— Bravo, monsieur l’infirmier pour ta fidélité ! dit le professeur. Tu es toujours en porte à faux avec les vrais principes. Tu ne veux pas te rendre à l’évidence que tu es en train de défendre l’indéfendable. Je t’ai toujours dit que cette infirmière est une femme qui ne se respecte pas et, toi, tu réfutes la vérité en l’admettant autrement.
— Moi, je défends le défendable, expliqua l’infirmier. Je n’admets pas à ce qu’on s’en prenne à quelqu’un pour avoir adopté un comportement quelconque pour s’échapper à la détresse et à la dureté de la vie.
— Tu prends ce qu’elle a fait à Driss et à ses deux filles comme un comportement quelconque, quand elle a fait interner Sabah qui n’était pas du tout malade et enlevé le fils de Lina pour l’adopter à l’insu de Driss et lui dire que c’est le tien au moment où elle a accouché d’une fille qu’elle s’est permise de jeter à la poubelle.
— Comment tu te permis d’alléguer des choses pareilles ? demanda l’infirmier qui n’en croit pas ses oreilles.
— Ce ne sont pas des allégations, monsieur l’infirmier, c’est plutôt la vérité. Accepte-là comme elle est. Tout le monde est au courant de ses scélératesses, hormis toi seul, qui préfère le doute. Une autre chose que tu ne sais pas encore, c’est que cette femme que tu appelles collègue, a essayé d’asphyxier Driss avec un coussin quand il était hospitalisé à cause de son infarctus.
— Comment est-ce possible qu’une femme envisage la possibilité de tuer son mari ? demanda l’infirmier en soupirant de regrets.
— Tu dois poser la question autrement, dit le professeur, et dire comment une infirmière a osé tuer un patient parce que le moment où elle a décidé d’en finir avec lui, elle était déjà divorcée et dépourvue de tous les biens qu’il lui a légué par testament. Et c’est la raison pour laquelle, elle a perdu son statut d’infirmière qui s’est métamorphosée en une barmaid et puis en une débauchée.
— Comment on a pu savoir qu’elle a vraiment essayé de le tuer ? demanda Hicham le pénitencier, l’air étonné.
— Au moment où elle était sur le point de le tuer, Jamila, la nièce de Driss, l’a surprise en flagrant délit. La police l’a arrêtée, mais faute de preuves suffisantes, on l’a relâchée parce que la caméra de surveillance, qui devait l’enregistrer en pleine action, a été désactivée peut-être par elle-même.
— Je ne crois pas que Najat est capable d’une chose pareille, cria l’infirmier. A ce que je sache, c’était une femme philanthrope qui se consacrait pleinement au service des malades qui passaient par l’hôpital.
— Tu avais une fausse opinion sur elle, lança encore le professeur. Tu ne changeras de position que le jour où elle viendra, par miracle, te dire que tout ce qu’on raconte sur elle est vrai. Sois sûr qu’elle ne viendra jamais t’avouer ses quatre vérités même si tu te prends pour son confident.
— Je ne suis le confident de personne, marmonna l’infirmier. Chacun est responsable de ses actes et si jamais on le prend au piège, il y répondra devant la justice qui le condamnera ou l’acquittera.
— Je vois que tu te contredis, cher infirmier, au sujet de cette femme, remarqua le pénitencier.
— Je ne me contredis pas, mais je cherche la vérité, répondit-il.
— Si tu l’avais cherchée, tu l’aurais déjà eue, ajouta le professeur avec ironie.
— Moi, à ta place, je ne prendrai pas les bêtises des autres sur la conscience, dit le pénitencier. Et qu’en est-il du bébé fille que cette criminelle de Najat a abandonné dans la poubelle ? où est –il passé son père ?
— D’après ce qu’on m’a raconté, expliqua le professeur, il parait que cette fille a été récupérée par une femme fouineuse du coin qui l’a élevée et pris soin d’elle jusqu’au jour où sa génitrice l’a découverte chez cette femme et l’a lui volée du taudis où elle habite. Son père, ce n’est que l’ex amant de Najat. Il entretenait avec elle une relation extraconjugale et ce même pendant son mariage avec le cafetier cocu.
