bc

TESS LOVE

book_age4+
15
FOLLOW
1K
READ
HE
age gap
curse
independent
bxg
kicking
hackers
chubby
like
intro-logo
Blurb

Un soir de la fin de mai, un homme d’uncertain âge s’en retournait à pied de Shaston auvillage de Marlott, dans le val voisin deBlackmoor. Ses jambes vacillantes le faisaientobliquer légèrement vers la gauche. De temps entemps il semblait, par un vigoureux hochement detête, confirmer une opinion, bien qu’il ne pensât àrien en particulier. Un panier à oeufs vide étaitsuspendu à son bras ; le poil de son chapeau étaittout hérissé et la marque du pouce se voyait sur lebord.Il croisa un prêtre âgé, à califourchon sur unejument grise, qui, tout en chevauchant, fredonnaitd’un air distrait.– Bien le bonsoir, dit l’homme au panier.– Bonsoir, sir John, dit le prêtre.Le piéton fit un ou deux pas, s’arrêta, puis seretournant :– Faites excuse, monsieur : mais au dernierjour de marché nous nous sommes rencontrés surcette route, à peu près à cette heure-ci, et j’ai dit :Bonsoir, et vous m’avez répondu : Bonsoir, sirJohn, comme aujourd’hui.– Oui, dit le prêtre.– Et une autre fois, avant, il y a près d’unmois.– Cela se peut.– Alors, pourquoi donc que vous m’appelieztout le temps sir John, quand je suis toutbonnement Jack Durbeyfield, le revendeur ?Le prêtre approcha son cheval.– C’était une simple lubie, dit-il ; puis, aprèsun moment d’hésitation : – C’est une découverteque j’ai faite il y a peu de temps, en étudiant lesgénéalogies pour la nouvelle histoire du comté. Jesuis le pasteur Tringham, l’antiquaire deStagfoot-Lane. Ignorez-vous vraiment,Durbeyfield, que vous êtes le représentant enligne directe de la vieille famille des chevaliersD’Urberville, descendant du célèbre chevalier, sirPaïen D’Urberville qui, d’après les archives deBattle-Abbey, vint de Normandie avec Guillaumele Conquérant ?– C’est bien la première fois qu’on me le dit,monsieur !– Mais, c’est vrai... Levez un instant le mentonque je puisse mieux saisir votre profil. Oui, voilàle nez et le menton D’Urberville... un peudégénérés. Votre ancêtre était un des douzechevaliers qui aidèrent le seigneur normandd’Estremavilla à conquérir le comté deGlamorgan. Plusieurs branches de votre familleont possédé des manoirs dans toute cette régionci.Leurs noms se trouvent dans les Rôles duTrésor, au temps du roi Étienne. Sous le règne duroi Jean, l’un deux était assez riche pour faire dond’une seigneurie aux Chevaliers Hospitaliers, et,au temps d’Édouard II, votre aïeul Brian futconvoqué à Westminster pour y assister au GrandConseil. Après avoir un peu décliné à l’époqued’Oliver Cromwell, mais pas de façon sérieuse,sous le règne de Charles II vous fûtes nommésChevaliers du Chêne-Royal pour votre loyalisme.Oui, il y eut parmi vous des générations de sirJohn, et si le titre de chevalier, comme celui debaronnet, était héréditaire, ainsi qu’au temps jadisoù les chevaliers se succédaient de père en fils,vous aussi, vous seriez maintenant sir John.– Pas possible !– En un mot, conclut le prêtre, se cinglant lajambe d’un coup de cravache décisif, il n’y apeut-être pas de famille pareille dans toutel’Angleterre.– Nom de nom ! c’est-il bien vrai ? ditDurbeyfield, et voilà-t-il pas que je roule depuisdes années, que je mange de la vache enragée,comme si je valais pas plus que le dernier de laparoisse !... Et depuis combien de temps sait-onces choses-là sur moi, pasteur Tringham ?Le prêtre lui expliqua qu’elles étaient, à saconnaissance, tombées dans l’oubli et que tout lemonde, probablement, les ignorait ; lui-mêmeavait commencé ses recherches au printempsdernier, quand, après s’être occupé de suivre lesvicissitudes de la famille D’Urberville, il avait unjour remarqué le nom de Durbeyfield sur lavoiture du revendeur. Alors, il s’était mis à faireune enquête sur le père et le grand-père deDurbeyfield et avait fini par n’avoir plus aucundoute.– J’étais d’abord résolu à ne pas vous troubleravec ces renseignements inutiles, dit-il. Mais nosimpulsions l’emportent parfois sur notrejugement. Je croyais que vous en saviez peut-êtrequelque chose ?– Ah ! c’est vrai, j’ai entendu dire une ou deuxfois que ma famille avait vu de meilleurs joursavant de venir à Blackmoor. Mais j’y avais pasfait attention, croyant que ça signifiait que nousavions eu autrefois deux chevaux, tandis quemaintenant nous n’en avons plus qu’un... J’aiaussi une vieille cuiller d’argent et un vieuxcachet gravé, à la maison ; mais bon Dieu !qu’est-ce que c’est qu’une cuiller et un cachet ?...Et penser que nous étions de la même chair, toutce temps, moi et ces nobles D’Urberville ! Ondisait que mon arrière-grand-père avait dessecrets et ne se souciait pas de raconter d’où qu’ilvenait... Et, pasteur, sauf votre respect, où nouschauffons-nous maintenant ? Je veux dire où estceque nous demeurons, nous autresD’Urberville ?...– Nulle part. Vous vous êtes éteints... commegrande famille.– C’est malheureux !– Oui, comme disent les chroniquesmensongères, la branche masculine s’est éteinte,c’est-à-dire qu’elle a décliné, disparu.– Alors, où sommes-nous enterrés ?

