Chapitre 11 – Un Jycänn et un Slaunta

1624 Words
Chapitre 11 Un Jycänn et un SlauntaMa cheville et mon poignet me faisaient atrocement souffrir, mais au moins, je n’avais pas perdu leur usage. Cela faisait cinq bonnes minutes que je m’étais réveillée et que je n’osais pas ouvrir les yeux. Je ressentais la douleur que me procurait presque chacun de mes membres, à travers tout mon corps. Je remarquai aussi que le sang ne coulait plus le long de mon bras droit. Soudain, un étouffement de sanglot presque imperceptible retentit juste à côté de moi. Une pression dans ma main gauche me fit comprendre que quelqu’un me la tenait, et ce, surement depuis longtemps. Je tournai délicatement la tête vers cette personne et ouvris les yeux. Mon cœur s’emplit de joie et toute ma peur disparut sur-le-champ. Je souris, déculpabilisée. Salomé me rendit mon sourire, des larmes au coin des yeux. « Promet-moi de ne plus jamais me faire ça ! J’ai eu si peur quand je t’ai vue allongée... dans cet état, me déclara-t-elle d’une voix émue. » Je voulus la rassurer, mais seulement un faible son sortit de ma bouche, comme si l’on venait de m’opérer des cordes vocales. En tout cas, ceci la fit rire. Elle allait dire quelque chose lorsque j’entendis une porte s’ouvrir. Salomé se retourna, inquiète, mais sembla être soulagée lorsqu’elle vit de qui il s’agissait. Il faisait sombre et la seule lumière provenait de la lampe de chevet à côté du lit, qui hélas n’éclairait pas assez pour que je puisse voir qui venait d’entrer dans la chambre. « Alors, comment va-t-elle ? demanda d’un ton impatient une voix masculine, grave et ferme. - Elle vient juste de se réveiller, répondit Salomé. » L’homme s’approcha et je l’aperçus enfin. Il soupira, visiblement apaisé. Je l’observai. Il disposait de cheveux châtains relevés vers le haut mais sans traces apparentes de gel. Son visage fin mais à l’air dur et son regard un peu sévère montraient qu’il devait être quelqu’un d’important. Il se tenait droit, les épaules carrées et portait une chemise marron foncée avec deux petites poches au bas de celle-ci. Son pantalon noir et un peu large lui donnait un air détendu bien qu’il paraissait tout de même obtenir une certaine sévérité. Je ne voyais pas ses chaussures car il se tenait devant le lit sur lequel j’étais allongée. J’oubliais quelque chose... quelque chose que j’avais déjà vu sur quelqu’un d’autre. Je me concentrai... Ses yeux ! Ils étaient exactement de la même couleur que ceux de Salomé ! D’un vert menthe à eau ! Et je me rendis compte seulement maintenant que de longs cheveux noirs arrivant en dessous de la poitrine, remplaçaient la frange et les cheveux châtain clair de Salomé. Oh non, les événements étranges continuaient. D’accord j’en avais rêvé, mais là, c’était trop. « Rassure-moi, c’est une perruque n’est-ce pas ? lui demandai-je d’une voix très enrouée. - Non, j’en mettais une pour le lycée, avoua-t-elle. - Pas que pour le lycée mais dès que tu sors d’ici, rectifia l’homme. » Je la regardai, éberluée. « Je crois qu’il est temps de t’expliquer, s’empressa-t-elle d’ajouter en jetant coup d’œil à l’individu qui approuva d’un signe de tête. » J’essayai de m’asseoir, prenant le mur comme dossier. Mais voyant que je n’y arrivais pas, Salomé mit un bras sous le mien et me remonta. « Merci, soufflai-je en étant gênée de ne plus pouvoir faire cela moi-même. » Elle me sourit en retour. « Bien, dit l’inconnu. Je pense que le meilleur moyen serait que tu nous poses des questions... ce qui t’évitera possiblement d’être perdue dans notre narration, me proposa-t-il en soulignant le dernier mot d’un ton ironique. Alors vas-y, lance-toi, que veux-tu savoir ? me questionna-t-il le plus naturellement du monde. - Euh... Tout d’abord qui êtes-vous ? demandai-je d’un ton perplexe. - Je me nomme