7. Le soleil, la lune et l’étoile du soir

892 Words
7. Le soleil, la lune et l’étoile du soirUne vieille veuve dit à ses trois filles : – Fifilles, je dois aller assister à un sacrifice et une fête au village où vit notre chef. Je serai absente pour deux ou trois jours. Durant mon absence, gardez bien portes et fenêtres fermées. Il y a un vieux tigre dans le voisinage, qui a envie de vous croquer depuis que vous étiez des bébés. La mère partie, les filles se mirent d’accord pour monter la garde de nuit chacune son tour. L’aînée devait prendre le premier tour de garde, et ainsi de suite. Deux ou trois jours avaient passé. La mère n’était pas revenue. Le tigre vint frapper à la porte, criant : – Mes filles, ouvrez la porte ! Je suis lasse du voyage, et je veux me coucher. L’aînée, qui était de garde, répondit : – Maman, avant d’ouvrir la porte, dis-moi pourquoi ta voix est si rocailleuse, rugueuse, enrouée, rauque et rogommeuse. – Ne pose pas de questions stupides, fifille ! Ignores-tu que lors des fêtes, on danse, on chante, jusqu’à ce que la gorge devienne toute sèche et enrouée? – Va-t-en ! Tu es le fameux tigre ! tu n’es pas maman ! Le tigre s’éloigna désappointé. Le lendemain, le tigre s’amena, frappa, en disant : – Mes filles, ouvrez la porte ! Je suis lasse du voyage, et je veux me coucher. La seconde fille, qui était de garde, répondit : – Maman, avant d’ouvrir la porte, dis-moi pourquoi ta voix est si rocailleuse, rugueuse, enrouée, rauque et rogommeuse. Le tigre répondit : – Ne pose pas de questions stupides, fifille ! Ignores-tu que lors des fêtes, on danse, on chante, jusqu’à ce que la gorge devienne toute sèche et enrouée ? – Cela me semble une bonne explication, remarqua la puînée, mais elle voulut une autre preuve : – Maman, passe donc ta main dans la fente de la porte, afin que je puisse la tâter. Le tigre passa sa patte. La fille la tâta, et s’écria : – Hoho ! ta main me semble bien rêche, et poilue, pas du tout comme la main de maman ! – Stupide fille ! rauqua le tigre. Durant la fête, le plancher de la maison du chef creva, car il y avait trop d’invités. J’ai dû travailler toute la nuit pour remplacer les planches cassées. – Haha ! rit la fille. Ce n’est que du bluff ! Va-t-en, vilain tigre ! Le tigre s’en alla tout penaud. Le troisième jour, le tigre rappliqua de nouveau. Cette fois, c’est la troisième fille qui était de garde. Le tigre frappa : – Mes filles, ouvrez la porte ! Je suis lasse du voyage, et je veux me coucher. La troisième fille, qui avait un naturel confiant, simple et bienveillant, répondit : – Oh, pauvre maman ! et ouvrit la porte. Voyant le tigre, elle hurla et monta les escaliers pour se réfugier auprès de ses sœurs. Les trois filles sautèrent par la fenêtre et grimpèrent sur le noyer du jardin. Le vieux tigre, voyant que les filles avaient fui, enroula une couverture autour de son corps et courut au noyer. – Fifilles, fifilles, je reviens juste de la fête. En entrant dans la maison, j’ai vu un vieux tigre errant dans la cuisine. Vieille et lasse comme je suis, je ne peux pas grimper à cet arbre. Hissez-moi donc en haut. La fille aînée comprit aussitôt que ce n’était pas sa mère, mais le tigre qui parlait ainsi. Elle répondit : – Nos mains ne sont pas assez longues pour vous atteindre, maman. Allez donc dans la cuisine prendre une cuvette pleine de shampooing. Apportez-la ici, renversez-la autour du tronc d’arbre. Ainsi, vous pourrez grimper plus aisément. En fait, ce shampooing était fabriqué avec l’huile d’une certaine plante, et était très glissant. Ayant oint le tronc d’arbre de ce liquide, le tigre tenta de grimper. Mais il glissait tout le temps lourdement. La seconde fille dit : – Oh, maman, je suis désolée à cause de ce shampooing ! Allez donc à la cuisine ! Apportez la jarre d’huile de cuisine, et oignez-en le tronc de l’arbre pour grimper plus facilement. Le tigre fit ce qu’on lui disait. Il tenta de grimper. Tomba avec un gros bruit par terre. La troisième fille, si simplette, dit : – Pauvre maman ! avez-vous mal ? Allez donc dans la cuisine, prenez la hache et faites des entailles qui seront des marches sur le tronc ! Le tigre apporta la hache, fit des entailles, et grimpa lentement au tronc du noyer. Les trois sœurs, épouvantées, grimpèrent toujours plus haut, de peur d’être rattrapées par le sinistre fauve. Elles atteignirent la cime de l’arbre, aperçurent le dieu de la pluie. Elles l’appelèrent pour qu’il les sauve des mâchoires du tigre. Le dieu de la pluie était occupé à tirer de l’eau de l’océan avec une corde et un seau, afin d’en faire ensuite de la pluie. Ayant vidé en hâte le seau d’eau, il le baissa jusqu’à la cime de l’arbre afin que les filles puissent y entrer. Le seau fut ensuite hissé jusqu’au ciel, où les sœurs se trouvèrent en sûreté. Le tigre atteignit enfin le sommet de l’arbre. Secouant ses griffes devant le dieu de la pluie, il protesta : – Tu prétends être un dieu juste. Tu répands la pluie sur les humains comme sur les animaux. Alors, tu dois aussi me hisser au ciel, comme tu as hissé les trois filles. Le dieu de la pluie n’avait pas d’autre choix que de baisser le seau pour hisser le tigre. Mais comme le tigre était très lourd, la corde rompit, le tigre tomba dans l’océan où il se noya. Voyant cela, les filles s’écrièrent : – Dieu de la pluie, tu nous as sauvées. Nous te servirons pour toujours. Ayant réfléchi, le dieu de la pluie transforma la fille aînée en soleil, la seconde en lune et la troisième en l’étoile du soir.
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