Sixième partie, suite 1 du chapitre IV

5000 Mots
              — Cesse de déranger ta sœur par ce type de questions qui n’ont rien de judicieux, dit Amina. Allume ton poste de radio pour écouter de la musique ou connaître les informations qui puissent t’intéresser.              —  Ok ! C’est ce que je vais faire, dit-il.                                                                               V                                            Quand Hamid écoutait de la musique, il était allongé sur le sofa et chantonnait simultanément avec la voix sublime de sa chanteuse préférée. A peine que la chanson était au tout début, on en vint de la couper pour annoncer un communiqué de presse qui disait : «  Aujourd’hui, dans la matinée et à bord du train en partance vers le nord, la police, qui était depuis longtemps à ses trousses, vient d’arrêter un repris de justice de son vrai nom Mourad Mehdi, lilas Allal le jardinier. Ce malfrat avait agressé à  à coups de couteau une femme appelée Radia, travaillant comme servante chez le tenancier Driss. » Fin de communiqué.                   Au moment où l’on commença à lire cette information,  Hamid augmenta le volume et tout le monde à la maison put l’entendre. Etant beaucoup intéressée par toute nouvelle susceptible de l’enseigner sur le devenir du père de son futur enfant, Lina, l’air préoccupé, accourut vers son oncle, l’air préoccupé, pour lui demander ce qu’il vient d’entendre :             — Oncle, veux-tu me répéter exactement ce qu’on vient d’annoncer à la radio ?               — Tu n’as pas bien entendu ce qu’on vient d’annoncer ? demanda-t-il.  La police vient de lui mettre le grappin dessus ! Ce criminel qui a agressé, chez-vous, la servante que vous appelez Radia. Il sera sévèrement jugé et mis au cachot pour le mal qu’il lui a fait. La justice doit être intransigeante avec ce type d’individu qui aime verser le sang et les larmes des autres pour assouvir son plaisir sanguinaire rempli de haine féroce et sauvage. Je ne savais pas qu’il existe encore sur cette terre des types de personnes aussi extravagants  que  malsains et malveillants. Je ne peux rien faire d’autre à leur encontre, sauf condamner et diaboliser leurs actes odieux et répréhensibles.                     L’air inquiet pour l’avenir de son futur bébé qui ouvrira les yeux sur l’absence de son père biologique susceptible d’aller  moisir, à coup sûr, entre les murs de la prison pour avoir commis un acte impulsif et irréfléchi, Lina riposta :              — Tu t’exprimes très dur envers les gens. Qu’est ce que tu as contre ce supposé criminel qui ne t’a jamais fait de mal ?              —  Si ce n’est pas à moi, dit-il, il l’aurait déjà fait à d’autres en plus de Radia votre servante. Je n’ai aucune empathie ni pitié à l’endroit d’un récidiviste qui ne retient pas la leçon de son emprisonnement passé. Je trouve que tu as des sentiments chaleureux envers cet homme. Peux-tu me faire en savoir la raison pour me permettre d’avoir le cœur net ?               —  Il n’y a qu’une seule raison qui motive mon empathie à son égard, dit-elle, c’est le fait de s’être défendu contre les humiliations et invectives répétées dont il faisait l’objet de la part de Radia. La faute qu’il a commise c’est qu’il s’est servi d’une arme blanche au lieu de se limiter uniquement à l’usage de la parole ou à tout le moins du silence.              — Je pense que ça c’est votre raisonnement, mais comme il était agressif, son seul  langage n’était que le recours à la violence, dit-il.                     Les deux sœurs, Meriem et Amina, qui s’affairaient dans la cuisine, vinrent s’asseoir  avec  Hamid et Lina en leur apportant du thé à la menthe avec des crêpes feuilletées, du beurre et du miel. Aicha, la servante qui vint de rentrer à la maison, les rejoignit au salon. Après un salut d’usage, elle s’installa à côté de Lina et commença à la dévisager furtivement, puis elle  en lança à son adresse :            —  Comme tu es belle ! Mariée ou pas ?     — Je suis à la recherche d’un homme, répondit Lina en plaisant, mais un peu méfiante. Peux-tu m’en trouver un qui puisse être à la hauteur de ses responsabilités ?             — Mais ce travail, tu dois le faire par toi-même, dit Aicha, l’air ironique et malicieux.            — Un homme m’a déjà en vue, mais j’attends à ce qu’il se manifeste pour pouvoir lui donner mon accord, dit Lina.     — Mais, dis-moi, jeune fille, qu’est ce qui te rend un peu malaisée, susurra-t-elle pour que les autres n’entendent rien. Tu n’as pas fait un diagnostic médical pour en savoir les causes ?              — Je n’ai rien qui puisse m’obliger de faire de tel diagnostic, répliqua Lina. Je suis un peu mal en point, c’est tout ! Et cela est peut-être dû à la fatigue et aux problèmes de santé de ma sœur.             — Qu’est ce que tu es en train de manigancer, toi ? demanda Amina à Aicha qui n’en reste pas une experte quand il s’agit de déterminer si une femme semble enceinte ou pas.             — J’ai demandé à Lina votre nièce si elle n’est pas un peu indisposée, répondit la servante, parce que je la trouve blême et livide.            —  Laisse-la tranquille et cesse de débiter des âneries et encore moins des calembredaines qui ne tiennent pas debout, ordonna Amina, l’air sévère. Ne t’avise pas de t’adresser aux autres de la manière la plus bête qui soit. Tu connais déjà ce que je préfère en toi ! Alors montre nous le bon côté de la servante la plus utile et la plus débrouillarde.             —  Ce n’est qu’une simple constatation, répondit la servante en regardant Amina qui lui fit signe de n’en rajouter pas une couche.               — Quand Aicha se met à parler, il faut se boucher les oreilles, séance tenante, et ne pas faire cas de ses fariboles, lança oncle Hamid.              —  Passez-moi mes digressions si vous les trouvez gênantes et malencontreuses, dit Aicha. Elle  a tout compris sur les raisons de la présence de Lina et de sa mère Meriem qui n’a pas bronché  en écoutant ces ragots.              — Toi et moi, dit Amina, nous avons à parler des choses sérieuses. Cela concerne les secrets de la maison. Il me parait clairement que tu as perdu de vue toutes les consignes que je t’ordonne d’appliquer sans discontinuer. Maintenant tu ramasses la table et tu vas rester dans la cuisine pour laver la vaisselle et y mettre un peu d’ordre. Ne cherche pas à embêter Lina. Laisse-la se reposer. Elle a besoin de calme et de sérénité. Ne vas pas chercher ma fillette. Je passerai à l’école pour la ramener.                     Aicha s’exécuta sur-le-champ et les deux sœurs sortirent pour mettre les points sur les « i » avant de se séparer. Meriem toute inquiète et chagrinée demanda à sa sœur :              —  Lina est à toi, je te la confie, prends soins d’elle et tiens-moi au informée de tout nouveau. Driss ne sait pas à l’heure qu’elle est où nous sommes passées. J’ai peur qu’il ne soit pas fâché contre moi. Si ça se trouve, il va me faire une scène du jamais vu, j’en suis sûre et certaine.             — Ne te laisse pas emporter par la mélancolie, laisse les choses entre les mains de Dieu et abstiens-toi d’ébruiter quoi que ce soit sur la situation de tes deux filles, Sabah et Lina. Compte sur moi ! Je vais avertir Aicha du début de grossesse de Lina sans entrer avec elle dans tous les détails. Elle me comprend toujours à demi-mot. Le jour où ta fille aura ses premières contractions, je l’emmènerai à l’hôpital sans vous mettre au courant. Aicha et moi, prendrons discrètement nos dispositions pour débarrasser Lina de son nouveau-né. Je ne lui avouerai rien à propos de son enlèvement qui devra être subreptice.               — Pour me permettre de continuer à faire bonne figure au sein de ma famille, dit Meriem, je vous en prie, faites ce que vous pourriez faire pour me soulager de ce problème épineux qui me pèse lourd. Maintenant, je te laisse ma sœur et à bientôt.                 — A bientôt, ma chère Meriem, dit Amina, en l’embrassant tellement fort que les larmes de tristesse leur jaillissent des yeux.                                                    VI                                           Meriem, blessé amèrement dans sa dignité et son amour propre, prit le chemin de retour. Elle ne s’empêcha pas de repasser le fil des malheureux instants qu’elle vivait. L’image de l’état dans lequel était sa fille Sabah s’aggrava dans sa mémoire. Et à chaque instant, elle sentait le besoin de la revoir et de la revire même si elle était douloureuse.  Le chauffeur du taxi, qui la ramena chez elle, la regardait furtivement dans le rétroviseur. Comme il a pu lire la tristesse et la colère sur son visage, Il n’a pas pu  s’empêcher de lui lancer à tout bout de champ :               — Un problème, madame ! Je te trouve un peu triste et silencieuse. Qu’as-tu au juste. Je peux t’amener chez le médecin ?       — Non, merci, répondit-elle à voix basse. Je me sens seulement un peu fatiguée et j’ai besoin d’un tant soit peu de repos pour me délasser. Ne fais pas attention à moi. Continue ton chemin et fais attention à la circulation. On est dans un embouteillage interminable tout comme celui de notre vie et pour  décongestionner la ville, il faut élargir les rues à tout le moins.              — Même si l’on élargit les rues, le problème ne sera jamais résolu avec la démultiplication du nombre de voitures produites en série chaque jour contribue d’une façon d’une façon ou d’une autre à augmenter le risque des accidents inévitables qui s’avère recrudescent.             — Aucun de nous ne sait ce qui va lui arriver dans les quelques minutes qui suivent, dit-il. Chacun est conduit par son destin et ne peut rien faire devant la volonté de la nature. Mais c’est toujours nous qui sommes à l’origine de notre mal ou de celui des autres. Soyons quelque peu réalistes et ne rejetons pas la faute sur la nature qui n’a fait que nous montrer le droit chemin et nous donner une vue d’ensemble sur son harmonie.             —  Ce que tu dis est vrai. Moi, je fais partie de celles et ceux qui sont victimes des effets collatéraux du mal des autres. J’ai été juste à l’hôpital psychiatrique pour voir ma fille qui y a été internée de force sur les recommandations de la deuxième femme de mon mari qui, depuis son arrivée chez nous, elle ne nous a apporté que du mal.             —  Qu’a-t-elle au juste votre fille ? demanda-t-il, l’air curieux.              — Elle n’avait rien de mal qui puisse exiger qu’on l’interne, dit-elle. En se révoltant contre le mariage de son père avec cette hypocrite d’infirmière, elle avait piqué une crise de nerf et dès lors, elle garde le silence, confinée dans un coin de sa chambre depuis  plusieurs jours.              — Je te plains madame, lança-t-il, l’air désolé. Tu dois prendre ton mal en patience. Le bien ne va pas sans le mal ! Ils se chevauchent en raison de leur dichotomie.             —  Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire, avoua-t-elle.              — Oublie ça ! Ce n’est pas grave ! dit-il.              — S’il te plait ! Veux-tu me déposer ici ? demanda-t-elle.                    Dès qu’elle descendit du taxi, Meriem tourna son regard vers l’entrée de la maison. Elle vit Driss assis sur une chaise devant le portail, une de ses béquilles posée sur ses genoux et la tête un peu baissé comme s’il fixait une fourmilière. En arrivant à sa hauteur, elle lança à son adresse :             —  Qui ce qui ne va pas ? Je vois que tu n’es pas dans ton assiette !              —  Et toi où étais-tu pendant tout ce temps ? demanda-t-il, à son tour.             —  J’ai été chez ma sœur Amina. Elle était malade et par la même occasion, nous sommes allées voir ma fille Sabah que tu as jetée dans ce gouffre sur les recommandations non fondées de cette hypocrite qui sont toujours en porte-à-faux avec mes préférences.              —  Comment va-t-elle ? demanda-t-il.              —  Elle va très mal ! grogna-t-elle. Tu dois agir le plus tôt possible pour la sauver de ce foutoir, sous peine de la perdre.              — Comment je dois la sauver, moi,  si l’hôpital, qui est habilité  à la soigner les malades ne remplira pas son devoir comme il se doit ?               —  Si tu comptes sur cet hôpital où travaillent ces mauvaises infirmières qui sont de connivence avec Najat, ta satanée et hérétique femme, tu fais erreur, dit-elle et jamais, tu ne pourras  les empêcher d’administrer des overdoses de morphine ou de je ne sais quoi à ta fille pour l’anéantir. Alors, réveille-toi de ta léthargie.            . — Tu dis des choses bizarres ! dit-il. Bien que tu ne connaisses rien en médicaments, tu me parles de morphine. Je te trouve dépassée. Mais je crois que ta sœur t’a montée contre ma femme et moi.               —  Ma sœur dont tu parles mal m’a rendu un grand service et elle mérite une fière chandelle. C’est grâce à elle que le médecin traitant a promis qu’il va se pencher en personne sur le cas de Sabah. Mais ce n’est pas suffisant ! Tu dois bouger pour qu’on contrôle ses doses de médicaments. Tu feras mieux de graisser la patte aux infirmières concernées et s’il le faut à ces médecins mêmes pour qu’ils prennent vraiment soin de votre fille et la protègent des mains sales de ces criminelles. Où est ton argent ? Est-ce que tu l’as dépensé pour les beaux yeux de ta dulcinée dans l’achat des produits cosmétiques les plus faramineux, les bagues vestibulaires, les colliers d’or, les vêtements et chaussures de reines ? Réponds-moi ! J’en ai assez de tes prodigalités qui vont te conduire à coup sûr à la ruine et la gagnante dans toute cette histoire ce sera elle seule. Je n’ai jamais pensé que ma vie sera malheureuse avec toi, mais aujourd’hui, je commence à en prendre conscience. En te laissant aller dans le sillage impétueux de cette hypocrite encline à commettre des actes de turpitude, tu vas boire le calice jusqu’à la lie comme on dit communément  et vivre le restant de ta vie dans la déchéance et le malheur. Prends en note et rappelle-toi de la pertinence de mes mots.             — Arrête tes reproches ! cria-t-il. Je ne suis pas responsable si elle est dans cet état.             — Mais tu es responsable de veiller à sa médication et aux soins qu’on doit lui prodiguer pour qu’elle sorte  de sa torpeur et cesse de vivre  en vase clos.              — Je vais voir avec Najat si l’on peut faire quelque chose d’autre pour la faire sortir de ce milieu hideux.            —  Si tu continues à impliquer Najat dans une affaire qui ne l’intéresse que pour inoculer tout son venin dans les veines de Sabah, ma fille restera exposée au danger de mort par overdose et quand elle sera six pieds sous terre, personne ne s’en interrogera sur les vrais motifs.              — Tu ne crois pas, dit-il, que notre fille Safia, qui suit maintenant des études de médecines, pourra nous éclairer un peu sur ce que nous devrons faire pour sauver Sabah des effets néfastes et délétères de son état dépressif ?            — Safia n’est maintenant qu’une élève-médecin, rétorqua-t-elle. Elle a juste le temps qu’il faut pour s’occuper de ses études. Ne pense pas une seconde à l’empêtrer dans nos problèmes et à la divertir en conséquence de sa formation. Où sont-elles passées tes accointances ? Réfère-toi à ces personnes qui viennent s’attabler assidûment dans notre café. Elles peuvent nous servir quand même à quelque chose.             —  Ces personnes dont tu parles ne sont que des retraités qui ne savent que raconter des blagues de mauvais goût et parler, comme des connaisseurs invétérés, de tout ce qui touche à la sécurité et à la conjoncture économique dans le monde. Le reste des clients ne pourraient pas nous être utile en quoi que ce soit. Dis-moi où est ta fille Lina ?, Je ne l’ai pas vue depuis ton absence.                      Pour dérouter Driss en le roulant dans la farine, Meriem n’a pas trouvé de difficultés de lui inventer une histoire à propos de sa fille.              —  Lina m’a accompagnée chez sa tante. Elle  est restée là bas pour passer du temps auprès de son oncle Hami. Mon frère  passe des jours sombres dans la solitude et il a besoin de réconfort. Il m’a suppliée de la laisser vivre quelques mois avec eux pour lui tenir compagnie et, moi, je n’ai pas pu décliner sa supplication. Elle, aussi, a manifesté la volonté d’accepter leur invitation. La petite Mouna s’est vite attachée à Lina et elle a exprimé le désir pressant de l’avoir à ses côtés pour lui tenir compagnie et s’amuser avec elle. Sa présence pour la maisonnée s’annonce beaucoup plus réconfortante.             — Ok ! Si elle veut rester, qu’elle reste, moi, je n’ai pas d’objection. Qu’elle reste, dit-il sans autre commentaire.             — Qu’en est-il de Radia, la servante ? Est-elle toujours à l’hôpital ? demanda-t-elle.            —  Oui, elle est toujours hospitalisée, dit-il. Mais, Dieu merci, elle s’est bien remise de ses blessures et elle va sortir incessamment. Ce minable a failli la tuer et je me pose toujours la question de savoir pourquoi il s’en est pris à elle.              — Moi, j’attends son retour avec impatience, dit-elle. C’est une femme très serviable et je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’elle continue à travailler chez nous et nous parler à tout le moins de ses démêlés avec ce malfrat de jardinier.              —  Radia ne veut plus revenir travailler ici, chez nous. Elle a perdu confiance et se sent toujours angoissée et stupéfaite. Je lui ai proposé d’aller travailler au café pour se charger de la propreté et de la plonge et elle a accepté la proposition. Je ne veux pas l’abandonner après cette épreuve macabre et si difficile qu’elle a traversée. On m’a raconté qu’elle avait un fils qui ne vit pas avec elle et le pire c’est qu’il  ne donne aucun signe de vie parce que la police court à ses trousses. C’est un contrebandier et trafiquant de stupéfiants. Il s’active au sein d’une b***e de malfaiteurs. Je ne pense pas qu’il soit mis au courant de l’agression de sa mère. A propos, est ce que tu sais que la police vient d’arrêter son agresseur ?                —  Non, je ne suis au courant de rien concernant cet individu, dit Meriem. Pour l’instant, je ne préfère pas en parler.              —  Pour ta gouverne, on vient d’apprendre qu’il a été capturé a bord d’un train en partance vers le nord. Il comptait peut-être quitter le pays de façon clandestine en croyant qu’il pourrait s’échapper facilement au châtiment qu’il va mériter.             — Il doit être traduit devant la justice des hommes pour payer  tout le mal qu’il a infligé à cette femme innocente. Radia ne mérite pas qu’on l’agresse de cette manière quelques en soient les motifs.                  La discussion entre Driss et Meriem s’interrompit dès que Najat pris sa voiture et se dirigea vers la sortie de la maison où ils se tenaient. Sans daigner saluer Meriem et ne la regarder que furtivement et avec mépris, elle ouvrit  la portière à son mari qui monta et prit la direction de la ville.                  Quand il se rendit compte de ce geste déplacé provenant d’un comportement aberrant qui porte automatiquement atteinte aux moindres règles de respect, Driss ne laissa pas échapper cette occasion de lui adresser ses reproches :              — C’est honteux et impoli d’adopter une attitude pareille à l’encontre de Meriem qui ne t’a jamais fait de mal ! Qu’est ce que tu cherches, sinon à la provoquer ? Dis-moi quel genre de litige tu as avec elle ?              — Qu’elle aille au diable votre Meriem ! grogna-t-elle. C’est une moins que rien qui ne m’arrive pas à la cheville. Je n’ai pas   à lui accorder l’importance et l’attention qu’elle ne mérite pas. Elle me prend toujours en grippe et me regarde d’une façon inconvenable comme si je suis son ennemie conventionnelle.             — Tu aurais dû au moins lui dire bonjour pour ne pas accentuer sa souffrance et ses douleurs. Tous les déboires qu’elle a eus au sujet de Sabah qu’on maltraite à ce fameux hôpital où tu m’as suggéré de l’interner, l’ont complètement déboussolée et la pauvre  ne sait plus à quel saint se vouer.              —   Ne tourne pas autour du pot ! dit-elle. Dis que c’est moi la responsable de ses troubles pour que tes paroles soient justes et claires. Ta fille est entre les bonnes mains. J’ai demandé à mes collègues de là bas à ce qu’elles prennent soin d’elle pour qu’elle se rétablisse le plus tôt possible.              — Je n’en crois pas mes oreilles ! dit-il, l’air agacé. Ce que tu m’avoues fait preuve de ta bienveillance et de ton empathie de femme rarement introuvable. En faisant comme ça, tu me rassures. Mais, puisque tu te prends pour la femme solidaire, pourquoi tu n’as rien dit à Meriem pour qu’elle ne perde pas confiance en cet hôpital qu’il mésestime et qualifie d’un endroit hideux et macabre ?            —  Que veux-tu que je lui dise puisque le courant ne passe plus entre elle et moi, grommela-t-elle. Je ne suis pas brouillée avec elle au point d’aller jusqu’à me venger de votre fille, ça ce n’est pas mon intention. Nous ne devons pas mélanger les torchons avec les serviettes. Votre femme devient très antipathique à mon égard et j’ai toujours l’impression qu’elle n’aura aucun scrupule de me vouer aux gémonies si jamais elle avait la possibilité de le faire.              —  Maintenant, change de sujet et augmente un peu le volume pour me laisser m’imprégner de cette belle chanson que j’aime beaucoup, dit-il.                                          SEPTIEME PARTIE                                                        I                      Najat s’exécuta et la voix stridente du chanteur se retentit en mettant en profil le la rengaine : «  Ne me quitte pas. ». Grâce à cette chanson sublime, le silence entre Driss et Najat devint de rigueur et aucune autre discussion ne perturba leur ambiance à l’intérieur de la voiture qui commença à s’approcher de l’hôpital où Radia était admise.                     