Chapitre 10 – Grosse Frayeur

2086 Words
Chapitre 10 Grosse FrayeurUn mélange de peur et de soulagement, d’appréhension et d’angoisse, s’opérait en moi. Il fallait que je fasse un bilan. Normalement il devrait y avoir deux portes. Une de sortie par laquelle j’étais rentrée, et une d’entrée où je ne savais pas du tout ce qui m’attendait de l’autre côté. L’objectif, trouver cette porte. Car maintenant que mes esprits se reprenaient, je m’apercevais avec effroi que l’obscurité environnante, existait réellement. Le choc n’y était pour rien. Incapable de marcher, je tentai de me mettre debout en m’aidant de mon dos que je faisais glisser sur le mur, grâce à l’appui que me procurait mon pied droit, encore intact. Quand je mis mes mains contre le mur pour me hisser vers le haut, je sentis un liquide chaud se répandre jusqu’au bout des doigts de ma main droite ce qui me rappela ma profonde entaille. Cela n’était rien comparé à la douleur de ma cheville. Je ne sentais même plus mon pied et j’espérais ne pas avoir perdu l’usage de celui-ci. Mes pensées changeaient en permanence. Je n’arrivais pas à me décider sur ce que je devais faire mais quand je réussis finalement à me relever entièrement sur une jambe, une voix rocailleuse et enrouée se distingua : « On l’a cherchée aux alentours mais elle est nulle part. Si jamais elle avertit les flics on est foutu. Faut dégager d’là. T’es parvenu à l’sauver ? - Nan il est mort sur l’coup ! Il allait trop vite c’t’enf... - Ouais ben alors on fait quoi ? On l’laisse ici ? - A moins qu’tu veuilles l’porter dans tes bras en conduisant et qu’tu finisses comme lui, j’vois pas d’aut’solutions, lui jeta-t-il, haineux. - Ok j’rapatrie tout l’monde et on s’casse. - Nan. Envoie un sms urgent à tout’ la b***e. On s’retrouve au QG. - Ok chef. » Je soufflai doucement, toute tremblante. J’avais fini par les oublier ceux-là ! Comme précédemment, je ne me posai pas plus de question. Je décidai sans attendre de trouver cette porte qui permettrait peut-être de sortir de cet endroit et de rentrer chez moi. Je m’élançai d’un « pas » en avant, en traînant une jambe inutilisable. La douleur se répandit jusqu’à mon genou et poursuivit sa montée. Subitement, une sorte d’aurore boréal miniature et bleutée apparut juste devant mon visage, d’une extrémité à l’autre de la pièce, la coupant en deux. Puis je m’aperçus qu’il y en avait partout et que mes mains en touchaient. Je ne sentis rien. Comme si ces fins nuages couleur azur n’existaient pas. Mais ceci ne m’éclairait pas assez pour que je puisse distinguer une porte, alors j’avançai encore. Mon visage traversa ce voile transparent et bleu, ce qui brisa la ligne continue qu’il formait, se transformant en une sorte de fumée à la fois blanche et céruléen. Je trouvai cela magnifique et... magique. Tandis que j’allais faire un pas, mon pied droit trébucha sur le gauche qui se retrouvait, je ne sus comment, devant le droit, ce qui me fit tomber. Mais j’obtins encore une fois le réflexe de mettre mes mains devant moi, empêchant alors ma tête de cogner le sol. En revanche, ayant déjà une foulure au poignet droit, celui-ci ne supporta pas ce nouveau heurt et craqua fortement avant de céder en se tordant douloureusement. Cette fois, je ne pouvais bel et bien plus marcher et je ne savais plus où se situait le mur sur lequel je m’étais appuyée. Mais de toute façon même si je le trouvais, je ne réussirais pas à me hisser vers le haut comme auparavant. Pas avec seulement un bras et une jambe, du moins dans mon état actuel. Il ne me restait qu’une seule solution, ramper. Mais où ? J’ouvris grands les yeux et tournai la tête. Avec stupeur, je vis un trait de lumière blanche se refléter sur ce qui pouvait être le sol ! Une porte ! Cette lumière provenait d’en-dessous d’une porte ! Je me mis à ramper en direction de celle-ci, et une fois arrivée devant elle, je me propulsai en haut, dans un dernier effort, avec l’aide de mon bras gauche et réussis miraculeusement à saisir la poignée. Sans aucune hésitation, j’appuyai dessus et l’ouvris légèrement. Une fois ceci fait, je relâchai la pression et me laissai délicatement retomber au sol. Je retins mon souffle, et poussai la porte pour aller de l’autre côté. Ce que je vis m’effraya. Et me découragea tout au plus. Je rampai encore un peu, quittai la salle aux aurores boréales, et regardai derrière moi, d’où je venais. Le mur semblait bouger... Non il ne semblait pas, il bougeait vraiment ! Comme si sa surface était un liquide qui recouvrait