7

1831 Words
Jody Assise près de la fenêtre, je regarde la neige qui s’est remise à tomber. Mon esprit ne cesse de ruminer mon échange avec Angela selon qui Loras aurait déjà eu de nombreuses maîtresses ; hors des liens matrimoniaux. — Jody ? (Je tourne la tête. Esther se tient dans l’embrasure de la porte.) Est-ce que je peux entrer ? J’acquiesce. Elle s’approche et vient s’asseoir face à moi. — Encore Angela ? Nous rions en chœur. Je laisse retomber ma tête contre le mur derrière moi. — Je ne sais pas ce qu’elle a à s’acharner ainsi contre moi, je soupire. Esther m’attrape la main. — Elle est simplement jalouse, mais ne t’en fais pas. Ça lui passera. En attendant, il est l’heure de te préparer. Sur ce, elle me tire jusqu’à la salle de bain précaire où elle m’a fait couler un bain. Je retire mes vêtements et me glisse dans l’eau encore chaude et mentholée. Esther s’occupe de mes cheveux tandis que je me frotte le visage, le corps et les ongles. Lorsqu’elle m’aide à sortir et m’enrouler dans une serviette, je me sens beaucoup mieux. Profitant du fait que le couloir est désert, nous retournons dans la chambre. A ma plus grande surprise, quelqu’un est passé déposer un jupon, un corset, des collants ainsi qu’une belle robe en lin d’une couleur cobalt ainsi qu’un manteau chaud assorti et une paire de bottines avec de petits talons. — Qu’est-ce que… J’attrape la robe d’une main. A la fois simple et élégante. — Ce petit cadeau de dernière minute est arrivé juste avant que je te rejoigne. Miss Haswell s’est chargé de le monter ici pendant que je te distrayais. — Je ne savais pas que Miss Haswell était aussi cachotière, je plaisante faussement surprise. Ma remarque semble la faire rire. — Il y avait également une note avec. Elle sort le bout de papier soigneusement plié de la poche de son tablier et me le tend. Très chère Jody, J’espère que cette note et ce colis vous parviendront rapidement. Voyez ceci comme un cadeau pour vous porter chance lors de votre premier voyage qui doit vous conduire au Girton College. Je m’excuse de n’avoir pu me déplacer moi-même, mais j’avais certaines choses à régler. Je suis persuadé que Loras saura vous prendre sous son aile, j’ai confiance en lui. Il me tarde de faire votre rencontre lors du Cotillon de Noël prévu dans deux mois. D’ici là, je vous ferai parvenir votre pension mensuelle, en échange de quoi j’attendrai de vos nouvelles dans les semaines qui viennent. Je suppose que Loras, Lord Reece et Miss Haswell vous ont fait part des quelques règles à respecter. Il n’est donc pas nécessaire que nous revenions dessus. En vous souhaitant par avance bonne chance pour votre intégration et vos premières semaines de cours, Votre Bienfaiteur Je relève la tête, souriante. Un cadeau de mon bienfaiteur. J’abandonne ma serviette sur un coin de mon lit et m’empresse d’enfiler cette nouvelle tenue. Esther m’aide avec le jupon et le corset plus serrés que tous ceux que j’ai pu porter jusqu’à présent. Ses doigts descendent rapidement le long de ma colonne vertébrale tandis qu’elle boutonne le corsage, après quoi elle attache mes longs cheveux en un chignon serré duquel s’échappent quelques mèches ondulées. J’enfile rapidement les bottines et le long manteau, puis fait un petit tour sur moi-même. — Alors ? Elle approuve d’un signe de tête auquel je réponds d’une révérence théâtrale. Nous sommes interrompues par les voix des enfants. — Prête ? me demande-t-elle. Je prends une longue inspiration que j’expire lentement : — Prête. Elle sort dans le couloir. Je lui emboîte le pas, la bouche sèche et les mains moites. Miss Haswell et les enfants se sont réunis en rang dans le hall aux murs délabrés. Rose est la première à se jeter dans mes bras, ses petites mains serrées derrière ma nuque. — Tu ne nous oublieras pas, promis ? — Bien sûr que non. (Je l’embrasse sur la joue.) Et si vous êtes sages, je vous enverrai des petites surprises. — Du réglisse ? s’enquiert-elle les yeux pétillants. — Entre autres, j’acquiesce. Elle sourit puis, dans une dernière étreinte, s’écarte afin de laisser la place aux autres. Arthur est le suivant. — N’hésite pas à dire à ton tuteur que si j’étais plus fort, je serais ravi de lui botter les fesses. (J’hausse un sourcil.) Nous allons devoir prier le dragon quand nous aurons envie d’une histoire maintenant, bougonne-t-il. Je m’esclaffe tout en secouant la tête. Il m’étreint furtivement. Les aurevoirs s’enchaînent. Les visages défilent les uns après les autres. Audran. Awen. Enora. Fiona. Luke. Sherley. Jack. Jane. Caroline. Ashton. Camille. Clarissa. Peter. Lorsqu’arrive le tour de Charlie et Tom, j’ai la bouche sèche et le cœur lourd. — Tu nous écriras ? me demande le premier une étrange intonation dans la voix. — Bien sûr que non, tu sais bien qu’elle a horreur de ça, se moque Tom. (Charlie et moi lui assénons une tape derrière la tête. Il sourit :) Prends soin de toi. Les garçons m’embrassent la joue. Du coin de l’œil, je vois Loras qui se place à mes côtés. — Il est l’heure. J’attrape le bras qu’il m’offre. Miss Haswell nous accompagne jusqu’à la voiture recouverte d’une fine couche de neige. Un doux frisson me parcourt la colonne vertébrale au contact du froid hivernal contre ma peau. Le chauffeur nous ouvre la portière. Je me tourne vers la directrice qui me prend dans ses bras. — Fais de ton mieux pour ne jamais avoir à revenir vivre ici. Souris. Sois gentille. Et si quelqu’un essaie de te marcher sur les pieds, montre-leur de quoi tu es capable. — Comptez sur moi. Elle relève la tête, le regard mi-joyeux mi-triste. — Je dois reconnaître que cela va me paraître bizarre de ne plus t’avoir parmi nous ma petite Jody. — Miss Haswell… — Je suis fière de toi. Sans me laisser le temps de répondre, elle se dégage de notre étreinte et regagne le perron. Les enfants, Charlie et Tom viennent se placer en cercle autour d’elle. — A bientôt, je les salue la boule au ventre mais le sourire aux lèvres. Ils me répondent en chœur. Jetant un dernier coup d’œil à la vieille bâtisse de mon enfance, je monte dans la voiture et claque la portière derrière moi. ** A la gare, trois bagagistes sont mis à notre disposition pour porter nos malles jusqu’aux deux wagons réservés par Loras qui me conduit à travers la petite gare sous le regard de quelques curieux. Mon cœur cogne entre mes côtes. Nous montons à bord et entrons dans le wagon salon, auquel sont reliés une salle de bain privée ainsi qu’un wagon chambres dans lequel nous entrons. — Le dîner sera servi dans deux heures, nous informe l’un des bagagistes. — Très bien merci. Il s’incline, imité par ses deux collègues avec qui il se retire. Mon regard erre sur la pièce exiguë composée de deux couchettes et d’un espace pour ranger nos affaires. — Nous risquons d’être un peu serré, mais ce n’est que pour une nuit dit Loras me sortant de mon observation. Il ouvre l’un de ses sacs duquel il extirpe un journal qu’il déplie tout en s’allongeant sur l’une des deux couchettes. Les gros titres attirent mon attention. D’après eux, notre monde serait à l’aube d’une nouvelle guerre. Un frisson désagréable me parcourt l’échine. Mes yeux glissent sur le visage de Loras. Ce dernier me coule un regard sans se détacher de son journal. — Vous êtes au courant de la situation dans les Balkans ? me demande-t-il. — J’en ai entendu parler, oui. (Il hoche la tête. Prenant une inspiration, je pose une question qui me taraude :) Pensez-vous vous engager, si la Grande Bretagne se retrouvait impliquée ? — Oui. (Il replie son journal et se redresse. Les bras croisés dans le dos, il se place près de la fenêtre et regarde l’extérieur qui commence à défiler lentement.) Si la guerre était déclarée, je n’attendrais pas d’être appelé sous les drapeaux pour apporter mon soutien à notre pays. — Et moi ? (Il tourne la tête.) Pourquoi avoir aidé à me sortir de là où j’étais, si c’est pour aller risquer votre vie juste après ? Il hausse un sourcil, le regard taquin : — Vous feriez-vous du souci pour moi ? Je roule des yeux au ciel : — Ce n’est pas drôle, Loras. Il s’agenouille face à moi et attrape l’une de mes mains. — Ne vous en faîtes pas. Rien n’est encore fait. Il dépose un b****r sur le dos de ma main et m’effleure la joue du bout des doigts. Un frisson électrisant me traverse le corps tandis qu’il se relève et attrape sa veste. — Je reviens. Il m’adresse un sourire et sort de la pièce en sifflotant. ** Pour le dîner, j’opte pour une robe de soirée bleu ciel aux manches bouffantes et transparentes. Le ruban un peu plus brillant qui sert de ceinture souligne mes formes de jeune femme en devenir. Le vêtement enfilé, je troque ma paire de bottines pour une paire de souliers blancs à lacets. J’inspecte ma coiffure et mon visage dans un petit miroir de voyage optant pour ne rien toucher jusqu’à l’heure du coucher. — Jody ? Je tressaute surprise. — Entrez ! Loras ouvre la porte. Une drôle de lueur parcourt ses yeux tandis qu’il me regarde de la tête aux pieds. — Tout va bien ? je lui demande. Il cligne des yeux tout en riant nerveusement. — Oui, pardonnez-moi. Vous me faisiez penser à quelqu’un. (Il se racle la gorge.) Puis-je me permettre de vous chasser quelques minutes, le temps de me changer ? — Bien sûr. Je lui adresse un sourire et sors de l’étroit wagon. Un valet entre dans le wagon-salon à ce moment-là. — Pour vous Mademoiselle, dit-il en s’inclinant. Il me tend le courrier et ressort aussitôt. Intriguée, j’ouvre la petite enveloppe sur laquelle ne figure aucun nom. J’attrape la note qu’elle contient et la déplie. A peine ai-je parcouru les quelques lignes que mon être entier se fige. De légers tremblements parcourent mes muscles. Mes doigts se crispent sur le papier qu’ils froissent. Désolée de ne pas être venue te dire au revoir mais j’ai été retenue. Si ce n’est déjà fait, ne perds pas ton temps à mentionner ce dont nous avons parlé un peu plus tôt à ton soi-disant chevalier servant. Nombreuses sont celles qui l’ont connu et tu es vraiment naïve de t’attacher à lui. Je n’ai plus aucun doute là-dessus. Bon sang…Si tu savais les miracles que peut faire sa queue ! Qui sait ? Peut-être que tu y auras droit si tu réussis à être un peu moins prude et accepter le fait que rien de sérieux ne se passera jamais entre lui et toi. Aller, sans rancune. ** ** ** ** **
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD