II
Le Gac peine à quitter des yeux cette immense fresque réalisée sur le papier à peindre – qui n’a jamais aussi bien porté son nom – représentant une fenêtre géante intégrée dans le contre-poinçon d’un « R » majuscule, ouverte sur un ciel bleu où flottent quelques lointains cumulus. Trois lettres très stylisées, WIN, s’appuient sur la jambe inclinée du R.
— L’œuvre de votre fils ?
Le père regarde la peinture, l’air circonspect :
— Certainement, oui... Je n’ai pas eu l’occasion de revenir chez lui depuis qu’il a emménagé, il y a trois ans. Par contre, sa mère passe régulièrement, vous connaissez peut-être cela, une maman ne peut s’empêcher de venir donner un petit coup de main pour le ménage, remplir le frigo, ce genre de chose. Mais elle ne m’a jamais parlé de ce dessin, elle aura sans doute eu peur que je m’énerve contre lui. En plus de devoir vider l’appartement, il faudra que je refasse tout le papier si l’on veut que la caution nous soit rendue !
— Dommage ! Cette fausse fenêtre apporte plus de lumière dans la pièce que la vraie ouverture... Bon, nous ne sommes toutefois pas là pour ça. Monsieur Jankowski, je vais donc vous demander de ne surtout toucher à rien. Dans le cadre de l’enquête afin de retrouver le ou les agresseurs de votre fils, vous nous avez donné l’autorisation de visiter son logement et d’emporter tout ce que nous pourrions juger utile à nos investigations, et je vous en remercie.
— Si cela peut vous faire trouver plus rapidement le s****d qui a fait ça...
Le Gac demande au lieutenant Kerandec qui l’accompagne, de photographier le mur. L’appartement est de petite taille, les recherches sont donc promptement menées. Beaucoup de matériel de peinture sur toile, quelques tableaux, tous représentants des fenêtres d’où sortent différentes choses, des carnets de croquis.
— Jocelyn, tu feras également un cliché de chaque tableau !
Rassemblant l’équipement informatique, ordinateurs et disques de sauvegarde, il en explique la finalité au père de la victime qui observe silencieusement le travail des enquêteurs :
— Monsieur Jankowski, nous allons devoir emporter ceci, nous n’avons pas encore découvert la raison de la présence de votre fils au viaduc de Lambézellec la nuit dernière, peut-être trouverons-nous quelque chose là-dedans... Bien sûr, tout ceci vous sera rendu dès que possible.
— Peu importe, je ne saurais pas quoi en faire, sa sœur a son propre matériel, rien ne presse.
Le capitaine reste une nouvelle fois en arrêt devant la fresque murale.
— Sur presque toutes ses toiles, une fenêtre est représentée. En connaissez-vous la signification ?
Haussement d’épaules du père qui répond, les lèvres pincées :
— Une envie d’évasion, comme si sa vie l’étouffait et qu’il lui fallait sortir pour respirer ? Je le croyais pourtant heureux, nous avons tout fait pour qu’il le soit, comme pour sa sœur. Il me trouvait probablement trop sévère, car il n’a pas osé me parler de son talent. Mais peut-être ne l’aurais-je pas compris...
Conscient du malaise engendré par sa question, Le Gac commence à rassembler tout le matériel informatique auquel il ajoute les carnets de croquis. Puis il dresse la liste des objets emportés et présente la feuille à monsieur Jankowski pour signature, lui assurant une nouvelle fois que tout sera restitué au plus tôt à la famille.
* * *
— Vous me faites un topo, Le Gac ?
Le commissaire Pennac’h est venu aux nouvelles dans le bureau de ses enquêteurs.
— Le légiste a confirmé sa première intuition, corroborée par ce qu’a constaté l’équipe technique : la victime nommée Romain Jankowski se tenait sur le viaduc, suivie par une ou plusieurs personnes, l’Identité Judiciaire n’a pas pu le déterminer, aucune trace du ou des agresseurs n’a été retrouvée en haut. Jankowski s’est pris un choc à la tempe, du côté droit, ce qui laisse à penser que son assaillant est gaucher. Perdant l’équilibre, il a basculé pardessus la rambarde. Dans sa chute, sa tête a heurté le pilier métallique, lui défonçant le crâne. Il était déjà mort en arrivant au sol. D’après François, le coup asséné a sonné la victime, sinon il se serait protégé de ses bras, mais rien ne garantit qu’il aurait survécu après une telle dégringolade.
