Le jour du défilé était enfin arrivé. Les coulisses bourdonnaient d’une énergie électrique, entre préparatifs frénétiques et murmures d’excitation. Noria se tenait près des grandes portes vitrées, son téléphone serré dans la main, le regard fixé sur l’écran. Elle avait envoyé plusieurs messages à Hans, mais aucune réponse. Chaque vibration manquée creusait un peu plus ce vide dans sa poitrine.
Elle tenta un nouvel appel, espérant entendre sa voix, un simple « Allô » pour la rassurer, mais la messagerie s’enclencha à nouveau, froide et impersonnelle. Elle sentit une boule d’angoisse se former, mêlée à une frustration sourde. Pourquoi l’évitait-il ? Était-ce lié à ce qu’elle avait dit ou fait ? Elle secoua la tête, essayant de chasser ces pensées négatives.
— Noria, tout va bien ? demanda doucement une voix familière.
Elle se retourna pour voir Carine, son amie et soutien de toujours, qui posait une main réconfortante sur son épaule.
— Je ne sais pas, répondit-elle à voix basse. Hans ne répond pas... Je pensais qu’il serait là aujourd’hui.
Carine lui sourit, pleine de douceur.
— Peut-être qu’il a ses raisons. Mais aujourd’hui, c’est ta journée. Tu vas briller, tu verras.
Noria inspira profondément, cherchant à se recentrer. Elle leva les yeux vers le miroir où les mannequins s’étaient déjà préparées, prêtes à défiler. La musique allait bientôt commencer, et malgré l’inquiétude, elle sentait une flamme d’excitation grandir en elle.
— Tu as raison, murmura-t-elle en souriant. Je dois être là, pour moi.
J’étais toujours dans les coulisses, le cœur battant, mais Hans me manquait. Je lui écrivais tous les jours, mais aucune réponse. Si sa mère ne m’avait pas invitée à cette réception, j’aurais presque cru qu’il voulait se séparer de moi. L’absence de nouvelles depuis son départ commençait à me peser lourdement.
Durant toute la semaine, je m’étais occupée des derniers arrangements, tout en m’entraînant sans relâche.
Je jetais un coup d’œil à ma patronne, débordée, ne sachant plus où donner de la tête. Ça me faisait presque sourire, tant elle était stressée.
Puis, Édouard arriva dans ma direction. Il était vraiment très élégant, et beau. On aurait dit un mannequin dans une autre vie. Ce costume lui donnait un charme fou.
Je croyais que personne ne pouvait venir dans les coulisses, j’avais presque oublié que c’était le sponsor officiel. Il abusait un peu, quand même.
Il se rapprocha de moi, vraiment très près. Son parfum habituel, un délice, me parvint tout entier, impossible d’éviter le contact puisqu’il venait d’entrer par la seule porte qui menait à l’endroit où je me trouvais.
— Je vous souhaite bonne chance pour le défilé, me dit-il avec un léger sourire.
— Merci, Monsieur Édouard, répondis-je avec un faux sourire, car il ne savait pas à quel point j’étais stressée.
— Je veux te voir après le défilé.
Je ne savais pas pourquoi cette invitation m’intriguait. J’avais envie de refuser, mais je ne devais pas oublier que j’étais avec Hans.
— Non merci, je rentre chez moi après le défilé. Je ne resterai même pas à la petite fête.
— Tu penses qu’il en vaut la peine ?
— De qui parlez-vous ?
— De la personne qui t’empêche de t’amuser et de retrouver un vrai sourire. Le jour où je t’ai rencontrée, tu étais si joyeuse, si pleine de vie.
— Vous vous faites des idées, Monsieur West. Je ne vois aucun changement chez moi.
— Au contraire. J’aimerais te redonner ce sourire. Et ce n’était pas une invitation, mais un ordre, en tant que sponsor.
— Je ne vous savais pas aussi manipulateur.
— Mais je n’aurais pas eu à le faire si tu avais accepté dès le départ. Tu viendras, je t’attendrai.
Je me retins de rire.
— Vous n’avez aucun ordre à me donner. Je ne suis pas votre employée, Monsieur West.
Il me lança un regard glacé et sournois.
— Peut-être, mais je ne te laisse pas le choix.
Il tourna les talons avant que je puisse dire non. Il était beau, un vrai gentleman, mais je m’en fichais. Il pouvait s’énerver autant qu’il voulait, je n’accepterai pas son invitation.
Édouard était presque à la porte quand ma patronne revint avec deux hommes et une jeune femme.
— Désolée de vous déranger, mais Édouard, elle doit se préparer. Tu la verras après le défilé.
— Nous avions même un rendez-vous après le défilé, mais je ne suis pas sûr qu’elle vienne.
— Bien sûr qu’elle viendra, patronne, répondit ma patronne avec assurance.
— Je vais m’asseoir dans la salle. Encore une fois, bonne chance, Mademoiselle Noria.
Il déposa une légère bise sur ma main et s’éloigna, pour de bon cette fois.
Je me retrouvai seule avec les deux hommes, la jeune fille et ma patronne.
— Tu es stressée ? me demanda ma patronne.
— Oui, un peu.
— C’est ton moment, ma chérie. Ce soir, tu es la star, la reine du bal. N’oublie pas mes conseils : défile comme si tu étais la seule personne sur le podium. Fais comme si toutes ces personnes étaient tes sujets.
— Je vais m’en souvenir, et merci de me faire confiance.
— Je sais que tu vas tous les épater, ma belle. Et c’est à moi de te remercier de m’avoir encouragée à redessiner. Je crois que je vais pleurer.
Elle croyait vraiment en moi, et je ne voulais pas la décevoir. Ça me donnait encore plus confiance.
— Oh, j’allais oublier. Je te présente Elie, Marius et Oliver. Ils vont s’occuper de toi, et je viendrai te chercher quand ce sera ton tour.
Une fois partie, Oliver, Marius et Elie commencèrent à me préparer.
Après quelques bonnes minutes, j’étais totalement prête pour le défilé. Mon maquillage brillant s’accordait parfaitement avec ma robe, et mes chaussures étincelaient. Ma patronne avait raison, je me sentais comme une reine.
Elle revint me voir, comme promis, juste avant que je monte sur le podium.
— Tu es prête ?
Je pris une grande inspiration.
— Oui, je crois.
— Ne stresse pas. Fais comme à la répétition.
J’avançai sur la scène avec assurance, suivant le rythme et les gestes appris. Pour une fois dans ma vie, je me sentais bien et fière d’être là, sur ce podium. Personne ne pouvait gâcher ce moment, même pas mes problèmes avec Hans.
Après mon passage, je retournai dans les coulisses.
— Tu étais parfaite, ma chérie. On dirait que tu t’es trompée de métier, me dit ma patronne avec un sourire.
Je souris à mon tour, tandis qu’elle allait remercier les invités sur scène. Ensuite, elle nous appela tous, et on lui offrit un bouquet de roses rouges. Elle était radieuse, heureuse. C’était un vrai succès, son défilé. Elle avait bien fait de m’écouter.
Dans son discours, elle me remercia beaucoup, ainsi qu’Édouard West. Même si je ne pouvais pas le voir de là où j’étais, je savais qu’il m’observait, attendant patiemment notre petit tête-à-tête.
Je redoutais ce moment. Je commençais même à penser à m’échapper pour éviter tout contact avec lui. J’ignorais ce qui m’attirait vers lui, et je ne voulais pas le découvrir. J’allais accepter son rendez-vous uniquement pour Sephora.