Chapitre 9

2818 Words
Orion Nyx nous avait enfermé tous les deux dans la salle de bain. Je regardais mon amie de qui j’étais tombé amoureux depuis mes quinze ans, cela faisait trois ans que secrètement j’espérais qu’elle me dise oui. J’avais été dévasté le jour de mes dix-huit ans de découvrir qu’elle n’était pas ma compagne et encore plus de découvrir que je n’en aurai certainement jamais, la déesse de la Lune était venue me parler pour que je sois un loup combattant et que je ne devais pas attendre son cadeau, la louve qu’elle m’avait promise était morte jeune d’une maladie et elle ne prévoyait pas de deuxième chance pour nous, je devrais chercher avec mon cœur et pas avec le lien. Le soir où Zéphyr l’a choisi était pire que tout, car elle était la femme que j’aimais en secret, elle était mon monde sans le savoir. J’en avais pleuré toute la nuit et là mes yeux rouges lui feraient penser que j’étais sortis m’amuser et que j’avais abusé de l’alcool. Je passais mon temps à sortir et à m’amuser avec l’alcool, avec les filles, avec les défis, les compétitions, les paris et encore les filles, tout cela pour ne pas penser à cette fille parfaite, cette fille qui s’excusait presque d’écraser des fourmis lorsqu’elle marchait dans l’herbe. Nyx est une fille incroyable, elle trouvait toujours comment réconforter chacun, comment tenir compte de chaque individualité sans les juger ou paraitre juge, elle aidait avec tout son cœur, elle aimait avec tout son cœur, elle vivait sa vie pleinement et avait des rêves d’avenir, malheureusement la fille que je voyais devant moi commençait à se vider de cette lueur, Zéphyr allait la détruire en faisant d’elle son épouse. Même s’il avait une bonne raison pour cela selon lui, je ne pourrais jamais lui pardonner ce qu’il lui avait fait vivre et ce qu’elle allait devoir vivre à cause de lui. Il ne lui avait quasiment pas parlé en six ans et d’un seul coup il l’aimait. Je relevais la tête et vis ses yeux brillants, elle était au bord des larmes, ce que lui avait dit Éon l’avait touchée, je savais qu’il ne lui avait rien dit concernant le sexe, sa tête était bien trop sérieuse lorsqu’il était sorti de cette salle de bain. Je fixais ses yeux intensément, je m’y perdais elle me fixait en retour, elle me prit le visage dans ses mains et je sentais la chaleur de celles-ci sur mes joues, inconsciemment je plaçais mes mains sur les siennes en continuant de la fixer et elle ne détournait pas son regard, nous restâmes comme cela un bon moment et lorsque je sentis ses mains se relâcher, ma bouche parla avant que mes pensées ne l’arrêtent. Je t’aime. Pardon ? Je t’ai toujours aimé. Tu dérailles ? Non. Tu as dix minutes pour me dire tout ce que tu veux qui risquerait de mettre Zéphyr en colère, tu pourras me dire le reste après. Je viens de tout te dire, je ne peux rien rajouter. Nyx, je serai toujours ton ami mais ces sentiments ne disparaitront jamais. Et aussi, je déteste Zéphyr. C’est tout. C’est tout ? Oui. Moi aussi je le déteste, mais je ne t’aime pas comme tu m’aimes. Tu es mon meilleur ami au même titre qu’Éon et ce sera toujours comme cela que je t’aimerai. Si nous avions été compagnons ? Le lien m’aurait fait ressentir autre chose. J’espère que tu me l’aurais dit si j’étais ton âme sœur. Bien sûr. Je n’en aurai jamais Ne dis pas ça, un jour elle apparaitra, j’en suis sûre. Non, la déesse de la Lune me l’a dit dans un rêve, ma compagne est morte d’une maladie et je n’ai pas de seconde chance, je serai un combattant destiné à trouver l’amour sans le lien. Je suis désolée pour toi. Moi aussi je suis désolée pour toi. Je peux te demander une faveur s’il te plait ? Quoi ? Non, dis oui ou non c’est tout. D’accord, c’est oui. Elle me sourit et je pris son visage dans mes mains en fixant ses yeux et en me perdant dedans. Je me penchais en avant vers sa bouche et je l’embrassais comme jamais je n’avais embrassé une fille, avec mon amour. Elle se laissa faire et j’entendis