Nouveau lycée. (1)

1568 Mots
Ce matin-là, je me réveille tôt, plus tôt que nécessaire. J’ai une boule dans l’estomac. Cette rentrée me rend anxieuse. Alors je me lève et choisi avec soin ma tenue : je sors un corsaire en jeans et un débardeur blanc de mon armoire ainsi qu’un petit gilet crème en fines mailles qui m’aidera à affronter la fraîcheur du matin. J’attache mes cheveux qui me tombent sur les épaules, en une queue-de-cheval et ayant choisi ma paire de lunettes assortie à mes sandales à talons dorées, je descends prendre mon petit-déjeuner. Comme la veille, Tamy est là et me sert un verre de lait, un autre de jus d’orange, des œufs et du bacon. — Comment te sens-tu ? me demande-t-elle en me tendant mon assiette. — Nerveuse. Merci, tout cela m’a l’air délicieux. — Tu t’es levée tôt, le lycée n’est qu’à dix minutes d’ici en voiture. — Oui, mais j’appréhende toujours les rentrées quand je ne connais personne et je dois prendre le bus, mais je ne sais pas lequel prendre. J’ai dû vendre ma voiture avant mon départ d’Albuquerque et je ne connais pas les horaires de passages de bus. — Ta mère m’a dit, en partant travailler, qu’elle avait garé ta voiture dans l’allée du garage. Je croyais que tu le savais ? Elle m’a dit hier qu’elle l’avait commandée en même temps que la maison, elle a été livrée ce matin, juste avant qu’elle ne parte. — Non, je ne le savais pas. Je me demande comment elle a fait pour organiser notre arrivée aussi parfaitement, d’ailleurs… J’ai la vague impression qu’elle me cache quelque chose, mais je n’arrive pas à savoir pourquoi. Tamy fait mine de ne pas avoir entendu. Mon petit-déjeuner avalé, elle me tend mon déjeuner qu’elle a enveloppé dans un sac en papier brun. — Bonne journée et bon courage ! — Merci, j’en aurai bien besoin, bonne journée. Devant la porte d’entrée, j’hésite une seconde, en me demandant ce qui se passera quand je poserai la main sur celle-ci et puis… Rien. Je me sens juste ridicule. Je me dirige vers le garage et là, dans l’allée, une magnifique BMW décapotable, d’un fabuleux bleu nuit métallisé, flambant neuve, m’attend majestueu–sement. C’est vrai qu’entre l’argent du divorce, la vente de la maison, les actions en bourses de maman, l’héritage que m’ont laissé mes grands-parents paternels et le métier de juge de ma mère, nous sommes plus que riches et nous ne risquons pas de ne manquer de quoi que ce soit, mais je trouve qu’elle exagère un peu. Nous n’avons jamais vécu dans un tel luxe auparavant, même si ce n’est pas pour me déplaire ! Le plus étrange, c’était que ma mère semble penser que tout cela est nécessaire. Mes réflexions mises à part, je m’installe dans mon carrosse et je démarre. Le moteur est tellement silencieux que j’en suis surprise. Je suis également heureuse de constater que le lycée est très bien indiqué. Comme Tamy me l’a précisé, je ne mets guère plus de dix minutes pour atteindre les imposants bâtiments que constitue le lycée de « Blue Lagoon High School », dont le nom est écrit en grosses lettres dorées, juste sous l’horloge. Je n’ai jamais entendu parler de cet établissement, pas même sur Internet, mais les bizarreries qui m’entourent depuis un mois se font tellement nombreuses, que je me jure de ne plus y prêter autant d’importance. Il faut que je me concentre sur cette première journée qui risque de ne pas être de tout repos. Comme je suis parti tôt, le parking est encore à moitié vide, je trouve facilement une place située pas trop loin de l’entrée et avec l’avantage de rester à l’ombre une bonne partie de la journée. Étant donné qu’avant je possédais déjà une décapotable, certes moins luxueuse, mais que j’adorais, je conserve mes bonnes habitudes, en refermant la c****e et rentrant les rétroviseurs. J’avais adopté ces résolutions un jour où, alors que je sortais du lycée, il s’était subitement mis à pleuvoir et ma voiture en avait été inondée, ce qui avait coûté une petite fortune à mes parents pour les dégâts causés. Et dès lors que Flora et Aubin s’étaient fait arracher un rétro sur le parking du lycée, la seule et unique fois où leurs parents leur avaient confié leur voiture, je m’étais juré d’éviter à tout prix ces désagréments. Ceci accompli, je me dirige vers l’accueil pour me présenter et demander les renseignements néces–saires à ma journée. Derrière le comptoir, se tient une dame au visage rond, les cheveux coupés très court bruns aux reflets auburn. Sur son