Suite chapitre III

5000 Mots
—  Si je ne suis pas en mesure de me défendre par la force physique, je le ferai par la parole, répondit Samia, parce que ma mère Jamila, me répète le plus souvent, en me disant à peu près en ces termes : « est malheureux celui qui ne sait point se défendre par le corps et plus malheureux encore celui qui ne sais pas point se défendre par la parole. » —   Ah, bravo Samia ! Tu feras une élève tellement brillante et studieuse, lui dit Farid, tout émerveillé par les capacités inouïes de sa fille qui commence très tôt à savoir faire la part des choses. —  Bon ! Maintenant nous allons vous laisser reposer, dit Driss. Nous sommes très contents de ton retour ma nièce. Pour le temps suffisant pour guérir et fait attention à tes déplacements dans l’appartement. —   Merci infiniment à vous tous, leur dit Farid. Je suis très content de nous avoir apportés du soulagement et du réconfort en pareilles circonstances. Je vous promets que nous viendrons chez vous le jour où Jamila se rétablira. —   Soyez les bienvenus chez nous, répondit Meriem en souriant. N’oubliez pas d’amener Samar avec vous pour qu’elle puisse connaître notre maison et partager elle aussi avec nous un repas de couscous aux légumes  viande de bœuf. —   J’aimerais bien honorer votre invitation, dit Samar. C’est très gentil de votre part. En descendant de l’appartement de sa nièce, Driss et sa famille ont croisé les voisins du palier dans les escaliers. Ils se sont regardés furtivement sans prendre la peine de s’échanger le moindre salut d’usage. Ce qu’ils ont pu faire les uns aux autres, c’était un sourire silencieux et insignifiant. Le concierge, qui guettait tous les mouvements des habitants et visiteurs du bâtiment se tenait au pas de la porte principale. Il tenait à la main une cigarette à peine allumée. Le regard de ses yeux exorbitants, qui  tournaient dans sa tête, en  tous  azimuts, embrassait celui de Driss qui s’est arrêté pour le saluer et lui tirer la langue sur l’identité et la provenance de ce couple et en particulier cette lady, aux lunettes noires, qui lui a fait penser, par son dressing, sa beauté et son charme rayonnant, sa taille et son gabarit, à son ex femme Najat dont il s’était amouraché si vite, en se trompant d’adresse, dès le premier regard. En l’espace d’une seconde, une série de questions rapides lui ont passé par la tête dont  il n’a pu se focaliser sur aucune réponse. En profite de cette rencontre fortuite avec le concierge, il lui lança de but en blanc : —   N’êtes-vous pas par hasard le concierge de ce bâtiment ? —   Oui, c’est bien moi, répondit-il posément. Un problème ? —   Non ! Je n’aime pas les problèmes, répliqua-t-il. Je voudrais seulement te demander un service si ça ne te dérange pas. —   Pas du tout ! Lequel ? demanda le concierge, l’air un peu étrange. —   Ce jeune couple qui vient de monter les escaliers habite-t-il ici au bâtiment ? —   Oui, en effet ! répondit-il sans gêne. —   Au quatrième étage, je suppose ? —   Non, au troisième ! corrigea-t-il —   Ah bon ! s’exclama-t-il —   Ce sont les nouveaux voisins de Farid et Jamila, la femme qui s’est fracturée la jambe dans les escaliers. Vous la connaissez ? demanda le concierge. —   Absolument ! Jamila, c’est ma nièce et moi je suis Driss le cafetier. Tu n’as jamais entendu parler de mon café ? —  Vous n’êtes pas par hasard l’homme qui s’est marié avec l’ex infirmière Najat que tout le monde lui donne le sobriquet de « la fleur fanée » —   Oui, c’est bien moi, tu la connais cette scélérate ? —   Je la connais de vue, elle a travaillé comme barmaid dans un bar-restaurant. C’était une jolie femme. Mais, Malheureusement, elle n’a pas su garder son statut d’infirmière pour je ne sais quel motif. Le pire c’est que les gens la qualifient de «  vieille casserole » en la  comparant à un ustensile de cuisine obsolescent et hors d’usage. —   Est-ce qu’elle a des relations quelconques avec ce couple que vous appelez les voisins du palier ? demanda Driss en poussant ces questions de plus en plus. —   