Fouineur

1431 Words
"Décidément, ces loups du Yukon sont une véritable source de problème. - Moi j'aime bien celui-là… - Ce n'est pas le moment, ok ? - Ok madame ronchon." Pendant que je pestais, l'Oméga était sur mes talons. A défaut de respecter les règles, au moins était-il assez intelligent pour comprendre mon intention quand je l'avais trouvé rôdant près de l'arène. Etrangement, je ne l'avais pas vraiment vu, mais je l'avais flairé. Son odeur unique ne pouvait pas m'échapper. Nous marchâmes pendant quelques minutes et il n'essaya pas de me rattraper en accélérant le pas. Un bon point pour lui. Je l'amenai jusqu'à un endroit protégé des regards indiscrets afin de m'assurer que personne ne nous entendrait. Une fois arrivée à destination, j'allais dans un recoin protégé afin de prendre forme humaine. Le mâle s'arrêta naturellement dans l'endroit le plus dégagé s'attendant à ce que je le rejoigne sentant ma présence à proximité. Il patienta silencieusement et se racla la gorge, mal à l'aise. Je souriais intérieurement face à son attitude et m'appuyai contre un arbre, complètement nue, afin de me dissimuler à sa vue. Prenant ma voix la plus menaçante je commençais l'interrogatoire. "Alors Oméga, c'est comme ça que vous nous remerciez de notre hospitalité ? En mettant votre nez dans ce qui ne vous regarde pas ? - Je… Comment sais-tu que je suis un Oméga ? - Ha ! C'est visible comme le nez au milieu de la figure. Et c'est moi qui pose les questions ! Alors réponds, qu'est-ce que tu faisais là ? Qu'as-tu vu ? - Rien de spécial, j'avais les pattes qui me démangeaient et j'avais besoin de prendre un peu l'air. C'est bientôt la pleine lune et les sorties avec ma meute me manquent. Enfin bref, j'ai rien… - Je serai vraiment attristée de devoir t'arracher un bras tu sais ? Je pense que ce ne sera pas nécessaire si tu te décides à me dire la vérité." Je l'entendis déglutir, intimidé par mes menaces. Brutaliser un Oméga était toujours quelque chose que je détestais faire. Ils sont tellement doux que c'est comme s'en prendre à des petits chiots. Avant que je ne puisse enfoncer le clou, il se décida. "Ok, ok, pas de mensonge. J'avais vraiment envie de sortie ce soir et puis j'étais intrigué sur le pourquoi de notre interdiction de sortie alors j'ai décidé d'aller faire un tour. D'habitude personne ne peut me voir si je décide de rester invisible. Comment as-tu... Pardon, pardon, c'est toi qui pose les questions c'est vrai. Donc, pendant ma sortie, j'ai entendu des cris. J'ai eu peur qu'il y ait des problèmes et j'ai décidé d'aller voir ce qu'il se passait. Et c'est là que je suis tombé sur ce... cet... enfin quoique ce soit je suis tombé dessus. - Alors tu as tout vu ?" En disant ces mots, je sentis la honte et le dégoût m'envahir. Qu'il sache que j'étais un monstre et qu'il le constate de ses propres yeux étaient deux choses différentes. J'essayai de garder le contrôle de mes pensées afin de continuer mon interrogatoire. D'une voix inquiète, mon interlocuteur me devança. "Pourquoi est-ce que tu fais ça si ça te met aussi mal à l'aise ? - Comment…? - Truc d'Oméga. - Mouais, bref c'est pas tes affaires. C'est comme ça et c'est tout." Mon ton était devenu incisif et dur. Il remuait le couteau dans la plaie et je n'aimais pas ça. "L'arène est le seul endroit où tu as traîné ta truffe indiscrète. - Oui, je te le jure. - Bon… C'est pas comme si ce qui se passe là-bas était un secret. Ca fait partie de nos rites, peu importe que ça te plaise ou pas." Changeant légèrement de position, je poussais un soupir fatigué. "Tu dois être épuisée après tous ces combats, pourquoi ne te reposes-tu pas ? - Peut-être parce que j'ai débusqué une fouine sur le chemin vers mon lit ? - Aïe, je l'ai mérité celle-là. Désolé de te tenir éveillée alors. Dis, je peux te poser une question ? - Demande toujours, mais je ne te garantis pas que tu repartiras avec tous tes membres. - Hum… Je prends le risque. Pourquoi tu ne te montres pas ? - Parce que je suis complètement nue ?" Je l'entendis prendre une brusque goulée d'air. Apparemment, il n'avait pas pensé à cette réponse. Avec un sourire en coin, je l'imaginai essayer de reprendre contenance en s'agitant. Être nus entre membre d'une même meute n'était pas particulièrement choquant lorsque l'on se changeait, bien que chacun ait son propre niveau de pudeur. Mais devant des loups d'autres meutes, seul un cas de force majeur pouvait pousser à se montrer dans son plus simple appareil. Quant à moi, même sans être nue, je faisais tout pour me montrer le plus rarement possible. "Heu oui bien sûr. Je pensais plutôt de façon générale. Ta Luna avait l'air de dire que tu ne te présentais pas souvent sous ta forme humaine. C'est plutôt rare chez les loups. - Ca ne te regarde pas. De toute façon, tu n'as pas besoin de savoir à quoi je ressemble, il te suffit de savoir que je suis assez forte pour te décapiter si l'envie m'en prend. - Je n'en doute pas un seul instant. Je t'ai vu te battre là-bas, tu es incroyable. - Je n'ai aucun mérite, ce sont des louveteaux sans expérience. Bref, arrêtons de parler de ça. - Comme tu veux. J'ai une autre question. - Encore. Et dire que c'est moi qui étais censée t'interroger ! - Fureur, c'est vraiment ton nom ? - Peut-être que oui, peut-être que non. Qu'est-ce que ça peut te faire ? - C'est juste que… je préfèrerai t'appeler par ton vrai nom. - Qu'est-ce que tu as dit ? Arrête de marmonner ! - Rien, ce n'est rien. Tu sais, j'étais surpris quand je t'ai vue la première fois. Je n'avais jamais rencontré ou entendu parler de loup aux yeux argentés en dehors de ceux de ma meute et encore moins d'une louve. Tu parles d'un choc ! Tes parents sont originaires d'ici ?" Je restai silencieuse face à sa question. Un drôle de sentiment m'envahissait comme un souvenir qui cherchait à remonter à la surface sans y parvenir. Mais je sentais au plus profond de moi que ce n'était pas le genre de choses que j'avais envie de partager et encore moins avec un parfait inconnu à l'odeur enivrante et au physique plus qu'agréable. "Aucune idée, ils sont morts quand j'étais petite. - Je suis déso... - Ils ne sont pas morts à cause de toi, pas la peine de t'excuser." Nouveau silence, puis j'entendis une branche craquer. Je le sentis s'approcher, lui tournant toujours le dos. Ma voix claqua dans l'air, inflexible. "Ne t'approche pas. - Désolée quand je sens la détresse de quelqu'un ça m'attire comme un aimant. - Je n'ai pas besoin de ta pitié. - Je... - Ca suffit. Maintenant tu vas aller te coucher et si je te croise encore dehors à la nuit tombée, je te jure que je serai beaucoup moins patiente. Et tâche de ne pas te faire remarquer par une patrouille, car je ne donnerai pas cher de ta peau. A partir de demain des loups seront postés autour de votre logement au cas où ton envie de te promener te reprenne. Suis-je claire ? - Limpide. Je ne recommencerai pas."  Sans un mot je me changeai à nouveau et m'avança vers lui. La lune éclairait ses cheveux bruns et ses yeux noisettes étaient posés partout sauf sur moi. Soit je l'intimidais, soit je le mettais mal à l'aise. Dans les deux cas c'était une bonne chose, ça lui passerait l'envie de faire copain-copine avec moi. Tandis que je le dépassais, il reprit la parole. "Au fait, moi c'est Duncan." Je marquai une pause avant de détaler à fond de train vers mes quartiers, mettant le plus de distance possible entre moi et ce mètre quatre-vingt de mignonnerie et de muscles. C'est à ce moment-là que ma louve se manifesta d'un ton narquois. "Duncan... Ca lui va bien. Je me demande comment s'appelle son loup. - Qu'est-ce que ça peut bien faire ? Il ne sera bientôt plus là. - Dis, c'est pas moi qui a dit qu'il était mignon. - La ferme !" Je l'entendis glousser dans mon esprit et décidait de l'ignorer. Je n'ai besoin de personne et c'est pas un petit Oméga sortit de nulle part qui allait changer ça.
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