chap-preview
Free preview
CHAPITRE 1
Un soir de la fin de mai, un homme d’uncertain âge s’en retournait à pied de Shaston auvillage de Marlott, dans le val voisin deBlackmoor. Ses jambes vacillantes le faisaientobliquer légèrement vers la gauche. De temps entemps il semblait, par un vigoureux hochement detête, confirmer une opinion, bien qu’il ne pensât àrien en particulier. Un panier à oeufs vide étaitsuspendu à son bras ; le poil de son chapeau étaittout hérissé et la marque du pouce se voyait sur lebord.Il croisa un prêtre âgé, à califourchon sur unejument grise, qui, tout en chevauchant, fredonnaitd’un air distrait.– Bien le bonsoir, dit l’homme au panier.– Bonsoir, sir John, dit le prêtre.Le piéton fit un ou deux pas, s’arrêta, puis seretournant :– Faites excuse, monsieur : mais au dernierjour de marché nous nous sommes rencontrés surcette route, à peu près à cette heure-ci, et j’ai dit :Bonsoir, et vous m’avez répondu : Bonsoir, sirJohn, comme aujourd’hui.– Oui, dit le prêtre.– Et une autre fois, avant, il y a près d’unmois.– Cela se peut.– Alors, pourquoi donc que vous m’appelieztout le temps sir John, quand je suis toutbonnement Jack Durbeyfield, le revendeur ?Le prêtre approcha son cheval.– C’était une simple lubie, dit-il ; puis, aprèsun moment d’hésitation : – C’est une découverteque j’ai faite il y a peu de temps, en étudiant lesgénéalogies pour la nouvelle histoire du comté. Jesuis le pasteur Tringham, l’antiquaire deStagfoot-Lane. Ignorez-vous vraiment,Durbeyfield, que vous êtes le représentant enligne directe de la vieille famille des chevaliersD’Urberville, descendant du célèbre chevalier, sirPaïen D’Urberville qui, d’après les archives deBattle-Abbey, vint de Normandie avec Guillaumele Conquérant ?– C’est bien la première fois qu’on me le dit,monsieur !– Mais, c’est vrai... Levez un instant le mentonque je puisse mieux saisir votre profil. Oui, voilàle nez et le menton D’Urberville... un peudégénérés. Votre ancêtre était un des douzechevaliers qui aidèrent le seigneur normandd’Estremavilla à conquérir le comté deGlamorgan. Plusieurs branches de votre familleont possédé des manoirs dans toute cette régionci.Leurs noms se trouvent dans les Rôles duTrésor, au temps du roi Étienne. Sous le règne duroi Jean, l’un deux était assez riche pour faire dond’une seigneurie aux Chevaliers Hospitaliers, et,au temps d’Édouard II, votre aïeul Brian futconvoqué à Westminster pour y assister au GrandConseil. Après avoir un peu décliné à l’époqued’Oliver Cromwell, mais pas de façon sérieuse,sous le règne de Charles II vous fûtes nommésChevaliers du Chêne-Royal pour votre loyalisme.Oui, il y eut parmi vous des générations de sirJohn, et si le titre de chevalier, comme celui debaronnet, était héréditaire, ainsi qu’au temps jadisoù les chevaliers se succédaient de père en fils,vous aussi, vous seriez maintenant sir John.– Pas possible !– En un mot, conclut le prêtre, se cinglant lajambe d’un coup de cravache décisif, il n’y apeut-être pas de famille pareille dans toutel’Angleterre.– Nom de nom ! c’est-il bien vrai ? ditDurbeyfield, et voilà-t-il pas que je roule depuisdes années, que je mange de la vache enragée,comme si je valais pas plus que le dernier de laparoisse !... Et depuis combien de temps sait-onces choses-là sur moi, pasteur Tringham ?Le prêtre lui expliqua qu’elles étaient, à saconnaissance, tombées dans l’oubli et que tout lemonde, probablement, les ignorait ; lui-mêmeavait commencé ses recherches au printempsdernier, quand, après s’être occupé de suivre lesvicissitudes de la famille D’Urberville, il avait unjour remarqué le nom de Durbeyfield sur lavoiture du revendeur. Alors, il s’était mis à faireune enquête sur le père et le grand-père deDurbeyfield et avait fini par n’avoir plus aucundoute.