CHAPITRE 10

1292 Words
LE POINT DE VUE DE CASEY — Bastien ! Je crie, mais il s'en va sans un mot, me laissant seule sur la place du village. Le soleil tape fort, mais je ne sens pas sa chaleur. Apprendre que nous sommes faits l'un pour l'autre est un choc. J'avais des doutes sur la cérémonie d'accouplement, mais pas sur Bastien. Je pensais qu'il y avait un lien profond entre nous, quelque chose sur lequel on pouvait construire. Je ne le suis pas, même si j'en ai envie. Je peux lui laisser de l'espace s'il en a besoin, même si c'est douloureux. Je tiens à lui, et pas seulement à cause du lien qui nous unit, comme je le comprends maintenant. Au cours des quelques jours que j'ai passés avec lui, j'ai appris à apprécier sa compagnie. Il est intelligent, gentil et différent du reste de sa meute. Même si nous ne sommes pas compagnons, j'aurais pu nous imaginer amis. Ou plus. Beaucoup plus. Je n'ai nulle part où aller, alors je retourne chez Bastien. La première nuit où je suis restée avec lui, son odeur était si forte que j'avais du mal à dormir. J'ai mal au côté et l'épuisement pèse sur mes os, mais mon cœur bat la chamade tandis que je baigne dans son odeur. S'il n'avait pas été de l'autre côté de sa chambre, je me serais probablement touchée. Nos odeurs se sont mêlées dès le premier jour. Il n'y a plus ni lui ni moi dans la maison, seulement nous deux. Il semble évident que nous sommes amis maintenant que je le sais. Nous avons sympathisé si vite. Bastien a apaisé la douleur du décès de mon père, et je ne me sens plus si seule. Je m'accroche à ce sentiment. Malgré mes sentiments pour Bastien, j'ai des réserves quant à l'accomplissement de la cérémonie d'accouplement et à l'intégration à la meute. Il a aussi besoin de temps pour digérer. Je peux être patiente. Assise sur son canapé, je contemple la modeste cabane. Je me sens bien ici. Bastien me met à l'aise. Je me demande dans quelle mesure cela est dû à notre lien d'union. Peut-être est-il impossible de séparer ce lien et Bastien si le destin nous a créés l'un pour l'autre. Les partenaires liés sont plus forts que les loups solitaires après le rituel d'accouplement. Ils peuvent ressentir les émotions de l'autre et savoir quand leur partenaire est en danger. Cela m'a toujours semblé romantique. Et ça l'est toujours. Quand j'étais jeune, je rêvais d'avoir un partenaire idéal. Je m'imaginais que ce serait facile : je rencontrerais l'homme de mes rêves et ce serait le coup de foudre. La réalité est bien différente, mais je ne suis pas prête à abandonner. Il faut que je parle à Bastien. Pourquoi pense-t-il que nous ne sommes pas amis ? Est-ce le choc ? Ou quelque chose de plus ? Je n'aurai pas de réponses à ce sujet avant qu'il ne me parle. Mais il y a d'autres choses que je dois considérer, comme la possibilité de vivre dans cette meute. L'Alpha a fait de vagues promesses, et même si je ne comprends pas parfaitement les meutes, je ne suis pas stupide. J'ai vu à quel point les choses sont traditionnelles ici. Les femmes s'occupent du foyer pendant que les hommes travaillent. Ce n'est pas comme ça que je veux vivre, mais je n'en ai parlé qu'à Bastien et à l'Alpha. Les femmes de la meute sont peut-être différentes. Si je réfléchis à mes options, il me faut rencontrer d'autres personnes que Bastien. Je me lève. Ça ne sert à rien de rester assise à se morfondre et à attendre le retour de Bastien. Dehors, le soleil de l'après-midi perce les arbres qui entourent le village. Même tard dans la journée, la commune bourdonne d'activité. Quelques maisons plus loin, une femme s'occupe de son potager tandis qu'une b***e d'enfants