Mia
Mon regard est fixé sur le tableau blanc, taché de feutre, tandis que je peine à suivre le cours. Les mots du professeur semblent s’évanouir dans le vide, et ma concentration est constamment perturbée par la petite feuille qui roule entre mes doigts. Cette distraction m’empêche de me plonger dans l’enseignement.
La dernière fois, j’ai commis une erreur. J’avais une peur irrationnelle qu’il évoque la lettre destinée à Liam, ce qui m’a poussé à me dévoiler de manière inappropriée. Aujourd’hui, je refuse de me prêter à ce jeu. Je ne me mettrai pas à nu pour lui, et je suis déterminé à lui faire passer ce message clairement.
Je me demande alors : qu’est-ce qui pourrait être pire que d’être rejeté par Liam ? Rien, en réalité. Ce rejet me terrifie, mais il y a une certaine tranquillité dans l’incertitude qui entoure notre relation.
Cependant, je réalise que la situation est encore plus complexe. Je sais que je ne peux pas être avec lui, et bien que cela soit douloureux, tant que cette vérité demeure implicite, il subsiste une lueur d’espoir. Mais si jamais il se décide à l’exprimer clairement, cela serait un choc. Je crains que cette révélation ne m’empêche de trouver le sommeil pendant des semaines, et l’idée de sombrer dans une dépression me hante.
Alors que le professeur repose son feutre sur le bureau, un silence lourd s'installe dans la classe, bientôt rompu par le tintement strident de la cloche. La fin du cours marque une délivrance pour certains élèves qui se précipitent vers la sortie, comme des oiseaux en cage enfin libérés. Moi, je reste là, immobile, comme figée dans un tableau. Je prends mon temps, savourant chaque seconde, tandis que Malia, à mes côtés, affiche une impatience palpable, son regard tourné vers la porte.
Lorsque la salle se vide, laissant place à un vide pesant, je me permets de pousser un long soupir, cachant mon visage entre mes mains, comme si cela pouvait me protéger des regards curieux. Mon cœur est un tambour battant, résonnant dans ma poitrine, et je sens la chaleur de l’angoisse m’envahir.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Quémande mon ami, sa main se posant doucement sur mon épaule, une tentative de réconfort dans ce tourbillon d’émotions. Tu penses toujours à ce qui s’est passé avec ce bourgeois ?
Je lui tends le papier froissé, le cœur lourd. Elle le saisit avec une curiosité mêlée d’inquiétude, ses yeux scrutant chaque mot, chaque lettre, comme si elles pouvaient déchiffrer l’énigme de ma douleur. Lorsqu’elle relève la tête, ses sourcils se froncent, trahissant une inquiétude qui ne fait qu’amplifier mon malaise.
- C’est lui qui t’a laissé ça ??
Je hoche la tête, mais c’est une grave erreur. Mon ami se lève brusquement, le papier serré dans sa main, et se dirige d’un pas déterminé vers la sortie. Mon cœur se serre, un frisson d’angoisse me parcourt. Je me redresse d’un coup, mes pas se précipitant derrière elle, mais elle est déjà loin, emportée par une vague de colère, ayant emprunté la direction du réfectoire.
Lorsque je franchis le seuil du réfectoire, je tombe au moment précis où elle lance la petite feuille de papier, qu’elle a écrasée dans son poing, sur le torse de Chase, qui est assis tranquillement sur son banc. Il lève la tête, ne semblant pas surpris , et leurs regards se croisent, un échange silencieux avant qu’il ne se tourne vers moi, l’air calme.
- Tu lui as dit ? Laisse-t-il échapper doucement. Je réalise alors que nous avons attiré tous les regards, les murmures se taisant, laissant place à un silence pesant.
Le mot « non » est coincé au fond de ma gorge, mais je n’ai pas le temps de le prononcer. Malia, avec une intensité presque désespérée, me devance :
- Ne lui adresse plus jamais la parole, ne t’approche plus jamais d’elle !
Mais Chase ne semble pas prêter attention à Malia, son regard entièrement river sur moi.
- Tu lui as dit ? Quémande t-il à nouveau.
Le regard de Liam se pose sur moi, et je sens mes lèvres trembler. La honte, la frustration, et une profonde confusion se mélangent en moi, créant un tourbillon d’émotions.
- Je suis sérieuse, ne l’approche plus, ne-
Mais Chase l’interrompt, sa voix calme et posée, comme un baume sur une plaie ouverte :
- Calme-toi, poussin, on discute.
La facilité avec laquelle il a réussi à déstabiliser Malia me fige sur place. Mes poings se serrent, mes joues s’enflamment sous l’effet de l’humiliation, et j’ai une envie irrésistible de fuir cette situation, de disparaître dans l’ombre.
- Je t’ai poser une question.
Il m’intimide, je déteste ça .
- N-non, réussis-je à répondre, mon pied droit frappant nerveusement le sol, un rythme désespéré qui trahit mon anxiété.
Il lève les yeux vers Malia :
- Alors rappelle ton ami la conne. Je déjeune.
Mes sourcils se froncent, ma langue me démange, et je sens un élan de révolte monter en moi :
- Ce n’est pas une conne.
- C’est vrai, c’est toi la conne.
Il repose sa cuillère sur la table avec un bruit sec et se redresse, ses amis le suivant dans son geste avec une synchronisation troublante. Lorsqu’il passe à côté de moi pour s’en aller, il laisse échapper doucement, sur un ton de provocation :
- Tu vas passer chez moi, tu le sais, non ?