– J’étais d’abord résolu à ne pas vous troubleravec ces renseignements inutiles, dit-il. Mais nosimpulsions l’emportent parfois sur notrejugement. Je croyais que vous en saviez peut-êtrequelque chose ?– Ah ! c’est vrai, j’ai entendu dire une ou deuxfois que ma famille avait vu de meilleurs joursavant de venir à Blackmoor. Mais j’y avais pasfait attention, croyant que ça signifiait que nousavions eu autrefois deux chevaux, tandis quemaintenant nous n’en avons plus qu’un... J’aiaussi une vieille cuiller d’argent et un vieuxcachet gravé, à la maison ; mais bon Dieu !qu’est-ce que c’est qu’une cuiller et un cachet ?...Et penser que nous étions de la même chair, toutce temps, moi et ces nobles D’Urberville ! Ondisait que mon arrière-grand-père avait dessecrets et ne se souciait pas de raconter d’où qu’ilvenait... Et, pasteur, sauf votre respect, où nouschauffons-nous maintenant ? Je veux dire où estceque nous demeurons, nous autresD’Urberville ?...– Nulle part. Vous vous êtes éteints... commegrande famille.– C’est malheureux !– Oui, comme disent les chroniquesmensongères, la branche masculine s’est éteinte,c’est-à-dire qu’elle a décliné, disparu.– Alors, où sommes-nous enterrés ?– À Kingsbere-sub-Greenhill. Vous êtes enrangées dans vos caveaux, et vos effigiesreposent sous des baldaquins de marbre.– Et où sont nos châteaux et nos domaines defamille ?– Vous n’en avez pas.– Et pas de terre non plus ?– Aucune ; autrefois vous en possédiez enabondance, comme je vous l’ai dit ; votre famillese composait de branches nombreuses. Vousaviez, dans ce comté, une résidence à Kingsbere,une autre à Sherton, une autre à Millpond, uneautre à Lullstead, une autre à Wellbridge.– Et rentrerons-nous jamais dans ce qui est ànous ?– Ah ! cela, je ne puis le dire.– Et qu’ai-je de mieux à faire à ce propos,monsieur ? demanda Durbeyfield après unsilence.– Oh ! rien... rien. Si ce n’est vous humilier ensongeant « Combien les puissants sonttombés ! ». C’est un fait de quelque intérêt pourl’historien et le généalogiste local, rien de plus. Ily a parmi les villageois de ce comté plusieursfamilles d’un lustre presque égal. Bonsoir.– Mais il faut retourner sur vos pas et prendreavec moi une pinte de bière, pasteur Tringham ;ils en ont de très passable à la Bonne Rasade,même si elle ne vaut pas celle de Rolliver.– Non, merci ; pas ce soir, Durbeyfield ; vousen avez déjà votre compte !Là-dessus, le pasteur continua son chemin, sedemandant s’il avait été sage de colporter cettecurieuse bribe de science.Quand il fut parti, Durbeyfield fit quelques pasdans une rêverie profonde, puis, déposant sonpanier devant lui, s’assit sur le talus qui bordait laroute.Quelques minutes après, un jeune hommeparut au loin ; Durbeyfield, en le voyant, leva lamain, et l’autre pressa le pas et s’approcha de lui.– Petit, prenez ce panier, vous allez me faireune commission.Le grêle adolescent fronça le sourcil.– Qui êtes-vous donc, John Durbeyfield, pourme commander et m’appeler petit ? Vous savezmon nom aussi bien que je sais le vôtre !