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Mia
Le samedi… Que dire de ce jour si ce n’est qu’il incarne à la fois l’amour et la haine que je ressens ? J’apprécie particulièrement ce jour de la semaine, car il évoque des souvenirs précieux. Ce samedi, je me retrouverai dans la maison des Collins, où je prêterai main-forte à ma mère, qui travaille là-bas en tant que femme de ménage. Cette perspective me remplit d’anticipation, car cela signifie que je pourrai croiser Liam, cet garçon à la beauté saisissante, à la sensualité indéniable et à la virilité impressionnante, un véritable idéal à mes yeux.
Cependant, ce jour est également empreint d’une mélancolie profonde. Il me rappelle, d’une manière troublante, que je le verrai aux côtés de Jenna, sa petite amie. Cette pensée me serre le cœur, car, malgré l’admiration que je ressens pour lui, une pointe de jalousie s’insinue en moi face à leur complicité. Chaque rencontre entre eux réveille en moi un mélange d’envie et de tristesse, comme si leur bonheur illuminait l’ombre de mes propres sentiments.
Il m’arrive parfois d’envier cette fille aux cheveux blonds soyeux, dont la beauté semble à la fois naturelle et désinvolte. Cependant, d’autres fois, je me questionne sur ce que ma vie aurait été si j’avais grandi dans l’opulence. Aurais-je développé cette arrogance et cette hauteur qui caractérisent tant de privilégiés, méprisant ceux qui n’ont pas eu ma chance ?
Ma mère, si dévouée, n’aurait pas eu l’opportunité de s’investir dans mon éducation, accaparée par les exigences d’un emploi dans une grande entreprise. Je prends conscience que la pauvreté, loin d’être une simple condition matérielle, façonne notre caractère. Elle nous rend sages et modestes, mais également vigilants et attentifs aux nuances de la vie. Cette réalité nous enseigne à apprécier les petites choses et à éviter de nous placer dans des situations cocasses, nous rappelant inlassablement l’importance de l’humilité et de l’empathie.
- Mia ? M’appelle ma mère, me tirant brusquement de mes pensées. « Dépêche-toi, il y aura une fête chez les Collins ce soir. M. Collins reçoit des invités de haut rang, et il m’a confié la responsabilité de superviser le personnel. C’est une occasion importante, et il est crucial que tout soit parfait.
Elle s’arrête un instant, son expression sérieuse traduisant l’importance de l'événement. « Les employés chargés de servir les boissons doivent tous porter une tenue en blanc et noir. L’apparence est primordiale, car elle doit refléter le standing de nos hôtes et l’élégance de la soirée. Alors, il faut que tu changes de tenue rapidement. »
Je lève mon pouce dans sa direction en signe d'approbation avant de me précipiter vers mon armoire. J’attrape rapidement mon uniforme de serveuse, soigneusement sélectionné par ma mère et moi-même. Elle m’avait informée une semaine à l’avance de cette soirée, insistant sur l’importance de bien paraître pour cet événement.
En me retournant vers elle, je lui montre la chemise blanche de mon uniforme, que je glisse avec soin dans ma jupe noire. Ce geste semble anodin, mais il symbolise toute la préparation et l’attention que nous avons mises dans cette tenue.
- Laisse-moi ajuster ce nœud pour toi, dit-elle avec un sourire bienveillant.
Elle s’approche de moi avec une grâce naturelle, ses mains délicates s’animant avec soin. Elle arrange les cols de ma chemise, chaque mouvement empreint d’une attention méticuleuse, comme si elle préparait une œuvre d’art. Puis, avec une précision presque chirurgicale, elle ajuste le nœud de ma cravate, s’assurant qu’il soit parfaitement symétrique. Je peux sentir la chaleur de sa présence, et une complicité silencieuse s’installe entre nous, comme une bulle de confort dans laquelle nous sommes enfermées.
- Tu es parfaite maintenant ! s’exclame-t-elle, sa voix pleine de fierté, un sourire éclatant illuminant son visage.
Je lui souris en retour, un mélange de gratitude et d’admiration dans le regard. Son soutien et son attention me touchent profondément, me rappelant à quel point elle est précieuse dans ma vie.