Miendjinï. » Mon cœur fit un bond, me rappelant que c’était l’homme que j’avais entendu crier au téléphone. Tiens, d’ailleurs, il fallait aussi que je me renseigne au sujet de cette histoire. « Je suis un Jycänn, continua-t-il en mettant les mains derrière son dos. Et j’ai exactement cent mille deux ans. Cependant, je n’ai intégré l’A.S. il y a seulement soixante-dix mille ans, étant donné que mon père en faisait partie et que surtout aucune nouvelle recrue n’était nécessaire. - D’accord, répondis-je, ne sachant plus quoi penser et hésitant à le prendre pour un fou. Dit-il la vérité ou est-ce moi qui perds la tête ? chuchotai-je à Salomé d’une voix trop basse pour qu’il puisse entendre. - Je ne vois pasen quoi cela aurait servi de te mentir, alors que je me suis déplacé exprès pour toi. J’ai horreur de perdre du temps, déclara Miendjinï. Au fait, compléta-t-il, un Jycänn a l’ouïe assez fine. - Oh... Euh... Je suis désolée mais avec tous ces événements je suis perdue là... Je... je crois que je deviens folle, répondis-je précipitamment. - Donc en fait, tu nous prends pour des hallucinations c’est ça ? répliqua-t-il, toujours aussi impassible. - Non ! m’exclamai-je. Non. Enfin... je n’en sais rien ! Je ne sais plus moi ! m’écriai-je, affolée. - Roxanne, Roxanne, m’appela Salomé en me prenant les joues dans ses mains. Calme-toi, me dit-elle doucement. - Et toi, tu vas me dire que tu ne t’appelles pas Salomé et que tu es membre de ce... cette « association » depuis dix ans, dis-je énervée. - Comment... - Tu m’as appelée sans le faire exprès cette nuit, la coupai-je. Avec qui parlais-tu ? la questionnai-je avec un semblant de colère. Et vous, pourquoi criiez-vous ? Que se passait-il ? Interrogeai-je, totalement désorientée. - Cela fait beaucoup de questions d’un coup, déclara Miendjinï. - Il me semble que j’ai vécu assez de choses depuis mardi pour être capable d’entendre vos réponses !rétorquai-je. - Comme tu voudras. Cependant si je ne faisais que répondre à tes questions tu ne comprendrais rien, objecta-t-il. » La douleur m’insupportait de plus en plus et je commençais vraiment à perdre patience. J’allais répondre lorsque Salomé, prit la parole. « Je discutais avec MK, qui est une base de données informatiques sous forme humaine. Il y en a des centaines d’autres ici. On les appelle les Slaunta. Nous étions en mission pour neutraliser un Gnorlo. - Un gros monstre tout plein d’poils dégoutants, dit soudain un homme qui venait d’arriver. Ressemblant physiquement à un ours brun, hormis la tête qui est quasiment humaine, à laquelle deux épaisses veines comme des tuyaux, longent de part et d’autre la mâchoire. Son seul but est d’faire souffrir sa victime avant de... - Mettre fin à ses jours, l’interrompit froidement Miendjinï. Merci beaucoup MK pour ce petit récit très utile mais je pense que tu es attendu ailleurs en ce moment, lui jeta-t-il sèchement. » Euh... Alors là je ne savais vraiment plus quoi penser. Que signifiait toute cette histoire ??? Etait-elle véridique ? Ce serait incroyable ! Super mais incroyable ! J’adorais ce paradoxe et je me sentis encore plus folle. La magie, les monstres et toutes les autres légendes existaient réellement ???! Stop stop stop. Je devais me concentrer sur la scène présente. Je ne voyais toujours pas ce fameux MK, mais sa voix m’était plus que familière même si je ne parvenais pas à trouver à quel homme elle appartenait. Ce qui m’irrita un peu. « Ben au moins elle saura c’que c’est quand elle en verra un. Et qu’il faut de préférence s’enfuir lorsqu’on s’retrouve en sa présence, rétorqua MK. - Oui en général les rares humains qui ont eu la malchance de se retrouver à côté n’ont pas eu la fabuleuse idée de lui serrer la patte, mais je ne comprends vraiment pas pourquoi, railla Miendjinï, moqueur. » MK ne répondit rien