la porte ! Un petit bruit se fit entendre quand le mur l’eut entièrement recouverte. Bouche bée, je me tournai lentement, ne sachant plus quoi penser. Je me situais dans un couloir. Il passait devant moi et tournai à ma droite. Le sol était blanc, les murs étaient blancs, le plafond était blanc et même la poignée de la seule porte que je vis à deux mètres de moi était blanche. Je restai un moment immobile, le regard perdu et toujours bouche bée, complétement hébétée. Puis je me traînai vers un mur, m’appuyai sur mon pied droit et ma main gauche et, par miracle, ce fut presque d’un bond que je parvins à me mettre debout face au mur. Sur ce, je posai ma main gauche sur ce dernier, soulagée de ne pas être tombée en arrière. Je vis tout à coup avec effroi que celui-ci se mouvait comme le précédent ! Il semblait devenir une substance aqueuse, formant même de minuscules vagues ! Pourtant lorsque je forçai dessus, il était bel et bien dur. Je m’aperçus que ces vagues se rapprochaient de plus en plus rapidement de ma main ! Je la retirai d’un seul mouvement et dans l’élan, je faillis retomber mais me rattrapai de justesse sur l’unique jambe utilisable. Je réussis à garder mon équilibre. Quand j’observai à nouveau le mur, celui-ci revenait peu à peu à sa forme initiale mais de petits traits bleus et verts passaient et repassaient sur quelque chose d’invisible. Du moins au début, car cela devenait de plus en plus net. Les traits faisaient comme scanner. Dès qu’ils allaient sur ce qu’ils cherchaient à rendre visible, ils disparaissaient, puis revenaient lorsqu’ils n’étaient plus dessus. Soudainement, je compris de quoi il s’agissait. De mon empreinte !! Celle de ma main lorsque je m’étais posée contre le mur ! A présent, un long trait noir horizontal passa lentement dessus et au fur et à mesure qu’il avançait vers le bas, tous les traits de mon empreinte se surlignaient en jaune. Je la voyais clairement, comme quand à la maternelle les maîtresses nous faisaient tremper les mains dans de la peinture pour que nous puissions avoir nos empreintes dans notre cahier. Tout à coup, le trait noir disparut et les autres bleus et verts se rétrécirent pour se placer sous forme de quadrillage sur laquelle mon empreinte disposait. Comme si le mur était un écran d’ordinateur ! Je m’approchai lentement, en faisant attention de ne pas tomber. Mais quand je fus juste devant le mur, je sentis ma main me brûler atrocement. Je la regardai et vis avec frayeur DANS ma paume, un rond jaune du même diamètre que l’objet qui... Alors ce n’était pas une hallucination !! Quelque chose était à l’intérieur de ma main et cette chose me brûlait ! Le rond devint de plus en plus épais, de plus en plus visible et la douleur de plus en plus intense !! Je paniquai totalement ! Mon cœur accéléra ses battements. Puis je m’aperçus que l’empreinte sur le mur clignotait en même temps que la lumière de ma main. Soudain elles s’éteignirent toutes les deux et je ne ressentis presque plus de brûlure. Je ne vis aucun micro ou caméra pourtant une voix efféminée d’ordinateur surgit de nulle part : « Identification... ... ... Identification terminée. Empreinte inconnue. ADN inconnue. » Je me demandai avec peur ce qu’il allait se passer. Je n’attendis pas longtemps car aussitôt des sirènes retentirent et la voix revint : « ALERTE INTRUSION ALERTE INTRUSION Vous n’êtes pas un membre de l’A.S. ALERTE INTRUSION... » L’A.S. ?! Je ne savais pas du tout ce que cela pouvait bien être. Et alors que toutes les alertes continuaient de retentir, deux voix se firent distinctement discernées malgré le chahut alentour. « Que s’passe-t-il encore ?! J’croyais qu’MK avait réussi à réparer c’fichu système ! s’exclama une voix forte, puissante, surement masculine mais... qui n’avait rien d’humaine !! - Calme-toi Choumou, taquina un autre d’une voix calme et douce, comme celle de l’inconnu qui parlait avec Leïla. » Mais elle contenait quelques différences car son propriétaire possédait une voix un peu plus aigüe et certaines petites notes me paraissaient presque enfantines. « Ne m’appelle pas comme ça ! Surtout quand j’suis énervé ! On perd not’ temps, y aura rien comme hier ou comme y a un mois ! D’ailleurs, juste après, j’te jure que j’vais aller voir MK, que... » J’étais pétrifiée. Je les entendais s’approcher de plus en plus de l’angle du mur en face de moi. Je vis maintenant leurs ombres ! Ils discutaient toujours en avançant peu à peu vers moi. Ils s’approchaient, s’approchaient encore et... Je