même un petit gémissement, le son était doux et agréable à mes oreilles, ma langue se faufila dans sa bouche durant le petit gémissement et je commençais le combat pour la domination de sa bouche. Je savais bien que je ne devais pas faire cela, que j’aurai dû m’en empêcher. Je continuais et ses gémissements devinrent plus forts mais étouffés, je sentais mon excitation monter en moi. Lorsque je n’arrivais plus à respirer, je mis fin à notre b****r et là je reçus une gifle monumentale. Je l’avais méritée, je venais d’embrasser ma meilleure amie qui était désormais une femme mariée. En lui souriant, je lui dis simplement merci, elle me foudroya du regard puis baissa la tête sur les carrelages, elle semblait les contempler, ses joues étaient roses et je l’avais un peu décoiffée. Cette femme était magnifique et j’avais encore plus envie d’elle qu’avant, mais je me contrôlais et ravalais mes sentiments. Soudain sa voix douce perça le silence dans un murmure. Merci pour ce b****r, je sais ce qu’est un b****r plein de passion et d’amour maintenant, mais je ne te pardonnerai jamais cela. Tu m’as embrassée en sachant que je suis mariée. Nous ne devons jamais rien dire à personne. Promis, je garderai ce moment juste pour moi, il sera toujours précieux. Elle releva la tête et je vis ses joues roses virer au rouge, sa bouche légèrement gonflé et rougie de notre b****r avec les yeux brillants, les larmes tout au bord, elle était encore plus belle. Elle me tendit la main et je la pris dans mes mains. Pourquoi joues-tu avec les filles si tu étais amoureux ? Tu as toujours dit que tu attendais ton âme sœur et que tu ne te donnerais qu’à lui, personne d’autre ne t’intéressait. Je savais parfaitement que ce n’était pas moi, enfin j’ai toujours pensé que nous ressentirions un petit quelque chose si nous étions destinés l’un à l’autre, qu’il y aurait des indices mais jamais rien ne s’est produit. Tu m’as toujours regardé comme tu regardes Iris et Clio, mais je ne t’ai jamais regardé comme cela. Je crois que j’ai toujours été admiratif de ma meilleure amie et les sentiments ont dû commencer à se développer lorsque nous étions en âge de comprendre ce que c’est d’aimer, ça devait être vers nos douze ans. J’espère que tu pourras ressentir cela pour une autre fille à l’avenir et que tu trouveras ton véritable amour. Maintenant, veux-tu parler d’autres choses ? Tu veux que je te parle des milliers de façons dont j’aimerai te faire jouir ? Pas spécialement, mais est-ce que ça ferait enrager Zéphyr ? Très certainement si je dis que je te donnerai du plaisir. Il ne serait pas content, mais je peux utiliser les mots en parlant à la troisième personne. Je crois que ce serait mieux que tu réserves cette partie à quelqu’un d’autre, j’en ai eu assez pour aujourd’hui. Personne n’en a jamais assez. Sortons d’ici. Elle me poussa hors de la porte après s’être rincée le visage et s’être recoiffée. Je savourais chaque geste qu’elle faisait en me disant que je ne la verrai plus comme cela à l’avenir. Nous sortions de la salle de bain après cela et elle s’assit sur le tapis près de la bibliothèque. Zéphyr était sur le canapé et Éon sur une chaise en face, je me dirigeais vers la chaise à côté de celle de mon ami. Zéphyr tira Nyx sur ses genoux en la reniflant, c’était subtil mais je pouvais le voir faire. Il était évident qu’il en était fou amoureux et il la regardait comme si elle était une déesse, je pourrai croire qu’ils étaient destinés l’un à l’autre si Nyx ne lui lançait pas des regards furieux avant de se déporter à l’autre bout du canapé. Ses yeux s’abaissèrent un peu comme un petit chiot malheureux à ce comportement. Zéphyr se racla la gorge et repris sa posture d’Alpha en nous regardant Éon et moi. Je vous ai invité pour avoir une discussion un peu sensible. Afin de ne pas trop faire souffrir Nyx cette nuit et de lui causer des dommages importants à son intimité, nous avons besoin de conseils sur ce que nous pouvons