Nouveau lycée. (2)

1621 Mots
À la fin du cours, je vais faire mon rapport à M. Barnett concernant les sujets déjà assimilés. — Il s’avère que nous avons étudié des chapitres que vous n’avez pas encore vus et inversement, je vais aller en parler au proviseur et si cela vous convient, je vous ferai parvenir des fiches récapitulatives des sujets que vous n’avez pas abordés, que vous étudierez chez vous. Vous serez dispensée de cours quand nous aborderons des sujets déjà vus, ce qui vous permettra d’étudier les autres. — Cela me convient. — Je reste à votre disposition si vous avez des questions et je vous confirme notre programme au cours de demain. — Merci Monsieur, à demain. Jusqu’à la pause du déjeuner, les cours se passent de la même manière, les professeurs sont tous aussi agréables et disponibles que le proviseur et Mme Olive. Mais combien de temps cela va-t-il durer ? Avec la poisse qui me court après ces derniers temps, je ne me fais pas d’illusions. L’inconvénient, dans tout ça, c’est que je n’ai pas encore eu le temps de faire connaissance avec qui que ce soit. À l’heure du déjeuner, je m’apprête à m’installer à une table vide, quand quelques voix m’interpel–lent : — Séléna ! Je me retourne, étonnée que quelqu’un sache qui je suis. — Tu t’appelles bien Séléna ? Je fais signe que oui, pas certaine de savoir ce que ces quatre amis me veulent. — Viens t’asseoir vers nous, ne reste pas toute seule. Le garçon qui m’a invité à leur table est blond, le même blond que moi, les cheveux coiffés volontairement en bataille, c’est le genre de gars qui aime prendre soin de son apparence. Il me paraît tout à fait sympathique et sincère, mais quelque chose chez lui me rappelle quelqu’un, mais qui ? J’ai l’impression de le connaître, pourtant je sais que je ne l’ai jamais rencontré auparavant, ma mémoire ne me fait jamais défaut avec les visages. — Avec plaisir, merci. Je n’ai pas eu l’occasion de faire de nouvelles connaissances ce matin. Je m’appelle Séléna Lane, et vous ? réponds-je en m’installant à leur table. — Moi, c’est Rowan Kôl, me répond-il, je suis dans ta classe en maths, tu me montreras ton emploi du temps, nous avons peut-être d’autres cours en commun. J’approuve d’un hochement de tête rapide. — Je te présente Lie Welche, Sam Foley et Kalsy Milton, ma petite amie. Lie est assez petite, avec une bouille de bébé. Ses cheveux blonds, raides comme des baguettes de tambour, lui descendent jusqu’au milieu du dos et sont parsemés de mèches bleues assorties à ses yeux. Sam est plutôt grand et trapu, le t-shirt moulant qu’il porte laisse apparaître sa musculature bien dessinée, les cheveux bruns et les yeux noisette, il est plutôt sexy. Quant à Kalsy, ses boucles brunes reposent sur ses épaules, avec le teint rose de sa peau délicate et ses yeux bruns, elle ressemble à une poupée de porcelaine. Et moi, je viens faire tache au milieu du décor, avec mes lunettes, ma peau blafarde et mes cheveux ternes malgré tous les soins que j’ai pu essayer. — Salut ! lancent-ils en chœur. — Enchantée de vous rencontrer. Ils sont tous très joyeux et rieurs, ils m’inspirent le bonheur que je n’ai pas ressenti depuis longtemps. Nous nous apprécions immédiatement, et nous découvrons que je partage le cours de maths et de sciences avec Rowan et Kalsy, celui d’Anglais et d’histoire avec Lie et celui de physique, sport et l’option français avec Sam. Je suis tellement stressée à l’idée de repartir de zéro, dans une nouvelle ville, un nouveau lycée, que je ne les avais pas remarqués pendant les cours de la matinée. Soudain, je comprends pourquoi j’ai hésité quand Rowan m’a interpellé, il ressemble étrangement, avec quelques années de plus, certes, à mon frère Peter ! Tout le monde semble remarquer mon désarroi et s’inquiète : — Séléna, ça va ? me demande Kalsy. — Tu es toute blanche, fait remarquer Lie. — Elle est toujours blanche, rétorque Sam. — Oui, mais si on ne l’a fait pas respirer, elle sera translucide ! — Non… Ça va aller, ne vous inquiétez pas… balbutié-je. En me voyant reprendre mes esprits, Sam reprend : — Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Tu nous as foutu la frousse ! dit-il en passant sa main sur mon front. — Rien, ça va mieux, je vous assure, dis-je péniblement. — On est tes amis maintenant, fais-nous confiance, si quelque chose ne va pas, tu devrais nous le dire, insistent Rowan et Kalsy. — Peu importe, vous me prendriez pour une folle. — Et alors ? Ça ne fera qu’aggraver un peu plus la réputation