El'hadj Nabil Sarr
Dakar, Sénégal
Mon vol a atterri il y a une heure de cela. Je conduis en direction de chez mes parents. Cela fait 2 mois que je n'ai pas vu ma tendre mère. J'ai été vilainement occupé avec les responsabilités liées à mes entreprises.
Là, je reviens de Lyon, les accords à signer, les nouveaux partenariats et l'installation de mon nouveau local m'ont pris plus de temps que prévu. J'ai décidé de faire une surprise à ma mère personne de ma famille n'est au courant de mon arrivée.
Je reçois un appel de Kader mon ami d'enfance, enfin le seul que j'ai. J'ai toujours été du genre assez renfermé, il est le seul à avoir su faire tomber mes barrières là où les autres prenaient leurs distances.
"Bro nakamou ?
(c'est comment mon frère) ?
"Ça va ! Je pars voir ma mère avant de rentrer chez moi.
"Un vrai fils à maman ma parole !
"Épargne-moi tes remarques frère et je m'en fou. Je suis célibataire, j'ai bien le droit de m'accrocher à ma mère, lui répondis-je
"Tu es célibataire parce que tu le veux bro !
"Ne recommence pas ! Ma mère me rabâche déjà là-dessus, c'est suffisant pour mes oreilles.
"Anta est passée au bureau hier. Pas la peine de demander pourquoi c'est toujours pour savoir quand tu reviens. Tu devrais décrocher ses appels, à cette allure, elle risque de venir installer un bureau ici.
"Quel pot de colle celle-là ! Franchement, je ne sais pas en quelle langue lui expliquer que je ne veux pas d'elle grommelé-je en soupirant, cette fille me fatigue !
"Donne-lui ce qu'elle veut bro, à ta place, j'aurais déjà tiré mon coup, en plus tu es célibataire, tu n'as rien à perdre.
"Je ne suis pas comme toi et arrête avec ça. Tu peux bien la prendre toi, ça me fera des vacances et je t'en serais éternellement reconnaissant.
"Mane ? (moi) ? Jamais et je suis marié, je ne drague plus. Je n'en veux pas surtout pas, de plus, je te rappelle que c'est le grand El'hadj qu'elle veut et non Kader le bras droit.
"Boy arrête avec ça, rien qu'à y penser j'ai des céphalées et si tu continues, je te raccroche au nez. Il se marre le con avant de se reprendre.
"Bof, ok, ok ! Je te laisse Mr le fils à maman, on se voit au bureau. Ciao !
"Sal...et voilà je n'ai pas fini de parler qu'il m'a raccroché au nez.
Anta, cette fille est pire qu'une sangsue. Je l'ai rencontré lors d'un gala de charité. On a juste conversé sur deux ou trois sujets sans plus, conversation qu'elle à forcée d'ailleurs. Et depuis madame croit qu'elle a trouvé un époux. Mais elle se fourre le doigt dans l'œil. Je n'aime pas les femmes qui draguent. Dans ma conception des choses, un homme courtise une femme et non le contraire. Je ne juge pas celles qui le font, mais moi El'hadj Nabil Sarr, je n'aime pas être dragué ça m'horripile.
Mon meilleur ami et frère me considère comme un fils à maman, car je suis proche de ma mère plus que de mon père et je n'en ai pas honte.
Mon père, nous n'avons pas une relation père et fils du moins nous ne l'avons plus, car ses activités me répugnent. Je suis le seul à savoir ce qu'il fait de ses soi-disant entreprises et je garde le secret. Pourquoi ? Parce que je ne veux pas salir l'image que ma mère et ma petite sœur ont de lui.
Du côté de ma vie professionnelle, j'ai bâti mon empire à la sueur de mon front, sans compter sur son aide, parce que avant même de connaître ses activités, je voulais me faire un nom et non être l'ombre de mon père.
J'ai donc commencé en bas de l'échelle en étant coursier dans quelques entreprises pendant les vacances. Ensuite, j'avais acquis des fermes que je multipliais grâce aux bénéfices, et ce, en continuant mes études. Au fil des années de sacrifice, de persévérance, d'acharnement et d'économies. Je suis devenu ce que je suis le PDG des entreprises "Sarr" et l'un des hommes les plus riches de mon beau pays. Toutefois, je garde un peu de modestie.