faire avant l’acte. Éon éclata de rire si fort qu’il manqua de tomber de sa chaise, mais il était visiblement mal à l'aise. J'essayais de détendre l'atmosphère avec une blague mais je savais que cela sonnait plus pathétique qu'autre chose. — Tu nous as réunis pour ça ? J’ai cru que tu allais annoncer une guerre. Nyx enfouit son visage dans ses mains, évitant le contact visuel avec chacun de nous trois. — Je vais mourir de honte… — C'est pour ton bien, je ne veux pas te faire souffrir inutilement. Répondit Zéphyr avec un calme insupportable. Je serrai les dents. Même lorsqu’il parlait de la toucher, il le faisait avec cette voix douce et sérieuse qui donnait envie de le frapper. Comment pouvais-je le détester autant et malgré tout reconnaître qu’il faisait attention à elle ? Éon reprit son sérieux en croisant les bras. — D’accord. Déjà, si elle est tendue, ça va empirer les choses. Donc il faut qu’elle se sente en sécurité. — Comment veux-tu que je sois détendue lorsque je me fais v****r devant les mâles non accouplés de la meute au nom de la procréation ? Tu étais là hier soir, dis-moi si tu as su regarder attentivement comme les membres du conseil ? Éon était mort de honte, regardant ses pieds. - Je n'ai pas pu regarder... je fixais les mollets de Zéphyr. Mais les préliminaires existent pour une raison et nous allons essayer de vous aider. Nyx devint écarlate. — ÉON ! — Quoi ? C’est lui qui demande ! Zéphyr, lui, riait encore moins et avait l'air encore plus honteux. Malgré cela, ses yeux restaient fixés sur Nyx comme si le monde entier avait disparu autour d’elle— Je ne veux plus lui faire mal, jamais. Le silence tomba quelques secondes. Je vis Nyx relever lentement les yeux vers lui. La colère qu’elle lui lançait depuis le jour où il l'avait choisie vacilla légèrement. Juste un instant, ce fut fugace. — Pourquoi tu fais ça ? demanda-t-elle finalement. Pourquoi tu agis comme si tout comptait soudainement ? Pendant six ans tu m’as à peine regardée. Silence. Personne ne dit rien. Nyx fronça les sourcils. — Tu veux juste que je souffre, tu me détestes à ce point. — Non, je t'aime depuis longtemps. Sa voix était basse, presque rauque. Je sentis quelque chose se tordre violemment dans ma poitrine. Nyx semblait incapable de parler. — C'était plus facile de rester éloigné de toi. Le silence devint étouffant. Je voulais le haïr. Vraiment. Mais dans ses yeux, il n’y avait ni mensonge ni jeu. Seulement cette chose terrible que je connaissais trop bien : l’amour, une pure dévotion. Nyx fixait toujours Zéphyr sans parvenir à détourner les yeux. L’air dans la pièce semblait devenu trop lourd pour être respiré correctement. Éon fut finalement le premier à casser le silence. — Bon… je crois qu’on vient tous d’apprendre quelque chose de profondément perturbant. Je lui lançai un regard reconnaissant. Sans lui, personne n’aurait retrouvé l’usage de la parole. Nyx se leva brusquement du canapé. — Non, non, non, je refuse cette conversation. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux. — Tu ne peux pas me dire ça maintenant. Pas après tout ce qui s’est passé. Zéphyr se déplaça et se mit à genoux devant elle, les yeux relevés vers son visage. — Je sais. — Non, tu ne sais pas ! explosa-t-elle soudain. Tu ne sais pas ce que c’était pour moi ! Tu m’as ignorée pendant six ans ! Six ans à me demander ce que j’avais fait de mal ! Sa voix se brisa. — Et maintenant je suis coincée dans un mariage où toute la meute attend que je tombe enceinte comme si je n’étais qu’un utérus pour fournir le prochain héritier ! Le silence retomba brutalement. Même moi, je n’avais jamais entendu Nyx parler avec autant de colère. Les yeux de Zéphyr se fermèrent une seconde comme si chacun de ses mots le frappait physiquement. — Tu as raison. Elle eut un rire nerveux. — Oh, formidable! Le grand Alpha Zéphyr reconnaît ses torts maintenant. Tu vas aussi me dire que tu as changé d'avis sur les traditions barbares et