Suite chapitre VI

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  par là. —   C’est vrai, je n’habite pas ici, je suis là parce que je me suis trompée d’adresse. Mais puisque tu es là, pourrais-tu  m’aider à retrouver l’endroit où habite une fouineuse ? —   Comment s’appelle-t-elle ? demande la femme pauvre. —   Je ne me rappelle pas son nom, mais tu peux la connaitre parce qu’elle avait une petite fille qu’elle mettait souvent dans une poussette vétuste qu’elle a récupérée sans doute du dépotoir du voisina —   Une petite fille, tu dis ? —   Oui ! —   Quel est son nom ? —   Son nom, c’est peut-être Hind ou quelque chose comme ça. Tu la connais ? —   Tu dis Hind ? Tu en es sûre ? —   Hind ou Houda, ça n’a pas d’importance puisque ce n’est pas son vrai nom, répondit Najat qui ne contrôle pas bien ses lapsus. —   Tu dois dire Houda ! corrigea la femme pauvre. —   Oui, c’est ça Houda. Tu connais l’endroit ? demanda Najat qui se félicite silencieusement d’avoir trouvé presque ce qu’il cherchait. —   Oui, elle n’est pas loin d’ici. Nous pouvons aller  à pieds. Tu peux laisser ta voiture ici dans ce parking.    Najat gara rapidement sa voiture  et se dirigea en compagnie de cette femme vers l’endroit ou habitait la fouineuse. Une foule  de marmots, qui étaient en train de jouer au ballon de baudruche, les suivirent par curiosité, certains les devancèrent même comme s’ils savaient déjà le point à atteindre. Najat n’a jamais emprunté cette petite ruelle qui sentait le renfermé. Elle se rappela avoir passé par un autre itinéraire quand Allal l’avait amenée chez sa mère pour trinquer ensemble. Au bout du chemin, la femme pauvre s’arrêta à proximité de l’endroit exact et se tournant vers Najat pour lui dire : —  Voilà, nous sommes arrivées devant la maison, moi je m’en vais. Je n’aime pas qu’elle me voie. —   Pourquoi tu l’évites jusqu’à ce point ? demanda Najat. —   Parce que je me suis brouillée avec elle l’autre jour, répondit la femme pauvre qui couvrit le visage. —   Merci, je vais me débrouiller toute seule. Attends-moi ici s’il te plait et mets-toi à l’abri des regards suspects. J’ai quelque chose à te donner pour ton aide inconditionnelle. Moi, je fais l’approche pour la prendre de court, dit Najat en se dirigeant vers la maison à pas feutrés. —   D’accord, je m’arrangerai à ce que personne ne suspecte ma présence ici.     Najat se dirigea attentivement vers l’entrée du  logement misérable où elle croyait trouver sa fillette. La petite porte basse était cadenassée et rien n’indique que la fouineuse était là. A l’intérieur de ce taudis, elle ne pouvait entendre que les miaulements continus d’un chat laissé enfermé quelque part  et qui ne pouvait être que vraisemblablement affamé. Après avoir réfléchi de trouver un moyen pour entrer dedans, elle a réussi à ouvrir une petite brèche et s’y infiltra puis elle s’en retira vite à cause d’une odeur nauséabonde indicible. Elle comprit tout de suite que cet endroit invivable était abandonné et la fouineuse était partie vivre ailleurs. Elle revint sans perdre du temps vers la femme pauvre qui l’attendait et lui lança : —   Je pense que la fouineuse ne vit plus ici, sont logement misérable sent le renfermé. —   J’ai oublié de te dire que cette femme que tu cherches n’habite plus dans ce taudis. Elle a emménagé peut-être vers un autre coin plus décent qu’ici. —   Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant que j’entre dans ce coin infesté de puces et d’odeur répugnante. Tu m’as joué un vrai tour. Je me suis trompée sur toi. Je ne savais pas que tu es douée et ingénieuse pour me mettre dans une situation d’embarras. —   Excuse-moi, madame, ce n’était pas mon intention. Je ne voulais remettre en cause tes plans. —   Que sais-tu de mes plans pour ne pas les remettre en cause ? —   Je n’en sais rien. Je ne suis qu’une femme pauvre qui n’a aucun soutien et je ne pense qu’à ma vie qui semble à celle d’une mouche vivant dans les ordures et qui n’a rien de semblable avec la tienne. En sortant de ce milieu, je ne saurais pas capable de vivre comme vous dans la propreté et le luxe. Chez nous dans ce bidonville rien ne tourne rond. Nous n’avons même pas le un millionième de ce que vous possédez et pourtant nous continuons à vivre grâce aux produits usagés que nous récupérons du dépotoir. —   Je ne suis pas là pour entendre tes plaintes. Je ne représente personne. Ce que je peux faire c’est te donner cette petite somme d’argent en te disant merci pour ton aide. J’ai une autre étape à franchir.   