nez, pointe une chic paire de lunettes. Quand elle me voit, un sourire immense s’élargit sur son visage : — Une tête que je ne connais pas, tu dois être la nouvelle élève ? Bonjour, je suis Mme Olive ! — Oui, bonjour, je suis Séléna Lane ! — La fille de la juge Vanessa Lane ? — Euh, oui… Vous connaissez ma mère ? — Bien sûr ! Elle est très réputée, dans son travail. Mais nous en parlerons une autre fois, viens me voir quand tu veux. Pour l’instant, voici ton formulaire d’entrée que tu feras signer à ta mère et me rapporteras demain, ton emploi du temps, un plan du lycée, ainsi que ta fiche de présence que tu feras remplir à chaque cours de la journée par tes professeurs. Ramène-la-moi à la fin de la journée s’il te plaît. — D’accord, merci beaucoup. Je m’apprête à sortir quand elle me dit : — Attends ! Le proviseur souhaiterait te rencontrer avant le début des cours. — Mais je risque d’être en retard… — Ne t’inquiète pas, me coupe-t-elle, il te remettra un mot d’excuse. Tu vas jusqu’au fond du couloir et c’est la deuxième porte à droite. Va vite ! Bonne journée ! — Merci. À ce soir. Cette Mme Olive est vraiment adorable, j’espère ne jamais avoir à la contrarier ça serait vraiment été dommage. Les couloirs commencent à se remplir, les élèves affluent de tous les côtés, mais je réussis tant bien que mal à atteindre l’autre bout du couloir et tourné à droite dans celui indiqué d’une pancarte « Administration ». Sur la deuxième porte à droite, se trouve une petite plaque indiquant « Proviseur Summers ». Je frappe deux coups et : — Entrez ! — Bonjour, je suis Séléna Lane, Mme Olive m’a averti que vous souhaitiez me voir avant le début des cours. — Bonjour, bienvenue parmi nous Séléna, je suis M. Summers et je ne suis pas seulement un proviseur grincheux qui est là pour vous ennuyer, je reste à la disposition de mes élèves en toutes circonstances alors n’hésitez pas à faire appel à moi. La seule chose que je vous demande en retour, c’est que vous soyez sérieuse dans votre travail. Étant donné votre dossier exemplaire et vos facultés d’apprentissage, je tiens personnellement à vous remettre une carte d’accès à la bibliothèque sans limite d’horaires, accessible également le week-end et pendant les vacances. Et voici la clef de votre casier, que j’avais oublié de donner à Mme Olive. Avez-vous des questions ? — Euh… Non. Merci, vous avez été très explicite. — Parfait, dans ce cas, je vous laisse aller en cours, donnez ceci à votre professeur. Bonne journée ! Il me remet un mot d’excuse et me raccompagne à la porte. La porte du bureau est tout juste refermée derrière moi, que la deuxième sonnerie, indiquant le début des cours, retentit. Retard inévitable. Je sors mon plan du lycée afin de trouver ma classe, tout en rejoignant le couloir principal. — Eh, toi ! Qu’est-ce que tu fais, à traîner encore dans les couloirs ? ! Je me retourne et j’aperçois un surveillant, faisant déjà sa ronde, qui s’adresse à moi. — Je sors du bureau du proviseur. Je suis nouvelle et perdue, alors je consulte le plan pour rejoindre ma classe. J’ai un mot d’excuse à remettre à mon professeur ! dis-je, légèrement irritée par son ton accusateur et condescendant. — Oui, eh bien… ne fait pas ta maligne et dépêche-toi ! Je tourne les talons sans même lui répondre. Il aurait pu m’aider tout de même, non ? Tant pis, je réussis à trouver seule la bonne salle, au détour d’un couloir. Ouf ! Le professeur, M. Barnett, qui enseigne l’Histoire, a dû être prévenu, parce que je trouve la porte encore ouverte. Le cours a pourtant déjà commencé. Je frappe et entre sans attendre une réponse, et tends le mot du proviseur avec un sourire poli dès que M. Barnett pose les yeux sur moi. — Bonjour, Mlle Lane, voici une fiche récapi–tulative de la leçon, vous viendrez me voir à la fin du cours pour me parler du programme que vous suiviez dans votre ancien lycée. Il y a une place de libre au fond, allez vite vous installer que l’on puisse continuer, dit-il en jetant mon billet d’excuse sans même y jeter un coup d’œil. Je prends la fiche de leçon et lui donne ma feuille de présence qu’il signe, puis je vais m’asseoir à la place indiquée, sous les regards curieux des autres élèves, pendant qu’il reprend son cours. Par chance, je n’ai pas encore étudié cette leçon et me concentrer me permet de faire abstraction des regards qui s’attardent sur moi.
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