03

768 Words
03 (LE POINT DE VUE : CHARLOTTE) Il regarde la main que je tends, comme s’il s’agissait d’un serpent prêt à bondir et à s’enrouler autour de son cou, puis il la serre brièvement. — Le sarcasme, c’est pas la salutation la plus polie, Mlle Samuels, dit-il d’un ton sec et agacé en relâchant vite ma main. T’es pas si charmante non plus. J’ignore la chaleur que sa main laisse sur ma paume et je hausse les épaules. — Et avec ce commentaire sarcastique, tu viens de devenir hypocrite. Maintenant, on est quittes. La colère flambe dans ses yeux brun-vert tachetés d’or. — Même pas proche. Pourquoi tu t’assieds pas et on parle affaires ? Je secoue la tête. — Je crois pas qu’on ait des affaires ensemble, M. Maxfield. Et j’ai du boulot. Macy viendra prendre ta commande quand tu seras prêt. Bonne journée— Je viens à peine de me retourner que son bras surgit et attrape mon coude dans une poigne de fer. Je baisse les yeux vers sa main, puis je le fixe en plissant les yeux. — Je lâcherais si j’étais toi. Personne ici clignerait des yeux si je te cassais le nez pour m’avoir touchée. Son regard se durcit, sa prise reste ferme. — Je menacerais pas un mec qui fait deux fois ta taille si j’étais toi, Mlle Samuels. D’autres ici te laissent peut-être jouer à la taquine comme le vieux Bruce là-bas, mais certains d’entre nous ont un peu plus de respect pour eux-mêmes. Moi, je suis plus malin dans le choix de mes coups. Même un vélo bien huilé finit par tomber en panne après avoir été trop utilisé par trop d’hommes. Le rouge envahit ma vision et avant même que je m’en rende compte, je lui balance un coup de poing. Mon poing effleure sa mâchoire avant de glisser dans le vide, et avant que je puisse réagir, il est debout, me saisit par les épaules, me pousse dans la banquette et s’installe en face de moi, me coinçant entre lui et la table. Il est bien plus grand et plus fort que ce que je pensais, et il a l’air carrément furieux. — Lâche-moi, espèce d’âne ! je crie en me débattant pour le pousser hors du siège, mais il est tout en muscle sous sa chemise et sa veste, et il bouge pas d’un pouce. T’es qu’un c*****d arrogant et offensant, et j’ai pas de temps à perdre avec toi. — Arrête de jurer ! souffle-t-il, conscient que des têtes se tournent à cause de ma voix qui monte. J’ai pas plus envie de te parler que toi de me parler, mais on est dans une m***e que t’as créée et je veux que tu la répares. Ça capte mon attention. J’arrête de me débattre et je le fixe comme s’il venait de faire pousser une corne… ou deux, puisqu’il est probablement le diable. — De quoi tu parles, bordel ? Il roule des yeux et me relâche. — Oh, tu sais très bien de quoi je parle, Mlle Samuels. T’as pas tout planifié ? Mettre mon père dans ta poche pour qu’il fasse tout ce que tu veux, y compris faire chanter son propre fils pour obtenir ce que tu veux ? Je fronce les sourcils. — Je te donne exactement dix secondes pour t’expliquer avant que je crie au meurtre. Mes potes de l’enceinte de Dalhousie aiment pas trop les pervers et les brutes dans ton genre. En voyant sa mâchoire se serrer et un muscle tressaillir sous son œil gauche, je comprends à quel point Brandon Maxfield est en colère. Y a pas une once d’humour dans tout ça pour lui, et il se retient à peine de me tordre le cou. Par contre, pourquoi il est aussi furieux contre moi, j’en ai aucune idée. Sois l’adulte, Charlotte. Essaie une conversation civilisée, même si ce type est un vrai singe. — On reprend depuis le début, dis-je plus calmement. Pourquoi t’es ici ? Explique-moi comme si j’entendais ça pour la première fois, parce que j’parie que c’est le cas. S’il te plaît et merci. Je suis fière de ma déclaration polie, mais ça a juste l’air de l’agacer encore plus, vu qu’il inspire profondément et bruyamment, comme s’il luttait pour garder le contrôle. — Je suis ici pour demander en mariage, Mlle Samuels, dit-il d’une voix grave, comme s’il venait d’annoncer une condamnation à mort — pour qui, j’en ai aucune idée. Je cligne des yeux plusieurs fois, puis je souris et je craque, rejetant la tête en arrière pour éclater de rire.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD