Tenir bon

1407 Words
Nabila revient du marché où elle a passé la journée à vendre des bananes. Le soleil est déjà en train de se coucher, mais son visage reste rouge, brûlé par de longues heures passées sous sa chaleur. Elle transpire abondamment, ses vêtements sont trempés de sueur et collés à sa peau. Dans son plateau, il ne reste que quelques doigts de banane. Au moins, aujourd’hui, elle a réussi à vendre plus de la moitié de sa marchandise. Un petit soulagement, même s’il ne suffit pas à apaiser toutes ses inquiétudes. Elle ne rentre pas directement chez elle. Avant cela, elle fait un détour et s’arrête chez sa copine Zita. Zita la reçoit dehors, à la véranda. Sans poser de questions, elle lui tend un verre d’eau. Nabila le prend et le boit d’un trait, comme si elle retenait sa soif depuis des heures. Puis, Nabila s’allonge sur la véranda. _ Ouf, je suis si fatiguée. _ Je vois que tu as quand même vendu aujourd’hui. _ Oui, le marché est passé. Il y a des jours sans et des jours avec. Je vais ajouter la recette sur ce que j’ai à la maison et acheter une boîte de remèdes. _ Tant mieux ! Je t’ai écrit hier, tu n’étais pas en ligne. _ Ah oui, ma connexion était finie et je n’ai pas pu activer une nouvelle aujourd’hui. _ Tu ne peux pas chercher du travail et n’avoir pas la connexion. Laisse-moi t’offrir la connexion d’une semaine. _ Merci ma puce. Tu es géniale. Zita prend son téléphone qu’elle manipule. Elle achète la connexion pour son amie. Nabila reçoit avec un grand sourire. _ Merci beaucoup, dit-elle en activant sa connexion. Nabila reçoit des messages. L’un attire son attention, c’est une proposition de travail de la part de sa tante. Elle ouvre, lis à haute voix et se met à rire. _ Qu’est qu’il y a ? lui demande Zita. _ Ma tante m’envoie une proposition d’emplois. Vendeuse dans un magasin. Trente-cinq mille francs le mois. Mon Dieu ! _ Ce n’est pas tentant ? _ Zita qu’est-ce que je vais faire avec cette somme ? Si au moins j’avais un autre boulot pour renforcer l’autre. Donc je vais m'asseoir dans une boutique de 8 heures à 18h pour trente-cinq mille ? Une boîte de remède de maman coûte dix-huit mille, l’autre c’est vingt-mille pour ne citer que ça. Il lui faut ça au moins une fois par mois. _ C’est vrai aussi. Toute la journée pour ce salaire c’est pas évident. Tu n’auras pas le temps de chercher un autre boulot. Est-ce que tu as vu ton oncle comme je t’ai proposé ? _ Ah ma sœur si tu entends que je suis en prison c’est que c’est lui. _ Ekie ! Raconte. Nabila raconte à son amie ce qui s’est passé chez son oncle. Zita pouffe de rire. _ Tu rigole Nabila, t’as pas fait ça. _ Oh que si, je ne me suis pas gênée. J’étais à bout. Je n’avais pas l’intention de lui manquer de respect mais il ne m’a pas laissé le choix. Il pouvait dire qu’il n’a pas d’argent mais non, comme ça ne suffisait pas, il a bien insulté ma mère. Eh ah, je ne l’ai pas raté. J’ai même dis que sa femme aussi est une dévergondée. _ hahahahahaha c’est incroyable ça. J’admire ton courage. J’ai aussi un oncle qui me sort de partout mais je garde mon sang froid. Tu es allée jusqu’à casser sa voiture. Il va te poursuivre. _ Je lui ai dit que s’il tente je vais dire à tout le monde qu’il m’a v***é. Sachant qu’il tient à sa réputation il ne fera rien. _ hahahahaha mon Dieu. Attends, dis-moi que tu rigole, il ne t’a pas v***é j’espère. _ Mais non, j’invente. Est-ce que c’est dur de jouer la comédie. Qu’il essaie il ne va même pas me reconnaître. Petit parvenu. Grand sorcier. Si ma mère sait que je suis allée là-bas , elle va trop m’en vouloir. Maintenant je lui donne raison. _ Ah ça ! Il y a des familles bizarres ici dehors. Je rends grâce à Dieu d’avoir gardé mes parents en vie aussi longtemps et je prie qu’il continue à les garder. _ Tu fais bien de