Chapitre 3

1554 Words
J’étais heureux parce que je venais de voir un corps de femme dans toute sa dimension mais disons plutôt que je venais de voir un bout de femme nue sous la douche. Depuis, je n’avais plus qu'une idée ; la toucher, poser ma main sur son épaule légèrement voûté ; la masser avec douceur comme je vois les gens le faire à la télé ; glisser mes doigts dans ses cheveux soilleux ; l’aimer… Oui je voulais aimer Rocky. L’aimer comme ces acteurs de feuilletons télévisés savaient si bien le montrer. Rocky m’avait rejoint dans le salon et nous étions seuls.  Avant le retour de Rocky Irena de la  douche, j’avais entre temps caché la revue dans mon sac, décidé à l’emporter. Est-ce qu’elle lisait aussi ce genre de chose ? Je me le demandais. J’avais besoin de l’amour pour éteindre le feu qui soudainement s’était allumé en moi. Jamais force étrange ne m’avait autant traversé le corps et capturé mon esprit. Elle me souriait candidement avec toute son innocence et moi je faisais mon plan pour lui enlever cette innocence. De sa fine voix, elle me dit quelque chose et j’eus l’impression qu'’elle me caressait l’ouïe.  Mais non ! Qu’est-ce qui m’arrivait ? Cette fille dans sa jupe courte et sa chemise bicolore dont les manches étaient largement plus grandes que de raison n’avait que douze ans. Je la voyais cependant et je me disais que je pourrais la serrer contre moi et la bercer. Plus je la regardais plus mon regard s’embrouillait. Des larmes me venaient aux yeux. J’avais l’impression qu'’elle se dédoublait et qu'’elle venait à ma rencontre. Mais non, son corps monolithe avançait tout simplement vers moi tout sourire aux lèvres pour me remettre le gâteau qu’elle m’avait promis. Mes forces me quittaient. J’étais aux cimes suprêmes de la résistance contre l’envie de me jeter sur elle et de l’aimer farouchement comme à la télé. Rocky qui ne s'était pas rendu compte de mon trouble, parlait, racontant des choses sur ses parents mais je ne l’écoutais pas ; je ne pouvais plus l’écouter. Je n‘avais plus qu'’une idée en tête : l’apprivoiser. Ses yeux aux reflets d’émeraude pétillaient de malice et sa hanche qui créait une parfaite chute de rein à la naissance de ses fesses  me tenaillait l’esprit. Je n’en pouvais plus. Comment une jeune fille de 12 ans pouvais avoir pareil corps? Mu par cette force qui m'empêchait de réfléchir, je la tirai violemment vers moi décidé à lui montrer ce qu'est l’amour. Je relevai tout d'abord sa jupe puis me reprenant, j’entrepris de l’embrasser. Parce qu’à la télé ils faisaient pareil. Elle fit un affreux geste de dégout puis me repoussa aussi violemment qu’elle put et se dégagea de moi vivement avant de me gifler à toute volée. Ce fut une gifle retentissante qui m’obligea à fermer les yeux pour quelques secondes. J’eus l’envie de pleurer mais je ne le fit guère. Elle lança un juron puis couru s’enfermer dans sa chambre. Je restai là désœuvré à me demander ce qui m’avait pris. Cependant la flamme qui s’était embrasé en moi restait toujours vive. J’étais insatisfait et déçu à l’appui. Dire que je commençais par l’aimer cette petite fille. Pour tout dire, je n’étais pas trop vieux pour elle. Quatorze ans ! Je me disais qu’il n’y avait aucun mal à exprimer ses sentiments puisque selon la philosophie  que je m’étais faite, l’amour est comme l’eau. Elle est douce ; bienfaisante et bonne pour la vie. Ainsi, je savais que mon amour pour Rocky ne pouvait que lui apporter du bonheur et la joie de vivre.  Je me levai pour taper à sa porte mais, elle refusa de m’ouvrir. Un temps après, j’étais obligé de partir bredouille. J’avais usé de tous les arguments possibles lui faisant savoir que je l’aimais et qu'elle pouvait avoir confiance en moi mais elle ne se démontait pas et la porte restait obstinément close. Je prêchai ainsi dans le désert de longues minutes et je m’en allai le cœur gros.    [...] ‍ - Ceci est une bien passionnante histoire monsieur l’avocat ! s'exclama le journaliste lorsque l'avocat Leroy se tut. Aussi je crois que le récit ne s’estompe pas là. - Bien sur que non. - Vous avez alors eu la patience d’écouter ce mystérieux client jusqu’à la fin ?  - En effet oui. Je me suis donné cette peine sans vraiment savoir pourquoi. Je crois que j’étais curieux et même ce Larry martin m’inspirait de la sympathie.   Se tournant alors vers le public qu'il ne pouvait voir, l’animateur annonça la fin de l'entretien avec l'avocat en ajoutant que la trépignante histoire était à suivre dans L’émission LE TEMPS D’UNE HISTOIRE la semaine qui suivra. Se tournant vers son invité, il lui serra la main et ce fut la fin.           *** - Le fondement de toute révolte individuelle à souvent pour base l’enfance. Rien de ce que nous faisons alors que nous sommes enfants ou éphèbes n’est subsidiaire pour un bon développement ou non de notre psychologie. Il faut comprendre que si souvent certaines compagnies, nous détournent dédaigneusement des droits chemins, le plus ardu devoir qui pourtant n’est pas à abattre à la hache revient surtout à nous de savoir discerner le mal du bien et de pouvoir choisir. Mais pour que nous menions à bien cette tâche, il faut un travail de fond préliminaire qui est que les parents, prônent  beaucoup de discussions et de causettes avec nous. Ils doivent être ce bon guide et nous donner tendrement la main pour nous amener à affronter et vaincre – Et non fuir- les différentes tentations qui jonchent les chemins de nos vies. Voilà alors un bon père ou une bonne mère digne de ce nom ! La simple recherche d’une quelconque bienfaisance charnelle sans ordonnance d’un  supérieur peut être cause du mal. Nous enfants, demandons à ce que les sujets réprouvés soit mis sur les tables et débattues à tête froide avec nous. Adolescent inconscient que nous sommes, souvent à la recherche d’une jouissance éphémère qui nous aveugle et nous conduit dans l’étroit étau du regret, nous enfants, avons les yeux comme voilés par nos âges qui encore n’ont pas pu accumuler assez d’expérience ; assez de sagesse.  J’ai aujourd’hui la prétention de m’afficher devant tous avec la qualité de bon altruiste prêt à forcer la main à tout parents qui n’ont aucune attention manifeste à l’égard de leurs enfants. Depuis un moment déjà, l’animateur de l’émission LE TEMPS D’UNE HISTOIRE parlait. Son prolixisme faisait sourire l’avocat Leroy. Enfin la parole lui fut donnée et il fut prié de reprendre son monologue là où il l’avait laissé inachevé la semaine dernière. ‍- Je ne suis pas ici en audience en train de défendre mon client Larry Martin mais, je tiens à faire comprendre à tous que je suis ici sur cette antenne pour une bonne cause ; celle d’aider un peu cette jeunesse qui se perd et ces parents qui oublient un peu leurs devoirs car de part l’histoire de Larry je compte apporter un plus à vous mes compatriotes. La source de l’accusation porté contre Larry Martin, se niche dans cette journée où Rocky se refusa à lui il y a près de trente ans. Ce jour où il vola cette revue interdite aux mineures parce que poussé par la volonté de connaître l’interdit dont personne ne lui en parlait. Ce jour de ma première rencontre avec Martin fut comme le premier jour d’une aventure auquel je ne pouvais plus me soustraire. Au fur et à mesure qu'il parlait, son histoire m’hypnotisait et je voulais en savoir plus. J’étais devenu atone et à son grand plaisir d’avoir trouvé une oreille attentive, il débitait son histoire à ce rythme habituel que je commençais par lui connaître. Il parlait d’une petite voix débonnaire très assurée cependant je le sentais plein de sensibilité. Il avait de l’amour à donner. Je n’étais pas habitué à offrir tant d’attention à un inconnu mais, ce Larry me captivait. Il n’était pas beau parleur. La suite de son histoire vous le prouvera. [...] - Ce soir là, quand je rentrai à la maison, ma marâtre, ne s’inquiéta aucunement de ma décision de me coucher plus tôt que d’habitude. Elle avait – depuis que ma mère était morte, apprise son devoir à mon égard par cœur. Elle devait veiller à ce que je me lave les mains avant d’aborder tout repas et surtout que je mange à ma faim. Que je prenne mon bain au moins deux fois par jour, que je porte des habits propres, que je me brosse les dents et que j’apprenne mes leçons. Elle devait aussi veiller sur ma santé. Tels étaient ses devoirs. Le reste ne l’incombait pas. Mon père lui devait suer comme un chien pour ramener de l’argent à la maison et nous corriger quand nous sommes en faute ; voila tout. Je reconnais aujourd’hui que malgré la mort de ma mère, je n’avais jamais été délaissé matériellement. L’on s’occupait de moi comme si j’étais un petit toutou mais il restait une chose : LA VIE… La vie que je devais affronter seul. Nul pour me guider. Personne pour m'apprendre les règles de l'amour. Je marchais alors à tâtons dans la vie raflant au passage tout ce qui m'intéressaient.  
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