joue à proximité. — Salut. Je souris. — On ne s'est jamais rencontrées. Je m'appelle Casey. — Je sais qui tu es. Elle lève à peine les yeux des carottes qu'elle déterre. Elle ne se présente pas. Je me balance maladroitement d'un pied sur l'autre. Les plus grands aident la femme à déterrer divers légumes-racines, tandis que les plus jeunes cherchent des escargots parmi les plantes à feuilles. — C'est merveilleux que tes enfants t'aident avec autant de joie. J'essaie de me rapprocher d'elle. J'adore les enfants et j'espère en avoir un jour. Mais peut-être pas autant qu'elle. Il y en a huit, tous âgés de moins de dix ans. — S'ils sont tous à toi, je veux dire. Je ne veux pas l'insulter. Cette femme ne doit pas avoir plus de vingt-huit ans. — Les enfants sont très importants pour la meute. Cela ressemble à une réprimande, même si je ne comprends pas pourquoi. — Chacun a un devoir ici. Je donne à la meute des enfants forts et en bonne santé, et ils la servent à leur tour. Mes yeux s'écarquillent. Je savais que la meute était traditionnelle, mais ça commence à ressembler à une secte. — Bien sûr. Je dis doucement, ne voulant pas la contrarier davantage. Je m'éloigne, la boule au ventre. L'Alpha m'a promis plus de liberté, mais si c'est ce que la meute veut… Je me dis que je n'ai peut-être pas raté autant de choses que je le pensais. Un compagnon prédestiné vaut-il la peine si cela implique de renoncer à mon indépendance ? Avant Bastien, ma réponse aurait été un non catégorique. Le simple fait que j'y songe prouve que Bastien est mon compagnon. Bastien quitterait-il un jour Moon Edge ? C’est présomptueux de penser qu’il le ferait pour moi, mais je sais, d’après nos conversations, qu’il n’est pas aussi traditionnel que les autres. Mais il est loyal, une qualité que je trouve attachante. Je soupire. Ma tête et mon cœur sont en guerre. Mes rêves de trouver l'amour et une communauté n'ont pas été à la hauteur de mes espérances. Mais jusqu'à ce que je parle à Bastien, je ne suis pas sûre de vouloir abandonner. J'aperçois Jules en train de parler à l'un des protecteurs de la meute. Il sait probablement où se trouve Bastien. Le compagnon de Jules me voit et s'éloigne rapidement lorsque je me dirige vers eux. Jules me lance un regard gêné. — Salut Jules. J'essaie de ne pas me laisser perturber par l'atmosphère embarrassante. — Tu as vu Bastien ? Jules regarde autour de lui comme pour vérifier si les gens nous regardent. — La dernière fois que je l'ai vu, il patrouillait dans le périmètre de la commune. Il hausse les épaules. — Je lui dis toujours de laisser faire les soldats, mais il insiste. J'enroule mes doigts autour de mon pendentif, réconfortée par la forme familière de la fleur de lys. Tandis que je suis déchirée par notre avenir, Bastien continue ses activités comme d'habitude. — Oh, d'accord. Je baisse les yeux. Je ne veux pas voir de jugement sur le visage de Jules – ou pire, de pitié. — Je devrais y aller. Jules s’éloigne déjà de moi. J'acquiesce. Les pointes acérées des croissants de lune du pendentif s'enfoncent dans ma paume tandis que je me remémore les paroles de mon père. Mon intuition me pousse à retrouver Bastien, mais n'est-ce qu'un vœu pieux ? Si je rassemble mes forces, je m'en irai tout simplement et rentrerai chez moi. Et ma double nature ? Jusqu'à présent, j'ai vécu dans le monde des humains, cachant mon côté loup. Ma louve désire Bastien, mais elle a toujours aspiré à la liberté, et je ne suis pas sûre de l'obtenir ici. Le mantra m'apporte généralement de la clarté, mais mes pensées tournent en rond.
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