- Pas aussi parfaite que toi, rétorquai-je avec un clin d'œil, consciente de l’élégance naturelle qui émane d’elle.
- Petite flatteuse, allez viens, dit-elle en riant, son enthousiasme contagieux. Il ne faudrait pas que ton frère nous trouve ici et nous ralentisse !
Je ne peux m’empêcher d’éclater de rire, son énergie me gagnant. Je saisis son bras qu’elle m’offre, et ensemble, nous sortons de ma chambre. La lumière inonde le couloir, et nous descendons les escaliers en chuchotant, comme si nous étions des complices d’un secret.
Nous nous retrouvons rapidement dans la rue, où l’air frais nous enveloppe. L’odeur des fleurs et des pâtisseries fraîches des boulangeries voisines emplit nos narines, tandis que nous tentons d’arrêter un taxi. Les voitures passent, certaines klaxonnent, mais notre impatience ne fait qu’augmenter.
Finalement, un taxi s’arrête, et nous montons à l’arrière, le moteur ronronnant comme un chat satisfait. La ville défile à travers la vitre, les bâtiments se succédant à toute vitesse, chacun avec son histoire à raconter.
Il est 17h15 lorsque ma mère et moi arrivons enfin devant la propriété des Collins. La maison, majestueuse avec ses murs en pierre et ses fenêtres ornées de volets en bois, se dresse devant nous, imposante et intimidante. Ma mère appuie sur la sonnette, le son résonnant comme un écho dans l’air calme.
Le portail métallique s’ouvre lentement, révélant un jardin soigneusement entretenu, où des fleurs colorées s’épanouissent sous les rayons dorés du soleil. Mon cœur s’emballe, et je sens déjà le stress se propager dans mon ventre comme une vague. Je déglutis, essayant de calmer mes nerfs, mais l’angoisse refuse de me quitter. Malgré mes visites répétées, cette maison m’a toujours semblé intimidante, telle un géant bienveillant mais redoutable, gardien de secrets et d’histoires anciennes.
- Allez, chérie, un peu de courage ! lâche-t-elle, sa voix douce mais ferme, en me donnant une petite tape réconfortante dans le dos. Nous sommes ici pour travailler , pas pour stresser.
Je hoche la tête, me forçant à sourire. Puis, calmement, nous nous engageons dans le jardin, nos pas résonnant sur le chemin de gravier, marchant en direction de la porte d’entrée.
Lorsque je frappe trois coups discrets à la porte, celle-ci s’ouvre avec une élégance presque théâtrale. Oskar, le majordome au visage impassible mais aux yeux pétillants, se tient là, un sourire chaleureux illuminant son visage.
- Bienvenue, mesdames ! s'exclame-t-il avec une verve qui contraste avec sa posture rigide. Vous arrivez à point nommé, Margarita. Sa voix, posée et empreinte de professionnalisme, résonne dans l'entrée. Tout est déjà prêt pour la réception. Il ne manque plus qu’une serveuse. Je suppose que Mia sera la pièce manquante dont nous avons besoin, ajoute-t-il en se tournant vers moi, un sourire bienveillant scotché aux lèvres.
- Merci, Oskar. Oui, Mia compte bien nous aider. J’espère que nous n’avons pas trop tardé, répond ma mère, son sourire se mêlant à une légère inquiétude.
- Ne vous inquiétez pas, dit-il en ajustant sa cravate d’un geste précis, comme s’il préparait une pièce de théâtre. Vous êtes pile à l’heure. Allez, venez, ne restons pas sur le pas de la porte à discuter.
Il s’écarte gracieusement de l’entrée de la maison, et, dans un élan de complicité, maman et moi franchissons le seuil de cette magnifique demeure. Je ne peux m’empêcher de penser que les Collins doivent toujours faire de beaux rêves lorsqu’ils dorment. Après tout, comment pourrait-on faire des cauchemars en vivant dans une telle maison ? À moins que les fantômes des vieilles aristocrates ne viennent leur rendre visite...
- Que je ne te prenne pas à épier Mia, me lance discrètement ma mère, le regard espiègle alors que nous suivons les pas d’Oskar. Je suis sérieuse, chérie, concentre-toi sur ce pourquoi nous sommes ici.
- D-D’accord, maman, je réponds, feignant l’innocence. Je n’avais pas l’intention de faire ça de toute façon.
Nous avançons dans le hall, où les murs ornés de portraits de famille semblent nous observer, comme s'ils étaient des juges silencieux de notre style vestimentaire. L’atmosphère est à la fois chaleureuse et un peu intimidante, comme si chaque pièce avait une histoire à raconter, et je suis presque certaine que ces histoires impliquent des secrets de famille croustillants.
Lorsque nous arrivons dans la grande salle où aura lieu la soirée, je constate qu'Oskar avait bien raison : ce soir, la terrasse est décorée de manière tellement raffinée qu'on pourrait penser qu'un concours de décoration a eu lieu ici. Entre la piste de danse, qui semble avoir été conçue pour accueillir les meilleurs mouvements de danse (ou les plus risibles), et la table buffet soigneusement dressée, on se croirait presque dans un magazine de mode culinaire !
Les lustres, scintillants comme des étoiles tombées du ciel, éclairent la pièce de manière enchanteresse, et je ne peux m'empêcher de me demander si des fées ont été engagées pour le service. Je suis tellement émerveillée que je me sens comme une enfant dans un magasin de bonbons, ne sachant plus où donner de la tête.
Maman jette un coup d'œil à l’heure sur son portable avant de relever la tête vers moi, l’air déterminé. Elle scrute la salle comme une chef d’orchestre à la recherche de ses musiciens, cherchant toutes les serveuses qu’elle-même a engagées pour cette soirée sur l’ordre de M. Collins, un homme dont le nom évoque autant le respect que la peur.
- Dieu soit loué, elles sont toutes là ! Reste là, chérie. Je reviens, je dois aller leur donner les directives pour cette soirée. Il faut que tout soit parfait et impeccable, sinon je vais devoir leur expliquer la différence entre un cocktail et un cocktail molotov.
Les femmes à qui ma mère va parler sont toutes habillées pour l’occasion. Elles portent leurs uniformes de serveuse comme si elles allaient à un bal de promo, mais je me demande si quelqu’un leur a dit que ce n’était pas un concours de beauté. Il y en a même une qui a décidé de boutonner sa chemise jusqu’au dernier, comme si elle se préparait à un interrogatoire. Je me demande : est-ce le col de sa chemise qui est trop étroit ou son cou qui a décidé de s’inscrire à la salle de musculation ? Si elle respire encore, je lui demanderai si elle a besoin d’un respirateur ou d’une paire de ciseaux.
Ce qui est génial dans ce genre de soirée, c’est que tu ne t’ennuies jamais. Moi qui adore critiquer, je suis servie ! C’est comme une chasse au trésor, mais au lieu de découvrir de l’or, je déniche des perles de ridicule. Chaque faux pas est une occasion de rire, et je me sens comme un juge de talent dans un concours de comédie.
Je balaie la salle du regard, cherchant ma nouvelle proie à critiquer, mais Oskar, pose une main sur mon épaule, me tirant de mes pensées.
- Tu peux aller à la piscine donner ça à Monsieur Collins de ma part ? Ta mère et moi devons superviser les nouveaux employés. Si on les laisse seuls, ils risquent de penser que « service » signifie « service à la clientèle, mais pas à nous ».
- D’accord, je vais faire ça.
J’attrape la bouteille qu’il me tend et manque de faire une crise cardiaque lorsque je réalise que c’est une Macallan Fine & Rare Collection 1926, une boisson si chère qu’elle pourrait financer les études de mon futur enfant. Des pensées obscures me traversent l’esprit. Imagine, je la fais tomber et, au lieu de l’excuser comme un simple accident, on nous demande de rembourser maman et moi. Je vois déjà la scène : Maman, avec son air de reproche, tandis que moi, je tente de justifier cette catastrophe avec un « Mais je voulais juste voir si elle avait le goût de l’or ! »