Je ne sais plus depuis combien de temps je suis enfermée ici. Les jours se confondent. Les nuits aussi.
Tout ce que je sais… c’est que je perds du terrain.
Il est partout. Dans l’air que je respire, dans le rythme de mon cœur. Je me hais pour ça.
Mais il le sait. Il le sent.
Derek est devenu… un poison lent.
Ce matin, il ne vient pas me chercher. Il me laisse languir des heures, nue sous ces draps de soie qui me collent à la peau, comme pour mieux marquer son territoire.
Quand enfin la porte s’ouvre, je sursaute malgré moi.
Il entre d’un pas lent, presque théâtral. Chemise ouverte. Pantalon noir ajusté. Il dégage une confiance insolente.
Son sourire, aujourd’hui, est différent. Arrogant. Amusé. Comme un joueur qui sait qu’il est en train de gagner la partie.
— Bonjour, ma douce prisonnière.
Je ne réponds pas. Il n’attend pas vraiment de réponse.
Il s’approche du lit. S’assoit au bord, sans me quitter des yeux.
— Alors… toujours aussi farouche ? Ou bien commences-tu à apprécier mes attentions ?
Il rit doucement. Un rire grave, moqueur, qui me donne envie de hurler.
Je serre les draps contre moi. Il arque un sourcil, faussement surpris.
— Voyons… après tout ce que nous avons partagé, tu vas encore jouer à la prude ?
Je le fixe, le souffle court.
— Je te déteste.
Il éclate de rire cette fois, d’un rire chaud, sarcastique.
— Parfait ! Continue. La haine, c’est encore une forme de passion. Et tu es si belle quand tu es en colère.
Il effleure ma joue du bout des doigts. Je me crispe.
Il sourit.
— Chaque frisson… chaque regard… c’est délicieux, tu sais ? Tu crois encore me résister. Mais ton corps me dit tout le contraire.
Il se lève, fait quelques pas dans la pièce, mains dans les poches. Son allure est décontractée, provocante. Il me jauge comme un prédateur amusé par le jeu.
— Je me demande… Combien de temps tiendras-tu encore ? Une semaine ? Deux ? Avant que cette haine ne devienne autre chose.
Je me redresse, le regard brûlant.
— Jamais.
Il sourit de travers.
— Jamais est un mot bien prétentieux… pour une femme enchaînée.
Il s’approche, lentement. Ses doigts attrapent le collier de cuir qu’il a laissé sur la table de nuit. Il le fait tourner entre ses mains.
— Je pourrais t’enfermer. T’attacher. Te forcer à genoux. Ce serait si facile.
Son regard brille d’un éclat dangereux.
— Mais non. Ce que je veux… c’est te voir venir à moi. Me supplier. Me désirer. Par toi-même.
Il se penche, glisse le collier autour de mon cou, sans le serrer.
— Un jour… tu me demanderas de le porter. Et tu le feras avec plaisir.
Il s’écarte, me laisse reprendre mon souffle.
Je veux hurler. Mais il me devance, sarcastique.
— Oui, je sais. "Jamais", n’est-ce pas ? Si prévisible.
Il se penche à nouveau, son visage tout près du mien.
— Pourtant… ton souffle tremble. Tes pupilles se dilatent. Chaque battement de ton cœur m’avertit. Tu me désires, Juliette. Et plus tu le nies… plus j’en suis convaincu.
Son arrogance me fait frémir. Je le déteste. Je le hais.
Mais il a raison. Quelque part, une part de moi… vacille.
Il se redresse, satisfait.
— Je vais te laisser, pour aujourd’hui. Le manque… est une arme puissante.
Il s’éloigne vers la porte, l’ouvre lentement.
— Réfléchis-y. Bientôt… tu ne pourras plus respirer sans moi.
Il me jette un dernier regard, un sourire cruel aux lèvres.
— Et quand ce jour viendra… nous célébrerons ta défaite. Ensemble.
La porte claque.
Je reste là, haletante. Le cœur en vrac.
Et pour la première fois… j’ai peur. Pas de lui. Non.
Peur de moi. De ce que je commence à ressentir.
De ce qu’il est en train de faire de moi.