— Qu’en penses-tu, monsieur l’infirmier, demanda le pénitencier ? l’air sarcastique.
— Toute cette histoire, je n’en ai pas cure, je ne sais pas d’où vous sortez ces paroles, lança l’infirmier à l’adresse du professeur.
— Ces paroles sont celles des gens avisés et vigilants qui savent lire plus tôt les signes précurseurs des moindres gestes et faits marquants avant même qu’ils se produisent, bougonna le professeur.
— Cite-moi les noms de quelques uns parmi ces petites gens que tu qualifies d’avisés et de vigilants si ce n’est de toi que tu veux nous parler, demanda l’infirmier, qui sentit son visage s’empourprer au moment où le rouge lui monta au front.
— Je ne te cite personne, répliqua le professeur parce que j’assume la responsabilité de ne pas divulguer mes sources.
— Tes sources ne sont pas dignes de foi et d’intérêt, vociféra l’infirmier.
— Garde ton sang froid, demanda le pénitencier sinon, les choses tourneront mal entre vous deux.
— Rassure-toi, dit le professeur, ce n’est qu’une discussion de routine entre amis et je crois qu’il n’y a aucune raison que cela bifurquera vers quelque malentendu que ce soit.
— Et ce zigoto où est-il passé ? demanda le pénitencier.
— Tu parles de son compagnon ? renvoya le professeur la question.
— Absolument ! répondit-il.
— Je pense que ce genre d’individu a toujours la police à ses trousses et il s’est éclipsé avant qu’on ne lui mette le grappin dessus.
— Tu me parais un vrai connaisseur d’hommes à ce que je constate, dit le pénitencier.
— Et de femmes aussi, ajouta l’infirmier en faisant la moue à l’adresse du professeur qui ne broncha aucunement devant ce geste un peu maniaque et habituel.
— Admets-le ! Je suis connaisseur aussi des femmes. Mes informations sur ta collègue d’antan sont très précises et n’ont aucun faux semblant.
— Tu es un agent de renseignements raté. Tu aurais dû être un agent secret à la CIA. C’est là où tu peux évoluer, dit l’infirmier.
— Détrompe-toi, monsieur l’infirmier, répliqua-t-il, je suis professeur de philosophie et je garde toujours ce titre bien que je sois retraité. Tous les élèves que j’ai instruits sont pour la plupart des cadres dans différents secteurs et j’en suis fier.
— Moi aussi, je suis infirmier et tous les patients sur lesquels j’ai veillés étaient très satisfaits de mes services. Etre professeur de philosophie n’exclut pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le fait d’être infirmier ou autres. Et que peut-il apporter un professeur de philosophie à un malade si ce n’est le fait ou la nécessité impérieuse de lui injecter une piqûre pour calmer ses douleurs quand il est pris d’un malaise physique ?
— Avec un tant soit peu de pédagogie, il peut lui apprendre à savoir argumenter et poser les bonnes questions et lui apporter également de la connaissance et du savoir avant même que ses douleurs ne se manifestent. Wittgenstein dit en substance que « le philosophe traite une question comme on traite une maladie ». Son rôle ne réside aucunement dans le fait de donner des médicaments pour faire guérir le mal. Mais il diffère autrement que tu le penses.
— A ton avis, c’est quoi au juste la réflexion philosophique ? demanda le pénitencier un peu curieux.
— D’après ce que disent les uns et les autres, c’est la recherche de la vérité sur des thèmes généraux qui ne relèvent pas de la science en tant que telle bien qu’à l’antiquité on ignore, chez les grecs, la distinction de la philosophie et de la science. A l’époque de Socrate, on assiste à un clivage des disciplines qui oppose en particulier la philosophie à la rhétorique qui se soucie beaucoup moins de la vérité qu’à l’art de parler et d’emporter l’adhésion des interlocuteurs. C’est une technique qu’on trouve chez les hommes politiques et aussi les avocats. Mais, excusez-moi, je ne suis pas en salle de classe pour vous en dire encore plus.
— Tu ne seras plus jamais en salle de classe ! lança l’infirmier. Tu es maintenant un professeur retraité et qui dit retraite dit retrait de la vie active.