Najat rejoignit sa voiture tout de suite. Elle démarra en trombe et prit la direction de son appartement. Elle tomba pile sur sa servante qui était au pas de l’escalier. Elle lui lança, tout en soupirant : —   Montons dans l’appartement, j’ai à te parler. —   Ok, madame, je te suis, dit la servante qui ignore ce que Najat a derrière la tête. Une fois qu’elles sont dans l’appartement, elle lui lança : —  Tu connais le dépotoir que la fouineuse fréquente ? Tu y étais allée l’autre fois, tu te rappelles ? —   Oui, je le connais, répondit-elle. —   Nous allons immédiatement toi et moi à cet endroit pour chercher cette misérable de fouineuse. Je suis sûre que c’est elle qui a enlevé ma fille. —   Et qui donc si ce n’est pas elle ou son fils le jardinier ? —   C’est ce que je pense, moi. C’est pour cela que je dois agir le plus vite possible pour récupérer ma fille avant qu’il ne soit trop tard et je la perdrai définitivement. Mais, raconte-moi, toi ce que tu as fait ! —   Moi, j’ai fait le tour de tout le voisinage, je suis entrée même dans des crèches, j’ai fait du porte à porte et les gens ont cru de prime abord que je fais le rôle d’un représentant commercial et quand ils apprennent que je suis à la recherche d’une petite fille disparue, il y’a peu de temps, ils me ferment la porte au nez et qui plus, certains sont allés même jusqu’à m’abreuver d’injures pour les avoir dérangés avec un problème qui ne les intéressent aucunement, comme elle me l’a dit une des femmes qui prend l’air hautain et arrogant. —   Prépare-toi alors nous allons sortir et ne revenir qu’avec ma fille à la main. —   Ok, je vais me changer, dit la servante qui se sent investie de la tâche d’une corvée sans contrepartie. —   Les deux femmes se dirigèrent en voiture. Et c’est la première fois que Najat conduit sans s’offrir le luxe d’écouter de la musique. Elle grilla plusieurs cigarettes d’affilée en demandant à sa servante. —   Je sens que tu es gênée et silencieuse, ça te dérange que… —   Que quoi ? Je n’ai pas compris. —   Que je fume trop, je veux dire. —   Il y a de quoi s’énerver pour fumer à mauvais escient et de   façon abusive. —   D’habitude, je fume de façon modérée, mais il est des fois que je devienne anormale et je perds le contrôle de moi-même. Ce que je vis maintenant, je peux le qualifier de drame d’une mère touchée au plus profond d’elle-même. —   Oui, tout-à-fait, perdre sa fille sans savoir comment, est un drame de mère et de père aussi. —   Ma fille, je l’ai lésée beaucoup plus que je le pense. Elle ne sera jamais heureuse à cause de mes bêtises impardonnables. Le fait de fumer, boire, danser, embrasser et donner des baisers, en pleine bouche,  à ses amants sous ses yeux, lui fera beaucoup de mal quand elle grandira. Lui cacher l’identité de son père la fera souffrir encore davantage. On se rend compte de nos fautes que nous le veuillons ou non, mais les réparer à des moments indus ne mènera nulle part. —   Tu prends à gauche pour suivre le bon chemin, qui nous mènera dans quelques minutes à ce fameux dépotoir qui sert comme un lieu de distraction et de divertissement  et rassemble toute une minorité de gens issue de la lie de la société. —   Ralentit et tourne à droite, il se trouve à cinq minutes de route. —   Ok ! Mais d’arriver à cet endroit, j’aimerais bien que tu restes un peu loin sans détacher ton regard sur moi et fais en sorte que personne ne pourra te voir postée comme si tu es aux aguets de ton proie.       