Passion et amour
La lumière du matin filtrait à travers les rideaux de lin blanc, dessinant des motifs dorés sur la peau nue de Niamoye. Elle s’étira lentement, les draps de soie glissant sur ses courbes comme une caresse. L’odeur de Damien était partout—un mélange de sueur masculine, de parfum boisé et de cette note salée qui lui collait à la peau après l’amour. Elle tourna la tête vers lui, observant ses traits encore adoucis par le sommeil : ses cheveux blonds en désordre, ses lèvres légèrement entrouvertes, la ligne de sa mâchoire couverte d’une ombre naissante. Un sourire lui échappa malgré elle. Même après toutes ces années, le simple fait de le regarder la faisait frissonner.
Damien bougea, son bras musclé se refermant autour de sa taille comme s’il craignait qu’elle ne s’échappe. Sa main, large et calleuse—celle d’un homme qui travaillait autant de ses doigts que de son esprit—remonta le long de sa cuisse, s’attardant sur la courbe de sa hanche avant de se nicher entre ses jambes. « Tu es déjà réveillée, ma lionne ? » murmura-t-il d’une voix rauque, encore épaissie par le sommeil. Sa paume pressa contre son sexe, et Niamoye retint un gémissement. Elle était encore sensible, gonflée par les assauts de la nuit. « Tu es toute mouillée… » Ses doigts glissèrent entre ses lèvres, explorant son intimité avec une lenteur calculée, comme s’il voulait graver chaque détail dans sa mémoire. « Est-ce que tu penses encore à hier soir ? »
Elle ne répondit pas tout de suite. Les images de la veille lui revinrent par vagues : Damien la prenant contre la porte d’entrée dès qu’ils étaient rentrés, ses mains sous sa robe, arrachant sa culotte avant de la soulever, son érection dure comme de l’acier enfouie en elle en un seul coup de reins. Elle se rappelait le son de leurs corps qui claquaient, le goût de sa sueur sur ses lèvres, la façon dont il avait grogné son nom en jouissant, son sperme chaud inondant son ventre. Puis plus tard, dans la baignoire, quand il l’avait lavée avec une tendresse presque religieuse, ses doigts cirant chaque repli de son corps comme s’il adorait une déesse.
« Je pense à toi. Toujours. » Elle se cambra contre sa main, sentant son c******s durcir sous ses doigts experts. « Mais on va être en retard… »
« Laisse-les attendre. » Sa voix était un ordre doux, et avant qu’elle ne puisse protester, il la retourna sur le dos, s’installant entre ses cuisses. Le contact de son torse contre le sien la fit haleter. Il était chaud, presque brûlant, et son odeur—celle de l’homme qui l’avait marquée la veille—l’enveloppait comme une seconde peau. « Tu me rends fou, Niamoye. » Il descendit, sa bouche traçant une ligne de feu le long de son cou, entre ses seins, jusqu’à son ventre. « Chaque fois que je te touche, j’ai l’impression que c’est la première. »
Elle enfouit ses doigts dans ses cheveux quand sa langue atteignit son nombril, puis plus bas, là où sa peau était la plus sensible. « Damien… » Son nom sortit comme une prière. Elle savait ce qui allait venir—sa bouche sur elle, sa langue qui la lécherait jusqu’à ce qu’elle tremble, ses lèvres qui aspireraient son c******s jusqu’à ce qu’elle explose. Et pourtant, chaque fois, c’était comme une révélation.
Il ne la fit pas attendre. Sa bouche se referma sur son sexe, sa langue plongeant en elle avec une avidité qui la fit se cambrer. « p****n, tu es si bonne… » murmura-t-il contre sa chair, sa voix vibrante faisant frissonner ses lèvres intimes. « Je pourrais passer ma vie entre tes jambes. » Ses doigts s’enfoncèrent en elle, courbés pour frotter ce point qui la rendait folle, tandis que sa langue tourbillonnait autour de son c******s, le suçant, le mordillant juste assez pour la faire gémir. « Tu vas jouir pour moi, ma belle. Maintenant. »
L’ordre la fit basculer. Son o*****e la frappa comme une lame, violente et délicieuse, ses muscles se contractant autour de ses doigts tandis qu’un cri lui échappait. « Damien ! » Elle sentit son sperme couler en elle, imaginant presque qu’il la remplissait à nouveau, qu’il la marquait de l’intérieur. Il continua à la lécher, prolongeant son plaisir jusqu’à ce qu’elle soit réduite à un tas de chair tremblante, haletante, les cuisses serrées autour de sa tête.
Quand il remonta enfin, son visage luisait de son désir. « Tu vois ? » dit-il en essuyant sa bouche du dos de la main, un sourire satisfait aux lèvres. « Le monde peut bien attendre. »
Mais le monde, justement, ne attendait pas.
Niamoye se leva, les jambes encore faibles, et se dirigea vers la salle de bain. Dans le miroir, elle vit son reflet : une femme noire aux courbes généreuses, la peau lisse comme de l’ébène, les yeux brillants de plaisir résiduel. Mais derrière ce masque de satisfaction, quelque chose grattait, une ombre qui ne la quittait jamais. Elle posa une main sur son ventre, plat, vide. Pourquoi pas moi ?
