Chapitre 4 :
Elle s’était éloignée à grands pas, la poitrine encore secouée par l’écho des accusations, jusqu’à ce que la voix de Rick la rattrape, grondante et intransigeante.
« Émeraude ! »
Un sourire amer effleura ses lèvres. S’il criait ainsi son nom, c’est qu’elle avait touché une corde sensible. Mais le triomphe fut bref : lorsqu’elle leva les yeux, elle constata qu’elle avait atteint la grande esplanade où l’Alpha convoquait parfois sa meute.
« Tu oses me tourner le dos ? »
Elle ferma les paupières, inspira lentement, les poings serrés. Tout cela devenait épuisant.
« Tes paroles étaient vides de sens, Rick. Rien d’autre. »
Un pli durcissait son front. Il tenta alors une autre approche, plus feutrée, mais plus dangereuse encore.
« Reconnais ton tort, Émeraude. Présente des excuses à celle que tu as offensée. »
Ses yeux se réduisirent en fentes. « Jamais. Pas même sous la menace. Une Luna ne rampe pas devant un mensonge. »
L’ordre claqua dans l’air comme un fouet.
« Guerriers, saisissez-la. »
Deux silhouettes surgirent aussitôt et l’immobilisèrent, leurs mains d’acier emprisonnant ses bras. La douleur jaillit, mais Rick resta de marbre, impassible face à ses gémissements.
Son regard à lui, désormais vidé de toute douceur, se planta dans le sien. « Tu voulais défier mon autorité ? Je ferai de toi un exemple. Tu regretteras d’avoir refusé. »
Il leva la main. « Attachez-la au pilier. Qu’elle se tienne à genoux devant tous. »
Son sang se glaça. Il n’avait pas parlé pour l’intimider : il l’ordonnait réellement. Les guerriers obéirent sans hésitation, la traînant sur l’estrade.
Les cordes mordirent sa peau, l’arrimant aux colonnes de pierre.
« A genoux », souffla Rick.
La fureur monta en elle, Viola rugissant à l’intérieur de son esprit. Comment osait-il soumettre sa propre compagne à une telle honte ? Elle se débattit, mais les deux mâles accentuèrent leur pression. Sa vieille blessure à l’épaule, héritée d’une chute de cheval récente, se réveilla, brûlante. Elle étouffa un cri et résista.
Jusqu’à ce qu’un coup brutal l’écrase au sol. Ses genoux heurtèrent la pierre et un filet de sang s’épancha sur le sol poussiéreux. Un instant plus tard, un v*****t coup de pied lui arracha un gémissement, lui vrillant la cheville.
Viola gronda. « Il payera pour chaque plaie. »
« Oui », répondit Emerald entre ses dents serrées.
Rick se pencha, un sourire carnassier au coin des lèvres. « Pas si fière, maintenant ? »
La haine crépitait dans ses yeux. Elle voulait hurler, mais il poursuivit froidement :
« Maintenez-la dans cette posture. À mon retour, elle aura réfléchi. »
« Oui, Alpha », acquiescèrent les deux geôliers d’une même voix.
Avant de quitter l’estrade, Rick la contempla une dernière fois, le regard chargé de menace. « Plus tu résisteras, plus lourde sera la sanction. » Puis il s’éloigna, sans doute pour rejoindre Alia.
L’humiliation était totale. Jamais elle n’avait subi pareille déchéance. Les guerriers, tels des vautours, pressaient ses épaules exactement là où son corps était le plus fragile, jouissant de ses grimaces.
La place se remplit peu à peu. Les membres de la meute arrivaient, curieux, avides de spectacle. Elle comprit alors : Rick avait voulu cette foule. Il voulait la briser devant tous.
Le soleil dardait sans pitié sur sa peau. Ses forces déclinaient. Et Viola… Viola demeurait muette.
« Viola ? » appela-t-elle intérieurement. Le silence lui glaça l’âme.
Elle jeta un coup d’œil de biais. Le sourire malsain du guerrier à sa droite ne laissait aucun doute : il savourait son supplice depuis longtemps.
« Un poison… » souffla enfin Viola, haletante. « On nous a injecté de l’aconit. »
Le mot la foudroya. Voilà pourquoi sa régénération refusait d’agir.
À ce moment, Rick réapparut, escorté de l’Ancien Francis et d’Alpha Jake. Son ombre s’étendit jusqu’à elle.
« Toujours aussi entêtée », dit-il avec un rictus.
Elle cracha au sol, salive et sang mêlés.
Un garde plaça un fouet dans ses mains. Rick le fit claquer dans l’air, le cuir sifflant comme un serpent prêt à mordre.
« As-tu changé d’avis ? » demanda-t-il, ses mots traînant dans le silence pesant.
Un murmure parcourut la foule. Emerald sentit son souffle s’accélérer. Ce fouet n’était pas un instrument banal. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle distingua les pointes barbelées incrustées au cuir. De chacune d’elles perlait un liquide violet, inquiétant.
Son cœur se serra. Elle connaissait cette arme.
Sa voix n’était plus qu’un souffle brisé lorsqu’elle murmura :
« … Tue-loup ? »