prier, c’est une richesse crois-moi. Je vais rentrer. On se voit demain. _ D’accord. _ Eh tu vas me raconter ce qui se passe avec ton mec, ne crois pas que j’ai oublié. Bonne soirée. _ Rentre bien et salue moi maman. _ Merci, si elle vit encore. _ Ne dis pas ça. T’es pas croyable toi. Nabila porte son plateau, le pose sur la tête et sort de la barrière. Encore quelques pas, elle arrive chez elle. La barrière est ouverte, elle entre. Sa sœur est assise à la véranda, les larmes aux yeux, la tête penchée en avant. Le cœur de Nabila fait un bond dans sa poitrine. Elle est à deux doigts de faire tomber son plateau. Elle se rapproche de sa sœur tout lentement avec le cœur qui bat à tout rompre. _ Corine ? La petite lève la tête pour regarder sa sœur. _ Corine, pourquoi tu pleures ? Maman va bien ? Sa sœur ne lui répond pas. _ Corine je te parle. Est-ce que maman va bien ? Tu vas finir par me rendre folle, mais parle. _ Je ne sais pas Nabila. Je suis fatiguée de rester avec elle sans résultat. Ma mère va mourir sans qu’on ne puisse rien faire parce que nous sommes pauvres. _ Eh tais-toi, ne parle plus jamais comme ça. Maman ne va pas mourir. J’ai vendu un peu aujourd’hui. Je vais aller en pharmacie acheter les remèdes. _ Mais tu sais que ça ne suffit pas. _ Je sais mais tant pis. Nabila entre au salon. Elle va garder son plateau à la cuisine avant de se rendre au chevet du lit de sa mère. La scène qu’elle voit devant elle lui fend le cœur. Son petit frère est couché dans les bras de sa mère. Ça lui fait tellement de la peine de voir à quel point ses frères souffrent de cette situation. Elle se rapproche du lit afin de vérifier si sa mère respire encore. Maman Djamila est bien en vie mais très faible. Elle a peur qu’elle ne puisse passer toute la nuit en vie. Nabila sort rapidement. Elle rassemble tout l’argent qui est en sa possession et court à la pharmacie avec l’ordonnance de sa mère. Elle le tend au pharmacien en précisant le produit le moins cher qu’elle veut. _ Monsieur, donnez-moi d’abord le deuxième produit qui se trouve sur l’ordonnance. _ D’accord et les autres produits ? _ Euh j’achèterai après. _ Jeune fille, je connais ce traitement, on ne peut prendre l’un sans les autres. C’est bien écrit là. Tu ne peux pas payer un seul produit. _ Je sais mais je n’ai pas le choix. Ma mère ne va pas bien et je n’ai pas tout l’argent pour prendre ces produits. S’il vous plaît, vendez-moi ça. _ Ecoute, c’est très sérieux ce traitement et il faut respecter les consignes du médecin. L’un sans l’autre n’est pas recommandé. Quand tu auras tout l’argent tu viendras acheter. _ Ne me faites pas ça. C’est beaucoup trop cher pour moi. S’il vous plaît. Ma mère va mourir si elle ne prend pas ça. _ Elle mourra si elle prend un au lieu des trois produits recommandés. Nabila sait que ce pharmacien a raison car ce sont les consignes du médecin. Mais elle ne savait pas que prendre un seul produit pouvait être formellement interdit. Elle récupère l’ordonnance et s’en va la tête baissée. Le poids de cette maladie qu’elle porte sur ses épaules avec sa mère la dépasse déjà. Elle marche, traînant les babouches dans la poussière sans prendre le soin de faire attention. Elle est impuissante. C’est si difficile de retourner à la maison bredouille et de confronter le regard de ses frères car ils comptent tous sur elle. Nabila est épuisée moralement, elle est épuisée physiquement. Elle a l’impression de n’avoir pas dormi pendant des jours. S’il faut trouver du travail maintenant, il faudra qu’elle soit payée le même jour pour pouvoir gérer cette situation. Pendant qu’elle marche, la tête en l'air, elle bouscule une dame. Cette dernière s’insurge. _ Eh mais regarde ou tu mets les pieds. _ Désolée madame.
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