3. Origine de la Voie lactée, de Véga et Altaïr

1690 Words
3. Origine de la Voie lactée, de Véga et AltaïrJadis vivait quelque part un jeune homme nommé Mikeran. Chaque jour, il allait au travail dans les champs ou en montagne couper du bois de chauffage. Un jour, il était à la corvée de bois en forêt avec les autres villageois. Ils allaient se rafraîchir au ruisseau qui coulait en contre-bas : boire ou laver leur sueur. Ce jour-là, Mikeran avait fini son travail plus tôt que les autres. Il alla au ruisseau, et le remonta en amont. Il parvint à une sorte de marais où personne n’était allé. Mikeran ôta ses habits trempés de sueur. Il était sur le point de plonger dans l’eau quand il eut le regard attiré par un pin qui poussait au bord. Il vit une superbe robe pendue à une branche de ce pin. – Ah ! le beau kimono ! s’écria-t-il, et aussitôt, il le détacha de la branche. À ce moment, une créature de rêve sortit du bassin. Joignant les mains d’un air suppliant, elle implora : – C’est ma robe volante. C’est une robe de plumes, d’aucun intérêt pour les êtres humains. Rendez-la-moi, je vous en prie ! Mikeran restait sans répondre, fasciné par l’être céleste qui sortait de l’eau. – Mikeran, ne comprenez-vous donc pas ma requête ? Ce kimono est à moi. Sans lui, je ne puis pas m’envoler au ciel. Vous n’êtes qu’un humain. Cette robe ne vous est d’aucune utilité. Je vous demande de me la rendre. Mikeran refusait de la rendre, et interrogea : – Que fais-tu là ? La femme pensa que si elle lui disait la vraie raison de sa présence ici, il lui rendrait sa robe sans la trouver étrange. Les larmes se mirent à couler sur ses joues, et elle commença ainsi : – De temps à autre, je descends du ciel pour me baigner ici. Je suis un être céleste et non pas terrestre. Si vous ne me croyez pas, rendez-moi la robe, et vous verrez ! Mikeran refusait d’accéder à son désir. Il dit : – Retournez à l’île avec moi. Nous serons mari et femme. Plus la peine de descendre du ciel pour prendre un bain ici. Je vous emmènerai où vous voudrez. – Mikeran, ne dites pas une chose pareille ! J’appartiens au ciel. Je ne puis pas vivre avec des terriens. Rendez-moi ma robe, je vous en supplie ! – Pas question, répliqua Mikeran. Si je vous rendais la robe, vous retourneriez aussitôt au ciel. Venez chez moi, et soyons amis. La femme était folle de chagrin. Mais comme Mikeran ne voulait pas lui rendre sa robe, rien à faire, elle devait le suivre. Rendue au village, elle devint sa femme. Sept années passèrent. Trois enfants naquirent. La femme avait toujours la nostalgie du ciel. Elle ne savait pas où sa robe de plumes était cachée. Elle ne songeait qu’à la retrouver. Un jour que son mari était parti pêcher, elle accrocha le bébé sur le dos de son aîné, qui avait sept ans. Elle demanda au puîné, de cinq ans, de tapoter le dos du bébé. Ayant confié le bébé à l’aîné, elle alla chercher de l’eau au ruisseau. Elle revint bientôt, et à quelque distance de la maison, elle entendit les enfants derrière la maison chanter une berceuse au bébé : Bébé, ne pleure pas ! Au retour de papa, Tu auras une surprise Il ouvrira la remise La remise à quatre et six piliers Et derrière les sacs de millet En dessous des sacs de riz Se trouve cachée la robe emplumée La robe pour danser Il la prendra pour nous. Entendant ses enfants, l’épouse comprit finalement que son kimono de plumes, qu’elle cherchait depuis sept ans, était planqué sous les sacs de millet et de riz du grenier. Avant le retour de son mari, elle prit une échelle, escalada le grenier jusqu’à ses doubles portes, les ouvrit, entra. Elle fouilla parmi les sacs de millet et de riz, et trouva sa robe. Avant que son mari ne soit revenu, elle eut le temps de prendre son aîné sur le dos, son puîné dans son giron, et le dernier sous son bras droit. Ayant revêtu la robe de plumes, elle agita les bras une fois, et hop ! elle s’envola au-dessus du pin du jardin. Elle battit des ailes encore une fois, et se trouva au-dessus des nuages les plus hauts. Un troisième battement d’ailes, elle acielit dans le ciel. Mais un peu triste, car, lors de son dernier essor, le bébé qu’elle avait sous le bras avait glissé et était tombé à terre. Quand Mikeran rentra de sa pêche, il fut bien surpris de ne trouver personne chez lui. Non seulement la maison était vide, mais la porte du grenier était restée ouverte. Il pensa : « La robe de plumes a été volée ! » Il s’assit, plongé dans ses pensées. Il eut faim. Il se dirigea vers le foyer, commença à faire du feu. Il prit un soufflet en bambou hifukidake, et tenta d’attiser le feu, mais l’air ne passait pas par le tuyau. Il examina le tuyau, et y trouva un bout de papier plié et collé dedans. Il extirpa le papier, le déplia et lut : « Rassemble mille paires de geta (socques de bois) et mille paires de sandales de paille. Enterre-les et plante un bambou dessus. Attends deux ou trois ans, que le bambou ait poussé jusqu’au ciel. Alors, tu seras en mesure de grimper au ciel sans difficulté. » Mikeran se mit aussitôt en peine de rassembler les geta et les sandales de paille. Il