Chapitre 1 : Le Vol de la Liberté (et des Regrets)
Ce livre est fictionnel. Tous noms, personnages, entreprises, lieux, événements et incidents sont un produit de l'imagination de l'auteur ou utilisés dans un cadre fictif. Toute ressemblance à des personnes réelles, vivantes ou mortes, ou à des événements réels est fortuite.
Droit d'auteur © 2025 Violet Crosby
Tous droits réservés.
Couverture: Violet Crosby
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Joshua "JC8" Campbell, star montante du football britannique, fuit l'ombre de sa célèbre famille pour Los Angeles et le L.A. Football Club. Là-bas, il croise Samantha Anderson, la discrète "princesse d'Hollywood" qui a désespérément troqué les tapis rouges pour une blouse médicale et l'anonymat. Leur rencontre à l'hôpital des enfants allume une flamme que Samantha s'évertue à éteindre, craignant le retour des projecteurs et la cruauté des médias. Tandis que les paparazzis s'emparent de leur histoire, Joshua fera tout pour conquérir le cœur de la jeune femme et la libérer de sa peur de la célébrité. Entre l'éclat des terrains et le secret des couloirs d'hôpital, l'amour peut-il survivre sous le feu des projecteurs ?
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violetcrosbyauteure.com
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Chapitre 1 : Le Vol de la Liberté (et des Regrets)
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Juin 2025
Le siège en première classe d’American Airlines était plus spacieux et infiniment mieux conçu que la moitié des appartements londoniens que j’avais loués ces dernières années. Ce n’était plus une simple assise, c’était un piège de luxe en cuir crème capitonné, baigné par les lueurs tamisées d’une cabine aux allures de salon privé flottant au-dessus de l’Atlantique. Tout ici avait été pensé pour anesthésier la conscience des passagers, pour leur faire oublier qu’ils n’étaient que des corps enfermés dans un tube de métal lancé à un tiers de la vitesse du son, suspendus à dix mille mètres au-dessus du néant.
Et le pire, c’est que ça marche.
Je m’enfonçai un peu plus dans le dossier, étirant mes longues jambes sous la couverture en cachemire léger. De l’autre côté du hublot, l’océan n’était qu’une immense toile d’encre noire, une faille temporelle de douze heures entre le chaos de mon passé et l’incertitude de mon avenir. Douze heures pour cesser d’être un produit de consommation et redevenir, peut-être, un être humain.
Le silence de la cabine me paraissait presque suspect, presque agressif. Depuis mes seize ans, mon existence ressemblait au cœur d’un stade de football après un but à la quatre-vingt-dixième minute : une cacophonie permanente d’analyses tactiques, de gros titres racoleurs, d’exigences managériales et de hurlements de supporters. Tout le monde, du Premier ministre au barman du coin, possédait une opinion tranchée sur la trajectoire que devait suivre Joshua Campbell. Mon père gérait ma carrière comme un empire militaire ; mes frères surveillaient mes statistiques comme des courtiers de Wall Street. Et là, subitement, il n’y avait plus rien. Juste le murmure blanc des réacteurs et le tintement cristallin des verres de la haute société.
C’est donc ça, le vide ? C’est presque effrayant tellement c’est bon.
Je fis tourner lentement le single malt au fond de mon verre, observant les reflets ambrés danser contre le cristal. C’était un flacon rare, offert par Thomas juste avant mon départ.
— «Pour ton grand exil chez les cow-boys,» avait-il lâché avec ce sourire en coin qui, chez lui, remplaçait les larmes ou les poings.
Un cadeau d’adieu ou une ultime flèche passive-agressive. Avec les Campbell, la frontière entre l’amour et la rancœur était toujours floue.
Pour le reste du monde, je n’étais pas un homme de vingt-cinq ans en crise existentielle. J’étais JC8. Le prodige d’Arsenal. L’héritier de la plus grande dynastie du football britannique. Le gamin programmé pour soulever la prochaine Coupe du monde avant d’être anobli par la Reine. Un plan de carrière parfait, dessiné par d’autres sur un tableau blanc, alors que je n’avais même pas encore de poils au menton. Chez nous, le football n’était pas un sport, c’était une théocratie. Mon père, Christopher Campbell, ancien capitaine légendaire de la sélection, en était le pape absolu. Mes frères en étaient les cardinaux. Ils respiraient le gazon, ils analysaient leurs repas en termes de macronutriments, ils dormaient avec des moniteurs de sommeil.