— Donc, pour l’instant, nous optons pour le meurtre plutôt que pour l’assassinat, une bagarre qui a mal tourné. Il ne semble pas y avoir eu préméditation de la part du ou des agresseurs.
— Il faut tout de même savoir que Jankowski a été frappé avec un objet contondant que François Bodonec n’est toujours pas parvenu à identifier, une tige métallique, solide. Il a envoyé une substance recueillie au point d’impact de la barre avec le crâne de la victime, à analyser au laboratoire, cela donnera peut-être la solution à cette énigme. L’IJ n’a rien trouvé qui puisse correspondre à cet objet, à proximité du corps ; supposant que le meurtrier l’a balancé depuis le pont, ils ont sillonné les abords à sa recherche, jusqu’à aller patauger dans le Spernot pour vérifier s’il n’était pas au fond. Possible également qu’il soit resté en l’air, accroché dans les branches d’un des arbres.
— Espérons qu’on le récupère avant l’automne... Une idée de la raison de cette bagarre ? On voulait peut-être lui dérober son téléphone ou autre chose...
— Non, le téléphone a été retrouvé sur le viaduc, complètement détruit, probablement à coups de la même tige métallique. Il s’agissait d’un modèle très moyen, ne valant qu’une centaine d’euros à l’achat en boutique, les voleurs n’en auraient rien tiré. L’Identité Judiciaire tente d’en récupérer la mémoire, pour l’instant sans succès, l’appareil a été trop fortement endommagé. Et la victime n’avait que quelques euros sur elle, donc on n’en voulait pas à son argent. Le look de Romain Jankowski ne laisse d’ailleurs pas supposer qu’il puisse transporter une grosse somme, à moins qu’il ne deale, mais aucun produit stupéfiant n’a été retrouvé sur lui ni chez lui, il semblait clean de ce côté-là. En tout cas, l’IJ est formelle : si ses agresseurs avaient cherché à le dépouiller, ils seraient descendus pour le fouiller après sa chute, mais personne n’a même approché le corps, des traces auraient été visibles dans ce terrain mou et le contenu sans valeur de ses poches disséminé aux alentours...
— Bon, étrange, en effet. Une idée de la raison de sa présence en ce lieu ? Peut-être s’enfuyait-il ?
— Jocelyn et Virginie se sont occupés de l’enquête de voisinage...
Le lieutenant Kerandec prend alors la parole :
— Quartier pavillonnaire, tranquille, la rue François Coppé est coupée en deux par le pont d’la Brass, inaccessible aux voitures, donc la circulation automobile dans le quartier est très réduite. Mais comme il ne fait pas encore assez chaud, ils dorment la fenêtre fermée.
La brigadière-chef Lastourien complète :
— Un riverain m’a expliqué que lorsque le temps redevient correct, après les cours, des zozos en scooter s’amusent à aller et venir à fond sur le viaduc, le genre de truc qu’ils croient intelligent de faire pour épater les filles qui traînent par-là, le coin est sympa pour une balade entre copines. Et, bien sûr, leurs deux-roues ne sont pas aux normes du côté du pot d’échappement, plus ils font de bruit et plus ces petits cons sont contents. Donc, dans le quartier, toutes les habitations sont équipées de double ou triple vitrage ; à moins que Jankowski n’ait hurlé comme un damné, il est peu probable que quiconque ait entendu quoi que ce soit. Toutefois, beaucoup étaient déjà partis au travail lorsque nous sommes passés, nous referons un tour ce soir afin de les interroger...
— Avez-vous pensé à sonner de part et d’autre du pont ? Qui vous dit que la victime ne venait pas du côté Kervao ?
Le Gac répond à la question du commissaire :
— Le procureur nous a immédiatement accordé l’autorisation de réquisitionner l’opérateur téléphonique de Jankowski afin qu’il nous fournisse un relevé des positions en plus de la liste des appels transmis ou reçus. Nous en commençons tout juste l’analyse, mais elle nous a déjà permis de déterminer que l’antenne-relais à laquelle le portable de Jankowski s’est connecté avant l’agression se situe du côté de l’église de Lambézellec.
— Autre chose ?
— Rien d’effectif, nous avons interrogé ses collègues de boulot, au musée de Brest, tous l’appréciaient et le trouvaient sympathique, pas de conflit visible de ce côté-là ou, du moins, je n’ai rien ressenti de tel...
Le commissaire Pennac’h connaît bien son enquêteur.
— Il y a un “mais” en attente, quelque chose vous chagrine ?
— En discutant avec ses parents, j’ai eu l’impression que sa mère se retenait de nous dire quelque chose. Cela pouvait être dû à l’émotion du moment, la pauvre venait d’apprendre le décès de son fils, mais je compte retourner les voir au plus tôt. Une nouvelle visite sera de toute façon nécessaire, afin qu’ils me donnent le nom des copains et copines de Romain : beau garçon comme il était, je suppose qu’il avait du succès auprès des filles, même si, dans son appartement, je n’ai découvert aucune trace d’une présence féminine.
— Et le matériel prélevé chez lui, a-t-il parlé ?
— Pour l’instant, impossible de lire quoi que ce soit, accès verrouillé, fichiers cryptés par une technique évoluée : soit la victime était un as en informatique soit il s’est fait aider. Et, comme vous le savez, Franck doit s’absenter quelques jours, à cause du décès de son frère...
— Oui, c’est bien triste, j’ai vu passer sa demande de congé exceptionnel et, même si elle tombe très mal, je ne peux la lui refuser.
— Il prend ce soir la route pour Toulouse et ne reviendra pas avant lundi. Franck Chauvard est chez nous le seul disposant des compétences pour parvenir à pénétrer dans ce système, sinon il faudrait envoyer le matériel à Rennes, ce qui risque de ne pas être beaucoup plus rapide.
Le commissaire tranche immédiatement :
— Si vous estimez que l’analyse peut attendre la semaine prochaine, alors je préfère le garder ici... Autre chose ?
— Oui, une dernière : le rapport du légiste stipule que la victime a eu une relation sexuelle, moins d’une heure avant son décès.
— Ah ! Vous devez donc retrouver la demoiselle à qui ce jeune homme a rendu visite... à moins que ce ne soit une femme mariée et que l’époux soit rentré à l’improviste. Bon, vous avez du pain sur la planche, j’attends votre compte rendu pour le transmettre au juge d’instruction. Au boulot !
* * *
Le commissaire reparti, Adrien se replonge dans le rapport envoyé par l’opérateur téléphonique. D’après les antennes-relais déclenchées, il peut tracer les emplacements très approximatifs de Romain Jankowski pour la soirée : jusqu’à 21 heures 20, la position correspond à son appartement, avenue de Champagne, dans le quartier de Bellevue, puis, il a bougé. Sur un plan de Brest, Jocelyn pointe les différentes zones que lui énonce le capitaine. Rapidement, il fait le rapprochement.
— On dirait la ligne 6, direction Lambé...
Le Gac s’est déjà connecté sur le site Internet de Bibus pour vérifier les horaires : cela colle.
— Virginie, tu les contactes pour obtenir le nom et les coordonnées du chauffeur de cette ligne hier après 20 heures, il faut lui présenter les photos de Jankowski ; à cette heure, il ne doit pas y avoir grand monde qui emprunte son bus, par conséquent, je suppose qu’il l’aura remarqué et qu’il pourra nous indiquer s’il était alors seul ou accompagné... Demande-leur également de nous conserver la vidéo du véhicule, nous ferons une requête au procureur afin de pouvoir la récupérer.
— Pour cela, rien ne presse, ils gardent les enregistrements 72 heures avant de les balancer, mais je transmets l’injonction immédiatement.
Adrien poursuit l’étude des relevés : la victime est restée à la même place jusqu’à 1 heure du matin... En concordance avec le rapport du légiste, il est donc allé chez quelqu’un pour un rendez-vous galant et aura passé environ 3 heures avec la dame, puis il est reparti ; sa compagne ne l’aura pas convié pour finir la nuit à ses côtés. À cette heure-là, plus de bus, mais, plutôt que de s’orienter vers Bellevue, il prend la direction opposée vers le viaduc, puis arrêt du signal aux environs de 1 heure 15, le téléphone expirant sous les coups de tige de fer du meurtrier. Le lieutenant Kerandec commente l’analyse de son supérieur :
— Il était très endurant ou bien il a mis longtemps avant d’engager le contact avec la dame ! Et côté appels ?
