Chapitre 2

1115 Words
Chapitre 2 : « Ne garde pas le silence, Ém ! » s’emporta Viola, grondant dans son esprit. « Révèle-leur la vérité avant qu’il ne soit trop tard ! » Émeraude ferma les yeux et secoua faiblement la tête. L’idée même lui paraissait vaine. Son propre corps n’était qu’un champ de plaies : son dos saignait encore, ses cuisses la brûlaient, et pourtant, personne n’avait remarqué ses blessures. Pas même Rick. Il n’avait vu que le sang d’Alia. Là, face à l’expression glaciale de son compagnon, elle sentit son souffle s’éteindre. De la haine, voilà tout ce qu’il y avait désormais dans ses yeux. Elle voulut parler, mais ses lèvres refusèrent d’obéir. Rick, déjà penché vers Alia, la souleva dans ses bras comme si elle était faite de porcelaine. Émeraude se raccrocha à un ultime espoir et hasarda une prière : « Laisse-moi expliquer, Rick, je t’en conjure. » Le ton de sa réponse la fit frémir : « Expliquer ? Quoi ? Que ton venin de jalousie t’ait poussée à lever la main sur une ancienne Luna ? Sur la femme de mon frère ? » Émeraude tenta de protester : « Non, je n’ai pas— » Mais le regard implacable de Rick l’écrasa. L’aura dominante qui se dégageait de lui était telle qu’elle en eut la gorge sèche. Rien ne servirait à plaider. Il avait déjà jugé. « Tu répondras de tes actes quand je reviendrai, » trancha-t-il d’une voix glaciale. Puis il disparut dans un souffle de vent, emportant Alia vers la maison de la meute. La Luna resta seule au milieu de la clairière. Des dizaines d’yeux posés sur elle la condamnaient sans appel, mais aucun ne la transperçait autant que celui de Rick, quelques instants plus tôt. Elle eut la sensation d’être dévorée vivante. Sa poitrine se serra à en suffoquer. Jamais elle ne s’était sentie si abandonnée. Ce n’était pas la première fois que le piège se refermait autour d’elle : Alia et Rhiannon, complices inséparables, avaient toujours su manipuler les apparences. Rick, lui, choisissait systématiquement de croire leurs paroles plutôt que les siennes. Un gémissement échappa à Émeraude lorsqu’elle tenta de se redresser. La douleur lui vrillait le corps, mais ce n’était rien comparé à la plaie béante qui se creusait en elle. Elle prit la fuite. Ses pas l’éloignèrent de la demeure principale, ses jambes tremblantes la soutenant à peine. Son pouvoir réel, celui qu’elle cachait à tous, aurait pu guérir ces entailles en un instant, mais elle continuait à masquer son héritage. Sa véritable souffrance n’était pas physique : elle avait trahi son propre sang, renoncé à son trône, à ses dons, à sa liberté, tout cela pour l’amour d’un seul homme. Et cet homme l’avait reniée au premier souffle d’accusation. Elle s’écarta du sentier menant au repaire, refusant de croiser Rick ou Alia de nouveau. Viola, grondant en elle, menaçait de perdre patience, et Émeraude craignait que sa louve ne prenne le dessus. Au bout d’une longue demi-heure de marche, ses genoux lâchèrent presque. À bout de forces, elle songea à chercher enfin des soins quand une présence surgit à ses côtés. Elle se retourna brusquement, trébucha, et faillit s’effondrer. Des bras la rattrapèrent. Elle leva les yeux. Darren, le bêta de la meute, la fixait d’un regard insondable. « Merci, » souffla-t-elle. Il répondit par un simple grognement. Elle n’aurait su dire s’il agissait par compassion ou par devoir. Darren avait toujours été d’une réserve glaciale avec elle. Émeraude détourna le regard, son esprit encore enchaîné aux accusations. « Tout était calculé… Alia a gagné, Rick me hait… » « Tu aurais dû t’expliquer, » reprocha Viola. « Je l’ai fait, » murmura Émeraude, « mais il a refusé de m’entendre. Je dois encaisser seule la tempête. » « Non, tu n’es pas seule. Tu m’as moi, et Darren est là. » Émeraude esquissa un sourire amer. « Ne compte pas sur lui. » Mais la voix de son loup poursuivit : « Killian, le loup de Rick, devrait partager notre douleur. Un compagnon ne peut pas être sourd à ça… » Darren rompit le silence. « L’Alpha exige ta présence. » Émeraude se figea. Ainsi, c’était pour transmettre cet ordre qu’il était venu. Elle avait cru un instant qu’il se souciait d’elle. Folie. « Dans deux minutes, » ajouta-t-il d’un ton sans appel. « Impossible ! Nous sommes bien trop loin pour— » « Ce n’est pas moi qui parle, Luna. Ce sont les ordres de l’Alpha. » Son regard s’abaissa brièvement, comme un ultime signe de respect. « Je t’accompagnerai. » Émeraude eut un rire amer. « Ce n’est pas de l’aide, c’est un arrêt de mort. » Il répondit froidement : « Si tu es coupable, mieux vaut l’admettre devant lui. » Ces mots, plus glacés que le vent, la firent frissonner. Elle soutint son regard, puis tourna les talons. « Inutile de me suivre. Je préfère marcher seule. » Le bêta ne discuta pas. Il s’inclina légèrement et s’éloigna, la laissant dans un silence encore plus lourd. Toute l’illusion d’un allié venait de s’éteindre. Épuisée, Émeraude finit par reprendre le chemin de la maison commune. Ses pas la portèrent jusque dans le hall où, à peine entrée, elle sentit les regards hostiles se river sur elle. Comme le monde change vite… Hier encore, elle était respectée. Aujourd’hui, méprisée. Elle perçut les murmures, distincts malgré leur discrétion feinte : « C’est elle, tu as des doutes ? » glissa une voix féminine. « Alia l’a dit. La jalousie a fait perdre la tête à notre Luna. » « Quelle cruauté, pousser une femme enceinte… » « Pauvre Lady Alia, elle n’avait déjà que trop souffert. » Les oreilles d’Émeraude se dressèrent. Elle reconnut celle qui parlait : Stella, une oméga qu’elle avait protégée plus d’une fois. Viola cracha dans son esprit : « Traîtresse ! » Stella poursuivait : « Émeraude a toujours redouté qu’Alia reprenne sa place. Rick ne voit qu’elle. C’était inévitable qu’elle tente de l’écarter. » Des hochements de tête approuvèrent. Émeraude sentit son cœur se briser un peu plus. Elle ne chercha pas davantage d’explications. Ses pas la guidèrent malgré elle vers la chambre d’Alia. Mais en approchant, l’odeur mêlée d’Alia et de Rick la détourna vers une autre porte. Celle de son compagnon. Ses doigts tremblaient tandis qu’elle fixait le battant fermé. Un souffle amer franchit ses lèvres : « Alors… elle a trouvé refuge dans ton lit. » Les poings serrés le long de son corps, Émeraude hésitait à franchir le seuil. C’était maintenant ou jamais. La voix de Rick traversa la porte, glaciale, sans appel : « Tu es en retard. »
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