Moi, j’aimais le jeu. J’aimais la pureté d’une transversale de cinquante mètres qui retombe pile dans la course d’un ailier, le frisson électrique du cuir qui fait trembler les filets. Mais je refusais que ma vie se résume à une paire de crampons et un contrat de sponsoring pour des slips en coton biologique. J’aimais perdre mes après-midis dans la pénombre de la Tate Modern, lire de la poésie beat américaine et m’asseoir seul à la terrasse d’un café sans qu’un objectif de tabloïd ne soit braqué sur ma tasse. En Angleterre, cette sensibilité faisait de moi un excentrique. Chez les Campbell, c’était une anomalie génétique.
— « Tu réfléchis trop, Josh. Les poètes finissent sur la paille, les attaquants finissent sur un yacht, » me répétait inlassablement Thomas.
Le whisky me brûla agréablement la gorge, mais ne suffit pas à effacer le goût amer de notre dernière réunion de famille, trois jours plus tôt. Le souvenir de cette exécution en règle rejouait en boucle derrière mes paupières. Le grand salon familial du Surrey, tapissé de maillots encadrés et de trophées d’argent qui brillaient comme des reproches. L’odeur du café cher et cette tension si dense qu’on aurait pu la découper au scalpel.
— «Tu es en train de piétiner tout ce pour quoi je me suis battu, Joshua !» Avait tonné mon père, sa voix de baryton faisant vibrer les vitrines.
À vingt-cinq ans, cette voix avait encore le pouvoir de me liquéfier, de me ramener instantanément à l’état de gamin de dix ans coupable d’avoir raté un penalty en poussin. Ses yeux bleus, d’une pâleur arctique, ne brillaient pas de colère, mais d’une déception froide. C’était bien pire.
— «Je ne piétine rien, Papa,» avais-je répondu, m’efforçant de garder un rythme cardiaque de métronome. «J’ai gagné deux FA Cup, j’ai marqué en Ligue des Champions, je vous ai donné ce que vous vouliez. Maintenant, je veux juste une vie qui me ressemble.»
Oliver avait laissé échapper un rire sec, ajustant les poignets de son pull en cachemire avec une arrogance typique de Manchester United.
— «Une vie qui te ressemble ? À Los Angeles ? Josh, tu signes dans une ligue de pré-retraités où les défenseurs courent à deux à l’heure et où le public mange des pop-corns en attendant le spectacle de la mi-temps. Tu pars là-bas pour devenir une influenceuse i********: avec des crampons.»
— «Ce n’est pas une question de niveau, Oliver. C’est une question d’air. J’ai besoin de respirer sans qu’on compte mes battements de cœur par minute dans la presse du lendemain.»
Mon père avait balayé l’argument d’un geste de la main, méprisant.
— «Tu es millionnaire, tu joues pour le plus grand club de Londres, tu es un Campbell. De quelle liberté as-tu besoin de plus ?»
De celle de rater un contrôle sans que ça devienne un débat d’État sur la BBC, voilà de quoi.
Mais à quoi bon leur expliquer ? Ils aimaient cette cage dorée. Ils se nourrissaient des projecteurs. Liam, qui était resté silencieux jusque-là en détruisant méthodiquement une pomme avec son couteau de poche, avait planté son regard sombre dans le mien. Sa sentence était tombée, courte et tranchante comme un tacle à la gorge :
— «Tu fuis la concurrence, Josh. C’est tout. Tu préfères être le roi des aveugles dans un royaume de faibles plutôt que de te battre pour le Ballon d’Or ici.»
Cette phrase m’avait touché au cœur, précisément parce qu’elle réveillait le monstre que je tentais d’étouffer depuis des semaines.
Et s’il avait raison ? Et si je n’étais qu’un lâche magnifiquement payé ?
Toute ma vie, j’avais été disséqué, comparé, mis dans des graphiques.