archaïques de la meute ? — Nyx… — Non ! continua-t-elle. Tu veux savoir ce qui me fait le plus mal ? Ce n’est pas la cérémonie, ce n’est même pas la douleur. C’est que malgré tout ça… malgré ma haine… une partie de moi veut encore comprendre pourquoi tu m'as choisie, pourquoi tu dis que tu m'aimes soudainement. Sa respiration trembla légèrement. — Pourquoi moi ? Zéphyr se releva lentement. Lorsqu’il parla, sa voix était plus basse que d’habitude. — Parce que je t'aime vraiment, un jour tu le comprendras. Parce que pour mon loup et moi tu es la personne la plus merveilleuse de l'univers. Nyx déglutit difficilement. — Parce que tu rêves d’aider les autres alors que ce monde t’apprend à devenir cruelle. Tu n'as jamais perdu ta gentillesse tout en restant une combattante féroce. Je sentis mon estomac se nouer violemment. Nyx, elle, semblait au bord des larmes. — Arrête… Mais il continua malgré tout. — Parce que le jour où j'ai vu cette lettre, j'ai perdu pied. Tu demandais à partir, à t'éloigner de la meute et je n'ai pas pu résister. Je te voulais à mes côtés et pas à côté de quelqu'un d'autre. Mon père avait approuvé mais le conseil avait des plans. Je les avais entendu il y a quelques mois parler de toi. Son regard s’assombrit. Moi, je sentais déjà où cette conversation allait mener et ça ne me plaisait pas du tout. Nyx se leva et commença à faire les gents pas. — Alors ce mariage… — Je t'ai choisi Nyx pour ne pas que tu sois enchaînée à un autre dans une meute juste pour une alliance. Cette fois, la pièce entière sembla se figer. Nyx resta immobile. — Quoi… ? Zéphyr détourna enfin les yeux. — Le conseil préparait déjà des propositions pour tes dix-huit ans. Tu es la fille d'un Delta, intelligente, puissante, fertile, appréciée de la meute… tu étais devenue un enjeu politique. Même s'ils avaient dû attendre la fin de tes études universitaires, ils t'auraient utilisée comme une marchandise. Je vis l’expression de Nyx se fissurer. Passant de la colère à la peur, et ensuite à quelque chose de pire encore, la compréhension. — Tu veux dire… que même sans lien… — Ils t’auraient forcée à épouser quelqu’un. Sa voix était glaciale désormais. — Et je n’aurais pas supporté qu’un autre homme te touche. Le cœur battant, Nyx secoua lentement la tête. — Tout ça est malade… Ton père m'a autorisé à partir vivre mes rêves. — Je sais. — Les anciens sont des fous. — Je sais aussi. - Ton père... - N'est pas au courant. Je les ai entendu parler hasard. Elle leva des yeux humides vers lui. — Alors pourquoi tu n'as rien dit ? Tu es son fils. Pour la première fois depuis le début de la soirée, Zéphyr hésita, un vrai moment d’hésitation. — Parce que le conseil aurait trouvé les mots pour convaincre tout le monde que c'était aussi pour ton bien. Mon père n'a jamais réussi à changer ces traditions archaïques comme tu dis et pourtant, cela fait vingt-deux ans qu'il essaie. Mais je te promets que nous y arriverons pour toi, pour nos enfants. Le silence qui suivit fut terrifiant. Et dans ce silence, je compris enfin quelque chose. Zéphyr n’était pas seulement amoureux, il était lié de ce lien impossible à défaire. Je ne comprenais pas pourquoi il ne lui disait pas tout simplement. Il me regarda et vit la compréhension dans mes yeux. Il m'envoya un lien mental. S'il te plaît garde cela secret, je veux qu'elle le découvre par elle-même. Nyx avala difficilement sa salive. — Et maintenant ? Zéphyr se leva lentement avec sa posture imposante, dangereuse. Pourtant lorsqu’il regarda vers elle, il ressemblait presque à un chiot en attente d'approbation. Presque. — Maintenant, je suis égoïste, dit-il. Parce que tu es ma femme et que je ne laisserai plus personne m’empêcher de t’aimer et j'empêcherai le monde entier de te faire souffrir. Je détournai les yeux. Parce que pour la première fois depuis longtemps, je compris que j’avais déjà perdu avant même d’avoir eu une chance.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD