Aimer sans se perdre

295 Words
Elle a compris que le changement ne faisait pas toujours du bruit. Parfois, il s’installait en silence, dans la façon de se parler, dans les choix minuscules mais répétés. Elle a commencé à croire que son histoire n’était pas figée. Que même avec des blessures, elle avait le droit d’espérer autre chose, quelque chose de plus doux. Aïcha ne savait pas encore où elle allait. Mais elle savait désormais pourquoi elle avançait. Et pour la première fois depuis longtemps, elle marchait sans se juger. Aïcha se réveilla ce matin-là sans alarme. Ce n’était pas la fatigue qui l’avait quittée, mais quelque chose de plus étrange : le bruit constant de ses pensées avait baissé le volume. Elle resta allongée quelques minutes, les yeux ouverts, à écouter la maison respirer. Son enfant dormait encore. Le monde n’exigeait rien d’elle, pour une fois. Depuis quelques jours, elle parlait moins. Pas parce qu’elle allait mal, mais parce qu’elle observait. Les gens. Les promesses rapides. Les mots faciles. Elle avait compris une chose : tout ce qui arrive vite n’est pas forcément vrai. Aïcha n’était plus pressée d’être aimée. Elle voulait être respectée, choisie lentement, ou pas du tout. Dans l’après-midi, elle sortit prendre l’air. Le soleil était doux, presque timide. Elle marcha sans but précis, laissant ses pensées se poser une à une, comme des feuilles après la pluie. Elle se rappela la femme qu’elle avait été : celle qui acceptait trop, celle qui expliquait tout, celle qui croyait que le silence était un abandon. Aujourd’hui, le silence était devenu un choix. Le soir venu, assise près de la fenêtre, elle écrivit dans un vieux carnet : Je ne suis pas difficile. Je suis juste devenue consciente. Et pour la première fois depuis longtemps, elle sourit sans raison.
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