Chapitre 12
Leïla ou Salomé ?Un long silence s’ensuivit. Et ne sachant pas par où commencer, je me jetai à l’eau :
« Alors si j’ai bien compris, nous ne sommes pas les seuls ?
- Nous ? répéta Salomé qui ne comprit pas.
- Eh bien oui, nous les humains. »
Elle sembla gênée sur le moment mais reprit :
« Tu sais... Oh comment te le dire ?! soupira-t-elle. »
Elle cherchait ses mots.
« Quoi ? demandai-je, m’attendant au pire.
- Hum... En fait... Aucun membre de l’A.S. n’est humain, lâcha-t-elle d’un coup.
- Attends..., il fallait que je me ressaisisse, tu n’es pas en train d’essayer de me dire que tu n’es pas humaine... et moi non plus ?!
- Tu n’aurais jamais pu rentrer dans le quartier général de l’A.S. si cela avait été le contraire. »
Elle prit ma main gauche d’emblée. Je la laissai faire, déconcertée.
« Regarde, m’ordonna-t-elle en faisant de petits cercles dans ma paume avec son pouce. Est-ce que tu sens ? »
Au début je ne comprenais pas. Evidemment que je sentais ce qu’elle me faisait !
Mais je m’aperçus que peu à peu, ma main me brûlait. De ce fait je la retirai aussitôt de celle de Salomé.
Nous nous regardâmes.
« J’espère que cela ne t’a pas fait trop mal quand cette chose s’est implantée dans ta main, me dit-elle.
- Tu parles, je m’en suis évanouie ! m’exclamai-je.
- Je me rappelle que moi aussi. J’avais six ans.
- Comment as-tu pu intégrer l’A.S. à seulement six ans ?? Il n’y a pas un âge minimum pour cela ?
- Je n’en sais rien, m’avoua-t-elle.
- Et au fait si je n’étais pas, comme tu le prétends, humaine, alors que serais-je ?
- Mais tu n’ES PAS humaine ! C’est une réalité ! s’exaspéra-t-elle. »
Je fis non de la tête.
« C’est impossible, murmurai-je. Cela voudrait dire que ma famille... »
Je m’arrêtai de parler. Je ne voulais pas le croire.
« Oui. Tu as dû être adoptée quand tu étais bébé. Si tu n’es pas humaine tes parents ne le sont pas non plus. Hors là, il se trouve qu’ils le soient...
Est-ce que tes parents biologiques sont des sortes de mutants ? Viennent-ils d’un autre monde ? Pour l’instant nous ne pouvons pas le savoir. Mais c’est quelque chose qui tient beaucoup à cœur aux membres de l’A.S. Connaître les origines de chaque agent est normalement indispensable pour qu’ils puissent l’intégrer. »
Elle me sourit.
« Tu es une exception. Comme moi. La seule différence entre nous c’est qu’un jour, les parents qui m’avaient recueillie moururent dans un accident de voiture. Ils allaient signaler ma disparition au poste de police. C’était le jour où je venais d’entrer dans l’A.S, par la même porte que toi d’ailleurs, me sourit-elle sans joie. Quand je suis rentrée dans ce couloir blanc, j’ai marché droit devant moi. Et j’ai eu la chance de me retrouver devant Miendjinï et MK qui passaient par là, pour justement essayer son nouveau système d’anti-intrusion. »
Je l’écoutai attentivement. Des larmes coulèrent doucement. Je lui plaçai une mèche derrière l’oreille et lui caressai le bras.
« Je me souviens quand Miendji m’a porté dans ses bras et qu’il m’a demandé si gentiment :
« Eh bien, d’où viens-tu toi ?
Je lui montrai alors du doigt où se tenait la porte, mais elle avait disparu.
Et ensuite, voilà, je devins l’une des leurs. Miendjinï m’entraîna beaucoup, tous les jours. Il partait quelque fois avec MK, Dïmun, Quientnïnn, Chlousmou et Shaïlma mais je n’avais pas le droit de les accompagner.
Je savais qu’ils allaient se battre contre des créatures épouvantables. Et pourtant un matin, je devais avoir douze ans, alors qu’il devait partir tous les six, Miendji m’a annoncé :
« Allez viens, tu es une pro maintenant. Nous allons voir ce que tu vaux sur le vrai terrain. »
Et j’y suis allée !
Mais une fois arrivée sur place, je vis le « monstre » à neutraliser et une peur comme je n’en n’avais jamais ressenti me submergea. Il me fixait avec ses horribles yeux jaunes et ne me quitta pas une seule seconde jusqu’à ce qu’enfin, Quientnïnn lui lance un bout de branche dans l’œil. Profitant de la diversion, je courus me réfugier derrière un reste de voiture brûlée. J’attendis quelques minutes, terrorisée, mais je me rappelai que j’avais été formée pour le combattre et que j’étais là pour ça. Alors je me relevai lentement. Et je dus faire face à une scène effroyable.
A vingt mètres de moi, l’horrible bête tenait fermement Miendjinï dans sa « main » et approchait dangereusement sa gueule vers lui lorsqu’il m’implora en hurlant :
« Leïla !! AIDE-MOI ! »
Paniquée je regardai autour de moi mais ne vis pas les autres. Où étaient-ils donc tous passés ?! Je ne m’attardai pas plus sur cette question et courus vers Miendji et la chose.
Je m’arrêtai à une petite distance d’eux, plus tétanisée que jamais. Le monstre de cinq mètres de haut resserra son étreinte et Miendjinï me supplia du regard. Je parvins tout juste à l’entendre prononcer mon prénom avant de hurler de douleur car cet animal méprisant le comprima tellement fort que je perçus le bruit de ses os craquer !
