Kelan Harris. (1)

1477 Mots
Il fait nuit, des milliers d’étoiles brillent dans le ciel. C’est un spectacle magnifique. À côté de moi, il y a un ange. Un ange magnifique, dont les ailes sont si grandes que je pourrais m’envelopper dedans, faites de grandes plumes d’un blanc immaculé dont les contours sont colorés d’un vert de jade. Je frémis en touchant du bout des doigts les plumes, d’une douceur incomparable. L’ange m’observe, blond aux yeux verts… Rowan ? … ou… Peter ? … Peter ? … ou Rowan ? … Je suis perdue, il le comprend et avec un sourire, il me dit de sa voix chantante : « Destinée ! ». Il s’en va et je me retrouve seule. J’ai froid. J’entends une voix au loin qui m’appelle, je veux y répondre, mais je n’y arrive pas. Je sursaute quand une main chaude se pose sur moi. J’ouvre les yeux, ce n’était qu’un rêve. C’est la voix de ma mère et sa main chaude qu’elle avait posée sur mon front en me voyant grelotter, qui m’en a sorti. — Maman ? — Oui chérie, je suis là, comment te sens-tu ? — Mieux, je crois. Les contours sont flous, mais à part ça, je vois à nouveau bien. J’ai besoin de prendre une douche, je crois que j’ai beaucoup transpiré, et ça me réchauffera. — Attends, il faudrait que tu manges avant de te lever, Tamy est allée te chercher quelque chose à grignoter et un verre de jus de fruits, tu es sûr que ça va ? — Bien sûr, pourquoi ? — Séléna, tu as dormi trois jours ! — Quoi ? ! Quel jour sommes-nous ? — Dimanche. Il est une heure du matin. Je la regarde attentivement, tout était parfaitement net à présent. — Oh, zut ! ! Kelan va être furieux, je devais lui transmettre les cours à rattraper, vendredi ! — Ne t’inquiète pas, Rowan lui a donné ton numéro de téléphone et il a appelé pendant que tu dormais, il me semble être un garçon tout à fait charmant, pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? — Parce qu’il est nouveau et que je l’ai à peine vu en cours d’histoire et depuis j’ai dormi trois jours ! lui dis-je, un peu sur les nerfs en repensant à ce qui s’est passé trois jours plus tôt. Exaspérée, je replie les genoux et enfoui mon visage dans mes mains. — Mes lunettes ? Où sont mes lunettes ? Je suis tout à coup prise de panique. — Sur ta table de chevet, pourquoi ? — Maman, je te dis que je vois parfaitement bien, alors que je ne porte pas mes lunettes et tu ne réagis pas ? ! — Parce que nous nous doutions, que cela arriverait bientôt. En revanche, nous ne savions pas comment. — De quoi tu parles ? Et puis d’abord, comment ça nous ? Tamy aussi est de mèche avec toi ? La colère et l’incompréhension résonnent. — Depuis que nous sommes ici, j’ai l’impression que tu me parles en langage codé, ou dans une langue qui m’est inconnue, mais là, on dirait que tu débarques d’une autre planète ! Quand vas-tu enfin me dire les choses clairement ? ! — Pardonne-nous Séléna, intervient Tamy en entrant dans ma chambre avec un bol de lait, des céréales et un verre de jus d’orange. Mais il y a des choses que tu comprendras par toi-même et que nous ne pouvons t’expliquer. — Super ! Je vais aller loin avec ça ! J’avale mon en-cas en silence et je vais me faire couler un bain pour me détendre. Je termine par une douche bien fraîche qui me revigore. Je m’enveloppe dans un drap de bain et m’enfonce dans le canapé, en zappant les chaînes de la télévision, à la recherche d’un bon film. Je finis par regarder une pièce de théâtre burlesque que je ne connais pas, mais il fallait bien se douter qu’au milieu de la nuit le choix ne serait pas énorme, au moins elle a le mérite de me changer les idées. Mon téléphone sonne. Surprise, je regarde l’heure, mon réveil indique trois heures trente. En prenant l’appareil, je n’identifie pas le numéro de mon correspondant. — Allô ? réponds-je, méfiante. — Salut Séléna, c’est Kelan Harris, tu te souviens de moi ? — Salut, oui bien sûr… — Est-ce que je te réveille ? — Non, pas du tout, j’ai fait une sorte de coma de trois jours, alors je n’ai plus vraiment envie de dormir. Mais la question est plutôt : pourquoi, toi, tu ne dors pas ? — Je voulais savoir comment tu allais. — Vraiment ? Pourtant ma mère m’a dit que tu comptais passer cet après-midi pour récupérer les leçons, que je suis d’ailleurs désolée de ne pas avoir pu te donner vendredi, tu aurais su à ce moment-là. — Tu sais, tu as le droit de respirer quand tu parles. — Désolée, dis-je avec un rire nerveux. — Je suis heureux de voir que tu as retrouvé ta bonne humeur. Effectivement, j’avais prévu de venir cet après-midi, mais puisque tu es réveillée, puis-je venir maintenant ? — Euh… Oui, si tu veux… Dans combien de temps penses-tu être là ? — De combien de temps as-tu besoin pour être décente ? — Cinq minutes, dis-je légèrement perplexe. Mais pourquoi serais-je indécente, d’abord ? — Alors vient m’ouvrir dans cinq minutes. En riant, il raccroche sans me donner de réponse. Je saute sur mes pieds, ouvre mon armoire à la volée et y déniche un chemisier blanc et un mini-short en jeans, mon maillot de bain blanc et mes tongs blanches. La tenue parfaitement adéquate pour un temps si lourd et humide. Je file dans la salle de bains pour m’habiller et me démêler rapidement les cheveux avant de les attacher en un chignon lâche. Ceci terminé, je me hâte de descendre au rez-de-chaussée. J’ai constaté au passage que ma mère, qui devait être épuisée, d’avoir veillé trois jours durant, a dû aller se coucher. Je me précipite sur la porte d’entrée que j’ouvre avec un peu trop d’enthousiasme. Il est là, appuyé contre sa voiture garée dans la rue, les yeux rivés sur moi, il rit de mon enthousiasme débordant. — Il faut que je vienne te chercher où tu viens par toi-même ? Il rit de plus belle et s’avance dans l’allée. Je réalise alors, que c’est la première fois que je le vois de la tête aux pieds. Ses cheveux bruns, légèrement longs, encadrent son visage parfait, il doit faire environ une tête de plus que moi. La chemise blanche, dont il a retroussé les manches sur ses avant-bras, laisse transparaître son torse musclé et ses épaules carrées. Un bermuda en jeans et une paire de tongs en cuir marron complètent sa tenue. Je reste bouche bée, en pleine admiration, pendant cinq bonnes minutes. — Puis-je entrer, où allons-nous discuter sur le pas de la porte ? me demande-t-il avec douceur. Sa voix est encore plus voluptueuse que dans mon souvenir. On dirait une mélodie envoûtante. — Oui, bien sûr, excuse-moi de mon impolitesse, dis-je en m’empourprant. — Je ne vais certainement pas me plaindre quand une jolie fille reste en admiration devant moi, s’amuse-t-il. Je sens le feu qui me monte aux joues s’épanouir davantage et j’essaie, avec peu d’efficacité malheureusement, de le lui cacher. — Suis-moi, je vais te donner ce dont tu as besoin pour rattraper les cours, tu as certainement d’autres choses à faire, que de traîner là au beau milieu de la nuit. — Non pas aujourd’hui, c’était peut-être un peu prétentieux de ma part, mais j’espérais que tu accepterais de passer la journée en ma compagnie. Je stoppe net en haut de l’escalier. — Ne t’affole pas, si tu n’es pas d’accord, je m’en irai tout de suite après que tu m’as donné les fiches. — Ce n’est pas ça, dis-je en me retournant pour le regarder en face. Mon cœur s’affole dans ma poitrine et je croise les doigts pour qu’il n’ait pas l’ouïe assez fine pour l’entendre. — Qu’est-ce alors ? demande-t-il en penchant légèrement la tête de côté en m’observant. — C’est juste que je n’arrive pas à comprendre comment quelqu’un comme toi, qui ne me connaît pas, peut bien avoir besoin de prendre de mes nouvelles au beau milieu de la nuit quand je vais mal, ou bien avoir envie de passer du temps avec moi, alors que tout le lycée a dû te donner son point de vue à mon égard et que la parfaite Ambre Watson t’a certainement déjà fait ses avances… Je reprends mon souffle en pensant à mes paroles et me sens nulle. J’entre dans ma chambre, Kelan sur les talons, je sens son regard vrillé mon dos. Il n’a toujours pas répondu à ma question.
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