau en la blessant grièvement et on a dû lui faire subir une opération chirurgicale qui nous a coûté cher. C’est Driss qui s’en est chargé des frais.
— Et pourquoi alors l’avait-il agressée ? Est-ce un règlement de compte ? demanda sa mère.
— Peut-être à cause de certains démêlés qu’ils avaient entre eux et auxquels ils n’ont pas pu trouver d’autre solution que d’en venir jusqu’aux mains et au couteau, leur expliqua Najat.
— Est-ce que la victime s’est-elle remise de ses blessures ? demanda Zineb, l’air apeuré
— Oui, elle s’est bien rétablie et elle travaille maintenant à notre café, dit Najat. Nous l’avons chargée de tout ce qui est propreté et lavage et je crois qu’elle ne manque pas de compétence pour s’acquérir de cette tâche. Cette fois-ci c’est moi qui dois avoir besoin d’une servante qui peut cumuler ce rôle et celui de nounous si jamais la chance d’avoir un garçon me sourit vraiment.
— Je vais me charger de t’en trouver une, lança Zineb, toute sûre d’elle. Je sais en quel genre de femme tu mets ta confiance. Compte sur moi, je tiens ma promesse.
— J’en serai très ravie si tu me rends ce service, dit Najat.
— Je crois que ce n’est pas si facile de dégoter un objet rare tout comme trouver une femme qui puisse remplir ce double rôle, expliqua sa mère. Par ces derniers temps, elles sont nombreuses sur le marché de travail, mais il faut chercher celle qui répond aux critères requises. Moi, j’en connais des dizaines et je te les proposerai quand tu décideras d’en choisir une.
Et mo, dit Zineb, je pourrai m’occuper de ton futur fils si tu l’amènes vivre avec nous, ici à la maison. Je lui consacrerai le temps qu’il faut pour qu’il soit bien dorloté.
— Je te remercie Zineb, dit Najat, mais je ne pourrai pas l’amener vivre ici loin de son père biologique qui ne sera pour moi que Driss qui raffole de tenir entre ses mains son premier fils que Meriem, la malheureuse, ne le lui avait pas enfanté.
— Mais, dit Zineb, n’oublions pas que cette femme que tu traites de malheureuse lui a déjà donné cinq filles et il doit s’en estimer heureux.
— Driss ne sera heureux, lança Najat, quand il aura vu devant ses yeux son chérubin en train d’essayer d’éviter les frottements avec le sol pour marcher à quatre pattes et pouvoir pousser ses petits jouets à roues où d’attraper son petit chat par la queue.
— Voir un bambin devant soi est un plaisir, ajouta Zineb. Toi aussi tu vas être la femme la plus heureuse au monde bien que tu sois enceinte d’un autre homme qui t’a laissée en plan pour je ne sais quelle raison. Mais l’essentiel c’est que tu deviennes mère et tu goûtes aux délices de cette belle étape de ta vie.
— Ne me parle pas comme ça, Zineb. dit Najat. Il faut que tu saches que c’était moi qui l’avais envoyé paître.
Pour faire en sorte que sa fille ne se fâche pas contre la servante pour ses mots déplacés, Bahia essaya de calmer le jeu et dit :
— Il n’est jamais trop tard pour bien faire comme on le dit communément. Les hommes, ce n’est pas ce qui manque.
— Excuse-moi, Najat, je n’aurai pas dû parler de la sorte. Ne fais pas attention à cette sorte d’idiotie un peu poussée de ma part.
— Tu n’as pas à t’excuser, rétorqua-t-elle. Je ne regrette rien. Ma fonction d’infirmière qui est un métier peu ou prou épuisant et chronophage était à l’origine de ce retard. Toutefois, me voir être mariée à cet âge est un bon signe de providence pour moi et j’en suis fière de trouver l’homme qui me câline et me gâte parce que c’est ma beauté et ma silhouette de mannequin qui le fascinent et le tirent vers moi tout comme le morceau de métal propre qui attire en raison de sa substance aimantée et magnétique même les vieux clous rouillés.