— Je ne fais pas l’exception, répliqua le professeur. En évoquant la retraite, tu me fais rappeler cette citation qui dit : « la vie est mal organisée, on se ruine la santé pour avoir une bonne retraite, mais lorsqu’on y arrive, l’argent durement gagné ne sert qu’à se soigner ».
— Tu veux dire que l’on est perdant quand on est au bout du rouleau et que l’heure de notre départ de la vie active est douloureuse en quelque sorte ? demanda le pénitencier en poussant un long soupir.
— Chacun à sa façon de ressentir les choses et moi, j’en ai la mienne. Je reviens toujours à l’évidence que notre vie est subdivisée en séquences et que chacune d’elle est ponctuée d’une suite d’événements de bons ou de mauvais acabits. Notre sort de retraités n’aura rien de désagréable et d’inquiétant si l’on continue à meubler notre temps par quelques activités divertissantes et plus encore ludiques pour faire jouir au petit enfant qui existe toujours en nous un tant soit peu de plaisir et de complaisance.
— Ce que tu nous conseilles, dit le pénitencier, est sans conteste le seul moyen d’échapper à la routine oisive et improductive et de garder un peu plus de fraîcheur et de disponibilité d’esprit.
— Moi, par exemple, dit l’infirmier, j’apporte un soutien permanent à mes petits enfants. Je les accompagne quelques fois à l’école, au parc de jeux, je les aide à lire, à écrire et à effectuer des exercices de mathématiques ou autres et si quelqu’un se coupe le doigt avec une paire de ciseaux ou se fait blesser en chutant par terre, je lui donne les premiers soins et l’amener, le cas échéant, à l’hôpital ou lui acheter les médicaments appropriés. Je prends de plus en plus ma vie à bras le corps, je me mets le plus souvent en survêt, casquette et espadrilles pour faire une marche à pied et je fais même du vélo. Mes activités journalières sont riches et variées et elles ne s’en limitent pas à une seule. Elles sont par contre riches et variées et cela me passionne et m’exulte de plus en plus.
— Tu ne peux faire autrement, lança le pénitencier. Si jamais tu te laisses paresseusement sombrer dans l’oisiveté totale, tu perdras le goût et la saveur de la vie et tu deviens nonchalant et amnésique au fur et à mesure que tu t’éloignes de l’habitude de faire du sport cérébral comme jouer aux échecs, faire des mots croisés ou fléchés ou du sudoku. Et en plus, il faut se mettre en devoir de nourrir l’esprit par la lecture de livres et faire un peu de voyage si tu en as les moyens financiers.
— C’est à mon sens, dit le professeur, le meilleur antidote contre les maladies chroniques et surtout le diabète dont la majorité des gens souffre actuellement.
— Bois ton café, monsieur le professeur, avant qu’il ne se refroidisse, dit l’infirmier, pour détourner la discussion vers un autre sujet.
— Je dois commander un verre de thé à la menthe avec des œufs au plat. Depuis ce matin je n’ai pas mis une seule bouchée sous la dent. Mes enfants, avec leur mère, sont en voyage pour passer les grandes vacances au bord de la mer et moi je me débrouille tout seul pour me préparer de quoi manger. Mais, parfois, je m’abstiens de faire quoi que soit.
— La présence de la femme au foyer est indispensable, lança l’infirmier, moi, je suis maintenant veuf. Ma femme est décédée et elle m’a laissé deux filles jumelles en bas âge et je suis trouvé confronté à une responsabilité énorme pour les élever, les nourrir, les habiller, les éduquer et veiller à leur instruction. Réconcilier entre mon travail et le fait de m’occuper d’elle continûment, était une tâche lourde que je coltinais seul depuis sa mort.
— Tu ne t’es pas envisagé la possibilité de te remarier ? demanda le pénitencier, l’air empathique à l’égard de son interlocuteur.
— J’avais essayé, mais aucune femme parmi celles que j’avais en vue, n’a accepté de se marier avec moi.
— Pourquoi ? demanda le professeur, l’air étonné.
— Pour la seule raison que je suis veuf et j’ai en charge deux jumelles orphelines de mère.
— Les femmes d’aujourd’hui, dit le professeur, sont trop exigeantes pour accepter de s’unir avec un homme veuf et vivre avec ses enfants sous le même toit.
