Chapitre 3

860 Words
Chapitre 3 : « Enfin », lança la voix tranchante de Rick de l’autre côté de la porte. Emerald inspira profondément, ses yeux fixés au plafond. Tout son être brûlait d’un constat simple : rien ne comptait plus pour lui qu’Alia. Rien. La poignée tourna, et elle entra. L’air saturé de tension lui frappa le visage. Alia reposait sur le lit, soutenue par l’oreiller préféré de Rick, celui qu’il ne laissait jamais aux autres. « Tu es en retard », répéta-t-il, comme un couperet. « Sauf erreur, la frontière n’est pas à deux pas d’ici », répliqua-t-elle sèchement. L’ombre d’un sourire froid se dessina sur son visage, mais ses yeux demeurèrent impitoyables. Rick haïssait l’insolence. Mais cette fois, elle s’en moquait : la douleur qu’il lui infligeait surpassait sa colère. Elle voulut s’avancer, mais son ordre claqua : « Reste où tu es. » Emerald déglutit. « Laisse-moi au moins m’expliquer. » « M’expliquer ? » répéta-t-il dans un rire amer. Son regard balaya son corps, non avec désir, mais avec un mépris glacé. Ni ses blessures, ni le sang qui tachait encore ses vêtements n’éveillèrent sa compassion. Elle détourna les yeux. Son attention tomba sur Alia, allongée, faible en apparence, mais l’effet fut le même : une lame en plein cœur. « Maudite vipère », gronda Viola dans l’esprit d’Emerald. « Tout ça est son œuvre. » Emerald serra les poings. Viola avait raison. C’était un venin, et elle s’était laissée piéger. La porte s’ouvrit brusquement, interrompant le silence. Une silhouette traversa la pièce avec fracas, la bousculant sans égards. « Eloigne-toi, Émeraude », lança Rhiannon d’un ton moqueur, avant de se jeter auprès d’Alia. Ses yeux brillèrent d’une indignation théâtrale. « Comment oses-tu laisser cette criminelle hors des geôles ? » « Geôles, vraiment ? » souffla Emerald. Rhiannon la toisa. « Tu veux que je répète ? » Mais le médecin l’interrompit, le visage grave : « Lady Alia… nous n’avons pas pu sauver l’enfant. » Le hurlement d’Alia fendit l’air comme un éclair. « Non ! Pas mon fils, pas Lucien ! » Rick la soutint aussitôt, ses bras formant une barrière autour d’elle tandis que le Dr Silas posait une perfusion. Les sanglots d’Alia redoublèrent. « Après avoir perdu mon compagnon, je perds aussi notre enfant… Comment pourrais-je encore vivre avec ce vide ? » « Lia… » La voix de Rick s’adoucit, tremblante. « Tu n’as rien à te reprocher. Je suis là. » Alia secoua faiblement la tête. « Je t’avais supplié de m’assigner un garde. Mais Emerald a refusé. Elle a dit que je ne méritais plus ce privilège. » « Insolente traîtresse ! » fulmina Viola. Alia se tourna alors vers elle, l’expression candide, les yeux gonflés de larmes. « Pourquoi, Emerald ? Qu’avais-tu contre moi ? Mon enfant était innocent. » La salle entière vibra sous ce cri d’injustice. Tous les regards se braquèrent sur Emerald comme sur un monstre à abattre. « Regarde-la ! » s’écria Rhiannon, le doigt tendu vers elle. « Une meurtrière. Voilà ce qu’elle est. » Emerald soutint son regard sans ciller. Cette mise en scène ne trompait personne : Rhia avait trempé dans ce piège. « J’espère que ce crime t’a satisfaite », continua Rhiannon, la voix empoisonnée. « Mais pour moi, tu ne vaux pas mieux qu’une bête à abattre. Présente tes excuses à Alia et prie pour qu’elle t’accorde son pardon. » Emerald rit, un rire amer. Quelle ironie ! On exigeait d’elle une repentance qu’elle n’avait aucune raison d’offrir. « Qu’attends-tu ? » gronda Rick. « Excuse-toi. » Ses yeux s’écarquillèrent. Il reprenait les mots de sa cousine, comme s’il en faisait son propre verdict. Bravant l’ordre, Emerald avança d’un pas. Les muscles de Rick se raidirent, son instinct protecteur s’enflammant autour d’Alia. « Reste loin d’elle ! » rugit-il. « Tu veux l’achever ? » Ces mots la brisèrent plus que n’importe quelle plaie. Comment pouvait-il croire cela d’elle ? Les larmes brouillèrent sa vision, mais sa voix resta ferme. « Rick, tu m’accuses sans preuve. Jamais je n’aurais levé la main sur elle. » « Elle ment », cracha Rhiannon. Rick posa Alia sur les oreillers, puis fit un pas vers Emerald. Son aura se déploya, lourde et suffocante. « Dernier avertissement. Présente tes excuses. » La tête haute, Emerald répondit d’un ton glacé : « Je préférerais mourir que d’avouer une faute que je n’ai pas commise. » Le sol se déroba sous ses pieds : en un battement de cœur, Rick s’était jeté sur elle. Sa main se referma sur sa gorge, l’écrasant contre le mur. Un craquement sourd accompagna l’impact. « Tu joues avec ma patience », gronda-t-il. « Crois-moi, tes excuses seront le moindre de tes soucis. » La douleur irradiait de sa poitrine, mais sa rage surpassait tout. Elle planta ses yeux dans les siens, un éclat de défi dans le regard. « Jamais », souffla-t-elle. Puis, dans un élan de désespoir et de force brute, elle le repoussa et s’élança hors de son emprise. Peu importait où ses jambes la porteraient : tout valait mieux que ce gouffre de haine et de trahison.
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