— J’espère que ton mariage sera bien couronné par la naissance proche d’un garçon, répéta Zineb exprès pour se racheter auprès de Najat et la rassurer après l’avoir froissée quelque peu par des propos qu’elle trouva malintentionnés.
HUITIEME PARTIE
I
Depuis le jour où elle commença à avoir du ventre à cause de la grossesse, Lina s’arrangea à ce que son oncle Hamid ne se rendît pas compte qu’elle est enceinte. Elle s’emmitouflait en permanence dans une grosse couverture pour se déplacer à l’intérieur de la maison ou rester au chaud devant la télévision qu’elle allumait pendant ses heures d’écoute préférées.
Un jour, par un temps caniculaire, elle se débarrassa de sa couette en préférant ne rester vêtue que de sa robe ample qui ne cachait pas pour autant son ventre qui commença à prendre de plus en plus de volume pour devenir protubérant et être la première chose qui sautait aux yeux.
De retour à la maison, la petite Mouna, ramenée de l’école par Aicha, la servante, posa son regard vif et brillant sur Lina et constata sa vraie forme. Se rendant compte que la fillette a pu observer ce qui se cachait, depuis plusieurs mois, sous la couverture utilisé à cet effet, se voyait en évidence, La servante fit un bond rapide, prit la petite dans ces bras et se mit à l’embrasser pour la distraire et laisser le temps suffisant à Lina pour camoufler son ventre et ne plus se hasarder à l’exhiber devant Mouna ou quelqu’un d’autre qui pourrait venir à l’improviste et découvrir ce que Meriem considère comme un secret.
Mais les enfants sont tellement doués qu’ils ne laissent rien passer inaperçu et tout ce qui tombe sous leur regard se grave de façon indélébile dans leur mémoire et remonte en surface quand l’envie enfantine de l’exposer ou de l’évoquer se manifeste spontanément.
C’était ainsi que lorsque la famille d’Amina s’attablait pour prendre un thé, un repas ou que pour bavarder et s’amuser que la petite Mouna, qui se sentait le centre d’intérêt, faisait ses quatre volontés sans que personne ne sût ce qu’elle pouvait dire ou taire.
Quand Lina l’attira vers elle pour l’amadouer, elle lui demanda naïvement :
— Tata Lina ! Montre-moi ce que tu caches ! Je veux voir ce que tu avais hier dans le ventre. C’est un ballon ? Fais voir !
Intriguée face aux propos directs de la fillette, Lina lui fit signe d’un geste mimique pour qu’elle se tût, mais la fillette continuait à insister en poussant même des cris stridents.
Hamid qui ne voyait pas exactement de quoi s’agit-il, ordonna à Mouna de se tenir bien et de cesser de taquiner Tata Lina sans s’empêcher de demander à cette dernière:
— Pour qu’elle ne se sente pas réprimée, montre lui, Lina, ce que tu caches !
— Je ne cache rien, tonton ! Je suis seulement emmitouflée dans mon peignoir de bain et je ne peux pas l’enlever de peur d’attraper froid et cela peut me provoquer un rhume ou une bronchite.
— Ecoute Mouna ! Fais gaffe ! Tu nous déranges ! Est-ce que tu veux être une fille bavarde et insolente ? dit Amina avec un ton péremptoire.
— Si tu continues à déranger Tata Lina, je te dénoncerai à ta maîtresse d’école, elle va se fâcher contre toi et te collera un pensum, ajouta Aicha. Alors tiens-toi bien et ne fais plus de bêtises.
— Je ne fais pas de bêtises ! grommela-t-elle. Je voudrais tout simplement savoir pourquoi Tata Lina cache son ventre sous la couette alors que vous, Aicha et ma mère, vous ne cachez pas le vôtre.
— Dites-moi ce qui se passe alors ! demanda Oncle Hamid, l’air soupçonneux.
— Il se passe, dit Amina, que cette fillette manque de trop de maturité et de discernement d’esprit pour savoir ce qu’elle cherche à comprendre. Elle commence à devenir insupportable et, moi, je vais lui donner une bonne fessée pour qu’elle apprenne une bonne fois pour toutes à bien se comporter avec les grands.