Le Gac consulte les relevés.
— Dernières communications, l’une reçue à 18 heures 30, je te laisse rechercher le correspondant que Jankowski a rappelé à 19 heures 55 et, ensuite, rien avant deux SMS, émis à 4 minutes d’écart, le premier à 1 heure 03 et le second à 1 heure 07, juste avant l’agression, à destination du même correspondant qui a répondu à 1 heure 16. Voyons voir qui est ce noctambule échangeant la nuit par SMS...
Sur son portable, Adrien compose le numéro. Sonnerie, décrochage, une voix de femme, jeune, trahissant son étonnement de voir apparaître un contact inconnu sur l’écran de son téléphone :
— Allô ?
— Bonjour, Madame. Je suis le capitaine Adrien Le Gac, de la Police Judiciaire de Brest et je vous joins à propos du meurtre de monsieur Romain Jankowski. Vous êtes peut-être déjà au courant ?
La vivacité avec laquelle répond la correspondante ne laisse aucun doute à Adrien quant à sa surprise :
— Comment ? Mais... si c’est une blague, ce n’est pas drôle, Romain !
— Pas du tout, ceci est malheureusement très sérieux. Vous avez reçu cette nuit deux SMS provenant du téléphone de monsieur Jankowski, à environ 1 heure du matin... Nous aimerions en connaître le contenu. Êtes-vous sur Brest ?
— Je suis actuellement à l’arrêt de bus, place de la Liberté, pour rentrer chez moi...
— Vous êtes donc à deux pas du commissariat, rue Colbert.
Le capitaine indique à sa correspondante le chemin à suivre pour accéder aux locaux de la police, lui certifiant que sa collaboration est très importante. Après raccrochage, Jocelyn demeure sceptique.
— Tu crois qu’elle viendra ? À mon avis, elle reste persuadée que c’est son copain qui lui fait une blague, et cette nana va monter dans son bus. En tout cas, pas de doute, elle connaissait bien ce gars, pour l’avoir appelé « Romain ».
— Si dans dix minutes elle n’est pas là, alors nous demanderons une identification à partir de son portable et nous nous rendrons chez cette dame, rien n’est perdu.
Les enquêteurs mettent à profit le temps d’attente pour inspecter le relevé téléphonique de la victime, notant les numéros qui se répètent le plus souvent, à rechercher en priorité. Cinq minutes plus tard, on prévient Adrien qu’une personne le réclame à l’accueil...
* * *
En bas de l’escalier, Adrien découvre une jeune femme d’environ 25 ans, cheveux mi-longs à tendance rousse, le teint pâle, jolie, même sans être un canon de beauté. Le Gac se présente et invite la demoiselle à monter. Préférant éviter la salle d’audition, il emprunte la pièce généralement utilisée pour les réunions de groupe. Maintenant persuadée qu’il ne s’agissait pas d’une mauvaise blague, la visiteuse tente sans succès de retenir ses larmes. Après avoir relevé identité et coordonnées, Adrien développe d’une voix douce :
— Mademoiselle Bothorel, cette nuit, Romain Jankowski a chuté du viaduc de Lambézellec, vraisemblablement suite à une bagarre. Juste avant son décès, il vous a envoyé deux SMS à quelques minutes d’intervalle, nous souhaiterions en connaître le contenu.
Sarah sort son téléphone et explique, avant de le tendre au capitaine :
— J’habite chez mes parents, rue Edmond Rostand, à Lambézellec. Hier soir, j’ai connecté mon portable sur le chargeur familial situé dans le couloir du bas et qui sert à tout le monde. Moi, ma chambre est à l’étage, je n’ai pas entendu l’arrivée du premier texto que Romain m’a adressé, mais cela a réveillé mon père, il a le sommeil léger. Quelques minutes après, deuxième message : mon père s’est énervé et s’est levé, a débranché mon téléphone et me l’a apporté, me demandant de dire à mon copain... enfin, vous imaginez, il était en colère. J’ai regardé les SMS et j’ai répondu. Si j’avais su que c’était le dernier...