Je n’en sais rien, rétorqua le concierge, qui commence à se méfier des questions ennuyantes de Driss qui lui provoquent un certain désagrément. —   Comment tu ne sais pas ? C’est la première fois que je me trouve en présence d’un concierge ignorant de ce qui se passe dans sa zone de compétence. Je veux dire au bâtiment dont il est responsable en matière de gardiennage. —   Najat n’habite pas ici parmi nous et moi, je n’ai aucun droit de m’immiscer dans la vie privée des gens. Tu veux faire de moi un policier ou quoi ? demanda le concierge. Peux-tu me dire quelle relation  peut-elle exister entre ce couple et Najat ? demanda le concierge. —   C’est à toi de le dire, moi, je ne suis qu’un visiteur, répliqua Driss. —   Excuse-moi, monsieur, je n’ai pas de compte à rendre aux visiteurs et surtout quand ils me posent des questions déplacées et insensées, dit le concierge. —   Tu veux me dire expressément que mes questions sont inutiles ? demanda Driss en faisant mine d’être fâché. —  Je ne cherche en aucun cas à te blesser, répondit le concierge, en tirant fort sur le reste de sa cigarette, mais si tu insistes, tu risques de me voir d’une humeur irascible parce que ce genre de questions m’indispose si vite. —   Je ne souhaite pas te voir dans de tel état, dit Driss en continuant son chemin pour rejoindre sa femme et ses enfants qui l’attendaient à une centaine de mètres du bâtiment. —   Que se passe-t-il avec le concierge ? demanda Meriem, je te vois un peu fâché. —   Il ne se passe rien, répondit Driss. C’est lui qui est fâché à cause de mes questions qui lui semblent déplacées. —   De quel genre de questions s’agit-il ? demanda-t-elle en le regardant fixement. —  Des questions de routine qui n’ont rien de spécial, répondit-il fermement pour couper court à la curiosité de sa femme. —   En me répondant ainsi, je trouve que tu veux me cacher un démêlé que tu as peut-être avec cet homme, marmonna-t-elle en faisant grise mine. —   Oublie ce qui s’est passé avec ce zigoto et ne m’en parle plus, veux-tu ? —   D’accord ! Mais dis donc ! qui est ce jeune couple qui nous a croisés pendant notre descente des escaliers ? —   Ce couple dont tu parles, c’est les voisins de palier de ta nièce, on nous l’a déjà dit et répété mile et une fois. Ne me tourmente pas avec tes questions de femme embêtante, gronda-t-il. —   Mais qui sont-ils au juste ? insista-t-elle, je veux savoir leur identité parce qu’ils ne m’inspirent pas confiance et leur présence au voisinage immédiat de Jamila et ses enfants, n’est pas due au hasard —   Que veux-tu insinuer ? demanda-t-il, en regardant sa fille Lina, qui suit leur discussion avec un grand intérêt en feignant de ne rien comprendre de ce que chacun d’eux cherche à sa façon. Je ne connais pas leur identité jusqu’à présent, avoua-t-il, en fin de compte, le concierge n’a pas voulu me la divulguer tout à l’heure, je ne sais pas s’il y a anguille sous roche et qu’il veut me cacher un secret quelconque ou lui aussi ignore leurs raisons de vouloir habiter dans un immeuble si hideux et triste  plutôt que dans un autre d’autant plus somptueux et aéré, situé à tout le moins  au voisinage chic des gens riches et cossus. —   C’est ce qui me dérange, moi, lança Lina à l’adresse de son père et sa mère. Jamila a intérêt à se méfier de ce duo étrange que personne ne sait en ce moment s’il a au moins l’étiquette d’un vrai couple distingué, digne de respect et de confiance. —   Tu voulais nous dire que ma nièce et son mari doivent surveiller leurs arrières avant qu’il ne soit trop tard ? demanda son père, qui s’inquiète lui aussi, mais sans raison apparente, de la sécurité de Jamila et du risque de vol avec effraction dont elle peut être exposée dans cet immeuble lamentable et lugubre —   Je suppose seulement et je ne peux rien prophétiser qui est imminent dans la vie de Jamila, de ses enfants et de son mari ou dans la nôtre. —  Ta façon d’évoquer l’éventualité du risque que pourrait courir ma nièce en continuant à habiter dans cet immeuble, me met mal à l’aise et je dois en conséquence envisager avec elle la possibilité de l’aider à emménager dans un autre quartier plus sûr. Je ne veux pas que ma nièce soit volée ou attaquée par je ne sais quel criminel. —   Ne crains rien, mon père, dit Lina. Je ne pense pas que quelqu’un s’avise de l’attaquer un jour purement et simplement. Ta nièce n’est à ce que tout le monde sache  qu’une femme affable et amène. Elle ne fait pas de mal à une mouche  et elle entretient de bonnes relations avec tous ses collègues et encore moins avec les gens de son voisinage. —   Je ne sais pas ce qui me tracasse parfois, expliqua son père, il m’arrive parfois d’avoir des prémonitions de mauvais augure à son propos et je n’arrive pas à chasser de mon esprit l’éventualité d’un mal qui pourra l’affecter un jour. —   Ne reste pas préoccupé, je t’en prie, mon père par des obsessions inutiles des superstitions qui risquent de te tournebouler l’esprit et de te rendre la vie si polluée. Nous ne sommes pas dans un univers où peut régner que des incuries et de l’anarchie. Les actes criminels de quelque nature que ce soit sont quand même contrôlés et contrecarrés et toute personne représentant un danger quelconque ne peut échapper à la loi judiciaire. La police traque sans discontinuer tous ceux qui ont commis des actes criminels. —   Heureusement que la machine policière répriment tous ceux qui cherchent à nuire aux autres par vengeance ou tout simplement par jalousie, ajouta son père, qui a failli faire un infarctus à cause  d’un coup de fil lui annonçant sans plus de détail la  dispute de deux femmes au sein même de son café. —   Qu’est ce que tu as mon père ? Un malaise ? demanda Lina un peu ébahie et stupéfaite. —   Qu’arrive-t-il à ton père ? Qu’est ce que tu lui as dit pour le mettre dans cet état ? demanda sa mère. —   Quand il m’a tendu le téléphone, Expliqua Lina, le transmetteur de la communication était encore en ligne et quand je lui ai demandé de quoi s’agit-il, il m’a laissé entendre qu’une altercation a éclaté à notre café et ça a coupé sans que je puisse capter tout le message. —   Que se passe-t-il ? Dis-moi ! demanda Meriem à son mari, qui semble indisposé, en l’aidant à s’asseoir sous le pied d’un arbre pour reprendre son souffle et attendre que la crise passe.                                         CHAPITRE IV                   En lui prenant la main gauche, un peu molle et languissant, Lina a pu remarquer que son pouls était bondissant et son cœur battait la chamade à cause de cette mauvaise nouvelle qu’on vient de lui annoncer sans en mesurer la portée de sa conséquence sur sa santé. Quand elle a essayé à plusieurs reprises d’appeler sa sœur Safia, le médecin, pour la mettre au courant de ce léger infarctus qu’à son père, celle-ci était injoignable. Sa mère qui suit sa réaction bizarre, lui demanda : —   Dis-moi ! tu appelles qui ? —   J’appelle Safia, mais ça ne répond pas. J’avais l’intention de lui demander la conduite à tenir quand le pouls est bondissant. —   N’appelle personne, lui demanda son père, je me sens mieux maintenant et je dois me rendre illico au café pour m’enquérir de la situation. Hélez-moi un taxi tout de suite et n’essayez pas de m’en empêcher. C’est une question de vie ou de mort et je ne veux pas qu’on crée de scandale à l’intérieur de mon café qui risque de devenir comme un ring de boxe sans arbitrage. —   Nous devons tous les deux t’accompagner là où tu ailles, lança Meriem. Tu as une santé fragile qui nécessite notre présence à tes côtés sinon, tu risques de succomber à mi- chemin. —   Ecoute le conseil de ma mère, conseilla Lina. Tu n’es même pas capable de marcher sans l’usage des béquilles et tu veux défier ton handicap sans penser aux conséquences. Ne crois pas qu’on va te laisser seul pour aller rétablir l’ordre au café. Laisse-moi appeler ma sœur Sabah ou un des serveurs pour avoir au moins une idée sur le degré de cette information qu’on vient de recevoir sans précision. —   Pourquoi voulez-vous appeler ses gens ? cria-t-il, puisqu’en me rejetant  la responsabilité de ce qui se produit, ils s’avèrent incapables de maîtriser la situation et de calmer le jeu. Recourir dans de telles circonstances à mon intervention personnelle serait de leur part une maladresse et un manque de savoir faire. Ils auraient dû au moins aviser la police pour rassurer les clients et rétablir l’ordre au sein de mon café.                 