Je suis partie de rien pour être un héros. Le chemin a été long, je dirais même très très long et plus que difficile. À certaines difficultés, j'ai voulu b****r les bras, mais le lendemain, je me réveillais avec un nouvel espoir. Comme on le dis si bien, rien est impossible à celui qui croit. J'ai crû et j'y suis arrivé.
J'ai 32 ans et je n'ai ni femme ni enfant. Dans ma quête de bâtir un empire, il n'y avait pas de place pour une femme. Mon objectif était fixé et pas moyen de me laisser distraire. J'ai eu quelques copines çà et là, mais ce n'était rien de sérieux ou disons que je n'avais pas le temps pour elles, mais aussi, je ne ressentais rien pour ces filles.
Faut dire qu'avec ce corps que j'ai acquis grâce au sport qui est ma seule distraction, il me suffit juste de claquer les doigts et trouver une femme. Mais non, ce n'est pas ce que je veux. À mon âge, les batifolages ne sont pas ce que je recherche. C'est pour les adolescents.
Je veux une femme qui saura m'aimer moi et non ce que je possède dans mon compte en banque. C'est d'ailleurs la volonté de tout homme riche. On dit que celui qui a trouvé une bonne femme à trouver le bonheur imaginez donc le contraire. Mieux vaut prendre le temps que d'épouser une diablesse. Malheureusement ou heureusement, je n'ai pas encore trouvé en toutes ces filles qui déferlent les rues la perle rare, celle qui aura ce petit truc qui saura attirer mon regard et réveiller mon cœur alors pour l'instant, je me préfère ainsi.
En dehors de ma vie amoureuse, inexistante, j'ai une petite sœur Aminata âgée d'à peine la vingtaine. Elle et ma mère sont tout ce que j'ai de plus précieux sur cette terre.
Je me gare à quelques mètres de chez moi, car je ne veux pas alerter les habitants de la maison avec ma voiture, je vais continuer à pied.
J'arrive et le gardien m'ouvre. Dès qu'il m'aperçoit, il commence à déblatérer un flot de paroles.
- Eh petit patron nous savoir pas que tu venais aujourd'hui. Moi contane na Lou beurri ! Ana sa auto ? Khana djeulo taxi key ? Fallait appeler moi venir te chercher avec ma moto, elle est vielle mais efficace.
(Eh Petit, patron, on ne savait pas que tu venais aujourd'hui. Je suis très content ! Où est ta voiture ? Ne me dis pas que tu as emprunté un taxi ? Il fallait m'appeller, j'allais venir te chercher avec ma moto, elle est vielle, mais efficace.)
Le vieux Ouedraogo est notre gardien, et ce, depuis ma tendre enfance. J'ai énormément de respect et de considération pour lui-même si son français, langue qu'il ne comprends pas très bien, m'arrache toujours un sourire.
- Arrête avec tes petits patrons. Je vous fais une surprise et non je ne suis pas venu en taxi, j'ai garé la voiture à quelques mètres d'ici. Et mes parents ?
- Tes parents au salon, petite patronne aussi au salon. Au revoir petit patron !
Je lui glisse deux billets violets et je m'éclipse rapidement avant qu'il ne commence avec ses remerciements à n'en point finir.
Je trouve ma mère et ma sœur au salon installé devant leur série sénégalaise tout en commentant les scènes. Dès que ma mère me voit, elle saute du canapé et accoure dans mes bras.
- Sama dome, sama goor bi, eyi way yallah namone nala !
Mon fils, mon garçon, eh Dieu tu m'a manqué ) !
- Yaye Mala raw, wa kay tog ak Mane.
(maman, tu m'as plus manqué, viens t'assoire avec moi) Lui dis-je afin d'éviter qu'elle fasse une crise de tension à son âge, c'est un problème récurrent.
- Et moi, je ne compte pas ? Lance ma petite sœur.
