Chapitre 7
Colère et grosse FatigueJe sortis de l’hôpital et nous montâmes dans la voiture. Lana et mon père m’accompagnaient. Celui-ci avait appelé ma mère pour lui dire de ne pas s’inquiéter et que nous rentrions. Lana était venue car elle se sentait toujours coupable. Je me rappelai encore son attitude dans la salle d’attente.
« Dis, ça t’a pas trop fait mal hein ? m’avait-elle demandé, anxieuse.
- Mais non. Le médecin m’a juste fait une échographie. Je n’ai rien senti. »
Ma réponse parut la rassurer. Du moins, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’elle ne faisait que gesticuler sur sa chaise et qu’elle se rongeait les ongles, chose rarissime. Ce ne fut qu’après une heure d’attente que nous prenions enfin connaissance des résultats et en fait...
« Youou Roxanne !! Qu’est-ce que t’es dans la lune toi ! plaisanta ma sœur.
- Hein ? De quoi ? balbutiai-je, surprise mais contente qu’elle aille mieux.
- Tu sais pendant que t’es pas avec nous, la vie continue. Alors le temps que tu finisses de penser ou que quelqu’un t’interrompe, ce que je fais en général, eh bien...
- Oui ok j’ai compris, l’interrompis-je. Pourquoi sommes-nous arrêtés ? Et où est Papa ?
- Ben on est arrivé à la maison ! C’est ce que je me tue à te dire, s’exaspéra-t-elle.
- Ah bon j’y vais alors. Merci de m’avoir « réveillée ». »
Je commençai à descendre de la voiture mais Lana m’agrippa le bras et me ramena brusquement dedans.
« Quoi ? Qu’y a-t-il ? lui demandai-je énervée. »
Elle me tendit mes béquilles.
« Et ça ? Ne me dis pas que t’as oublié qu’tu as une entorse à la cheville gauche et une foulure au poignet droit ? Et que, comme t’as pas voulu être en fauteuil, ben tu prends des béquilles.
- Non je n’avais pas du tout oublié. Quand même, je ne suis pas si tête en l’air que ça. Et puis mon poignet ne me fait pas si mal que cela, sinon je n’aurais pas pris les béquilles.
- Mouais. Heureusement que j’suis là pour te rappeler les choses essentielles, me répliqua-t-elle en me mettant les béquilles dans les mains. »
Je soufflai, agacée, et sortis de la voiture en prenant soin de me cogner la tête avant. Puis je trébuchai sur la petite marche du perron alors que j’allais entrer, ce qui m’irrita encore plus. Et cela ne s’arrangea pas quand ma mère vint vers moi en courant, en criant et se lamentant comme si c’était la fin du monde.
« Mais quand même, t’aurais pas pu te faire ça un autre moment ?!
Maintenant comment on va faire ? Et puis ça doit être désagréable...
-Non tu crois ? murmurai je pour moi-même en m’asseyant sur le fauteuil à proximité de moi.
-Tu te rends compte ?! Une entorse, une ENTORSE !
- Ouais et une foulure aussi !lui criai-je, haineuse.
- Et tu peux me dire comment tu vas escalader la montagne ?! »
La montagne ?? Oh non... C’était la semaine où nous devions aller en Savoie. Mes parents avaient pris exceptionnellement deux semaines de congés d’affilée ! Même si les vacances ne duraient que dix jours.
« Les deux seules semaines de vacances que nous avons de toute l’année, dit-elle d’une voix chevrotante.
- Mais elle a pas fait exprès ! Et en plus c’est à cause de moi si elle est tombée, le classeur, c’est moi qui l’ai mis devant sa porte ! s’égosilla Lana.
- Le docteur a dit que tu devais rester au repos pendant un mois voire plus. Les vacances sont dans quatre jours, nous avons réservé le gîte et payé. Elle ne peut pas venir avec nous, déclara mon père.
- Mais... co... comment ça ? Tu ne penses tout de même pas que nous allons la laisser toute seule pendant deux semaines à la maison ?! S’exclama ma mère.
- Non évidemment que non ! Elle ira chez Salomé. Débrouille-toi pour rester chez elle durant les vacances et la période de cours, m’ordonna-t-il.
- Et pourquoi l’un de nous ne resterait pas ici avec Roxanne ? lui demanda ma mère.
- D’accord. Tu n’auras qu’à rester ici et moi je...
- Oh que non ce ne sera pas MOI qui resterai ici parce que je te signale que... »
Ils continuèrent à se crier dessus, mais je ne voulus pas en entendre plus.
Je montai aussi discrètement que possible les escaliers avec mes béquilles pour aller dans ma chambre.
Une fois à l’intérieur de celle-ci, je m’affalai sur mon lit. J’étais exténuée. Je ne souhaitais penser à rien et un mal de tête m’envahit soudainement.
« Aller endors-toi, ce n’est qu’un mauvais rêve. Tout va s’arranger, me murmurai-je pour moi-même. »
Je regardai l’heure. Vingt heures trente-sept. Ma journée ne pouvait être plus remplie que cela. D’abord ce cauchemar, puis la course pour aller au lycée, le sport, Mika, arrivée chez moi, crêpes, cascade dans l’escalier, hôpital, presque deux heures d’attente, échographie puis encore trente minutes pour les résultats, dispute avec mes parents, vacances.
« Et ces fichus maux de tête qui ne veulent pas me quitter ! M’exclamai-je. »
J’étais en ce moment même l’esclave de la colère et de la fatigue.
Puis, je ne sus comment, je parvins à trouver le sommeil.