Meriem et sa fille Lina ne sont pas arrivées à en dissuader Driss et lui faire entendre raison. Malgré leur insistance, il a décidé de s’y rendre en personne, seul et sans la compagnie de sa femme et sa fille. Lina et sa mère l’ont suivi à bord d’un autre taxi pour lui porter main forte en cas où la situation l’exigerait.                Najat, qui s’est transformée en l’espace de quelque temps en une débauchée professionnelle, passait toutes ses nuits dans des night-club qu’elle ne quittait qu’à l’aube. En compagnie des ses  amants qui fréquentaient habituellement ces lieux. Elle se payait le luxe de boire, de fumer et de danser. Cette fois-ci, elle a rencontré un type un peu colosse et musclé, haut de taille, presque la quarantaine, sur ses épaules et ses bras, il portait des marques de tatouage indélébile et ressemblait à quelques traits près à un repris de justice qui aurait commis apparemment quelques de crimes répréhensibles qui lui ont valu de la prison. Il était chaussé d’espadrilles grande taille et pour tout vêtement, il portait un pantalon de jean bleu délavé et un tee short de la même couleur. Il tenait également à la main droite une jaquette à capuche noire. Ses cheveux noirs et lisses étaient attachés en queue de cheval basse sur la nuque. Son visage brun portait au niveau du front la marque d’une cicatrice. Il avait le regard glacial et méchant qui ne diffère en rien de celui d’un homme d’une force inouïe, qui était cruel et grossier à l’endroit des petits enfants et de leur mère.      Najat qui a été attirée et fascinée par le physique et la virilité de ce nouveau partenaire vigoureux, lui avait consacré de son propre gré trois soirées consécutives bien arrosées suivies de trois nuitées passées dans un hôtel de luxe où la réservation d’une chambre à deux personnes non mariés était autorisée et admissible, mais c’était  peut-être à titre de revanche. C’est en ces pleins instants d’amour que Najat lui demanda d’un ton doucereux : —   Dis-moi, mon amour ! Quel est votre nom ? Passer trois soirées et trois nuits consécutives dans tes bras sans connaître même pas ton nom est pour une chose bizarre et ça ne m’a jamais arrivé de ne pas avoir un aperçu un tant soit peu sommaire sur mon compagnon de lit occasionnel. —  Le jour où je te connaîtrai mieux encore, tu en sauras tout sur moi. Pour l’instant, laisse-moi le temps de t’habituer à mes baisers et à mes diverses manières d’embrasser que je te laisse le soin de découvrir. —   Moi, je suis de celles qui préfèrent, pendant  le b****r, s***r du bonbon à la cannelle quand  mon partenaire est en train de s***r, lui, une pastille à la menthe sauvage. Qu’en penses-tu ? —   C’est une bonne idée, mais il nous faudrait en faire l’expérience pour voir dans quel univers nous pourrions être emportés. —   Tu n’en as jamais fait l’expérience avec ta dulcinée ? —   Non ! Je n’en avais aucune et en plus je ne sais pas comment tu le fais toi. —   C’est simple comme bonjour, pendant le b****r, il suffit d’échanger doucement et avec délicatesse la pastille à la menthe sauvage et le bonbon à la cannelle dans vos bouches. —   Mes baisers à moi sont variés et c’est à toi que je laisse le soin de les identifier puisque, me parait-il, tu t’y connais bien en la matière. —   Je peux t’en citer plusieurs sans te brouiller l’esprit en les expliquant un par un. —   Vas-y ! Je t’écoute. —   Parmi les baisers que je connais, il existe « le b****r échange », « le b****r aromatisé », « le b****r boisson », « le b****r froid », « le b****r Pop Rocks », « le b****r-respiration », « le b****r sous l’eau », « le b****r aspirateur », « le b****r mordillant », « le b****r tactile », « le