— Je ne pense pas, frangine, qu’il soit nécessaire de la frapper. Il est fort possible qu’il y a anguille sous roche, lança Hamid, l’air toujours soupçonneux et méfiant. La présence de Lina parmi nous, ajouta-t-il, n’est pas fortuite et insensée. Ne le niez pas, Mouna est une fillette intelligente et quand elle dit des choses, elle n’est jamais à côté de la plaque. Je la connais très bien parce qu’elle vit tout près de moi et elle voit ce que, moi, en tant qu’aveugle, je ne peux pas voir, mais mon sens existe toujours dans le cœur qui ressent ce que l’œil ne voit pas. Ne me dites pas que, moi aussi, je manque de maturité et de discernement d’esprit. Il ne faut jamais mésestimer le regard des enfants. Il est toujours scrutateur et bien focalisé sur toute chose ayant l’air insolite.
— Toi aussi, tu commences à divaguer, grogna Amina à l’adresse de son frère pour lui couper court.
— Si c’est le cas, je l’admets, mais à condition que Lina enlève cette couverture et laisse Mouna me décrire, à moi uniquement, ce qu’elle voit, marmonna-t-il.
— Je ne suis pas venue vivre avec vous pour que vous me traitiez de la sorte, râla Lina, l’air irrité. Si vous continuez à me taquiner, demain, je m’en irai et je ne reviendrai jamais chez vous. Vous me prenez pour une poupée gonflable ou quoi ? Je suis une personne ventripotente par manque de sport. J’ai cessé de faire des footings parce que j’avais eu une entorse à la cheville et depuis ce temps mes exercices physiques ont diminué. Quand je m’en serai bien remise, ce ventre dont parle ma belle et curieuse Mouna disparaitra, à coup sûr, et je reprendrai ma forme initiale, celle de mannequin que j’étais il ya une année.
— J’ignore beaucoup de choses sur toi, ma nièce, dit oncle Hamid. Je ne savais pas que tu avais une entorse. Excuse-moi du peu parce que moi, j’ai pensé à autre chose qui m’a dérangé à ton sujet. Maintenant, j’ai l’esprit tranquille et je ne te souhaite rien de mal.
— Tu en es convaincu maintenant ? demanda Amina, l’air très content et le regard aimable tourné vers Lina qui a su sauvé la situation en laissant Hamid hors de leur terrain de jeu.
— Moi, dit Aicha, la servante, je vois bien que tu as toujours une taille de mannequin et il ne te manque qu’un tant soit peu de sport pour que tu reprennes la ligne.
II
Lina et Najat arrivèrent à leur terme final de grossesse et le destin avait voulu à ce qu’elles accouchent toutes les deux au cours du même mois, mais à des dates décalées et dans des endroits différents et loin de l’hôpital.
Dès que les premiers signes de la descente de leur bébé commencèrent à se manifester chez elles de façon intermittente, les contractions d’accouchement qui s’intensifièrent à fond permirent la délivrance et on entendit les premiers vagissements des nouveaux nés.
Entourée de sa mère et de la servante, Najat qui a repris ses forces, lança à leur adresse :
— Alors, qu’allons-nous faire de ce malheureux bébé qui n’est qu’une fille ? Et si Driss apprend la nouvelle, qu’adviendra-t-il de moi ?
— Compte sur moi, dit Zineb. Je sais ce que je vais faire. Toi tu fais maintenant profil bas tout en gardant le contact téléphonique avec ton mari en lui disant que tu vas bien et que tu as vu le gynécologue qui t’a fait ton dernier examen. Pour le divertir et gagner du temps, pose-lui des questions sur la marche des affaires et sur l’état de santé de Sabah.
— Oui, c’est vrai ajouta sa mère, tu dois le tenir à distance pour qu’il ne sache rien. Zineb et moi, nous allons nous débrouiller pour te trouver un bébé masculin qui va asseoir tes relations maritales et te garantir d’hériter des biens de Driss en te taillant la part du lion. Quand tu auras eu le bébé entre les mains, tu pourras te passer de ce vieux décrépit, qui cassera sa pipe bientôt, et t’emparer de tout l’argent qu’il possède.