— Plusieurs cas de figure existent dans notre société et chacun diffère de l’autre en plusieurs points, ajouta le pénitencier. Moi, je crois qu’un homme veuf est à moitié foutu.
— Détrompe-toi, je ne suis pas foutu, répliqua l’infirmier. Tu dois plutôt dire, que tu le veuille ou pas, qu’aujourd’hui, plus que jamais, je suis l’homme le plus heureux parce que j’ai réussi à faire de mes deux filles deux cadres qui occupent des postes bien rémunérés une entreprise de textile.
— Sont-elles mariées maintenant ? demanda le professeur.
— Non, pas encore ! En ce qui concerne le mariage, c’est à elles de décider. Elles sot majeures et vaccinées pour décider de leur vie.
— Pourquoi demandes-tu si elles sont mariées ou pas ? demanda le pénitencier pour jauger l’intention du professeur qui pose cette question qui ne semble pas désintéressée.
— Ne serait-ce que pour enchainer, répondit le professeur en bâillant comme s’il a envie d’avouer ses confidences.
— Tu m’étonnes, monsieur le professeur, dit le pénitencier, qui sait bien poser les questions à la manière approchée de celle des philosophes. Je suis assez grand quand même pour pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie.
— Dis-moi alors ce qui t’étonne en moi ! demanda le professeur.
— Ce qui m’étonne en toi, c’est ta façon intelligente, mais qui ne reste pas étrange, de t’exprimer et te prononcer sur certains sujets dont fait constamment le tour. Et posant la question au cher infirmier, il me semble que tu as sûrement une idée derrière la tête que tu ne veux pas avouer et tu préfères temporiser avant de la lancer.
— Je n’ai aucune idée derrière la tête, répondit le professeur en feignant de dire la vérité. Si j’en avais eu une, je l’aurais exprimée sans atermoyer.
— Dis-nous ce que tu as vraiment derrière la tête, demanda l’infirmier. Moi, aussi, j’ai quelques soupçons sur ta manière d’aborder les choses à tel point que je m’en méfie.
— Ne te méfie pas de moi, lança le professeur, tu risques de perdre ma confiance en toi. Je ne t’ai demandé si tes filles sont mariées que pour savoir si elles vivent encore avec toi ou avec leur mari.
Elles vivent toujours avec moi et je souhaite à ce qu’elles se marient le plus tôt possible pour faire, elles aussi, leur vie à l’instar du commun des mortels. Dans notre tradition, une fille qui dépasse l’âge de la puberté et qui ne s’est pas encore mariée est exposée, qu’elle le veuille ou non, à toutes les critiques et médisances de toutes sortes. Les uns disent d’elle que c’est une fille anormale et complexée, les autres disent qu’elle a peut-être perdu sa virginité en liant des relations amoureuses et fantaisistes avec les jeunes de sa génération et que l’on se met à la voir
— uniquement avec un regard méprisant.
— Ne dis pas ça, conseilla le professeur, il est des filles qui sont exemplaires sur tous les plans et moi, je pense qu’il n’est pas exclu que les vôtres font parties intégrantes de cette catégorie. Ne te brouille pas l’esprit avec ce que disent les uns et les autres. Tu es à mon avis un homme exemplaire parce que tu t’es donné un mal de chien pour que tes filles brillent aujourd’hui en occupant de bons postes.
— Puisque tu parles bien de moi et de mes filles, je vais te montrer un truc, dit l’infirmier qui se dirigea précipitamment vers la porte de sortie, les clefs de sa voiture à la main.
— Ok ! On va voir ce que c’est, dit le professeur qui se met à deviner de quel truc s’agit-il au juste.
Après quelques minutes, l’infirmer réapparut au pas de la porte d’entrer du café. Il portait à la main une enveloppe jaune qui contient apparemment ce truc dont il a parlé. Dès qu’il s’approcha de la table, il tendit l’enveloppe au professeur en lui disant :
— Regarde un peu cette photo pour voir mes deux mignonnes.