Au bout de cinq minutes, elles arrivèrent, la voiture s’arrêta au défilement d’une petite crête qui domine bien le dépotoir sauvage. Cet endroit qui reçoit toutes les décharges quotidiennes des déchets et ordures ménagères se trouve dans un vallon qui s’étend sur une superficie de quatre cent mètres carré à peu près. Il est infesté par une colonie d’oiseaux d’ordures, comme les mouettes rieuses, les cigognes, les vautours, les rats, les chiens errants, les chats  et autres. Il dégage une  pestilence forte et insupportable. Pour s’en protéger et à défaut d’un masque à gaz, Najat passa un mouchoir autour du  nez et avança à l’intérieur des ordures et détritus. Il lui arriva de glisser dans un fossé ou de s’achopper sur des cailloux et pierres. Elle s’imagina faire le parcours du combattant pour arriver à ses fins. Elle se mit à chercher dans de petits abris cachés sous de grosses roches en pensant que la fouineuse pouvait être  cachée là où elle pouvait   pour s’emparer de nouveaux objets qu’elle vendra au brocanteur. Sans se méfier du risque qu’il courait, un psychopathe déguenillé, cheveux embrouillé, visage et mains crasseux  et dégoûtant se jeta sur elle, la fit tomber sur un amas d’ordures, lui enleva ses vêtements pour la v****r. Attirée par les cris forts de Najat qui ne voulait pas céder à cet homme rugissant comme un lion affamé, la servante accourut vers l’endroit pour lui porter secours. N’étant pas armée d’un coutelas ou d’une arme à feu pour abattre ce sauvage, elle s’empara des deux mains d’une pierre et lui asséna un coup mortel sur la nuque et libéra sa patronne. Sans perte de temps inutile, elles prirent chacune ses jambes à son coup et coururent comme des étoiles filantes vers la voiture. Sur le lieu du m******e, La fouineuse, que Najat cherchait, était là, plantée dans son emplacement habituel. Elle a pu voir toute la scène de ce viol imprévisible et fortuit suivi par l’intervention rapide et légitime de la servante qui se porta au secours de sa patronne. Prise de panique, la fouineuse, en fit de même et s’enfuit en laissant derrière elle, tout comme ces deux femmes, un homme grièvement blessé et sans secours.                                       Dès qu’elles montèrent en voiture, Najat démarra et partit en trombe. Elle remercia sa servante de l’avoir si vite libérée des mains crasseuses de ce dinosaure prédateur qui n’a rien d’humain. Elle s’alluma une cigarette, fuma et souffla violemment en se tournant vers zineb :    —  Je te suis gré de ce que tu as fait pour moi aujourd’hui. J’aurais dû prendre toutes mes dispositions nécessaires avant de prendre le risque d’aller me mettre dans la gueule du lion. —   Tu aurais dû aussi me laisser t’accompagner pour te protéger et être prête à gicler pour parer à toute éventualité. —   J’ai commis une faute monumentale de t’avoir laissée loin de moi. Mais dis-moi, est ce que le coup que tu as asséné est-il mortel ? demanda Najat pleine de frousse. —    Je ne pense pas qu’il ne soit pas ainsi, répondit la servante. C’est une grosse pierre qui pèse au moins trois kilos. J’ai l’ai exprès frappé sur la nuque pour le neutraliser et je ne crois qu’il survivra longtemps. J’espère que par hasard quelques secouristes arrivent à temps pour le sauver sinon, toi et moi, nous serons incriminées dans une affaire de meurtre d’un clochard —   Tu appelles clochard ce type de personne qui a voulu abusé de moi ? demanda Najat —   Appelle-le comme tu veux, c’est un être humain après tout et il est formellement insensé de lui faire du mal quelques en soient les raisons, expliqua la servante. —   C’est lui qui a cherché à faire le mal, guidé, je ne sais par quel instinct, protesta Najat, l’air complètement enragé. —   C’est l’instinct animal, ce n’est rien d’autre qu’une impulsion innée. Un homme qui vit au jour le jour sans femme, comment veux-tu qu’il se comporte le jour où c’est elle qui vient empiéter dans ses plates b****s et le déranger là où il est ? demanda la servante qui lui demanda de diminuer de vitesse et faire attention aux piétons. —  Si ce n’était pas à cause de ma petite fille que je ne sais ce qu’elle mange, ce qu’elle boit et où et avec qui elle vit et elle  dort, rien de mal ne