Chapitre trois : une nouvelle étape

1100 Words
Noah Le téléphone sonne à peine une seconde avant que je me jette dessus, le cœur battant. Un numéro inconnu s’affiche, et bien que je sache au fond de moi de qui il s’agit, je n’ose pas encore me réjouir. Mon pouce hésite au-dessus de l’écran, comme si appuyer sur "répondre" risquait de tout compromettre. Je prends une inspiration et décroche finalement. — Noah Belair à l’appareil. Une pause, puis la voix posée et inflexible de « Hugo Moreau » envahit le silence. Même à travers un simple appel, il parvient à imposer cette présence qui m’a laissé perplexe la veille. — Bonjour, Monsieur Belair. Ici Hugo Moreau, de Westbridge & Goldstein. Nous avons décidé de vous offrir le poste de stagiaire. Vous commencerez demain à 8h30. Ne soyez pas en retard. Sa voix n’a pas une once de chaleur. C’est un simple énoncé de faits, net et sans appel. Je retiens une exclamation de joie, essayant de me composer un ton aussi professionnel que possible. — Merci beaucoup, Monsieur Moreau. Je serai là à 8h30 précises. — Bien, répond-il sans autre formalité avant de raccrocher. Je reste là, mon téléphone encore collé à mon oreille, luttant pour réprimer un sourire débordant de fierté. J’ai été pris ! Malgré l’entretien glacial, malgré ma nervosité, j’ai réussi. L’idée de travailler pour une entreprise aussi prestigieuse, même en tant que stagiaire, me remplit d’une excitation nouvelle. Mon premier pas dans le monde professionnel, et un vrai défi. Je me tourne vers le salon pour y trouver Jean-Baptiste, affalé sur le canapé en train de regarder un vieux film en noir et blanc. Quand il voit mon expression, il lève un sourcil moqueur. — Je suppose que ton visage rayonnant veut dire que t’as eu le stage ? Je hoche la tête, ne pouvant retenir un sourire. — Oui ! J’ai eu le poste, et je commence demain. 8h30. Tu te rends compte ? Westbridge & Goldstein ! Il fait mine de s’essuyer une larme imaginaire. — Mon petit Noah qui grandit… Bientôt, tu porteras des costumes hors de prix, tu boiras des cafés amers en faisant la tête et tu deviendras un homme d’affaires impitoyable. Quelle émotion ! Je ris et lui donne une tape amicale. — Très drôle, Jean-Baptiste. Mais c’est quand même énorme. C’est une opportunité, un vrai truc sérieux ! Il lève les mains en signe de paix, son regard bienveillant. — Je sais, je sais. Je suis fier de toi, vraiment. Mais tu me connais, j’ai besoin de casser un peu l’ambiance pour pas qu’on prenne tout ça trop au sérieux. Je soupire, amusé malgré moi. Jean-Baptiste a ce don de me rappeler que, peu importe la pression, l’humour et la légèreté sont essentiels. Il se lève finalement, un sourire sincère aux lèvres, et me serre dans ses bras avec une affection fraternelle. — Allez, il faut fêter ça, déclare-t-il en se dirigeant vers la cuisine. Ce n’est pas tous les jours qu’on entre dans l’élite, même si ce n’est que comme stagiaire. — Eh ! protesté-je en riant, alors qu’il sort deux bières du frigo. Stagiaire ou pas, ça compte ! Il éclate de rire, levant sa bouteille pour trinquer. — À Noah Belair, le stagiaire le plus prometteur de tout Westbridge & Goldstein. Et n’oublie pas : peu importe à quel point tu deviens important, tu resteras toujours mon acolyte préféré. Nous trinquons, riant et partageant des histoires de nos anciens petits boulots, de nos rêves, de nos peurs. La soirée est simple, sans prétention, exactement ce dont j’avais besoin. Célébrer cette étape avec Jean-Baptiste rend les choses plus réelles, plus humaines. Il a ce talent pour transformer chaque moment en souvenir précieux. La nuit est déjà bien avancée quand je retourne enfin dans ma chambre. Je m’effondre sur mon lit, un sourire encore accroché aux lèvres, mais mon esprit vagabonde vers un autre endroit. Je prends mon téléphone et ouvre « Essentia ». Mon cœur se serre un peu en voyant qu’Athanor est en ligne. Cette connexion avec lui, bien que récente, est déjà devenue quelque chose de précieux. Comme une échappatoire où je peux être moi, sans masques. Je prends une seconde avant de taper un message. VersLibre : Tu es là ? La réponse ne tarde pas. Athanor : Oui. Je ne pensais pas te revoir si vite. Je souris, les mots de Athanor résonnant comme un murmure dans l’obscurité. Nous entamons une conversation sans véritable direction, une suite de confidences anodines, de phrases jetées dans le vide mais qui résonnent étrangement juste. Je sens une familiarité dans ses mots, une honnêteté rare. VersLibre : La journée a été longue. Je viens d’avoir une nouvelle qui va changer pas mal de choses pour moi. Athanor : J’espère que c’est une bonne nouvelle. VersLibre : Oui. Je commence un nouveau travail demain. Un truc assez sérieux. Disons que ça me met un peu de pression, mais c’est aussi une opportunité incroyable. Je me surprends à vouloir lui dire plus, à lui confier mes doutes et mes espoirs, mais je me retiens. Les détails de mon quotidien, de mon lieu de travail, n’ont pas leur place ici. C’est ce qui rend nos échanges spéciaux : ce sont des fragments de nous, mais jamais le tout. Athanor : Un nouveau départ, alors. Les premiers jours sont toujours les plus intenses. Mais je suis sûr que tu t’en sortiras. Il y a dans ses mots une assurance apaisante, comme s’il savait déjà que tout irait bien. Je laisse mes doigts courir sur l’écran, hésitant à lui poser une question qui me brûle les lèvres. VersLibre : Et toi ? Que fais-tu dans la vie ? Une pause. Son silence, même virtuel, semble palpable. Finalement, sa réponse arrive. Athanor : Disons simplement que je dirige. C’est compliqué d’en dire plus sans en dire trop. Je me demande ce qu’il entend par là, mais je n’insiste pas. Le mystère fait partie de cette connexion, une distance qui me rassure autant qu’elle m’intrigue. Nous continuons d’échanger encore un moment, les mots se succédant avec une facilité surprenante. Avec lui, il n’y a pas besoin de tout expliquer, de se justifier. C’est une liberté nouvelle, un espace où je peux respirer sans craindre d’être jugé. Finalement, le sommeil commence à me gagner, mais une dernière pensée me traverse l’esprit. Demain, je commencerai un nouveau chapitre de ma vie professionnelle, entouré d’inconnus et de regards scrutateurs. Mais ici, dans l’anonymat d’Essentia, j’ai déjà trouvé quelqu’un avec qui je peux être moi-même. Et c’est peut-être ce qui me donne le plus de courage.
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