La jeune femme fond en larmes. Adrien consulte le premier texto : « sui a lambe. dormir chez toi ? » N’ayant pas reçu de retour quatre minutes plus tard, nouveau SMS : « ok ? » L’enquêteur se représente le paternel furieux qui monte réveiller sa fille en lui collant le smartphone sous le nez. Brutalement tirée de ses rêves, celle-ci répond au dernier SMS : « ok. »
— Et vous n’avez pas été étonnée de ne pas le voir arriver ?
— Je crois bien que j’ai envoyé le « ok » en étant à moitié endormie : mon père m’a sortie de mon premier sommeil et est redescendu immédiatement. Si j’avais été consciente, je ne l’aurais pas autorisé à venir, j’étais très fatiguée et, surtout, indisposée, donc nous n’aurions pas pu faire grand-chose... Je me suis à nouveau réveillée deux heures plus tard, ma lampe de chevet toujours allumée, le téléphone posé sur le traversin, et j’étais sûre d’avoir rêvé ces messages et ma réponse idiote. J’ai éteint la lumière et me suis rendormie, jusqu’au matin où j’ai vérifié. Je n’ai pas osé demander à mon père si Romain était venu sonner...
— Il était donc votre petit ami ?
— Oui... Enfin, pour être honnête, disons plutôt que c’était un ami de passage, un “s*x-friend”, comme on dit maintenant, une nuit ensemble de temps en temps, rien d’autre.
Tout dans l’attitude de la demoiselle permet de comprendre qu’elle aurait bien aimé que Romain devienne plus qu’un simple “coup d’un soir à l’occasion”, mais que le jeune homme préférait garder sa liberté d’aller et venir, et de changer de partenaire à l’envi.
— Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?
— Samedi dernier, pour le vernissage de l’exposition de D-Man, auquel il m’a proposé de l’accompagner. Mais je suis partie assez tôt ; Julie était présente également, sans rien de prévu ensuite, donc aucune chance qu’il passe sa nuit avec moi. Je ne suis que la roue de secours, celle chez qui on ne se rend que lorsque l’autre n’est pas dispo’.
L’exposition de D-Man ? Le Gac se souvient alors de l’une des cartes de visite trouvées dans le portefeuille de la victime, qu’il avait prise pour une annonce publicitaire, indiquant les dates et l’adresse de la galerie. Il jette un coup d’œil discret à la jeune femme, se disant que la disparition de ce s*x-friend sans-gêne aura au moins l’avantage de la libérer de ses espoirs déçus.
— Lui arrivait-il souvent de vous envoyer de tels messages à ces heures indues ?
— Grands dieux non ! Il est déjà venu chez moi et sait que j’habite chez mes parents. Ma chambre est la seule à l’étage, avec toutes les commodités, salle de bains et toilettes, donc, même si je dispose d’une certaine indépendance, je ne suis pas entièrement libre, mais il était assez culotté... D’ailleurs, mes parents l’appréciaient peu.
— Il semblerait que votre ami ait eu hier soir un rendez-vous à Lambézellec, du côté de l’église. Savez-vous chez qui il pouvait être ?
Sarah réfléchit à peine.
— Julie habite à Quéliverzan, l’une des grandes tours bleues à l’entrée du pont de l’Harteloire. Au bourg de Lambé, je ne vois pas, mais peut-être qu’il ne s’agissait pas d’un rendez-vous... enfin, vous comprenez, pour...
Afin de ménager la jeune femme et d’éviter une nouvelle crise de larmes, Adrien préfère modérer la réponse d’un pieux mensonge par omission :
— Nous ne sommes qu’au tout début de l’enquête, donc nous ne pouvons encore rien certifier sur la raison de cette visite.
Le policier remercie Sarah et la libère, après lui avoir demandé de noter identité et numéro de l’autre s*x-friend du Don Juan. Après son départ, le capitaine fait un rapide compte rendu à Virginie et Jocelyn, ce dernier s’étonne :
— Ce gars est un obsédé s****l : d’après ce que t’a dit cette nana, il a au moins deux copines qu’il ne rencontre que pour b****r. Et, en plus, il s’en serait trouvé une troisième au bourg de Lambé... J’espère pour elles que c’était un bon coup !