A

776 Words
AIl y avait jadis une fontaine où venaient se baigner les fées, dans un lieu solitaire et ignoré. Un jour, un bûcheron égaré y surprit les fées. Elles avaient déposé leurs vêtements sur les arbres du rivage. Quand elles se furent baignées, elles sortirent de l’eau, reprirent leurs habits et s’envolèrent. Une seule resta en arrière. L’homme s’assura qu’ils étaient seuls, et se précipita sur les habits de la fée et les emporta. La fée le suivit en gémissant, le priant de lui rendre ses habits, pour qu’elle puisse retourner dans sa demeure. L’homme, qui voulait la garder pour en faire sa femme, resta sourd à ses plaintes. Elle fut forcée de le suivre. Arrivé à sa maison, l’homme cacha les habits de la fée au fond du grenier à riz. La fée vécut quelques années avec l’homme, ils avaient déjà un enfant de trois ans. Un jour, le mari étant absent, sa mère vendit la provision de riz. La fée trouva ses habits sous les sacs de riz. Elle les revêtit, détachant seulement son peigne qu’elle fixa au col du vêtement de son fils. Elle lui fit ses adieux. – Reste ici, ta mère est fée, ton père mortel : il ne nous est pas permis de vivre longtemps unis. Elle pleura un peu sur le fiston et s’envola. Quand le mari revint à la maison, entendant chialer le marmot, il demanda à sa mère où était sa femme. La mère répondit qu’elle ne l’avait pas vue de la demi-journée. Le mari se douta de ce qui était arrivé : il courut au grenier à riz, vit que le riz avait disparu, les habits de la fée aussi. Sa mère lui dit qu’elle avait vendu tout le riz. Quand il vit le peigne fixé aux vêtements de son fils, il comprit que la fée l’avait quitté. À la suite de cette aventure, il demeura inconsolable. Il prit son fils, se rendit avec lui à la fontaine. Il ne vit plus de fée descendre se baigner. Seulement des servantes étaient là, puisant de l’eau. L’homme eut soif, leur demanda à boire, leur conta ses malheurs. Pendant qu’il leur faisait ce récit, le marmot laissa tomber son peigne dans une des jarres. Quand les servantes eurent versé l’eau, on trouva le peigne au fond de la jarre. Leur maîtresse, la fée, rappliqua et leur demanda d’où venait ce peigne. Les servantes ne surent que dire. Elle voulut savoir si elles avaient rencontré quelqu’un près de la fontaine. Elles répondirent qu’elles avaient vu un homme. Il leur avait demandé à boire, leur disant qu’il cherchait sa femme, en vain. La fée alors charma un mouchoir qu’elle remit aux servantes. Elle leur ordonna de retourner à la fontaine. Si l’homme y était encore, il fallait lui dire de mettre ce mouchoir en guise de turban, et de les suivre. Les servantes obéirent et ramenèrent le mari de la fée. Les époux, se voyant réunis, furent transportés de joie. Au bout de quelque temps, le mari demanda à la fée comment elle avait eu le cœur de l’abandonner ainsi. La fée lui répondit : – Les unions des mortels et des génies ne peuvent durer. C’est pourquoi j’ai dû vous abandonner. Mais vous sachant affligé, je vous ai fait venir ici pour vous consoler de votre chagrin. Maintenant il vous faut retourner sur terre. Le mari gémit, ne voulant pas quitter la fée. Elle lui dit : – Descendez le premier, dans quelque temps, je demanderai au bouddha la permission de retourner vivre avec vous. Aujourd’hui je n’oserais pas, car il y a trop peu de temps que je suis revenue au ciel. Le mari consentit à s’en retourner. La fée ordonna à ses servantes de le faire asseoir avec son fils sur un tambour que l’on descendrait avec une corde. Elle leur donna du riz pour nourrir l’enfant, et dit au mari quand il serait arrivé à terre, de frapper deux coups sur le tambour, afin que les servantes coupent la corde. Ils se séparèrent en pleurant et les servantes laissèrent filer la corde. Seulement, comme le tambour était encore à mi-hauteur, voici qu’il passa un vol de corbeaux qui virent le gamin manger les grains de riz. Ils se mirent à picorer le riz tombé sur le tambour. Le tambour résonna ; les servantes, qui crurent qu’ils étaient arrivés sur terre, coupèrent la corde. Le père et le fils furent précipités dans la mer où ils périrent. Les corbeaux, voyant cela, s’envolèrent avec des croassements. Phât Bâ (une femme bouddha) les entendit, fit comparaître les fées, apprit qui était la responsable de la mort de cet homme. Pour la punir, elle la transforma en étoile du matin. Le père et l’enfant devinrent étoile du soir. Les servantes durent chaque année, le quinzième du septième mois, faire un sacrifice funéraire. Le même jour, les corbeaux forment un pont pour permettre aux époux de se revoir.
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