— C’était toujours mon rêve, maman, dit Najat. Moi, je n’ai jamais pensé offrir mon charme et ma beauté gratuitement à ce genre d’homme qui se croit illusoirement être le centre d’intérêt de mes priorités. L’idée du mariage, je l’ai déjà enterrée et je ne pense qu’à tirer profit de ma relation soit disant conjugale avec ce vieux. Ce bébé que vous allez m’apporter, même s’il n’est pas de mon sang, je prendrai soin de lui parce qu’il va représenter pour moi une sorte de vache laitière. Même si je ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre, je tablerai sur le gros lot.
— Ne perdons pas le temps, allons tout de suite nous débarrasser de ce bébé, suggéra encore Zineb.
— Tu as raison, dit la mère de Najat. Il faut faire vite afin que nous ne soyons pas pris de court. Nous ne savons pas ce que pourra nous cacher l’avenir.
— Soit ! lança Najat à leur adresse. Je vous la cède, cette petite, débarrassez-moi d’elle le plus tôt possible. Je laisse le soin à son père biologique de la trouver s’il le désire et prendre soin d’elle.
Zineb et Bahia, mirent des gants pour ne pas laisser les traces de leurs empreintes digitales, prirent le bébé de bon matin et se dirigèrent vers le dépotoir d’un autre quartier qu’une fouineuse fréquentait le plus souvent pour chercher des objets de rebut qu’elle vendait au brocanteur.
Elle était déjà là cachée derrière un arbre quand elles arrivèrent, le bébé dans les bras. Sans perdre plus de temps, elles firent un tour d’horizon. Ne voyant personne alentour, elles le déposèrent dans un endroit bien abrité et camouflé et quittèrent les lieux de façon précipitée en pensant que personne ne les a vues. La fouineuse s’approcha immédiatement de l’emplacement du bébé qui commença à vagir, le prit entre ses mains et retourna chez elle.
Pour se débarrasser de son frère Hamid, Amina voyagea avec lui chez une amie et recommanda à Aicha, la servante, de faire semblant de l’appeler pour une affaire urgente quand les contractions de Lina s’intensifient.
Une semaine après ce voyage, Aicha l’informa que Lina était sur le point d’accoucher. Laissant comme prévu son frère là où elle voulait l’écarter et rejoignit la maison illico presto. Dès son arrivée, elle fit le nécessaire.
Lina accoucha d’un garçon que sa tante éloigna d’elle tout de suite sans lui laisser le temps de le voir ou de savoir de quel sexe il est. Quand elle se réveilla, Lina chercha son bébé. Ne l’ayant pas trouvé à ses côtés, elle commença à gesticuler et à rugir de colère comme une louve que l’on avait séparée de son petit :
— Au secours ! On m’a volé mon fils, on m’a dérobé mon fils. Aicha ! Aicha ! Où es-tu ? Viens vite ! Mon bébé ! Il n’est plus là
— Qu’est ce que tu as ? demanda-t-elle en feignant de ne rien savoir.
— Appelle ma tante ! Dis-lui que mon bébé n’est plus là.
— Qu’est ce qui se passe ? Dites-moi, demanda sa tante qui a entendu tous ses hurlements.
— Tu ne sais pas ce qui se passe ! dit Aicha en faisant mine de s’étonner.
— Non ! Je ne sais pas.
— Mon bébé ! Mon bébé ! répéta Lina en râlant. On me l’a volé. Que dois-je faire ? Appelez maman ! Elle doit être là pour chercher mon bébé !
— Calme toi, je vais appeler la police pour les informer du vol de ton bébé, dit Aicha qui fait semblant de leur téléphoner en appelant Najat :
— Allô ! répondit la voix de Najat au bout de l’autre fil.
— Votre marchandise est prête, veux-tu venir tout de suite la récupérer ?
— Ok ! Je viens tout de suite, dit Najat.
— Je t’attends au lieu indiqué, dit Aicha, qui raccrocha en revenant vers Lina pour lui dire qu’elle va sortir pour aller déposer une plainte contre « X ».
— Attends que je parte avec toi, dit Lina
— Ah non ! Toi, tu restes, exigea sa tante. Tu es encore un peu fatiguée. Tu viens juste d’être une parturiente. Toi et moi, nous allons discuter des choses sérieuses.