Joshua est-il plus rapide que son père au même âge ? A-t-il le leadership de Thomas ? La vista d’Oliver ?
Je ne fuyais pas le football. Je fuyais le miroir déformant qu’ils me tendaient tous les matins.
La seule qui n’avait pas crié, c’était ma mère. Elle s’était contentée de me serrer dans ses bras, une étreinte parfumée au jasmin, mouillée de larmes silencieuses. Elle avait passé trente ans de sa vie à tenter de pacifier une maison remplie d’hormones, d’ego et de testostérone. Elle seule voyait le fils derrière le numéro huit.
— «Prends soin de toi, mon grand garçon,» m’avait-elle murmuré à l’oreille. «Ne les laisse pas te faire croire que tu leur dois ta vie.»
Je lui avais promis de l’appeler après chaque match, de lui envoyer des photos de Venice Beach, de ne pas devenir trop américain. Mais au fond de moi, j’espérais secrètement que la Californie soit exactement cela : une autre planète, un endroit assez vaste pour absorber le poids du nom Campbell sans étouffer.
— «Un autre verre de whisky, Joshua ?»
La voix, douce et mâtinée d’un léger accent californien, brisa le fil de mes pensées. Je levai les yeux vers l’hôtesse de l’air. Elle était grande, des cheveux châtains impeccablement lissés, et arborait ce sourire ultra-professionnel des compagnies américaines. Mais dans ses yeux, il y avait cette petite lueur de reconnaissance immédiate.
Et de deux. Même à dix mille mètres d’altitude, le matricule me rattrape.
— «S’il vous plaît,» répondis-je avec mon plus beau sourire de façade. «Mais allez-y mollo, je voudrais éviter d’atterrir à LAX en ayant l’air d’un rockeur en fin de course.»
Elle rit doucement en versant le liquide ambré.
— «Ne vous inquiétez pas, à Los Angeles, les gens ont vu bien pire que des footballeurs un peu éméchés. C’est votre première fois dans la Cité des Anges ?»
— «Pour y vivre, oui. Disons que je viens tester le climat.»
— «Le soleil est garanti,» conclut-elle en me tendant une serviette neuve. «Le reste... Disons que c’est une ville qui adore les histoires d’amour à condition qu’elles finissent en drame. Bon vol, Joshua.»
Elle s’éloigna avec la grâce fluide d’une danseuse.
Une ville qui adore les drames. Merveilleux. Exactement ce qu’il me fallait.
Pour m’occuper l’esprit, j’allumai l’écran tactile de mon espace privé et parcourus la sélection de films. Hollywood s’affichait en grand format, avec ses grosses productions calibrées pour le box-office. En tête d’affiche des nouveautés, le visage de Robert Anderson occupait la moitié de l’interface. Mâchoire carrée, sourire d’un blanc aveuglant, regard d’acier. Le parrain incontesté du cinéma mondial. Les journaux anglais s’obstinaient à le comparer à mon père pour son autorité naturelle et sa manière de régner sur son industrie. Je lançais la b***e-annonce par pur désœuvrement : explosions numériques, répliques cinglantes, Anderson sauvant le monde en costume sur mesure.
Le service minimum hollywoodien.
Pourtant, ce n’était pas à lui que je pensais en regardant l’écran, mais à sa fille. La fameuse « Princesse d’Hollywood ». Les tabloïds en avaient fait leurs choux gras pendant des mois après son implosion médiatique de l’année dernière. Un scandale d’une violence inouïe, des photos volées, des titres destructeurs, puis le trou noir. Elle avait purement et simplement disparu de la surface de la terre. Pas une story, pas une apparition sur un tapis rouge, rien. La rumeur publique hésitait entre une clinique de luxe en Suisse ou un exil secret dans un monastère bouddhiste. En lisant les articles à l’époque, j’avais ressenti une étrange forme de sororité pour cette fille que je n’avais jamais rencontrée.
Être l’enfant d’un dieu vivant et devoir s’excuser d’exister au milieu des ruines de leur ambition.
Elle avait eu le courage de couper le cordon, même si le cordon ressemblait à une guillotine.