n’en pus plus ! Une sueur froide coula dans mon dos, je tremblai de tout mon corps et j’eus du mal à respirer ! Je débutais surement une crise de tétanie. Mais je voulais savoir ! J’allais enfin découvrir ce qui se passait ! Tout cela avait peut-être un lien ! Tout cela devait CERTAINEMENT avoir un lien ! L’objet, cet endroit, le coup de téléphone et tous les autres évènements étranges lèveraient leur voile mystérieux, et je saurais ! Enfin, j’aperçus une main, puis progressivement une jambe, puis... eux deux. Ils avaient l’air d’être encore plus ahuris que moi. « Son système a fonctionné, s’émerveilla une... chose. » Ou plutôt un monstre. Certes, il possédait la même constitution physique qu’un humain, deux jambes, deux bras, une tête... Sauf que ce n’en était pas un. Mais une grande bête d’au moins trois mètres de haut recouverte de poils jaunes et oranges. Je ne voyais pas sa peau mais j’entendais, quand il respirait, qu’elle craquait, comme si c’était de la roche. Il ne portait aucune veste ni de tee-shirt, mais seulement une b***e noire et blanche sur ses deux gros poignets ainsi qu’un large pantalon noir et deux énormes chaussures noires. Ses seuls cheveux se composaient d’une « crête » de poils jaunes, laissant le crâne à découvert. Mais en y faisant plus attention, je constatai que ceci n’avait pas été fait exprès. Il devait être né comme cela. Son visage n’était pas lisse et fin comme celui de son compagnon mais carré et cabossé à cause de ses muscles. Il en disposait de tellement que sa tête, trop petite pour son corps, était comme détachée de son cou tant elle allait en avant. Ses yeux, quant à eux, ne possédait pas de couleur particulière car elle ne faisait que changer. « Ce n’est pas trop ça le plus important, répliqua son acolyte, amusé, en me fixant avec avidité. » Lui semblait être un humain. Il était beau comme un Dieu et détenait de magnifiques cheveux blonds coiffés en pics partant du haut de son front jusqu’à probablement celui de son cou. Ses yeux d’un bleu profond me rappelaient l’océan et je ne sus pourquoi mais ils me rassurèrent un peu. Il portait une chemise entièrement blanche avec un effet froissé dont le premier bouton était détaché, laissant apparaître d’épais muscles. Quant à ses bras, ils en avaient également, mais de plus imposants. Il disposait aussi d’un bermuda beige avec une poche en relief au-dessus du genou gauche et d’une fine paire de tennis blanche, se confondant presque avec le sol. Tout comme ses bras et certainement le reste de son corps, ses jambes étaient juste assez musclées pour ne pas être difformes comme celles de son compagnon. « T’as raison ! C’est quoi c’truc ? demanda le monstre en me désignant d’un coup de tête. » Sensible à ce genre de chose, je me remémorai que je ne devais ressembler à rien avec mes habits sales et déchirés, le sang coulant toujours le long de mon bras, et ma jambe gauche que je ne sentais plus, traînant lamentablement derrière la droite. Le beau blond fit un pas vers moi tout doucement. Méfiante j’en reculai aussitôt d’un... du moins comme je le pouvais. Il sourit et s’arrêta. Mon cœur battait la chamade, j’étais toujours tétanisée et encore plus tremblante que jamais. « On ne te veut aucun mal, me dit-il d’un ton rassurant tout en s’avançant lentement. Qui es-tu ? me demanda-t-il soudainement. » J’ouvris la bouche mais aucun son n’en sortit. Je n’arrivais plus à parler, je n’en avais même plus la force ! Je me demandai comment je parvenais encore à rester debout. « D’où viens-tu ? continua-t-il, voyant que je ne répondais pas. » Impossible de répondre. J’essayai, mais je ne réussis pas, la peur avait volé ma voix. Il s’approcha encore mais cette fois je ne voulus pas reculer, de crainte de tomber. Il n’était plus qu’à cinquante centimètres de moi lorsqu’il me demanda : « Comment as-tu fait pour rentrer ici ? » Alors ce fut le chahut dans ma tête. Tout se mélangea. Je voulus lui répondre et tendis mon bras droit, dégoulinant de sang, montrant du doigt l’endroit où se tenait la porte. Jamais ils ne me croiraient si je ne réussissais pas à leur parler ! Je fis donc un effort excessivement intense pour que seuls quelques mots parviennent tout de même à franchir mes lèvres : « L... l... la... la porte... ici mais... disparue... m... mur. » Puis la peur et la souffrance m’achevèrent, je m’évanouis. Il me sembla ne pas avoir touché le sol mais après tout... qu’en savais-je ? J’étais déjà bien loin...
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