J’essaie d’adopter un ton serein.
- Samael, ça commence vraiment à faire cliché.
- Ne change pas de sujet. Je t’ai posé deux questions.
- Ecoute, ma journée a déjà mal commencé, et la dernière chose dont j’ai envie, c’est de me prendre la tête. Surtout pas avec toi. Et au lieu de me demander des comptes à moi, tu gagnerais mieux à t’adresser à ta petite amie. Je n’apprécie pas trop qu’une inconnue pénètre dans ma maison par effraction tard dans la nuit pour me menacer.
- Attend, quoi ? Mais quelle petite amie ? De qui tu me parles ? Il a l’air vraiment surpris.
- De Deborah Logan.
- Allons Aylidia. Tu es très intelligente. Tu sais très bien qu’il n’y a rien entre cette fille et moi. Deux fois en deux jours, je vais vraiment finir par y croire.
-Peut-être, mais ce n’est pas le plus important. Je suis dans une phase de ma vie où j’ai besoin de calme. Je préfèrerais donc qu’on s’arrête là tous les deux. Pour mon bien. Enfin, c’est ce que je veux croire.
- Et c’est Scratch qui t’apporte cette tranquillité je présume. Il ne m’a jamais parlé aussi froidement.
- Samae… Il me coupe.
-Très bien. Au revoir Mademoiselle Deblinn. Je vous vois samedi pour le bilan. Et il raccroche.
Je ne sais pas pourquoi, mais je commence déjà à regretter cette décision.
Le reste de ma journée se passe dans une humeur morose. Je suis à bout de nerfs, je m’énerve pour un rien, j’inverse les commandes, bref d’une humeur massacrante. Je suis tellement difficile à vivre que vendredi, mon équipe me renvoie chez moi une heure à peine après mon arrivée, et m’interdit de revenir samedi. Quelle ironie, mes employés me renvoient chez moi. Mais je les comprends. Je peux vraiment être détestable, surtout que mes cauchemars n’arrangent en rien ma situation…
Dimanche, je vais voir Biya au cimetière. Vu que je n’ai pas vraiment le temps, j’essaie d’y aller une fois par mois. Je passe le reste de la journée enfermée chez moi à écouter de la musique sad après avoir vu en couverture de magazine, Samael et sa chère Déborah. J’ai eu l’impression que c’était pour me narguer. Mais bon, le monde ne tourne pas autour de ma tête de mule.
Le lundi, pour mon premier jour à Callum Industrie, j’ai tenu à marquer le coup. J’ai choisi un ensemble tailleur blanc cassé avec un bustier en dentelle de la même couleur. Mes escarpins, tout comme mon sac à main et mon rouge à lèvre son d’un violet sombre. J’ai remonté mes chignons en un chignon haut et laissé quelques boucles pendre un peu partout. J’entre dans le bâtiment à 9h et descend mes lunettes de soleil sur mon nez pour adresser un salut à ma vielle Cindy. Comme je l’avais prévu, son regard lance des éclairs.
Vu que Samael est toujours en voyage d’affaire, c’est son bras droit Patrick qui m’escorte jusqu’à mon bureau. Le crâne rasé, la trentaine, je dirais un peu plus d’1m 85. Il respire la richesse, et l’arrogance, va savoir pourquoi. Le regard qu’il pose sur moi ne me plait pas, mais alors pas du tout. J’y ai déjà eu affaire et ça ne s’est jamais bien fini.
Quand j’arrive dans mon nouvel atelier, le personnel que j’ai engagé avec l’aide de Lili m’y attend. Patrick me propose de me faire visiter mon bureau, ce qui est plutôt bizarre, mais je réussis à esquiver en prétextant une réunion avec mon staff, ce qui n’est pas tout à fait faux. Après avoir mieux fait connaissance avec ma nouvelle équipe, je montre à tout le monde les croquis des vêtements des enfants. Il n’y aura pas d’uniforme. Je tiens à ce que chacun de ses enfants se sente unique, fier et heureux de son apparence. J’ai tenu à prendre avec moi, quelques jeunes de l’orphelinat qui aiment le stylisme pour leur donner l’opportunité de pratiquer. Vu qu’ils connaissent mieux les autres enfants, vu qu’ils les côtoient tous les jours, ils me donnent des petits détails qui feraient plaisir à chacun. On fait ensemble le planning des prises de mensurations, pour pouvoir commencer les patrons. Lorsque je les laisse pour enfin rejoindre mon bureau, l’atelier est aussi animé qu’une messe au moment de la quête.
Après avoir pris des nouvelles de Di-Shion, je me remets sur les croquis des enfants pour peaufiner les détails. Je ne réalise qu’il fait nuit que lorsque Jayden me demande si j’ai l’intention de dormir dans mon bureau. Attendez une seconde… Jayden ?!!?!!
- Jayden !!! Je lui saute dessus et manque de le faire tomber.
- Eh ! Doucement Chérie ! Je m’aggripe encore plus fort à lui. Son parfum me fait toujours autant de bien. Et bien sûr il rigole.
- Mais, qu’est-ce que tu fais là Baybe ?? Je dis lorsque je me détache à contrecœur de lui.
- C’est Lili qui m’a appelé. Apparemment, tu leur as mené la vie dure ces derniers jours, et ils s’inquiètent pour te nouveau staff. Il me dit d’un ton réprobateur en levant un sourcil. Je déteste quand il fait ça.
- Quelle traitresse ! C’est vrai que je n’ai pas été très agréable ces derniers jours. Mais de là à appeler du renfort…
- Eh oh on se calme Zango le dozo. La dernière fois que tu as été d’une humeur aussi massacrante, c’est lorsque la fille de la voisine pleurait toutes les nuits la mort de son rat. Je glousse
- Non mais qu’est-ce que c’était énervant. Comment on peut avoir un rat comme animal de compagnie ? Et pire, pleurer son décès. On rigole tous les deux.
- Ne change pas de sujet ma belle. Il me lance un regard entendu
- Bon d’accord, mais j’ai besoin d’un verre, ou deux, ou peut-être cinq… Il me coupe.
- Très bien. C’est moi qui invite !
Après deux tournées, ou trois, je raconte à J comment ça s’est fini avec Samael. Encore une fois, j’ai droit à un ton réprobateur.
- Si je comprends bien, tu passes du bon temps avec lui, une chose qui n’est pas arrivée depuis des luxes, sinon depuis jamais, j’acquiesce, il est libre, j’acquiesce, mais tu as besoin de… calme ? j’acquiesce. Non mais, c’est quoi ton problème ? Pourquoi les femmes sont-elles aussi compliquées ? Tu trouves enfin un vrai qui te fait grimper aux rideaux et toi tu l’envoie balader ? Je t’ai moi-même dit de faire attention, mais d‘après ce que je sais, votre relation te convient n’est-ce pas ? j’acquiesce encore une fois. Arrête de hocher la tête. J’ai l’impression d’être ton père.
On part dans un fou rire.
- Non mais plus sérieusement, c’est le premier homme qui arrive à susciter de l’intérêt chez toi. Arrête de réfléchir et profite ! j’acquiesce.
Lorsque je réalise ce que je viens de faire, on éclate de rire tous les deux. Le barman qui a dû suivre un peu notre conversation, ne peut s’empêcher de rigoler aussi. Il nous offre une tournée.
- Cadeau de la maison ! Il dit toujours en riant.
- Merci vieux ! On va trinquer Chérie ! A ta réconciliation et à la jouissance !
- J !! Je suis rouge comme une tomate.
- Ben quoi !! C’est important !
On rigole encore. Je sens que l’alcool va me permettre de bien dormir aujourd’hui. Vivement Samedi que je puisse parler avec Samael. S’il veut encore de moi…