- Qui d'autres peut compter ma star ? Allez, vient voir ton frère chéri, elle se jette dans mes bras pour un câlin, c'est si agréable d'être entouré de sa famille même si je ne vis plus ici, je ne manque pas de passer chaque soir après le boulot et quand je voyage le temps me paraît extrêmement long . Je leur remets leurs cadeaux et nous plongeons dans une conversation.
Après des heures de bavardages et surtout après avoir dégusté un succulent yassa au poulet ma mère me dis :
- Tu ne demandes pas après ton père ?
- Si yaye (maman) j'allais y venir et papa ?
J'avoue que la situation d'avec mon père ne me plaît guère, mais je ne peux faire autrement face au dégoût que ses activités me procurent. J'avais longtemps cru que mon père était un homme droit, ancré dans sa religion, ou du moins c'est ce qu'il nous a toujours fait croire. Quelle chute cela a été pour moi de découvrir que derrière cette image se cache une partie sombre. Ma découverte m'a fait tomber des nues. C'était juste inconcevable pour moi, juste faux, mon père cet homme qui ne rate jamais une heure de prière, qui m'a inculqué des valeurs religieuses, le sens de l'amour du prochain, de l'entraide, qui m'a appris à vivre en société, cet homme-là ne pouvait pas être ce que ces preuves me montraient.
Il m'a fallu 3 mois et une conversation que j'avais entendue par mégarde dans son bureau pour que tout s'effondre. C'était donc vrai, mon père, mon idole était finalement ce genre de personne.
J'avais encore l'espoir, encore un tout petit espoir qu'il me dise que c'était faux, mais ce soir-là, lorsque je l'ai confronté devant les faits il a juste baisés les yeux et j'ai compris.
Depuis cette soirée, je suis devenu froid et distant envers lui, nos rapports s'arrêtent juste sur des banalités par respect pour lui tout aussi pour ma mère. Il ne sait rien de ma vie d'adulte et moi, je ne veux rien lui dire, car il n'est plus ce qu'il a été pour moi.
- Il a été appelé d'urgence par son boulot, mais tu sais, il me demandait de tes nouvelles. Mon fils, je ne comprends pas le pourquoi du comment de cette situation avec ton père. J'ai essayé de comprendre, mais je ne reçois que des ne t'inquiètes pas comme réponse de vos parts. J'insiste s'il te plaît, c'est ton père fait des efforts, il souffre de cet éloignement. Hein sama taw (mon aîné) ?
- Je sais yaye ne t'en fais pas, je vais arranger les choses avec lui, dis-je pour ne plus qu'elle s'inquiète.
Je suis conscient que mon père souffre de cette situation, je le vois dans ses yeux quand il me voit proche de ma mère et moi aussi d'ailleurs. Cependant, c'est plus fort que moi, je n'arrive pas à faire semblant avec ce que je sais, c'est juste impossible. En dehors de cela, je lui voue toujours le respect qu'il mérite. Je n'oublie pas la place qu'il occupe dans ma vie, c'est mon père, c'est grâce à lui que je vis et ça, ça ne s'efface pas.
Il est tard, je décide de rentrer. Au bout de plusieurs au revoir et une promesse de revenir le plus tôt possible, je me dirige vers ma voiture.
En tournant vers la ruelle, une masse me percute et tombe. Quand on ne regarde pas ou on va, en voici les conséquences. Par politesse, je lui demande :
- Madame, ça va ? Elle relève ses yeux et je percute, un frisson me traverse tout le corps.
Je constate qu'elle me dévore du regard comme si elle était devant la huitième merveille du Monde. Je sais que je fais de l'effet, mais là, elle remporte le trophée de ce qu'on appellerai "manger du regard".
- Madame ? Répété-je.
Elle es muette ou quoi ?
- Oui oui, ça va, je ne regardais pas où j'allais, veuillez m'excuser. Me répondit-elle de sa voix douce.
Mhhh ! Elle est plutôt belle, très belle je dirais avec ses courbes à l'Africaine sans parler de son teint caramel. Si j'étais un don Juan comme Kader, j'en aurai profité. Hélas, malgré sa beauté à faire pâlir de jalousie, je ne suis pas ce genre de personne, je sais me retenir. Je fixe ses doigts afin de remarquer la présence d'une quelconque alliance, mais rien.
