Édouard me conduisit jusqu’à un petit espace réservé aux danseurs, une zone semi-éclairée qui offrait une certaine intimité au couple, à l’abri des regards indiscrets.
Il m’attira vers lui d’un simple geste, ni brusque ni trop léger, juste avec la force nécessaire, puis posa une main autour de ma taille.
Il chuchota à mon oreille :
— Détends-toi et laisse-moi te guider.
Sur ces mots, je passai une main autour de son cou et commençai à danser avec lui. Comme il l’avait dit, c’était comme s’il guidait chacun de mes pas.
— Tu es très belle ce soir, tu fêtes quelque chose ?
me dit-il en me regardant avec un petit sourire rassurant. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui rendis ce sourire :
— Mon amie vient de se fiancer.
— Et toi, tu es fiancée ?
Il se plaça derrière moi tout en continuant à danser, très près, sa respiration chaude sur mon cou me fit frissonner. Je n’avais pas peur de lui, au contraire, ce contact m’était plutôt agréable, même si je ne savais pas pourquoi.
— Tu ne m’as pas répondu ?
— Pas encore.
— J’espère que tu m’inviteras à ton mariage.
Il me fit tourner sur moi-même. Nous étions maintenant face à face, nos regards se croisèrent un instant, mais je détournai la tête, sentant que si je continuais à le regarder, je risquais de faire un faux pas ou de le piétiner.
Sa remarque me fit rire. Je ne savais même pas à quelle étape j’en étais dans ma relation avec Hans, nous avions brûlé les étapes depuis notre rencontre.
— Pourquoi cette précipitation ?
demandai-je pour éviter la question.
— Je pense que quand deux personnes tombent amoureuses, elles devraient faire le grand saut, aussi simple que ça.
Je ne voulais pas m’engager dans cette conversation, surtout pas maintenant.
— Et vous, Monsieur West, êtes-vous fiancé ou marié ?
Il allait répondre, mais la musique s’arrêta brusquement. Il attrapa ma main, déposa délicatement ses lèvres dessus, puis me conduisit jusqu’à ma place.
— Merci pour cette danse.
— Ce fut un plaisir.
— Miss Diaz.
Toujours avec son sourire, il retourna vers sa table.
J’attendis qu’il s’éloigne pour reprocher à Carine ce qu’elle m’avait fait.
— Allez, je voulais juste que tu t’amuses.
— En me jetant dans les bras de mon client ? Suis-je au moins pardonnée ?
— Tu l’es totalement, ma chérie.
— Mais quand même...
— Détends-toi, ma belle. Et pourquoi est-ce que tu te fâches ? Il te plaît, c’est ça ?
— Arrête de dire des bêtises, je n’aime qu’un seul homme : Hans. Rentre-toi ça dans la tête.
— Et lui, il est où maintenant ?
— Je ne sais pas, mais quand il reviendra, il devra me donner des explications. Je suis sûre qu’il aura une raison à son comportement.
— Si tu le dis...
Même moi, je ne croyais pas vraiment à mes paroles, mais il fallait que je garde confiance, il me l’avait demandé.
— Et si on parlait de ton mariage ?
Nous passâmes le reste de la soirée à discuter à nouveau du mariage. Après le dîner, nous rentrâmes directement à l’appartement de Carine. Je m’écroulai sur le lit et m’endormis aussitôt.
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Le lendemain, je me réveillai de bonne humeur et partis me changer dans mon appartement. En arrivant devant la porte, je remarquai un bouquet avec une carte posée dessus :
« J’ai beaucoup aimé notre danse. J’espère que ce ne sera pas la dernière fois.
Bonne journée.
Ton serviteur, Édouard West. »
Je rentrai, mis les fleurs dans l’eau, et pris un instant pour les admirer. Ces fleurs avaient vraiment égayé ma journée. Je me préparai rapidement pour le bureau.
Une fois arrivée, je posai mes affaires sur mon bureau et pris mon téléphone pour appeler Hans. Je composai son numéro, mais ça sonnait dans le vide, sans réponse.
Je me rendis dans une salle pour m’entraîner quelques minutes, ayant remplacé mes mini-talons par des talons encore plus hauts. Je commençais à me sentir dans la peau d’un mannequin.
— La belle blague, moi, mannequin...
Soudain, une voix me fit sursauter : c’était celle d’Édouard.
— Vous êtes faite pour ce métier.
— La belle blague. J’ai peur de trébucher et de tomber. Merci. Mais comment êtes-vous entré ? J’avais bien demandé à ce que personne ne me dérange.
— Vous avez oublié que je finance le défilé.
— Non, je n’étais pas au courant. Vous allez gâcher la surprise en me faisant tomber sur le podium, dis-je avec moquerie.
— Vous pourriez attendre le jour J.
Il s’avança vers moi d’un pas léger.
— Sephora m’a dit que tu porteras la robe finale, alors j’aimerais voir tes performances. Allez, continue, j’aimerais avoir un aperçu de ton talent.
Je voulais le tuer. Une petite voix me disait qu’il le faisait exprès, mais je dus céder au caprice du principal sponsor du défilé, même si je fis semblant de ne pas savoir.
Il s’assit sur un fauteuil tout près du podium et ajouta :
— Allez, tu peux commencer.