de notre groupe, ce n’est pas grave, on a l’habitude ! Ils rient de leur bêtise. — Que voulez-vous dire ? — Tu remarqueras très vite que Rowan est cinglé, toujours le premier à tester tout et n’importe quoi, surtout si c’est dangereux. Cet idiot se croit invincible. Lie a parfois une case en moins, enfin… souvent. C’est la blonde du groupe ! Toujours à poser des questions stupides et à comprendre les blagues deux jours en retard ! Moi, je suis à tendance paranoïaque et Kalsy… la pauvre, ça dépend. Désolé de ne pas t’avoir prévenue que nous ne sommes pas la clique de rêves du lycée ! — Sympa ! dis-je en riant. Ne vous inquiétez pas, ce sera déjà quatre personnes en moins qui ne me persécuteront pas. Et tant que la vie au lycée se passe bien, le reste m’importe peu. — Super, alors on commencera à se méfier quand ça n’ira plus ! Tout le monde rit de bon cœur et en oublie mon petit malaise. La suite du déjeuner se déroule plus calmement, je leur raconte les raisons de mon débarquement parmi eux, j’apprends que Rowan et Kalsy sont ensemble depuis six mois, que Sam est gay et que Lie est une grande rêveuse. À treize heures, nous retournons en cours, Rowan et Kalsy en histoire, Lie en physique et Sam et moi en sport, où je me contente d’assister aux matchs de basket, puisque Sam, soucieux de ma santé a prévenu le prof que j’ai fait un malaise au déjeuner. Quand la sonnerie annonce la fin du cours, Lie m’attend devant le gymnase. — Le prof d’anglais n’est pas là, tu peux rentrer chez toi si tu veux. — Et toi, tu ne rentres pas ? — Je n’ai pas de bus avant trente minutes. — Tu veux venir faire tes devoirs chez moi ? Je pourrais t’aider. — Oh oui ! Ça serait chouette ! — Je dois juste déposer ma feuille de présence à l’accueil et j’arrive. Pendant que nous retournons à la voiture, Lie prévient ses parents que je la ramènerai vers dix-neuf heures. — Ouah ! Elle est superbe, ta voiture ! — Oui et tu n’as encore rien vu, depuis qu’on a emménagé, ma mère me fait vivre comme une princesse. Elle le constate d’elle-même en visitant la maison, puis nous nous mettons à ses devoirs, ma leçon d’histoire ayant été enregistrée durant le cours de sport, je suis toute disponible. — Pourquoi as-tu un programme privilégié ? me demande-t-elle soudain. — Je ne comprends pas ? — Oui, j’ai entendu une partie de ta conversation avec M. Barnett ce matin. — Eh bien, depuis que je suis petite, j’ai toujours été capable de comprendre tout, en une seule fois, donc mes professeurs ont estimé que seul le travail en classe m’était nécessaire pour appliquer une leçon et qu’il était inutile de me donner des devoirs supplémentaires. Ne pas assister à des cours que je connais déjà, me permettra d’occuper mon temps à plus utile que l’ennui. Tu me suis ? — Oui. C’est tout de même une sacrée chance ! — Le proviseur doit donner son accord, mais compte tenu de ce qu’il m’a dit ce matin, je pense que c’est dans la poche. Mais je n’échappe pas aux devoirs sur table, sur les sujets que je n’ai pas encore étudiés et ceux que je dois rattraper. — Si c’est si facile pour toi, pourquoi ne pas avoir sauté une classe ? — Parce que si chaque école, respecte mon fonctionnement, je ne m’ennuie pas. J’apprends vite, mais je ne sais pas tout. De plus, je vais bientôt commencer les examens avancés. — Qu’est-ce que c’est ? — Des examens qui me permettront peut-être d’avoir mon bac plus vite. Aller, finis tes maths, qu’on puisse aller se baigner et bronzer un peu avant que tu rentres ! — Tu as de la chance, tu pourras faire ça tous les soirs maintenant. — Et tu sais comment faire pour en profiter… — Merci, c’est gentil de ta part. Au final, moi aussi, j’ai de la chance, tout le monde n’a pas une amie comme toi ! Nous rions un moment et je devine que nous allons être de bonnes amies. Je ramène Lie après le dîner et je file me vautrer sur mon lit pour repenser à cette première journée, qui ne s’est pas si mal déroulée si l’on faisait abstraction de l’incident de midi. Ma mère rentre vers vingt et une heures et vient me voir pour connaître les moindres détails de ma journée et j’en profite pour lui faire signer mon papier. — Je vois que tu es exténuée, je vais te laisser dormir, mais je suis contente que tu te sois fait de nouveaux amis, je craignais que tu t’empêches d’en avoir à cause de Flora et Aubin. — Voyons maman, c’est ridicule ! — Je sais. Elle me sourit, m’embrasse et s’en va rejoindre ses propres oreillers.
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