Déni (2)

1118 Words
Très vite, nous arrivâmes à l'endroit indiqué. Une patrouille était déjà sur place se battant avec une poignée de renégats. Avec notre appui, le problème fut vite résolu, mais je n'étais pas rassurée. Aucun de nos loups n'aurait paniqué pour un groupe aussi pathétique. La vie dans la meute du Montana était bien trop dure pour ça. Il devait y avoir plus. Un des loups étrangers avait été capturé, nous allions pouvoir l'interroger et en apprendre plus sur cette attaque. Notre groupe de combattant escorta le prisonnier jusqu'aux geôles du village, tandis que la patrouille que nous avions rejoint durant le combat se chargeait de se débarrasser des corps.  Une fois notre invité enfermé à double tour, nous nous rendîmes dans le bureau de l'Alpha que nous trouvâmes accompagné d'Ivana. Je grimaçais intérieurement, je n'avais pas particulièrement envie de la voir mettre son nez dans notre travail. Elle était certes douée pour la violence, mais sa manie de prendre le pouvoir sur le véritable chef de la meute me donnait la nausée et créait la confusion dans les rangs. Qu'une femme dirige n'était clairement pas le problème, mais que cette femme soit à la tête d'une meute aussi puissante en était un. Avec un soupir je réajustai le t-shirt trop grand accompagné d'un short en jean déchiré, que j'avais trouvé dans une cache à la lisère de la forêt. Mes pieds nus et mes cheveux en bataille finissaient de compléter le tableau. Une vraie sauvageonne. Faisant fi de ces considération frivoles, je me concentrai sur notre rapport. Bien que je n'avais pas de rang officiel dans notre hiérarchie, on me laissait souvent gérer Ivana pour une obscure raison et à mon grand désespoir. Peut-être parce que j'étais la seule à survivre à ses châtiments ? Pensaient-ils que j'avais une sorte de pouvoir sur elle ? Voilà qui serait comique. Prenant sur moi, je fis le bilan de l'escarmouche qui venait de s'achever : "Des renégats sont entrés par la frontière ouest, nous avons été alertés de leur présence et avons rejoint la patrouille sur place. Le groupe d'assaillants ne comptait que sept ou huit loups, pas de quoi représenter une menace pour nous. Ils ont rapidement été liquidés et nous avons fait un prisonnier afin de l'interroger. - Pourquoi avoir fait un prisonnier, c'est ridicule ! Tuez-le immédiatement et suspendez son cadavre quelque part pour en faire un exemple." Je me retins à grand peine de lever les yeux au ciel face à la remarque acerbe d'Ivana. Faisant en sorte de garder ma contenance, je poursuivis mon rapport. "Nous pensons que ce groupe n'était qu'une diversion envoyée pour tester nos défenses. Aucun de nos loups n'aurait paniqué pour un si petit nombre d'attaquant et annoncé à tout le monde qu'il s'agissait d'un groupe important. Si c'est ce qui nous a été rapporté, c'est qu'ils doivent préparer un autre sale coup. Je demande l'autorisation de l'interroger dans les plus brefs délais afin d'en savoir plus et que tous ceux qui ne combattent pas soient regroupés dans la maison de la meute afin de rester en sécurité. Nous saurons bien assez vite à quoi nous en tenir." Ivana ouvrit la bouche, mais à ma grande surprise c'est l'Alpha Gareth qui prit la parole. Son ton las et presque détaché était désespérant, mais au moins ses mots étaient-ils emprunts de bon sens. "Fureur, fais ce que tu as à faire. Il faut que l'on découvre si cette histoire va plus loin qu'une simple provocation. Pendant ce temps-là, Sullivan et mon bêta organiseront des patrouilles. Ivana, pourrais-tu gérer la retraite des non-combattants afin qu'ils ne nous gênent pas ? - Je sais très bien ce que j'ai à faire." Levant le menton, elle sortit à grandes enjambées de la pièce suivie par son bras droit et protecteur. Gareth soupira en se passant la main sur le visage. "Vous pouvez disposer. - Oui, Alpha. - Pas toi Fureur, reste un instant." Les autres s'éclipsèrent discrètement, me laissant seule avec notre chef. Il était rare que l'Alpha veuille me parler face à face, j'étais donc plutôt intriguée. "Ecoute-moi bien, je ne sais pas ce que tu as fait ou dit à Ivana, mais elle est infernale depuis quelque temps. Il faut que ça cesse, je n'en peux plus de ses jérémiades et des plaintes de ceux qui reçoivent sa colère. - Alpha, je ne sais pas non plus ce qui lui arrive. Depuis que… que les étrangers ont séjourné chez nous elle semble inquiète et à cran. Je n'ai pourtant rien fait et leur ai à peine adressé la parole. - Enfin tu as quand même trouvé ton… - Tais-toi, ce n'est pas le moment et il n'est rien pour moi. Il va falloir que tu te l'enfonces dans le crâne une bonne fois pour toute." Pendant que je me chamaillais avec ma louve, je sentis le regard inquisiteur de l'Alpha peser sur moi. J'avais l'impression qu'il lisait mon trouble comme s'il était écrit en lettres capitales sur mon front. Alors qu'il allait reprendre la parole, la porte de son bureau s'ouvrit brusquement. Il s'agissait de l'un des jeunes que j'entraînai et il semblait pris de panique. Il ne m'avait jamais vu sous ma forme humaine et m'adressa à peine un regard, focalisé tout entier sur l'homme qui lui faisait face. "Alpha, je...je... - Parle, louveteau. - Chelsea manque à l'appel. Elle était allée prévenir les guerriers de l'intrusion à l'ouest, mais elle n'est toujours pas revenue. Nous avons cherché partout dans le village, elle est introuvable. Je pense qu'elle est encore dans la forêt..." Avant même d'écouter la suite de sa tirade, je fonçais vers le couvert des arbres et changeai en pleine course. Peu de loups en étaient capables, mais pour moi c'était aussi facile que de respirer. "Mais quelle imbécile ! Je lui avais pourtant dit de retourner au village. Pourquoi ne m'a-t-elle pas écouté ? - Peut-être parce qu'une certaine personne qu'elle admire ne reculerait jamais devant le combat ? - T'aurais pas un plan pour la retrouver, plutôt que de faire dans le sarcasme ? Je sais que c'est de ma faute, j'aurai dû la faire escorter. Pas la peine d'en rajouter une couche. - Ce n'est pas... Oh, et puis laisse tomber ! On n'a qu'à retourner là où elle nous a rejoint un peu plus tôt et ensuite on suivra sa piste. - Ok !" Alors que je zigzaguais entre les troncs, sautant par-dessus les fourrés, évitant les branches basses et les racines en direction de la rivière, un hurlement effroyable me glaça le sang. Ce n'était pas le hurlement d'un loup, c'était le hurlement de douleur d'une jeune femme. C'était la voix de Chelsea.
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