Devant le portail d’entrée, elle était là à attendre leur arrivée. Driss descendit de la voiture dès son arrêt complet, la tira vers elle et la serra affectueusement dans ses bras puis il la relâcha pour la regarder dans les yeux et dire à la manière d’un père  si tendre et aimant :                — Comment est ce que tu te sens maintenant ? Est-ce qu’on t’a donné  un billet de sortie ?              — Je vais bien, dit-elle. Je me suis bien rétablie et je compte rentrer chez moi pour me reposer quelque temps avant d’envisager la possibilité de me trouver un emploi sédentaire. Je suis seule et même un salaire modique que je vais toucher pourra me suffire largement pour aller mon bonhomme de chemin et vivre le restant de ma vie dans la paix et la sérénité. Si mon fils avait été là, ma situation n’aurait pas été si mauvaise et pleine de risques.              — Ne t’inquiète pas, dit-il. Considère-toi comme étant un membre à part entière de notre famille. Nous ne te laisserons jamais seule. Nous aurions aimé qu’il soit à vos côtés en pareilles circonstances. Mais comme le dit le philosophe: « il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. » Pour être franc avec toi, ton fils  aurait dû suivre la voie royale.              — Nous t’amènerons maintenant chez toi pour te laisser reposer, annonça Najat, l’air imbu d’orgueil et de vanité. Le jour où tu auras complètement guéri, appelle-nous. Je viendrai en personne te chercher pour te conduire à notre café. On a besoin d’une femme comme toi qui s’occupera de la plonge et de la propreté du local.              —  Moi, avoua-t-elle, je ne peux plus laver toute la vaisselle d’un café comme le vôtre ou me servir de la serpillère et de la raquette pour nettoyer le sol. Je suis  à bout de mes forces et je n’en peux plus. Ces coups de couteau que j’ai reçus sauvagement sans les mériter m’ont fait beaucoup souffrir et je ne compte que sur mon fils qui va sûrement  se venger de ce criminel que je n’ai jamais pensé qu’il  aille jusqu'à m’agresser.            —  On vient de l’arrêter, lança Najat. Tu n’as pas besoin de lui demander de te venger. Il est maintenant en prison et, peut-être, il écopera du maximum d’années et justice te sera rendue. .           Ne supportant pas l’idée de rester dans l’ignorance de savoir les tenants et les aboutissants de cette agression, Driss, qui a examiné vainement la situation sous toutes les coutures, dit avec l’air désespéré :              —  Mais tu ne nous a toujours pas dit pourquoi ce malfrat t’a agressée !               — Je vous ai déjà dit, expliqua-t-elle, qu’il existe des choses qu’il faut taire, ne serait-ce que pour ne pas faire mal à ceux qui les reçoivent. Parmi les choses qui existent à notre insu, il y’en a certaines qui se manifestent en finissant par remonter à la surface.               — Laisse-la Driss, demanda Najat. Elle n’est pas encore en bonne et due forme pour répondre à cette question que tu n’arrêtes guère de ressasser comme s’il s’agit d’un prodige. Revenons à nos moutons. Comme je viens de te le dire, tu vas travailler au café sans fournir le moindre effort musculaire. Tu seras là pour superviser le travail des autres femmes de ménages qui s’occupent de toute la propreté. Ton rôle consistera à les encadrer pour qu’elles courbent l’échine et ne manifestent pas de la mauvaise volonté ou se chamaillent entre elles. Et s’il arrive quoi que ce soit, tu me tiens informée en tant réel. J’aimerai être au courant de  toutes les irrégularités et comportements insolites constatés au niveau de tout le personnel.               —  Si c’est le cas, j’accepte votre proposition et je vous serai très reconnaissante de m’avoir fait confiance encore une fois. Je vous promets que je ferai tout mon possible pour la bonne marche du café.                — Puisque tu vas prendre une responsabilité que je considère si importante, je ferai en sorte que ton travail soit assez rémunéré,  promit Najat.                — Je vous remercie infiniment, tous les deux, de m’avoir soutenue moralement et pécuniairement. Je resterai à votre disposition autant que faire se peut.                     Avant de prendre la direction du domicile de Radia qui se sentait si indispensable pour ces personnes, Najat, en feignant de faire preuve de bienveillance et 
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