b****r en suçant  les  lèvres » etc. Il en existe encore d’autres qui n’en restent pas moins importants. Si tu n’es pas quelqu’un de négligeant, tu peux en chercher leur explication. —   En me citant ces types de baisers, tu me rappelles à l’ordre, à ce que je vois. Tu veux que je m’applique à la lettre pour te dorloter avec mes câlins. Ne t’en fais pas, tu goûteras et tu en demanderas plus. Je suis un partenaire infatigable qui ne se limite pas à vivre le plaisir de l’amour  dès le premier coup. —   Je suis à toi, fais de moi ce que tu veux et montre-moi de quoi  en es-tu capable au lit et quand je constate l’existence de ta vraie capacité en mesurant à sa juste valeur, je te demanderai à me la montrer dans d’autres terrains de jeu où tu seras spécialement chargé d’agir à mon compte dans les jours à venir. Ne me pose pas de questions là-dessus. Laissons chaque chose en son temps. —   Je ne te dirai jamais non, même si je savais que je risquerais ma vie. Je ferai en sorte à ce que je sois à la hauteur de tes aspirations et attentes. Quand tu me connaîtras du fond en comble, tu mettras toute ta confiance en moi. —   Ma confiance, je l’ai déjà mise en toi dès le premier jour où nous sommes rencontrés dans ce night- club. Depuis ce jour, je te considère comme un vrai partenaire qui pourra me soutenir là où il le faut. J’ai été mariée à un vieux décrépit qui ne remplissait pas son devoir conjugal au lit, comme il le faut, et quand j’ai demandé le divorce, il ne me l’a pas refusé. Depuis lors je n’ai pas pensé à tenter l’expérience du mariage derechef. Ma vie de femme libre me permet aujourd’hui de faire plusieurs choix entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. C’est jamais quelqu’un me plaît, je m’offrirai toute entière à lui et parfois sans en exiger un centime qui vaille. Et toi, tu fais partie de cet échantillon de personnes qui remplissent les conditions requises que j’exige de chacun.  Que faisait ton ex. dans la vie ? demanda-t-il, en essayant de soutirer quelques renseignements susceptibles de l’éclairer quelque peu sur la  vie de Najat qui ne lui raconte, à son insu, que du mensonge pour arriver à ses fins. —   Comme elle est douée d’intelligence et d’imposture, elle lui a répondu spontanément et sans lui laisser un semblant  du moindre doute que son ex. était un cadre dans le secteur de la santé publique qu’on a révoqué pour avoir commis une prévarication dans sa fonction de surveillant général de l’hôpital où il travaillait durant une vingtaine d’années. —   Il a détourné les deniers publics ou quoi ? demanda-t-il, comme si cette femme lui dit la vérité.                                                    —   Il n’était pas du genre à faire une chose pareille, répliqua-t-elle. Il a seulement manqué à son devoir et on l’a relevé d’abord de ses fonctions,  puis on l’a chassé avant qu’il puisse formuler  sa démission. —   Et qu’en est t-il de toi ? demanda-t-il en poussant un peu plus fort pour savoir de quelle genre de femme peut-elle être. —   Moi, je suis comme toutes les autres femmes qui se plaisent à fumer, à boire et à danser par nécessité. J’avais un poste de réceptionniste dans un hôtel trois étoiles, mais je l’ai quitté à cause des harcèlements répétés du patron qui voulait faire de moi sa maîtresse de prédilection. C’était un vieux pochard qui ne m’a jamais plu par son comportement, en porte à faux avec mes principes de femme  assez exigeante en matière de choix quant à mes partenaires. Et toi, tu ne t’es jamais marié ? demanda-t-elle pour détourner la discussion autour d’elle. —   Peu importe que je sois marié ou pas, répliqua-t-il, pour couper court à toutes ses questions qui pourraient se succéder sans arrêt. L’essentiel pour moi, c’est que je suis avec toi et nous sommes à l’instant même plus que mari et femme. Le mariage n’est ma tasse de thé. Ce qui compte pour moi, c’est une jolie femme qui remplit un lit et toi tu en es une qui répond à ce désir. —   Je suis chanceuse de tomber sur un homme comme toi et je dois m’en estimer heureuse