– Hé, hé ! C’est le secret ! Maintenant,obéissez à mes ordres et prenez le message dontje vais vous charger... Et donc, Fred, je veux bienvous dire le secret : c’est que je suis d’une noblerace. Ça vient d’être découvert par moi cet aprèsmidi!Et, en faisant cette déclaration, Durbeyfields’étendit voluptueusement sur le talus, parmi lespâquerettes.Le jeune garçon, debout devant Durbeyfield,le contemplait dans toute sa longueur, de la têteaux pieds.– Sir John D’Urberville, voilà qui je suis !continuait l’homme étendu... c’est-à-dire, si leschevaliers étaient des baronnets, ce qu’ils sont.Tout ce qui se rapporte à moi est raconté dansl’histoire. Gamin, connais-tu l’endroit quis’appelle Kingsbere-sub-Greenhill ?– Oui, j’y suis été pour la foire de Greenhill.– Eh bien, sous l’église de cette cité reposent...– C’est pas une cité, l’endroit que je veuxdire ; ou ça ne l’était pas quand j’y étais. C’étaitune espèce de petit endroit borgne.– N’importe l’endroit, enfant, ce n’est pas laquestion. Sous l’église de cette commune-là doncreposent mes ancêtres, des centaines, en cottes demailles et avec des bijoux, dans des grandscercueils de plomb pesant des kilos et des kilos.Y a pas dans tout le comté de South Wessex unhomme avec, dans sa famille, des plus grands etdes plus nobles esquelettes que moi !– Oh !– Maintenant, prenez ce panier et allez-vousenà Marlott ; et quand vous serez arrivé à laBonne Rasade, dites-leur de m’envoyer tout desuite un cheval ou une voiture pour me conduireà la maison. Et qu’ils mettent au fond de lavoiture une mesure de rhum dans une petitebouteille, et qu’ils la marquent sur l’ardoise àmon compte. Et ensuite, allez chez moi dire à mafemme de laisser là son savonnage parce quec’est pas la peine de le terminer ; qu’elle attendeque je revienne, j’ai des nouvelles à lui dire.Comme le jeune garçon restait indécis,Durbeyfield mit la main dans sa poche et tira unshilling, un des rares qu’il eût en sa possession.– Voici pour votre peine, petit.Ceci changea l’opinion du jeune homme.– Oui, sir John, merci. Rien d’autre que jepuisse faire pour vous, sir John ?– Dites-leur à la maison que j’aimerais pour lesouper, voyons... un fricot d’agneau s’ils peuventen avoir, sinon du boudin, et s’ils en peuvent pastrouver, des andouilles feront l’affaire.– Oui, sir John.Le jeune garçon prit le panier et au moment oùil allait partir, des sons d’instruments de cuivre sefirent entendre du côté du village.– Qu’est-ce que c’est que ça ? dit Durbeyfield.C’est pas pour moi ?– C’est la promenade du club des femmes, sirJohn. Voyons. Votre fille est membre ?– Parbleu ! Je l’avais tout à fait oublié enpensant à de plus grandes choses ! Eh bien, filezsur Marlott, n’est-ce pas, et commandez-moicette voiture, et peut-être que je passerai fairel’inspection du club.Le jeune garçon partit et Durbeyfield demeuracouché sur l’herbe et les pâquerettes au soleil dusoir. La route resta déserte et les sons affaiblisdes instruments furent les seuls bruits humains perceptibles dans l’enceinte des collines bleues.

editor-pick
Dreame-Editor's pick

bc

L'INFIRMIÈRE ET LE MAFIEUX RUSSE

read
1K
bc

Trahie par Ma Meute : Évasion de l'Hybride sans loup

read
10.0K
bc

Épouse Oubliée - Liens de sang

read
4.6K
bc

Ma femme divorcée est milliardaire

read
24.4K
bc

Alpha Garrett : Un Bébé à Noël

read
4.6K
bc

Rentrer à la maison pour Noël

read
32.3K
bc

Réclamée par le Géant Motard

read
23.6K

Scan code to download app

download_iosApp Store
google icon
Google Play
Facebook