Mia
Dandinant nerveusement dans ma chambre, je regarde par la fenêtre. La nuit est enveloppée d'une obscurité profonde, et la pluie fait rage, tambourinant sur les vitres avec une intensité presque hypnotique. Les éclairs zèbrent le ciel, illuminant brièvement la pièce d'une lumière blafarde. Les bruits assourdissants du tonnerre grondent, résonnant comme un rugissement lointain, me faisant pousser des cris de frayeur, un écho de ma terreur intérieure.
Chaque fois qu’un énième coup de tonnerre retentit dans le ciel, une vague de panique m'envahit. Je cours me réfugier dans mon lit, mes jambes tremblantes me portant à peine. J’enfonce ma tête sous les couvertures, le tissu doux et réconfortant m'enveloppant comme un cocon, mais la terreur s'accroche à moi, serrant mon cœur dans un étau.
Soudain, la porte de ma chambre grince, un son familier qui attire mon attention. Je lève les yeux, et je vois Noah, mon grand frère, se tenant dans l’encadrement de la porte. Sa silhouette est à peine visible dans l’obscurité, mais je peux distinguer son regard rassurant. Il ne tarde pas à se glisser dans le lit, ses bras forts et protecteurs m’enveloppant dans une étreinte chaleureuse. Je sens la tension dans mes muscles se relâcher un peu, grâce à sa présence réconfortante.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une peur terrifiante des orages. Je me souviens des nuits où je restais éveillée, le cœur battant, écoutant les grondements au loin. Je ne sais pas à quoi cela est dû, d’ailleurs. Peut-être est-ce une peur irrationnelle ancrée en moi depuis l’enfance, mais il m’arrive parfois de pousser des cris de panique à cause de ça, comme si ma voix pouvait chasser les nuages menaçants.
- Chut, murmure doucement mon aîné en me caressant le front, sa voix apaisante résonnant dans la chambre. Je suis là. Ça va aller.
Ses mots sont comme une mélodie douce, et je me laisse bercer par cette promesse de sécurité. La porte de ma chambre s’ouvre à nouveau, et cette fois, c’est maman qui vient nous rejoindre. Sa présence est lumineuse, presque comme un rayon de soleil dans cette nuit orageuse. Elle s’assoit sur le rebord du lit, ses yeux pleins de tendresse se posant sur moi. Elle commence à me caresser les cheveux, un geste réconfortant qui me rappelle les jours calmes et ensoleillés.
- Ça va, chérie ? demande-t-elle avec une voix douce, pleine de sollicitude.
- O-oui, mentis-je, ma voix tremblant légèrement. Ça peut aller.
Elle rit doucement, un sourire chaleureux illuminant son visage, avant de m’embrasser tendrement le front.
- Ne mens pas, dit-elle avec une douceur empreinte d’inquiétude. Ça se lit dans tes yeux que tu ne vas pas bien.
Un soupir échappe à ses lèvres, chargé de préoccupations non dites :
- Je dois retourner chez les Collins. Malheureusement, on ne se verra pas avant mercredi. Monsieur Johnson, l’oncle du fils de monsieur Collins, est venu ; il ne repart pas avant mercredi. Alors, je serai obligée de rester travailler là-bas sur place.
Je déglutis, une boule d’angoisse se formant dans ma gorge. Elle vient de me rappeler ce qui s’est passé dans le réfectoire, un souvenir qui me hante. Chase m’a clairement demandé de venir, mais l’idée de le retrouver me fait frémir.
Je ne veux pas y aller. Chaque fibre de mon être résiste à cette idée. L’idée de le voir, de devoir faire face à ses attentes, me terrifie. Mais et si je ne partais et que dans un moment de colère , il parlait de la lettre à Liam?
J’aime Liam, et bien que je sache que je ne pourrai jamais l’avoir, l'idée de le voir me rejeter me paralyse.
- Je peux y aller avec toi ? Je dois… parler de quelques choses avec le fils de monsieur Collins. Chase m’a demandé lui-même de venir. Je pourrais y aller et revenir le même jour.
Maman regarde l’heure sur son portable, puis son regard se perd sur la fenêtre de ma chambre :
- Il est presque vingt heures, le temps est mauvais. Tu ne risques pas de faire une crise de panique, rassure-moi ?
- Non, je te promets.
- Tu es sûre de vouloir y aller ? me quémande mon frère l’air inquiet.
- Oui, j’en suis certaine.
- D’accord, répond finalement ma mère, enfile ton blouson et prends ton parapluie. Je te ferai signe lorsque j’aurai arrêté un taxi, comme ça tu pourras venir.
[…]
Lorsque nous franchissons le seuil de la maison des Collins, ma mère, d’un geste protecteur, pose une main douce mais ferme sur mon épaule et articule doucement :
- Reste tranquille et ne sois pas indiscrète, d’accord, chérie ?
Je lui réponds, tentant de masquer mon anxiété :
- Ne t’inquiète pas, maman, je repartirai rapidement lorsque j’aurai terminé.
Elle hoche la tête, ses yeux pleins de compréhension, puis nous nous séparons. Elle se dirige vers la cuisine, où les arômes de plats mijotés flottent dans l’air, tandis que moi, je prends le chemin de l’atelier.
Devant la porte de cet espace familier, un frisson d’hésitation m’envahit. Je me triture nerveusement les doigts, l’esprit assailli par des questions. Pourquoi suis-je ici, alors qu’il a pratiquement manqué de respect à mon ami ? Les pensées s’entrelacent dans ma tête, comme des fils emmêlés, et je m’efforce de les chasser.