et ce fut le silence pendant quelques secondes. J’eus l’impression d’assister à un film de science-fiction où deux personnages complètement imaginaires se disputaient pour une histoire de... Gnorlo, et d’être la spectatrice qui ne comprenait rien à ce qui se déroulait sous ses yeux. Il ne manquait plus que du pop-corn. Je me retins de sourire. La situation était tout de même très tendue entre ces deux-là. J’ignorais évidemment pourquoi ils se haïssaient tant. « Trois personnes à ton chevet... Ça t’en fait du monde pour une première fois, reprit finalement MK, d’un ton posé. » Je déglutis. Une première fois ? Ah parce qu’il y en aurait d’autres ??! « Je pense qu’elle sait compter, répliqua avidement Miendjinï. Mais montre-toi donc, elle ne te voit pas de là ! lâcha-t-il en le tirant violemment devant, le laissant à découvert. » Et ce fut avec surprise que je vis... Mika !!! Le nouveau de la classe ! « Miendji arrête ça ! supplia Salomé. » Les deux hommes s’affrontèrent du regard, Mika prêt à se battre et Miendjinï d’un profond dégoût. « D’accord, dit finalement ce dernier, à contrecœur. Quand tu auras fini, j’aimerais te voir pour une conversation... privée, annonça-t-il à MK d’un ton inquiétant avant de partir. » Je ne perçus pas le bruit de la porte qui s’ouvrait et se refermait, comme lorsque MK était rentré. Mais je n’y prêtai pas plus attention comme cela devenait normal, attendant que quelqu’un reprenne la conversation. « Bon ben... reprit MK, je vais faire vite alors. Mon vrai prénom c’est MK, comme tu as déjà pu le r’marquer. Je ne suis constitué que de « particules » mathématiques. » Je l’observai sans ciller des yeux. J’essayai d’assimiler et d’admettre ce qu’il me disait. « Je sais, c’est difficile à imaginer et le mieux c’est que j’te montre... mais une autre fois, ajouta-t-il en croisant le regard de Salomé. J’moccupe principalement de..., il sourit avant de poursuivre, la sécurité de l’A.S. C’est-à-dire par exemple euh... l’alerte qui a sonné quand tu es rentrée ou bien... tout ce qui concerne les armes... » Des armes ???! Oh mon Dieu ! Mais où étais-je tombée ?! « ...les différents « moyens de transport », dit-il en souriant à nouveau, et encore plein d’autres choses que tu verras au fil du temps, m’assura-t-il. - Au fil du temps ?! Qu’est-ce que... qu’est-ce que cela signifie ? demandai-je, inquiète. Que je... - Fais partie de l’A.S, me coupa Salomé. - Quoi ?! m’exclamai-je, incrédule. Mais je ne sais même pas ce qu’est exactement l’A.S. ! - L’A.S, ou Association Secrète, protège principalement les humains des créatures qui viennent d’un autre monde, récita Salomé. - Ah... Parce qu’il y a plusieurs autres mondes maintenant ? lui demandai-je, perdue. » Elle hocha la tête et me sourit. Cela me rassura. Et puis d’ailleurs, venant d’elle, il me semblait à présent impossible que toute cette histoire soit fausse. Jamais elle ne me mentirait à ce point-là. « En réalité, on fait surtout en sorte qu’ils sachent pas que tout ça existe, parce que c’est la seule espèce qui ne nous connaisse pas. Et si jamais, comme à notre précédente mission, un humain se fait attaquer par un être d’un autre univers mais en ressort vivant, eh bien... On lui fait oublier ces événements en lui en incluant d’autres, expliquant les blessures qu’il aurait pu avoir, grâce à une machine que j’ai spécialement conçue, m’expliqua MK, fier. Mais t’en fais pas ils sentent rien, me certifia-t-il ne sachant surement pas trop quoi penser de mon expression. - J’ai peur que Miendji ne commence à s’impatienter, l’avertit-elle. Mais merci d’être venu MK, lui dit Salomé, sincère. - Il n’y a pas d’quoi, répondit-il en souriant. A plus ! » Il me fit un clin d’œil puis quitta la chambre, nous laissant seules Salomé et moi.
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