put en rassembler 999 paires de chaque. Pas une de plus. Néanmoins, il les enterra et planta un bambou dessus. Le bambou se mit à croître. Trois ans passèrent. On aurait dit que le bambou atteignait le ciel. Mikeran, tout heureux, se mit à grimper le long du bambou. Il grimpait, grimpait. Arrivé en vue du ciel, il ne lui manquait plus grand-chose pour y toucher. Mais il était coincé à la cime du bambou, qui n’atteignait pas tout à fait le ciel. Il resta là en rade, se balançant à la brise. Sa femme était revenue à sa place au ciel, mais elle pensait parfois encore à ce qu’elle avait laissé sur terre. Assise à son métier à tisser, elle jetait des coups d’œil en bas. Voyant le bambou croître, elle attendait ardemment le moment où il atteindrait le ciel. Un jour qu’elle était assise à son métier comme d’habitude, elle vit par la fenêtre que le bambou avait presque atteint le ciel. La cime de l’herbe (car le bambou est une herbe, pas un arbre) était juste sous elle, bercée par la brise. Elle regarda attentivement, et vit qu’un homme était perché au bout, pas plus gros qu’une graine de coquelicot. La femme ne se sentait plus de joie en l’apercevant. Elle prit la navette avec le fil, et l’abaissa jusqu’à ce qu’elle se trouve au-dessus de la tête de Mikeran. Il agrippa la navette. Elle le tira jusqu’au ciel. Une fois Mikeran entré dans le ciel, sa belle-mère le traita aimablement, mais son beau-père lui enjoignit d’accomplir des tâches bien difficiles. À ce moment, c’était la saison agricole au ciel. Le beau-père ordonna à Mikeran d’aller en montagne défricher mille chobu1 de forêt en un seul jour. Mikeran, sachant que c’était impossible, restait interdit. Le voyant rêveur, sa femme lui dit : – Quand tu iras défricher, coupe simplement trois gros arbres, et repose-toi et dors sur les souches. Le lendemain, Mikeran agit comme sa femme lui avait indiqué. Il revint ayant défriché tout le terrain demandé. Mais cela ne suffisait pas. Le beau-père lui dit : – Maintenant, laboure tout ce terrain en un seul jour ! Mikeran était bien embêté, car la tâche lui paraissait au-dessus de ses forces. Sa femme vint le trouver et lui dit : – Rien de plus facile ! Va au terrain, prends trois mottes de terre avec ta houe, sers-t-en comme d’oreiller, fais la sieste dessus. En un rien de temps, le terrain sera labouré. Mikeran s’exécuta. En une journée, le terrain fut labouré. Il retourna voir son beau-père, tout triomphant. Celui-ci lui dit : – Ce n’est pas tout. À présent, tu dois planter les melons d’hiver dans le champ tout entier que tu as labouré. De nouveau, Mikeran se fit aider par son épouse. Elle lui dit : – Plante trois graines de melon dans trois endroits. Et ensuite, repose-toi et dors. Si tu agis ainsi, ton champ sera entièrement ensemencé. Il fit comme prescrit, et le champ fut ensemencé. Croyant que ce serait la fin de ses peines, Mikeran alla trouver son beau-père. Celui-ci lui dit : – Maintenant, tu dois aller chercher tous les melons mûrs, et me les apporter. Mukeran pensa que c’était impossible de voir les melons plantés juste la veille mûrir en une seule nuit. Alors qu’il perdait courage et se morfondait, sa femme vint le voir : – Ne te fais pas de bile ! Les melons sont déjà en fleur, et mûrissent. Tu n’auras qu’à en cueillir trois, et t’en servir comme oreillers. Tout se fera dans l’ordre. Mikeran trouva cela bizarre, mais le lendemain matin, il se rendit au champ, et vit tous les melons mûrs. Il fit comme sa femme lui avait indiqué, et bientôt tous les melons étaient recueillis. Comme Mikeran avait réussi toutes ces tâches impossibles, le beau-père fut satisfait. On fit les préparatifs pour la fête des récoltes. Mikeran fut préposé au soin des melons à servir. Le beau-père lui montra aimablement comment couper les melons : – Tu dois couper trois melons dans le sens de la longueur. Ensuite, mets-toi à dormir le visage contre eux. L’épouse, qui était à côté, fit un signe à Mikeran : – Ne fais pas comme il t’a dit. Coupe-les en travers. Mikeran ne voulut pas contredire son beau-père, et coupa les melons dans le sens de la longueur. À cet instant, une énorme inondation, qui balaya Mikeran, se produisit venant de l’intérieur des melons. Le fleuve qui vient de là est visible dans le ciel. C’est la Voie lactée. Mikeran devint l’étoile Altaïr. Son épouse devint Véga de la Lyre. Ils sont séparés par le Fleuve du ciel, et on dit qu’ils pleurent constamment. Les deux enfants de cinq et sept ans sont les deux étoiles proches de Véga. Cela se passa le sept du septième mois. C’est ce jour-là seulement que les deux époux peuvent se rencontrer2. Le bébé qui était tombé à terre lors de l’ascension de la femme emplumée atterrit sain et sauf. Chaque année, sa mère lui envoie trois koku3 de riz. Elle les dépose au bord d’un torrent. Le bébé put vivre environ un an de ce riz. Un jour, néanmoins, une femme vint laver son linge dans le torrent. Les trois koku se réduisirent à trois grains de riz. On dit que le bébé disparut sans laisser de traces.
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