Je coupai l’écran, agacé par ma propre nostalgie, et branchai mes écouteurs pour lancer une playlist de rock indépendant britannique. Les premières notes de guitare des Arctic Monkeys envahirent mon espace mental. Un morceau de Sheffield pour emporter un peu de boue et de pluie anglaise dans mes bagages.
L’avion traversa une zone de turbulences. La structure métallique trembla doucement, faisant osciller le liquide dans mon verre. Je regardai le plafond de la cabine, le cœur soudain serré par une bouffée d’angoisse primitive.
Et si je me plantais royalement ?
Les critiques de la presse anglaise n’avaient pas attendu que je monte dans l’avion pour me clouer au pilori. Les consultants sportifs, ces anciens joueurs qui passent leur vie à juger les autres pour oublier qu’ils ne courent plus, s’en étaient donné à cœur joie.
« Campbell choisit le carnet de chèques plutôt que l’histoire », « Le gâchis d’un talent générationnel ».
La vérité, celle que je n’avouerais jamais à mon agent ni à mon père, c’est que j’avais une peur bleue. Pas du ballon, pas de la pression du terrain, l’herbe verte restait le seul endroit au monde où les règles étaient simples et claires. J’avais peur de découvrir que l’exil ne résolvait rien. Qu’on emporte toujours ses démons dans sa valise de première classe, et que le soleil de Los Angeles ne ferait qu’éclairer un peu plus crûment mes propres fêlures.
Je sortis mon téléphone de ma poche, un réflexe idiot puisque nous étions en plein océan. L’écran de verrouillage affichait une photo prise trois ans plus tôt, le soir de notre victoire en FA Cup. Nous étions tous les cinq, alignés sur la pelouse de Wembley, les bras chargés de confettis dorés. Mon père trônait au centre, la coupe entre les mains comme s’il l’avait gagnée lui-même. Thomas affichait son sourire de prédateur, Oliver posait comme pour un magazine de mode, et Liam avait l’air de vouloir être partout sauf là. Et au milieu, il y avait moi. Vingt-deux ans, les yeux brillants d’une naïveté confondante, encore persuadé que ce trophée suffirait à combler le vide dans ma poitrine.
Je verrouillai l’appareil et le retournai contre la tablette. Je les détestais de m’étouffer, mais je les aimais à en crever. C’était la grande tragédie des Campbell : nous étions une meute. Et un loup qui quitte la meute devient soit un paria, soit une cible.
— «Allez, Joshua,» marmonnai-je pour moi-même en fermant les yeux. Nouveau départ. Nouveau club. The Wings.
Le propriétaire de la franchise de MLS m’avait vendu le projet avec des accents de télévangéliste :
— «Tu ne viens pas seulement pour jouer, Joshua. Tu viens pour être l’icône de la côte Ouest. On va bâtir l’avenir du soccer autour de ton nom.»
À l’époque, l’ego avait bu ses paroles comme du petit-lait. Ce soir, à dix mille mètres d’altitude, cette promesse ressemblait furieusement à une nouvelle paire de menottes, simplement incrustées de diamants. Mais au moins, cette fois, c’était moi qui avais tendu les poignets. Il y a une dignité certaine à choisir son propre châtiment.
Le sommeil finit par glisser sur moi, lourd et cotonneux, favorisé par les vapeurs de malt et le balancement régulier de l’appareil. La cabine s’était totalement éteinte, ne laissant flotter que les veilleuses de nuit d’un bleu d’aquarium. Avant de sombrer tout à fait, une dernière pensée, ironique et presque tendre, traversa mon esprit. J’espérais sincèrement que cette ville me laisserait être un anonyme parmi les étoiles, un type normal qui fait ses courses en short et s’entraîne le matin sans faire de vagues.
Mais dans les replis les plus sombres de ma conscience, une intuition me murmurait déjà le contraire. Los Angeles n’offrait pas l’anonymat, elle le recyclait. Et sans le savoir, alors que l’avion amorçait sa lente descente vers le continent américain, ma trajectoire était déjà en train de s’aligner avec celle d’une fille qui possédait exactement les mêmes raisons que moi de haïr le reste du monde.
Ce qui, à bien y penser, avait toutes les chances de devenir le plus beau désastre de notre vie.