Le professeur prit l’enveloppe entre les deux mains, l’ouvrit avec délicatesse et en sortit une photo de la taille d’une carte postale. En la regardant, il a si vite compris que ce sont bel et bien les deux filles jumelles de l’infirmier. Elles étaient des copies conformes, identiques trait pour trait et on peut se tromper tout le temps de prendre l’une pour l’autre, si on ne prend pas la peine de marquer l’une des deux par un symbole de tatouage. Elles étaient le portrait craché de leur père, très jolies et avaient les mêmes yeux, les mêmes sourcils, les mêmes cheveux, le même visage et la même peau. En regardant leur photo, le professeur a été tellement émerveillé qu’il n’est pas pu s’empêcher de demander à l’infirmier :
— Elles ont quel âge maintenant ?
— Je pourrais dire vingt cinq ans.
— Fais voir la photo, demanda le pénitencier, qui se met à la regarder à son tour.
— Comment tu les trouve alors ? demanda le professeur.
— Je les trouve sublime, affable et avenante à ce qu’il me semble. Chacune mérite le mari qu’il faut.
— C’est ce que je me suis dis en contemplant leur charme, avoua le professeur.
— Est-ce qu’elles ont des prétendants pour l’instant ? demanda le pénitencier pour tester la réaction du professeur.
— Je n’en sais rien, elles ne m’en avaient jamais parlés.
— Et toi, tu t’es jamais rendu compte si elles en ont ou pas ? demanda le professeur.
— Je ne peux pas le savoir, répondit l’infirmier, elles vivent loin de moi et ne viennent me revoir que pendant les week-ends.
— Tu veux nous dire que tu vis maintenant seul ? demanda le pénitencier.
— Non, je vis avec ma mère qui me tienne compagnie.
— Tu as bien fait, répondit le professeur. Est-elle encore un peu dynamique ?
— Disons un peu, répondit l’infirmier brièvement, qui se sent tellement devenir le centre d’intérêt et l’objet de leur priorisation de ceux interlocuteur qu’il se limite à ne formuler que des réponses concises.
Sans s’attarder de lui poser plus de question à propos de sa mère, le professeur qui a été effleuré par l’idée de faire marier son fils demanda à l’infirmier :
— Je ne sais si l’une de tes acceptera de se marier avec mon fils ?
— Ton fils ! s’exclama-t-il en n’en croyant pas ses oreilles.
— Oui, mon fils, répondit le professeur. Il est encore jeune et a également le même âge que tes filles. C’est ingénieur de ponts et chaussées, il occupe un poste de responsabilité bien rétribué. Nous lui insinuons continûment, moi, sa mère et ses frères et sœurs de se marier et il nous répond de façon intelligente qui laisse à deviner. Nous comprenons le genre de fille dont-il ne cesse de nous faire allusion.
— J’accepte l’idée et je n’ai aucune objection à son encontre, dit l’infirmier. C’est un honneur pour moi d’arranger de tel mariage.
— Vous parlez sérieusement alors ? demanda le pénitencier.
— Bien sûr que nous parlons sérieusement, répondit le professeur, l’air optimiste. Le mariage n’est pas une affaire louche, mais au contraire, c’est une institution noble et valorisante qui doit être prise avec sérieux et considération.
— Tu veux me dire que nous pouvons fêter la future union dès maintenant, demanda le pénitencier.
— Oui, tout-à-fait, dit l’infirmier si les choses s’arrangeront bien et que le futurs fiancés ne trouveront pas d’obstacles pour se conclure ce projet de mariage. Mais rien ne sera décidé en leur absence et j’espère qu’une rencontre organisée puisse avoir lieu entre les deux familles pour permettre au déclic et coup de foudre de se manifester dès le premier regard.
— A propos du mariage, dit le pénitencier, je me rappelle toujours la citation qui dit : « le mariage est le miracle qui transforme le b****r d’un plaisir à un devoir »
— Exactement, dit le professeur, c’est un devoir en tant que tel et pour que ça réussisse, il faut avoir de l’intelligence émotionnelle, qualité indispensable pour lancer les bases d’un couple épanoui et bien heureux et cela ne peut se réaliser aussi que grâce à une dynamique susceptible de couper court aux sentiments et pensées négatifs qui sont dans la majorité des cas de figure des entraves qui enrayent la bonne marche du mariage.