m’arriverait. —   Ce qui vient de nous arriver, toutes les deux, est purement du ressort d’un accident inéluctable, expliqua la servante. —   Et si ce clochard que tu as frappé fort à la tête a succombé à sa blessure, qu’adviendra-t-il de nous ? demanda Najat qui craint la prison. —   Tu ne sais pas ce qui va nous arriver ? demanda la servante. —   Si ce n’est la prison, je ne sais pas quoi d’autre. —   Et tu penses que la prison est facile ? demanda la servante. —   Ce qui est toujours facile pour moi, c’est de me disposer de moi-même et de ma liberté. Je crains la prison et je n’ai jamais pensé commettre le moindre acte répréhensible qui pourrait m’y guider un jour et sans conteste. —   Nous devrons faire attention, la police pourra nous traquer, dit la servante. —   Mais comment tu le sais ? demanda Najat. —   Je la sais par expérience, répondit la servante. —   C'est-à-dire ? demanda Najat. —   C'est-à-dire, expliqua-t-elle, quand quelqu’un, comme nous agresse et tue, il doit s’attendre à ce que la police lui mette le grappin dessus, expliqua la servante à Najat qui sait tout et feint de l’ignorer pour ne pas en rajouter une couche et considérer que ce qui s’est arrivé n’a pas d’importance. —   Puisque tu envisages la possibilité que nous serons poursuivies pour je ne sais quel motif. Nous devrons dès aujourd’hui prendre les dispositions qui s’imposent pour échapper à la punition d’emprisonnement, conseilla Najat. —   Comment faire alors pour nous l’échapper belle ? demanda la servante. —   Nous devrons disparaître ? répondit Najat. —   Où devrons-nous aller ? demanda la servante. —   N’importe où, cria Najat qui pensa à la fuite. —   Moi, je ne peux aller nulle part, dit la servante. —   Eh ben, moi non ! Je dois trouver un subterfuge pour brouiller les pistes, avoua Najat. —   Tu veux dire que je ne serai plus à tes services ? demanda la servante. —   A ce que je pense oui. C’est sans doute notre ultime moment  de séparation, répondit Najat. Nous devrons chacune en ce qui la concerne prendre des chemins détournés et s’éclipser le plus tôt possible. Alors que ma situation de femme libre se complique davantage avec l’apparition d’un nouveau problème qui va bouleverser toute ma vie, je crois qu’il est temps pour moi de changer de cap. —   Et moi la pauvre que dois-je faire si la police commence à douter de moi, dit la servante en pleurnichant vainement.                                      CHAPITRE VII          Comme à l’accoutumée, en début de matinée, les éboueurs du service urbain se rendaient au dépotoir, avec leur camion plein à craquer, pour déverser les décharges des ordures ménagères qu’ils ramassaient. Mais ce jour, ils ont constaté que plusieurs colonies d’oiseaux d’ordures s’amassaient et s’envolaient à rase motte autour d’un seul endroit. Un homme curieux, qui a du flair, a pu constater le comportement insolite de tous ces oiseaux. Au fur et à mesure qu’il faisait l’approche, une odeur nauséabonde de charogne lui venait directement au nez. Dès qu’il aperçu le cadavre en état de décomposition avancée, il fait signe à ses collègue en criant à tue tête :     —   Venez ! venez ! dépêchez-vous ! J’ai découvert un cadavre d’un homme.    —   Comment ? dirent-ils à la fois. Un cadavre ? —   Oui, un cadavre ! venez voir ! vous ne sentez rien encore ? —  Si ! disent-il, c’est une odeur immonde, répondirent-ils. —   N’y touchez rien, protégez-vous contre ces relents et éloignez-vous. Nous devrons appeler la police, dit-il. —   La police ? demandèrent-ils. —   Oui, la police. C’est un devoir, vous comprenez les gars ? —   Par quel moyen devront le faire demanda  l’un d’eux ? —   Par le moyen le plus rapide, répondit l’autre. —   Lequel alors ? demandèrent-ils. —   Le téléphone, répondit leur collègue. Vous avez tous des téléphones portables, je crois ? N’est-ce pas ? —   Mais, nous n’avons plus de solde, répondirent-ils. —   Ce n’est pas étonnant que vous n’ayez plus de solde, dit leur collègue. Vos femmes ne vous accordent peut-être même pas le moindre sou du salaire modique que vous gagnez autant que moi en faisant ce travail dégoûtant. —   Admettons que nos femmes nous prennent tout notre argent de poche ou ne nous donnent que le strict minimum et toi, qu’en est-il de la tienne ? demanda l’un d’eux pour connaître sa réponse. Nous te confirmons encore une fois que nous n’avons pas de solde et toi.    —   Eh bien moi ! J’en ai et je vais le faire tout de suite, dit leur collègue. —   Nous te considérons toujours comme l’homme des situations difficiles. Allez, vas-y, appelle-les. L’homme s’exécuta. Allô ! Allô ! Vous m’entendez ? demanda-t-il. —   Mais attends ! tu vas nous mettre dans une situation embarrassante et nous créer un problème avec la police qui peut nous inculper dans une affaire de meurtre, dirent-ils. —   Le meurtre de qui ? demanda-t-il en mettant la main dans la poche pour chercher sa boite à cigarettes pour en fumer une et réfléchir sur leur opposition. Du feu s’il vous plait ! —   Tu n’as même pas un briquet ou une tige d’allumette et tu te targues plus qu’il n’en faut que ta femme te donne suffisamment d’argent contrairement aux nôtres. —   Oubliez ce que j’ai dit, je plaisante tout simplement, dit leur collègue. Nous devons prendre une décision sur ce que nous devons  faire ou de ne pas faire en présence de ce cadavre. Dites-moi alors ce qui vous inquiète. —   Nous avons peur qu’on nous suspecte comme étant les vrais tueurs, dirent-ils. —   Et moi aussi, j’ai peur que la situation tourne à notre désavantage. Mais pour incriminer quelqu’un qu’on présume  l’auteur d’un acte répréhensible, comme celui-ci, il faut qu’il y ait des preuves irréfutables à l’appui. Nous, nous ne sommes  nés pour tuer. Nous venons quotidiennement dans à cet endroit pour accomplir notre mission de travail d’éboueurs. Regardez autour de vous et vous verrez que la zone grouille de bergers. Alors laissez-moi appeler la police. —  Vas-y alors, dirent-ils. —   Allô ! Allô ! vous m’entendez !    —   Oui, on vous entend, répondit une autre voix de l’autre bout du fil, parlez ! dites ce que vous avez au juste et soyez bref et court. —   Je parle au nom des éboueurs du service urbain. Nous sommes maintenant au dépotoir sauvage. Nous avons découvert le cadavre d’un homme en putréfaction. —   Vous dites…  un cadavre d’homme ? —   Affirmatif ! un cadavre d’homme, que devrons-nous faire. ? —   Restez en loin et n’y touchez à rien et que personne ne s’en approche. Nous serons dans quelques minutes près de vous. Gardez avec nous le contact téléphonique. —   Qu’est ce qu’on t’a dit ? demandèrent-ils, l’air stupéfait. —   La police a reçu la communication, dit-il. Dans quelques, ils viendront vers nous. Gardez la tête froide et si on vous pose des questions, ne perdez pas les pédales. Soyez clairs, brefs et nets et ne divaguez pas en parlant à tort et à travers et sans retenue aucune. Nous serons interpellés sur tous les détails concernant ce cadavre. —   Espérons qu’ils trouveront dans les quarante huit heures qui suivent le vrai coupable de cet acte odieux pour qu’on nous ne soyons pas des suspects, dit l’un des collègues. —   Ils vont user de toute leur compétence pour l’identifier et lui mettre le grappin dessus, expliqua leur collègue. Tous ces bergers qui gardent leur cheptel à proximité de cet endroit, et ces jeunes chômeurs, toxicomanes et ivrognes qui rôdent dans la zone seront interpellés scrupuleusement et les criminels   paieront  le prix fort. —   Identifier un criminel à défaut de preuves suffisantes est une affaire ardue et ça demande beaucoup plus de lucidité et de minutie, ajouta leur collègue, qui se tourna vers ses camarades qui lui prêtent l’oreille en se tenant debout, les mains croisées et l’air pensif. —   Mais regardez ce qui arrive, dit l’un d’eux, des véhicules, c’est peut-être la police. —   C’est elle, dit leur collègue. Restez confiants à vous-mêmes et ne parlez pas si l’on ne vous pose pas de questions, la parole  est d’argent, mais le silence est d’or, disait-on.       