— De quoi tu veux me parler en ces circonstances malheureuses où j’ai perdu mon bébé que j’ai porté avec peine dans mon ventre pendant neuf mois.
— Si on t’a volé ton bébé, tu dois te taire et ne rien réclamer, lui dit sa tante. Ta mère t’a amenée chez moi pour camoufler tes bêtises. Quant à ton père, si jamais il apprend que tu as accouché d’un bébé, il va piquer une crise de nerf et faire un infarctus. Ton oncle Hamid qui doutait toujours de toi, je l’ai éloigné exprès chez une amie à moi. La petite et curieuse Mouna, je l’ai laissée elle aussi exprès chez ses petites amies de classes. Tu ne te rends pas compte que tu vas créer un vrai scandale dans la famille et que tu seras, durant toute ta vie, l’opprobre de la famille pour avoir enfanter avant d’officialiser ton mariage.
Aicha prit le bébé à l’insu de Lina et se dirigea vers le lieu indiqué. Quand elle arriva, Najat était déjà là avec deux liasses de billets de banque et un cadeau des plus importants emballé dans un paquet cartonné. L’échange ou si l’on veut dire le troc se passa en l’espace de quelques secondes.
Aicha muni de ce paquet et cet argent, rentra chez elle. En l’ouvrant, elle fut surprise d’y trouver un téléphone portable tout neuf sur lequel Najat enregistra son numéro personnel sans se soucier des conséquences de cet acte qui pourra se retourner un jour contre elle.
Après avoir rangé tous ses cadeaux dans un armoire fermant à clé, elle rejoignit la maison d’Amina encore en discussion avec sa nièce Lina qui demanda de but en blanc :
— Que t’a-t-on dit à propos de mon bébé ?
— Le poste de police est plein à craquer de délinquants que l’on vient d’arrêter et je n’ai pas pu déposer la plainte. Nous laissons ça à un autre jour.
— Ni aujourd’hui ni un autre jour, on va rien faire, dit Amina. Lina va rentrer à la maison de ses parents. Plus que jamais, sa mère a besoin de sa présence. Elle ne va rien raconter sur sa grossesse ni sur son accouchement ni sur le vol de son bébé non plus. Toute cette histoire va désormais être enterrée. Si quelqu’un parmi nous s’avise d’en raconter la moindre bribe, il nous exposera tous à un scandale du jamais vu.
— Moi, je vis toute seule et je n’ai personne à qui raconter mes secrets, lança Aicha.
— Et moi, qui suis perdante doublement, que dois-je faire devant ce drame que j’endure toute seule ? demanda Lina, l’air triste et mélancolique.
— Toi ! Tu vas te taire une fois pour toutes, ordonna sa tante. Je n’aime pas répéter les choses plus qu’il n’en faut. Suivre les hommes concupiscents n’a jamais été notre fort. Aucune de nous deux, ni moi ni ta mère, n’avons opté pour ce genre de mariage qui n’a ni saveur ni dignité. S’offrir à un jardinier et par-dessus le marché un repris de justice qui ne cherche qu’à faire du mal, ne t’a jamais dérangée ou t’a causé des regrets et des remords ?
— Vous croyez que je n’ai pas de cœur ? grogna-t-elle. Perdre son bébé n’est pas à mon sens une chose aisée et facile à oublier. Vous m’avez roulée dans la farine, toutes les trois, ma mère et vous deux. Vous aurez sur la conscience toutes mes souffrances et douleurs. Dieu ne vous pardonnera jamais votre combine et intrigue. Dites-moi de quel genre de femmes vous-êtes ? J’en ai marre de vos cachoteries. Que mon père le sache ne me fait ni chaud ni froid. Vous avez cherché à exercer sur moi votre dictature et je me suis facilement et candidement pliée à vos injonctions les plus banales et incongrues. Que dois-je dire au père de mon bébé quand il sortira de prison ? Quelles excuses aurai-je forgées pour me payer de sa tête et lui raconter la version la plus fausse et mensongère qui soit ?
— Bien que l’émotion l’emporte parfois, si ce n’est pas toujours, sur la raison, maintenant dans ce cas de figure