— Ne faisons pas de soucis dès à présent, dit l’infirmier, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, disait Leibniz, si ma mémoire est bonne qui veut dire que de tous les mondes que l’on peut se représenter, le notre est le meilleur possible. Et moi, je formule à ma façon que de tous les mariages chancelants ou échoués, celui de vos enfants sera le meilleur.
— Il n’échouera jamais par la grâce de Dieu, mais laissons du temps au temps, ajouta le professeur.
— Ok ! dit l’infirmier pour ne pas renchérir, on ne va pas dire, par politesse à nos enfants, marché conclu puisque il ne s’agit pas d’une transaction commerciale, plaisanta-t-il, pour donner un peu de piquant à cette conversation fructueuse.
CHAPITRE VI
Driss qui s’affairait encore au comptoir du café en tenant de longs discours avec sa fille Sabah et les autres employés, vient de recevoir un appel téléphonique du poste de police lui demandant de se rendre le plus tôt possible au commissariat pour déposer une déclaration contre son ex épouse pour avoir créer un scandale au sein de son café. Le cafetier qui ne voulait point entrer derechef en compétition judiciaire avec cette femme qu’il jugeait dévergondée et scélérate, leur a répondu que ce n’était pas nécessaire de la poursuivre. Il a juste préféré à ce qu’elle lui taillait la zone une fois pour toutes. Najat qui a été incarcérée a été remise en liberté. Elle se dirigea vers son domicile pour retrouver sa fille maria et sa servante qui lui demanda à tout bout champ :
— Où étais-tu passée pendant ces quatre jours successifs ?
— Avant de te répondre, dis-moi où est Maria ? demanda-t-elle.
— Je n’en sais rien, répondit la servante, l’air surpris.
— Comment tu ne sais rien ? Tu te moques de moi ou quoi ?
— Quand je suis sortie au marché pour faire les courses, elle était avec toi, expliqua la servante. Mais quand je suis retournée à la maison, je n’ai trouvé personne ni elle ni toi. Heureusement que la porte était fermée sans clé. Je me suis dit que peut-être tu l’as amenée au manège. Et comme tu t’es absentée tout au long de la semaine, je n’ai pas pu vérifier ce qui se passe au juste. Oser te parler au téléphone, je n’y ai pas pensé pour lever le doute.
— Tout ce que tu me racontes maintenant ne m’amène nulle part et, moi, je voudrais savoir où ma fille est-elle passée. Si, d’ici une heure, je ne la trouve pas, je te dénoncerai à la police pour répondre aux faits reprochés.
— Quoi que tu fasses, madame Najat, personne ne te donnera raison de me culpabiliser de la disparation de ta fille que j’ai laissée avec toi au moment où je suis allée faire les courses en ville. Je te conseille de la chercher avant d’entreprendre quoi que ce soit à mon encontre.
— Où veux-tu que je la cherche ? s’écria Najat toute en rage.
— Elle peut être chez les voisins pour jouer avec leurs enfants ou ceux-là l’ont peut être amenée quelque part.
— Et pourquoi ne dis-tu pas qu’elle a été peut-être enlevée par des ravisseurs qui cherchent à me chanter pour me déplumer et me laisser sur le trottoir ? vociféra-t-elle à l’adresse de sa servante qui commence à douter de la confiance que cette femme lui mette en elle.
— De quel genre de ravisseurs tu parles ? demanda la servante naïvement.
— Toi, tu veux me rendre folle aujourd’hui ! Tu es devenue agaçante et insupportable en cherchant à me questionner sur le genre de ravisseurs. Toute personne qui ose enlever un enfant et pour moi un ravisseur et point barre. Je ne veux pas d’autre explication là-dessus.
— Tu dois aviser la police pour qu’elle soit au courant plus tôt de la disparition de Maria, conseilla la servante.
— Ne parle jamais de la police quand il s’agit de ma fille, qui n’est même pas enregistrée sur les registres de l’état civil, à cause d’un père, qui refuse à tort de l’admettre comme sa vraie fille.
— Et tu ne crois que c’est vraisemblablement lui qui l’a enlevée pour te punir de lui avoir caché sa naissance en l’abandonnant dans la poubelle. ?
— Ne raconte cette histoire d’abandon à personne sinon tu vas me rendre la risée et l’opprobre de tous les gens qui me connaissent, amis ou ennemis.