de me retrouver entre tes bras musclés qui me câlinent avec douceur et délicatesse. —   Moi, aussi, je me sens maintenant l’homme le plus heureux qui sois. Dans ma vie toute entière, mon rêve de croiser une beauté de mannequin, ne s’est jamais réalisé avant cet instant de plaisir et d’amour que nous vivons ensemble. Demande-moi de t’apporter toutes les étoiles du ciel, je le ferai. Mais laisse-moi te réciter un poème qui dit :            « Ma belle, tu es mon trésor         Ton amour est précieux comme l’or          Chère amour, la reine de mon cœur          Je pense à toi tous les jours          Telle une rose, tu as embelli tout autour de moi           Telle une  mélodie,  ton rythme prend possession de moi           J’éprouve une joie sans pareil quand je te vois           Et la beauté de ton visage me laisse sans voix           Chaque mot déchaîne mon émoi           Chaque regard m’attire vers toi           J’ai envie que tu sois dans mes bras           Je rêve que tu sois only à moi »    Et ce n’est qu’une partie, il est long ce poème et je n’ai pas pu l’apprendre tout entier.              — Il est à toi ? demanda-t-elle.              — Ah, non ! répondit-il. Il n’est pas à moi. Je ne suis pas un apprenti  poète pour faire de la poésie de ce genre. Je l’ai piqué quelque part, c’est tout.           —Tu as fait l’école ? —    Oui, bien sûr, répondit-il. Mais, je l’ai quittée, malheureusement, avant de décrocher mon bac. —   Et que fais-tu dans la vie ? demanda-t-elle. —   Tout ce qu’un homme de mon gabarit pourrait faire. —   Par exemple ? demanda-t-elle —   Chauffeur de taxi ou à défaut un ânier, répondit-il en feignant de parler sans détour. —   Chauffeur de taxi, je l’admets. Mais ânier, je n’en crois pas mes oreilles. Tu n’es pas fait pour amener des ânes. —   Et toi tu crois que c’est une tâche facile que de guider des ânes ? —   Je ne connais pas grand-chose sur la manière qu’il faut adopter pour les guider, répondit-elle. —   Tu n’as jamais été chargée un jour d’accomplir une mission pareille ? —   Je pense que tu parles par métaphore pour me brouiller les pistes, constata-t-elle. —    Quelles pistes, tu veux insinuer ? —   Celles que je devrai suivre pour dénicher plus de renseignements sur tes activités précises. —   Je n’ai aucune activité précise, dit-il. Je suis un homme qui préfère la polyvalence plutôt que de stagner dans le rôle du figurant. —   Tu fais du cinéma ou quoi ? —   Non, ce n’est qu’une façon de parler pour moi qui ne trouve rien d’autre que le mot figurant pour illustrer mon propos. —   Tu es un peu ambigu et moi je n’arrive pas à te situer. —   Mieux vaut être ambigu plutôt que suffisamment clair jusqu’au au point  où la clarté ne vous apporte que du mal.  —   Je suis complètement d’accord avec toi, dit-elle. Parfois si non toujours, il faut chercher par tous les moyens possibles à se mettre dans le camp de ceux qui cachent leur secret hermétiquement et s’éloigner de ceux qui, en  croyant le cacher véritablement, ils finissent par le divulguer autrement, sans se rendre compte du mauvais tour que peut leur jouer leur langue quand elle est librement débridée. —   Ta façon de parler m’importe beaucoup. Elle est on ne peut plus trop pertinente et témoigne d’une intelligence inouïe, dit-il.     En se jetant sur elle, il commença par la caresser et explorer tout particulièrement toutes les parties érogènes de son corps qui n’en reste pas moins celui d’un mannequin longiligne, au visage assez rayonnant, qui gardait encore les traces d’une beauté angélique, doté d’un long cou et d’une jolie bouche. Il a trouvé le plaisir de  lui faire jouir de ses multiples baisers passionnés dont il lui a parlés tout à l’heure.    