La police est arrivée sur les lieux. Les autorités compétentes aussi. Tout le monde était soigneusement protégé contre les relents nauséabonds et tenaces, qui se dégageaient du cadavre en cours de décomposition. La scène de crime a été cernée par une sorte de rubalise.  Les tâches étaient réparties comme toujours, les experts scientifiques, équipés de tenues adéquates, les mains gantées, ont procédé à l’examen méticuleux et approfondi des lieux. Ils commencèrent par photographier le cadavre et la zone immédiate qui l’entourait avec un schéma à l’appui. Ils ont relevés tous les indices révélateurs qui pourraient éclairer les enquêteurs. Une pierre qui pèse plus de quatre kilos,  éclaboussée de sang était là et a servi a grand-chose, les experts ont vite constaté que c’est la seule arme de crime qui portait encore les empruntes digitale du tueur. Le cadavre, qui s’avérait à première vue, difficile à identifier, a été ramassé et déposé à la morgue.                Les quatre éboueurs ont été convoqués au commissariat. Un policier en charge du dossier a ouvert son enquête en passant un  par un :    —   Alors, au premier ! Dis-moi, ça fait combien de temps que tu travailles comme éboueur ?    —   Dix ans presque, répondit-il.   —   Marié ? —   Oui. —   Des enfants ? —   Oui, j’en ai quatre, un garçon et trois filles. —    Est ce que tu as déjà vu un cadavre d’homme en pleine  décomposition ? —   Non, jamais ! ça me répugne, dit-il. —   Quelle a été ta réaction quand tu as vu celui de cet homme ? —   J’avais peur. —   Est-ce que tu as déjà vu un homme qui rôdait par cet endroit ? —   Si ma mémoire est bonne, oui ! C’était un clochard déguenillé qui fouillait toujours dans les amas des poubelles. —   Tu l’avais vu combien de fois ? —   Le plus souvent, répondit-il. —   Tu l’avais vu  seul ? —   Non, je voyais aussi une femme qu’on appelle la fouineuse. Elle cherchait toujours des rebuts pour les vendre au brocanteur de son quartier ou de les garder pour elle. —  Tu sais où elle habite ? —  Ah non, je n’ai aucune  idée qui vaille la peine. —   Et cet homme que tu appelles clochard, tu le connais ? —   Je le connais de vue. A maintes fois, il me demandait à boire et à manger. —   Et tu lui donne quoi ? —   Je lui donne de l’eau, du pain et des cigarettes quand il m’en demande une. —  Tu peux nous le décrire pour lui dresser un portrait robot ? —  Absolument, je connais son image et sa silhouette.  — Allez, vas-y ! —   C’était un homme de taille haute, la quarantaine à peu près, je le vois à maintes fois rôder entre les amas des détritus avec un bocal d’alcool brûlé à la main, le corps hâve et émacié, la tête chevelée et une mèche lui pendille devant les yeux, le visage carré, osseux, lugubre et raviné par le temps, il semble à celui d’un croque mitaine avec une barbe noire, touffue et mal entretenue. Teint brun et peau crasseuse. Il avait le front bombé, les pommettes affaissées, les joues creusées, le nez en trompette, les yeux tombants d’un pochard, en dessous  desquels apparaissent à l’évidence des cernes bleus sous la forme du croissant lunaire, qui lui  donnent un aspect fatigué et vieilli, la bouche épaisse, les lèvres charnues et toutes gercées. Le menton pointu. Il portait comme vêtements des haillons tous rapiécés et  marchait pieds nus avec sous le bras un couffin en osier sale et usé. —    Arrête, ça suffit. On dirait que tu le connais de fond en comble. Est-ce que tu connais son identité ?   —  Ah, non. Personne ne peut connaitre l’identité d’un clochard qui n’a ni parents ni frères ni sœurs qui habitent parmi nous parce qu’il n’est pas d’ici. Moi, je n’ai jamais pensé à  lui demander son nom. Alors ça suffit,  pour aujourd’hui, tu peux disposer. —   Ok, merci. —   Aux suivants ! venez tous ensemble pour que je puisse finir avec vous et vous laisser vaquer à vos occupations. —   Nous voilà chef, dirent-ils, l’air un peu crispé. —   Détendez vous, ne craignez rien, vous n’êtes là que pour nous aider à mener à bien notre enquête sur le meurtre de cet homme. Alors répondez-moi ! Vous le connaissez ? —   Non, mais de vue oui, répondirent-ils presque tous à la fois. —   Donc, vous n’avez pas d’autres