— Je ne pense pas que Allal le jardinier et ses beaux parents se soient tus sur ta scélératesse.
— Tu es avec moi ou contre moi, ma belle servante ? Vas tout de suite chercher ma fille au lieu de me traiter insolemment de scélérate. Tu as intérêt, cette fois-ci, à tourner la langue sept fois dans ta bouche avant de dire des balivernes, qui finissent par me ronger l’esprit et effriter ma confiance en toi.
— Excuse-moi, ce n’est pas mon intention de t’embêter par cette digression. Mais où devrai-je trouver Maria ?
— Si je l’avais su, je ne te l’aurai pas demandé. Mais sois sûr que ma fille a été kidnappée pour me faire souffrir de son absence définitive.
— Et le jour où tu t’es permise de la jeter au rancart, quel sentiments avait-tu pour commettre cet acte abominable que seule une femme psychopathe et schizophrène puisse le faire.
— Tu me traites de malade mentale ?
— Et à quel autre type d’individu, je pourrai attribuer ce comportement aberrant si ce n’est à une femme qui a perdu le sens de la réalité le jour où elle a décidé calmement et sans aucune émotion amoureuse de se délivrer de son nouveau-né qui vient à peine de voir le jour. Si on me donne un jour l’opportunité de te faire un procès, je n’hésiterai pas un instant de te jeter dans un four crématoire même si je cours le risque de déroger aux droits de la femme.
— Et toi, tu n’étais pas ma complice dans toute cette affaire sordide ?
— Tu m’en a fais la pression et j’ai été contrainte de participer à cette action inhumaine. Je reconnais les fais, mais je ne suis aussi responsable que tu l’es puisque tu en es la mère qui aurait dû mettre en avant la vie de sa fille et reléguer au second plan la cupidité et la convoitise
— Pourquoi tu ne t’es pas manifestée contre mes bêtises ?
— Parce que j’ai été conne et aveugle, tout simplement.
— La conne et l’aveugle, c’est bien moi, s’écria Najat. J’ai commis une faute monumentale quand j’ai accepté le fantasme de me marier avec un vieux décrépit, non pas pour ses beaux yeux, mais uniquement pour son argent. Le prestige, dont j’ai rêvé tout le temps, s’est dissipé à cause de son obsession de forcer la nature à lui donner un fils qui n’était en fin de compte que la fille d’un autre que j’ai rejetée au rencart par je ne sais quel esprit de vengeance.
— Je peux dire maintenant que tu es en train de confesser tes erreurs, lança la servante en la regardant tout droit dans les yeux comme si elle voulait la mépriser.
— Oublions le passé bien que le temps n’efface absolument pas les cicatrices du mal infligé aux autres. Aide-moi à trouver ma fille. Toi, tu va passer tout le voisinage au peigne fin et moi, je ferai de même dans d’autres coins.
— Ok ! dit la servante.
Najat était tourneboulée et ne savait par où commencer ses investigations. Elle s’appuya sur la fenêtre, les mains posées sur les joues, et scruta attentivement le ciel et la terre pour trouver une solution à ce problème de disparition de sa fille. Quand l’idée de sortir de chez elle lui vint à l’esprit, elle prit sa voiture et démarra en trombe sans savoir où aller. En cours de route, elle pensa à aller voir la fouineuse. Elle s’arrêta, alluma une cigarette, fuma et souffla violemment. Après quelques secondes, elle se ressaisit et commença à penser à la manière par laquelle elle devra s’approcher de l’endroit où cette misérable femme habitait. Elle bifurqua vers la bonne direction. Arrivée sur les lieux, elle s’adressa à une femme qui paraissait pauvre et chagrinée en lui demandant :
— Veux-tu me dire, s’il te plait, le nom exact de cet endroit ? Je me suis perdue et je ne sais pas à quel sain me vouer pour trouver la bonne direction.
— Tu n’es pas d’ici ? lui demanda-t-elle.
— Non, répondit Najat brièvement.
— Je le vois ! Ce quartier est tellement pauvre et n’est habité que par des femmes veuves et miséreuses et je ne vois que rarement des femmes de ton genre se balader par