Elle entendit Damien se lever, le frottement du drap qu’il repoussait, le bruit de ses pas nus sur le parquet. Il vint se placer derrière elle, ses mains se posant sur ses hanches, son torse collé contre son dos. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-il en embrassant son épaule. « Je te connais, Nia. Quelque chose te ronge. »
Elle ferma les yeux. « Rien. C’est juste… » Comment lui avouer que même après toutes ces années, après tous les tests, toutes les prières, tous les espoirs déçus, elle se sentait incomplète ? « Ma mère a encore appelé hier. »
Il soupira, son souffle chaud contre sa nuque. « Et ? »
« Et elle a demandé, encore une fois, quand est-ce qu’elle allait avoir un petit-en à gâter. » Sa voix se brisa légèrement. « Elle ne comprend pas, Damien. Elle pense que c’est une malédiction. Que je fais quelque chose de mal. »
« Tu ne fais rien de mal. » Ses mains remontèrent, enveloppant ses seins, ses pouces frottant ses mamelons qui durcirent instantanément. « Et si c’est une malédiction, alors c’est la mienne aussi. » Il la serra plus fort, comme s’il pouvait, par la seule force de son étreinte, chasser ses doutes. « On a encore un rendez-vous la semaine prochaine avec le docteur Leroux. Il y a toujours des options. »
Elle se retourna dans ses bras, posant sa tête contre son torse. « Je sais. Mais… et si ça ne marche jamais ? »
« Alors on adoptera. On trouvera une solution. » Il lui releva le menton, forçant son regard à rencontrer le sien. « Je t’aime, Niamoye. Toi. Pas seulement l’idée d’une famille. Toi. »
Elle voulut le croire. Vraiment. Mais quand elle ferma les yeux, elle voyait les visages de ses amies, leurs ventres arrondis, leurs mains caressant des cheveux de bébé. Elle entendait les rires des enfants dans les parcs, les pleurs des nouveau-nés dans les bras de leurs mères. Et elle se sentait exclue, comme si une partie d’elle était condamnée à rester à l’extérieur, pressant son nez contre la vitre d’une vie qui lui était refusée.
« Je t’aime aussi, » murmura-t-elle, se haussant sur la pointe des pieds pour l’embrasser. « Mais parfois, l’amour ne suffit pas. »
Il ne répondit pas. Peut-être parce qu’il savait qu’elle avait raison.
Plus tard, dans le métro, serrée entre des corps anonymes, Niamoye sentit la pression monter en elle comme une marée. Les visages autour d’elle semblaient flous, noyés dans le brouillard de ses pensées. Elle descendit à sa station, les escaliers roulants l’avalant comme une gueule mécanique. Quand elle poussa la porte de son bureau, l’odeur de papier et de café la frappa. « Bonjour, Niamoye ! » lui lança Sophie, une collègue, un dossier à la main. « Tu as l’air… fatiguée. »
« Longue nuit, » répondit-elle en forçant un sourire.
Sophie éclata de rire, un son clair et insouciant. « Ah, ces hommes ! Toujours à nous épuiser. » Elle baissa la voix, conspiratrice. « Moi, c’est Marc qui m’a tenue éveillée jusqu’à deux heures. Il veut un deuxième enfant, tu te rends compte ? » Elle posa une main sur son ventre, encore plat, mais avec cette lueur dans les yeux, cette certitude que son corps ferait ce qu’on attendait de lui. « On a arrêté la pilule le mois dernier. »
Niamoye sentit son sourire se figer. « Félicitations, » dit-elle mécaniquement.
« Oh, ce n’est pas encore officiel ! » Sophie rougit, comme si elle venait de commettre une indiscrétion. « Mais bon, avec Marc, ça a marché du premier coup pour Lucas, alors… » Elle haussa les épaules, insouciante.
Niamoye se réfugia dans son bureau, fermant la porte derrière elle. Elle s’assit, alluma son ordinateur, et fixa l’écran sans rien voir. Les dossiers s’accumulaient—des projets sur l’éducation des filles en Afrique de l’Ouest, des rapports sur les mariages précoces, des photos d’enfants aux yeux brillants, leurs sourires malgré la pauvreté. Elle cliqua sur une image au hasard : une petite fille, pas plus de six ans, un bébé dans les bras. Sa sœur, probablement. La douleur lui transperça la poitrine comme une lame.
Son téléphone vibra. Un message de Damien : « Je pense à toi. Ce soir, je te ferai oublier tout, même ton nom. »
Elle sourit malgré elle, mais le sourire mourut rapidement. Et après ? Après les orgasmes, après les mots doux, après les promesses, il y aurait encore ce silence. Ce vide.
Elle ouvrit un tiroir, en sortit une enveloppe jaunie. À l’intérieur, une photo de sa grand-mère, au Burkina Faso, ses yeux noirs et perçants comme ceux d’un rapace.
Tout à coup, son telephone sonna, c’était sa mère, elle savait si elle décrochait elle lui parlerait encore une fois de petit fils ou petite fille. Mais elle décrocha quand même:
- Allo maman, je ne suis toujours pas enceinte.
_ Je sais ma fille, je t’appelle car j’ai sûrement une solution pour toi. Viens au Burkina Faso, nous irons au village, et tu enfanteras.
…
Niamoye ne dit rien mais l’idée lui effleura l’esprit. Bouleversé, elle raccroche.
Niamoye ferma les yeux. Et si Sophie avait raison ? Et si c’était aussi simple, pour certaines femmes ? Un arrêt de pilule, un sourire, un ventre qui s’arrondit. Mais pour elle, rien n’était simple. Rien n’avait jamais été simple.
Elle rouvrit les yeux, fixant l’écran. Puis, d’un geste brusque, elle ferma son ordinateur, attrapa son sac, et se leva.
« Parfois, il faut retourner à la source pour trouver ce que tu cherches. »
Elle avait une décision à prendre. Et pour la première fois depuis longtemps, elle savait ce que c’était.