renseignements supplémentaires à nous donner pour faire avancer l’enquête ? demanda-t-il. —   Nos renseignements sont les mêmes que ceux que vous a donné notre collègue. Nous faisons un travail d’équipe et nous sommes inséparables quand nous remplissons notre devoir. Ce dépotoir ne nous retient pas trop parce que l’odeur immonde qui s’en dégage ne laisse personne indifférent. Seuls sont les clochards et fouineuses qui la supportent quand ils sont à la recherche de rebuts. —   Je vous ai compris, dit-il. Vos déclarations seront prises en compte et si on a jamais besoin de vous, vous rappellera. Maintenant, vous pouvez disposer. J’ai terminé avec vous pour aujourd’hui. —   Les éboueurs ont quitté le commissariat. Quand ils rejoignirent leur poste, leur responsable leur lança de but en blanc : —  Ce problème de police, ça n’en finit pas encore ? Vous êtes en train d’entraver le service à la bonne marche ! cria-t-il. Je vous averti de votre nonchalance. —   Que voulez-vous qu’on y fasse, répliqua leur collègue. Personne ne peut désobéir à la police. Ils font leur devoir et nous, nous devons être censés de répondre à leur appel. —   Pourquoi vous vous êtes fourrés le nez dans cette histoire de meurtre ? Vous allez voir en quoi ça va vous entraîner ! Vous auriez dû m’en informer avant la police. Et c’est à moi que revienne la décision de les avertir. C’est moi le chef. Vous, vous n’êtes que mes subordonnées. Dans ce cas de figure, c’est moi qui devrais agir à votre place pour qu’on vous laisse faire votre boulot. Rejoignez vos postes et je ne veux plus entendre parler de quoi que soit concernant le meurtre de ce clochard. Il n’est ni le premier ni le dernier. Nous avons connu pas mal de cas de ce genre et la vie continue… —   Grâce au recoupement de déclarations dénichées ça et là et au travail ficelé d’experts scientifiques, mené de concert avec l’aide apportée par quelques témoins oculaires, la police a réussi, à l’aide d’un portrait robot à identifier le cadavre. La famille du mort a reçu une convocation urgente. —   C’est quoi ça ? dit la femme à son mari. —   Je viens juste de la recevoir, répondit-il. Elle était dans une enveloppe cachetée et  je n’ai hésité une seconde à l’ouvrir. Mais je ne sais pas au juste de quoi est-il question. Je vais chercher quelqu’un pour me la  déchiffrer. Je n’ai jamais reçu de ma vie une lettre pareille. J’ai peur que ça soit une mauvaise nouvelle. —   Pourquoi ne dis-tu pas le contraire ? dit la femme à son mari. —   Tout simplement parce que cela fait une semaine que j’ai une prémonition. Et cette enveloppe ne peut être que de mauvais augure. —   N’anticipe pas les choses, dit sa femme et va la faire lire avant d’avancer quoi que ce soit. C’est dommage que personne parmi nous ni sait lire ni écrire. —   La faute n’incombe pas à moi, mais à mon frère aîné qui a passé toute son enfance et sa jeunesse à prendre des comprimés psychotropes, de la drogue, de l’alcool à brûler au point de se transformer en  un clochard qui devient l’opprobre et l’insulte de la famille. Il ne m’a jamais donné le bon exemple pour que je le suive. —   Mais où est-il passé ? demanda-t-elle. —   Je n’en sais rien et j’ai en définitive oublié que j’ai un frère comme celui-ci. Cela me fait mal au cœur quand on m’évoque son nom. C’était un bon à rien, à vrai dire. Je ne regrette jamais son absence. Je ne t’ai jamais avoué mes sentiments à son égard. J’en veux beaucoup à lui pour avoir nui à son intégrité physique qu’il n’a pas su protéger contre le mal. —  Tu me tiens un long discours aujourd’hui et tu vas oublier d’en prendre connaissance du message que tu as reçu. —   L’idée de parler de ce malheureux frère m’est venue sans que je le veuille. Je ne sais pas ce qui me prend à l’instant. J’ai des crampes d’estomac, mon cœur bat la chamade et je n’arrive  pas à savoir la cause de cet affect dérangeant qui me met mal à l’aise. —   C’est cette lettre que tu as à la main qui te pose problème, expliqua sa femme. Tant que tu ne sais pas au juste son 
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