Alors je pris une pierre et la lançai sur cette horrible bête. Mais elle n’en fit rien, resserrant encore sa prise ! Cette fois, je ramassai un long bout de verre tranchant, m’entaillant moi-même en le prenant dans ma main, et courus en criant de toutes mes forces, espérant retenir son attention avant ce que je voulais lui faire. Mais elle m’ignora et se mit à grogner en montrant ses horribles grandes dents jaunes et plates, d’au moins vingt centimètres de long, à Miendji. Cela n’interrompit pas ma course pour autant et j’atterris aux « pieds » monstrueux et sales de cette chose.
J’abattis en hurlant le morceau de verre dans sa patte, à un endroit où la peau me semblait fine. Le monstre rugit de douleur et lâcha Miendjinï qui tomba juste à côté de moi, complétement déformé à cause de ses os brisés.
Je pleurai en le voyant ainsi, il devait tellement souffrir...
Mais à ma grande surprise, il se releva d’un bloc, frissonna et je vis tous ses os se replacer au bon endroit. Ebahie, je ne bougeai plus et le regardai avec des yeux ronds, à la fois soulagée et effrayée. Tandis que la bête commençait à se remettre de ses émotions, Miendji me saisit par le bras et nous courûmes loin d’elle.
Mais elle fut plus rapide que nous et commença à nous poursuivre en courant elle aussi. Chacun de ses pas faisaient d’horribles secousses et ce monstre nous rattrapait ! Quand il fut à notre hauteur il m’empoigna violemment avant de trébucher sur je ne sus quoi, ce qui lui fit lâcher prise, m’éjectant. Sous la force du lancé, ma tête brisa les restes d’une fenêtre d’une voiture, qui était à cheval sur une grille en fer, mon ventre s’empalant dedans !
Je restais consciente mais je n’entendais plus rien. J’avais l’impression de ne même plus ressentir la douleur tant elle était forte. Il me semblait apercevoir des vaisseaux qui volaient et tiraient des boules de feu sur le monstre. Mais ce que je vis surtout, c’était Miendjinï, accourant vers moi, qui était à environ dix mètres de la voiture.
Puis soudain, il était juste à côté de moi, comme s’il avait pu parcourir ce chemin en à peine une seconde. Il me criait quelque chose que je ne pouvais saisir, puis peu à peu, je ne vis plus rien du tout, sombrant dans le coma. »
Je la regardai, complétement sidérée. Je ne la reconnaissais pas. La personne qui se tenait devant moi n’était pas Salomé. Et je n’arrivais pas à me remettre de tout cela !! Etais-je en train de rêver ??! Ou de cauchemarder ?!
« J’ai appris que je m’étais réveillée deux jours plus tard, reprit-elle en voyant mon expression. Heureusement, nous avons un infirmier qui fait des miracles ici. C’est le meilleur de tous les mondes intergalactiques, m’assura-t-elle. »
Mondes intergalactiques...
« Mais... mais ensuite, que s’est-il passé ? Demandai-je, ne voulant pas laisser apercevoir mon trouble tant au niveau de son récit que de l’histoire extraordinaire qui m’arrivait.
- Eh bien... la première chose que j’ai essayé de faire a été de me lever, me dit-elle en rigolant. Evidemment je n’ai pas réussi. J’allais toucher le sol lorsque Miendjinï m’a rattrapée de justesse. Et puis, quand je l’ai regardé dans les yeux, c’était comme si on rajoutait quelque chose à mon âme... »
Elle se tut, émue. Je compris. Mais cela me faisait quelque chose d’étrange.
« Et depuis ce jour-là vous ne vous êtes jamais quittés, terminai-je. »
Elle sourit.
« Quand même... cela fait quatre ans que tu n’es plus célib’ et que tu ne me l’as même pas dit, plaisantai-je en essayant de me convaincre moi-même que Salomé était avec un homme de plus de cent mille ans.
- Je ne pouvais pas. Et puis tu sais... je crois que ça fait plus de quatre ans, m’avoua-t-elle, sauf que nous ne nous en étions jamais aperçus.
- Ok. Mais tu pouvais au moins me dire que tu sortais avec un mec, sans forcément me révéler de qui il s’agissait.
- Ouais, et je t’aurais déclaré :
« Tu sais Roxie, je sors avec un bel inconnu depuis plus de quatre ans. De quoi ? Ah oui oui c’est ça quand j’en avais moins de douze. Le seul problème c’est que je ne peux pas te dire qui il est, c’est d’un secret inter-universéral. »
Autant laisser tomber, tu m’aurais prise pour une grosse folle, ajouta Salomé.
- Oui ! m’exclamai-je avant de rire. »
Elle rit aussi. En fin de compte, c’était bien cette amie depuis toujours qui se tenait devant moi, et rien ne pourrait la changer. Même pas l’A.S.
Mais je demandai quand même :
« Au fait, comment dois-je t’appeler ? Leïla ou Salomé ?
- Oh tu sais... Leïla est mon vrai prénom mais... cela n’a pas d’importance. Choisis celui que tu veux.
- Tu resteras éternellement Salomé pour moi, lui déclarai-je. »
Elle me décocha un sourire et me fit un bisou sur le front.
« Tu sais que... tu es restée inconsciente pendant plus de dix heures ?
- Sérieux ?! m’exclamai-je, ahurie.
- Oui ! Et il est très tard, vingt-trois heures trente, m’annonça-t-elle, en m’aidant à me remettre allongée.
- Et que signifie cela ?
- Cela signifie : bonne nuit Roxie, déclara-telle avant d’éteindre la lumière.
- Bonne nuit... Salomé, lui chuchotai-je les yeux déjà fermés. »