Je frappe trois fois contre le bois dur de la porte, le son résonne dans le silence ambiant, mais aucune réponse ne me vient. Avec un mélange d’appréhension et de curiosité, j’ose tourner la poignée. Mon regard se pose immédiatement sur la silhouette familière de Chase, immobile devant la fenêtre de l’atelier.
À mesure que je m’approche, je remarque une cigarette fumante entre ses doigts, la fumée s’élevant lentement dans l’air. Son regard est rivé à l’extérieur, comme s’il scrutait quelque chose d’important, d’invisible pour moi.
- Tu as tardé.
Il me lance à peine un regard lorsqu’il s’éloigne de la fenêtre, me laissant seule, figée devant celle-ci.
- Je n’allais pas venir de base.
- Lorsque je t’ai demandé de venir, ce n’était pas une requête que je te faisais.
Je me tourne pour lui faire face :
- Pourquoi veux-tu que je pose nue pour toi ?
Il sourit légèrement, un sourire qui ne touche pas ses yeux.
- Je suis bloqué dans ma créativité. Pour surmonter ce blocage, j'ai besoin de m'immerger dans un processus créatif. Alors prend place sur le divan. Cette fois, met toi entièrement nue, car cela pourrait contribuer à libérer mon esprit et à favoriser mon inspiration.
- Je ne suis pas venue pour ça. La première fois, c’était une erreur.
Il place une toile en face de lui et s’assied sur un tabouret, son regard perçant me scrutant.
- Tu écris souvent ce genre de lettres ?
- Qu’est-ce que ça veut dire ? rétorquai-je, un mélange d’énervement et de frustration dans la voix. Si je ne pose pas nue pour toi, tu comptes parler de cette lettre à Liam ? Eh bien, vas-y, fais-le. Dis-lui que je suis amoureuse de lui, que parfois je m’imagine en train de faire des choses… obscènes avec lui. Qu’est-ce que ça changerait à ma vie ?
- Mais tout, répond-il, son ton devenant sérieux. Te faire rejeter comme une moins que rien par le gars dont tu es amoureuse serait ce qui pourrait t’arriver de pire.
Il prend une pause, retirant les bagues de ses doigts avec une lenteur calculée, avant de lever les yeux vers moi, un éclat sombre dans son regard.
- Tu n’es rien, tu n’as rien de spécial. Crois-moi, il te rejettera sans ménagement. Je t’épargne, en quelque sorte, une humiliation.
Je détourne le regard, une vague de honte m’envahit. Chase a ce talent sinistre de me faire sentir insignifiante, comme si ma présence n’était qu’un détail superflu dans son univers. Il manipule les gens avec une aisance déconcertante, et je sais que si je cède à ses exigences, il ne fera que renforcer son pouvoir sur moi.
Je retire mon blouson, le cœur battant, et enlève mon t-shirt, lui dévoilant mon soutien-gorge. Je sens son regard peser sur moi, lourd de condescendance, comme une ombre qui s’étend sur mon corps. Lorsque j’arrive à mon jean, nos regards se croisent, et je perçois dans ses yeux un mépris silencieux, un dédain qui me transperce.
Il hausse un sourcil, un sourire moqueur sur les lèvres :
- Tu as besoin de mon aide ?
Je lui montre mon majeur, un geste futile face à sa supériorité. Alors que je fais descendre la fermeture éclair de mon pantalon, je sens une humiliation sourde m’envahir, comme si chaque mouvement me rapprochait un peu plus de sa domination.
Je suis maintenant en sous-vêtements devant lui, vulnérable et exposée.
Mes joues s’empourprent, mais ce n’est pas la chaleur de l’embarras, c’est la brûlure de la honte :
- Tu ne pourrais pas le demander à l’une de tes copines ?
- Je n’ai pas de copine.
Sa voix est froide, presque désintéressée . C’est vrai… je ne l’ai jamais vu avec une fille. Même s’il avait une petite amie, personne ne le saurait. Chase est le genre de type qui se plaît dans l’ombre, à observer, à manipuler, sans jamais se dévoiler.
- Ok, retourne-toi.
Il tourne la tête avec insolence , et je m’empresse de retirer mes sous-vêtements, les enroulant dans mon blouson. Je me jette sur le divan, les yeux fermés, comme pour fuir son regard qui me scrute, m’évaluant, me jugeant.
- J’ai terminé, laissais-je échapper d’une voix tremblante, mais un souffle chaud m’atteint, et je sens mon corps se tendre sur le divan, pris au piège de cette situation.
Il place une mèche de cheveux derrière mon oreille avec une délicatesse feinte, comme s’il jouait avec mes émotions :
- Il va falloir que tu ouvres les yeux si tu veux que je te peigne.
Nos regards se croisent, et je vois dans ses yeux une lueur de satisfaction, comme s’il savourait ma souffrance. Je suis son jouet, une marionnette entre ses mains, et je déteste chaque seconde de cette humiliation.
Il s’éloigne, retrouvant le tabouret, et je reste là, paralysée par le dégoût que je ressens pour lui et pour moi-même.
Lorsqu’il se saisit de son pinceau, je laisse échapper d’une voix froide :
- C’est parce que nous ne venons pas du même milieu que tu te permets de me regarder avec condescendance ? À me forcer à faire toutes ces choses-là ?
Mon cœur bat plus vite, chaque mot résonnant comme un défi. Je sens son regard perçant, chargé de mépris, se poser sur moi. Il ne répond pas tout de suite, savourant peut-être ma colère.
- Il y a aussi de ça dedans, finit-il par dire, sa voix dénuée de chaleur. Mais la raison principale, c’est parce que je ne peux pas te blairer.