- Tachez de faire attention la prochaine fois ! Lançé-je de manière froide, je ne dois pas laisser entrevoir le trouble qu'elle provoque en moi en cet instant.
Elle ne me répond pas et continue de me manger du regard pendant quelques adoptant une mine de réflexion. Tout à coup, elle prit la fuite. La première chose qui me frappe sur le moment, c'est son dos, de dos wahou elle possède de sacrées rondeurs !
Elle est magnifique même dans la pénombre, j'arrivais à discerner sa beauté, une vraie déesse africaine.
Mais son comportement me laisse pantois. Qu'est-ce qui lui a pris ? Est-elle folle ? Non, je ne pense pas. Je secoue la tête tout en continuant mon chemin. Je déverrouille ma voiture et conduis jusqu'à chez moi.
***
Je vis dans un duplex. J'aime le confort et j'en ai les moyens pourquoi m'en priver ? Certainement pas. Je retrouve la maison intacte comme je l'avais laissé.
Merci à ma gouvernante.
Une dame que j'appelle affectueusement Tati qui a l'âge de ma mère et qui me considère comme son fils, pour l'aider dans ses tâches, je lui ai trouvé deux autres filles bien que l'une d'elles a tenté de me séduire, je l'ai rapidement remise à sa place sinon, ce serait la porte, et ce, sans préavis. Je le répète, je n'aime pas ce genre de femme, et Dieu merci qu'elle a compris vu que depuis elle se limite qu'a son travail. Tout est clair qui finit bien !
Qu'elle m'avait manqué ma chambre. J'ouvre la baie vitrée et observe la cour. D'ici j'ai une magnifique vue sur la piscine et la verdure du jardin et les quelques transats installés. Les dimanches, je m'installe sur mon balcon et respire le calme au tour d'un bon café et d'un livre après mes heures de sport.
Certes, c'est une grande maison pour une seule personne, mais j'aime mon intimité de plus, mon personnel de maison dors ici donc je me sens moins seul.
Je suis une personne facile à vivre quand on ne déroge pas à mes règles. Je suis un patron gentil à la maison, mais à l'entreprise, je revêts le costume de l'homme froid, tellement froid que je ne connais ni leurs nom ni même leurs visages tout ce que je sais, c'est que j'ai des employés. Le reste incombe à Kader. C'est plus facile de gérer quatre personnes que de gérer plus d'une centaine de personnes. Toutefois, ils me connaissent pour mon caractère, je suis intransigeant, droit et distant avec eux. C'est normal non ? Je n'irai pas quand même pas boire du thé avec eux sinon mon entreprise risque de devenir un dépôt de paresseux.
Nos relations se limitent à employeur et employé. Pas d'écarts de comportement et pas de virement parce qu'il faut le dire, je ne tarde pas à virer.
Après mon bain, vêtu uniquement d'un jogging confortable, je m'installe dans mon lit. J'ouvre mon tiroir et en sort quelques documents que Kader avait pris le soin de m'apporter avant mon arrivée. Je ne suis pas du genre a procrastiner donc autant en finir aujourd'hui même si je crève de fatigue.
Il est 1 heure du matin quand je décrète que ça suffit pour aujourd'hui. Je range les documents, éteins la lampe de chevet et m'étends dans mes draps. L'image de cette fille me vient à l'esprit. Dieu qu'est-ce qu'elle était belle ! Je ne crois pas au coup foudre et je suis sûr que ça n'en n'ai pas un peut-être juste que sa grande beauté ma éblouis. Oui, c'est cela ! Qui ne se serait pas retourné devant cette fille ? Même un puceau ne tiendrait pas.
Mhhh, je m'égare là ! Ce n'est carrément pas dans mes habitudes, El'hadj, pense à autre chose comme par exemple au thiéré mboum que tu n'aimes pas.
Après moult conversations dans ma tête, je sombre petit à petit dans un sommeil paisible.