Je le foudroyai du regard. Abusant de sa position... Je ne savais toujours pas pourquoi il était de plus en plus présent dans ma vie. Je savais qu’il avait proposé une somme exorbitante pour que Sephora accepte son financement. D’après ce qu’elle m’avait dit, c’était la première fois qu’il donnait autant d’argent.
Alors je commençai à défiler pour M. West, marchant avec assurance et élégance, comme on me l’avait appris.
— Vous avez aimé le bouquet ?
— Oui, il était vraiment magnifique. Comment saviez-vous que j’aimais cette couleur ? C’est ma préférée.
Soudain, je pensai à Hans et me demandai s’il connaissait ma couleur préférée.
— Je ne le savais pas, j’ai juste pensé que cette couleur serait magnifique sur vous, et j’avais raison, puisque c’est votre couleur préférée.
Je continuai mon parcours tout en lui faisant la conversation.
— Vous êtes un homme très occupé, mais pourquoi passez-vous votre temps à me regarder défiler ?
— Vous êtes beaucoup plus importante pour moi que vous ne le pensez.
— Désolée de vous contredire, M. West, mais je ne suis qu’une simple employée, alors je ne vois vraiment pas comment je pourrais être plus importante que vos affaires.
— Arrêtez de vous surestimer. Vous êtes importante parce que vous êtes une personne unique, tout comme chacun de nous. La place que vous occupez dans ma vie vous paraît minime pour l’instant, mais un jour...
— Un jour ?
— Oui, un jour, Noira...
Je lui lançai un sourire ironique, ne comprenant pas vraiment ce qu’il voulait dire.
— Peut-être que je suis importante pour vous, mais ça reste à prouver.
À ce moment, ma patronne arriva pour nous interrompre.
— Édouard, quelle surprise !
— Sephora, comment vas-tu ?
— Bien, et toi ?
— Très bien.
— Que penses-tu de notre mannequin pour la pièce maîtresse de ma collection ?
Je m’attendais à des critiques, mais il répondit :
— Tu sais, je ne fais que financer ton défilé, mais je suis sûr qu’elle va faire un malheur. Je sais que tu es douée pour choisir tes mannequins.
— Tu ne viens jamais à nos défilés, j’espère que cette année tu nous honoreras de ta présence.
— Je n’y manquerai pour rien au monde, surtout que tu as choisi une perle pour le défilé.
— Merci, mon cher. On va dans mon bureau discuter affaires, et toi, Noira, continue ton entraînement s’il te plaît.
Édouard s’approcha de moi en disant :
— On n’a pas terminé notre conversation.
— Moi, si.
Il me lança un regard noir, je ne l’avais jamais vu fâché auparavant. Puis il s’éloigna, l’air contrarié.
Désolée, Édouard, mais dans mon cœur, il n’y a de place que pour un seul homme, me dis-je.
Après avoir fini mon entraînement, je descendis à la boutique.
Alors que je faisais les comptes, une femme d’un certain âge s’approcha, d’une grande élégance.
— Alors, c’est vous, Noira Durand ?
— Oui, c’est moi. Qui le demande ?
— Ana Smith, la mère d’Hans.
J’ai failli m’évanouir en entendant ce nom. Que faisait-elle ici ? Hans avait sûrement parlé de moi. J’étais stupéfaite.
— Enchantée de faire votre connaissance, madame, finis-je par dire nerveusement.
— Enfin bref, ma famille organise une petite réception dans deux semaines. J’aimerais vous inviter. Je tenais à le faire personnellement, puisque mon fils n’est pas présent.
— Merci, madame.
Je ne savais pas trop quoi dire.
— Je vais vous noter l’adresse, ce sera dans notre demeure familiale.
Elle prit une page dans son carnet d’adresses et la nota.
— J’espère que vous me ferez l’honneur de votre présence.
— Ce sera un honneur pour moi de venir.
Elle me sourit puis tourna les talons sans rien ajouter. J’attendis qu’elle sorte de la boutique pour sauter de joie et surtout pour respirer.
J’étais surtout heureuse que la mère de mon homme me connaisse. Je n’étais plus du tout inquiète pour ma relation avec Hans. Si sa mère était au courant de notre relation, c’était sûrement parce qu’il était sérieux.
La journée passa très vite. Je rentrai chez moi, fatiguée mais heureuse.
Une fois arrivée, je pris une douche et envoyai un SMS à Hans pour lui dire que je pensais à lui.
Hans ne m’avait jamais parlé de cette réception, ce qui était un peu bizarre. De toute façon, il ne me disait jamais rien.
Il allait sûrement me faire une surprise, me dis-je, une fois revenu de son voyage. D’une certaine façon, j’essayais de me rassurer.
J’espérais qu’il viendrait avant le défilé, qui avait lieu dans une semaine. J’étais vraiment stressée.
Espérons que tout se passera bien... Mais Hans me manquait terriblement. J’avais envie de le prendre dans mes bras, et chaque fois que je pensais à notre dernier moment ensemble, je frissonnais rien qu’en y repensant. Tout mon corps le réclamait. Je l’aimais si fort et surtout, j’avais une totale confiance en lui. Je l’aimais, je l’aimais... me disais-je.
Je m’endormis ce soir-là en pensant à lui, me sentant vraiment seule depuis tout ce temps. Cela faisait presque un mois que je n’avais pas de ses nouvelles.