Après avoir vécu quelques instants de plaisir énorme et pour arroser cette agréable nuit d’amour, elle demanda, au moyen de l’interphone installé dans la chambre, de la  champagne, du whiskey et de la salade. Une serveuse qui s’exécuta sur le champ, leur amena la commande. En guise de remerciement, elle lui  donna un pourboire, ferma la porte et se tourna vers son partenaire, qui ne  la quitta pas du regard, pour stimuler de plus belle son envie. A mesure que la nuit passait et les bouteilles de vin se vidaient de tout leur contenu, l’état d’ébriété de l’amant et sa maîtresse s’avançait si vite qu’ils   finissaient par s’endormir avec les pieds entrelacés et ce n’est qu’à un moment assez  tardif qu’ils se réveillaient le matin. Aussitôt qu’ils ont douché et s’habillaient convenablement, ils ont remis les clés de la chambre au réceptionniste. Pour surmonter la cuite et prendre leur petit déjeuner dans le coin le plus proche à l’hôtel où ils avaient passé la nuit, Najat a amené exprès son partenaire au café de son ex mari pour dire peut-être d’une façon ou d’une autre aux servants et aux clients assidus que personne ne pouvait s’aviser de la flanquer à la porte parce qu’elle était en compagnie d’un homme musclé et bien bâti. Dès qu’ils s’installèrent à une table, tous les gens qui la connaissaient, se mirent à les regarder furtivement. Un des servants qui n’a pas pensé une seconde au scandale qui pouvait se produire, alerta si vite Sabah qui ordonna aux garçons en charge de ne pas les servir. Najat s’énerva, elle s’approcha du comptoir et demanda à discuter avec le responsable du café. Sabah qui ne voulait pas la voir, ne lui prêta aucune attention en faisant semblant de ne pas l’avoir reconnue. En l’espace de quelques minutes, la situation commença à s’envenimer. Tous les clients suivaient  passivement la scène et personne n’a osé bouger le doigt pour calmer le jeu. Quand ses cris et ses insultes à l’égard du tenancier s’élevaient de plus en plus, Sabah accourut vers elle, la tira par les cheveux et lui griffa le visage à coups d’ongles. Najat perdit l’équilibre et s’affala par terre de tout son long. Sabah tomba sur elle et se mit à lui donner des coups de poings en lui pinçant les joues. Quand la police arriva sur place, Son compagnon s’éclipsa. Najat a été arrêtée et amenée au poste du commissariat.    Quand Driss, suivi à son insu par Meriem et Lina, arriva au café, la situation s’est déjà calmée. Sabah qui a pu humilier la « fleur fanée » était au comptoir. Son père lui lança de but en blanc : —   Veux-tu me dire ce qui se passe par là ? —   Il se passe que votre ex femme est venue ici au café pour prendre son petit déjeuner avec un homme qui a l’air d’un criminel en tous points de vue. —   Mais où est-elle passée, cette hypocrite ? demanda-t-il. —   La police l’a amenée au poste, répondit-elle. J’ai réussi au moins à lui griffer encore le visage qui s’est transformé d’ailleurs en peau de chagrin. —   Et l’homme qui l’accompagne ! Où est-il passé ? —   Je n’en sais rien. —   Est que quelqu’un parmi vous l’a déjà vu ? demande. —   Non, je ne pense pas, répondit-elle. Il a l’air de quelqu’un qui n’est pas de cette ville. Ses vêtements et sa façon d’être lui donnent l’aspect  d’un repris de justice. Son front est marqué par les traces d’une cicatrice et qui plus est ses bras sont gribouillés de  tatouage apparemment indélébile. —   Et la police ne l’a pas amené lui aussi ? —   Non, répondit un des garçons. Il s’est dérobé sans que personne ne s’en aperçoive. Il a l’air d’un videur qui travaille peut-être dans l’un des  cabarets malfamés. —   Peu importe le lieu où il travaille, dit Driss, l’air un peu fâché. Là où les gens travaillent, n’est pas mon affaire. Ce qui compte pour moi, c’est de savoir qui est-il et d’où vient-il ? Les criminels de ce genre rôdent partout et il faudrait s’en méfier et rester sur le qui-vive.                                      CHAPITRE V                  Les quatre hommes, qui fréquentaient assidûment le café de Driss, étaient là à discuter des faits divers qui marquaient l’espace publique. Ils ont suivi la situation qui a tourné au vinaigre. Samir, le professeur qui ne s’attendait pas à une dispute pareille dans un café où personne n’a jamais osé créer de scandale, lança à l’adresse de ses amis : —   
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER